‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 17 sur 26 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Situation du Piémont vis-à-vis de la France et de l'Autriche. — Politique du baron P... — Efforts de la coterie Tâlleyrand. — Basses intrigues du ministère français. — Le comte B...-B.... — V*es de la France sur le prince de Carignan. — . Politique naturelle,

La politique du Piémont est essétttaëtler méat anti^autrichienne; Tîntérêt de ce* pays le porte à s'unir étroitement à îa Frfcncé', qu'on regarde avec raison domine l'advëi*saire géographique de la puissance qui fè convoite. Le Piémont ne saurait faire tête aux forces de l'Autriche , et celle-ci, une fois maîtresse des défilés des Alpes ; peut descet^ dre à Lyon , se répandre même au-delà ,

iLJ.

comme l'a prouvé dans la dernière campagne le corps commandé par le comte Bubna. La France, protégée au nord et à Test par une triple ligne de fortifications, se trouve presque à découvert du côté du Piémont, de Nitre et de la Savoie. Il est donc de l'intérêt de ces deux Etats de s'unir étroitement. Cette

alliance ne peut ni être suspecte, ni mena-

cer leur indépendance réciproque. Supposons, en effet, que la France voulût empiéter sur l'Italie , son adversaire géographique ( l'Autriche) deviendrait aussitôt l'appui des provinces qu'elle; chercherait à envahir*

La France se trouve dans la mêpie position à l'égard de la Suisse que du Piémont. La Baine politiqjuç lui commande donc d'être la protectrice et l'alliée deces deux États, tien que les événements aient montré le cae qu'on doit faire ;de la neutralité si vantée des Cantons. On les a vys , au mgmenj où J'Europç débprdaitsur )$ France, se j oindre l^âcjiçpient

aux agresseurs , et porter le' coup de pied de / • , v ^^

l'âne a la puissance qui les nourrit ; on les a ûuJp j^^u

vus, trafiquant de leur indépendance, ouvrir it, cou/) o^fw

bassement leur territoire , aux troupes al- ûtu- ^uho^ y, * ûotôutv

De tout temps la domination de l'Autriche en Italie a été pour la France un sujet d'inquiétudes. Depuis quatre siècles, sa politique a été immuable à cet égard; les rapports que ne cessa d'entretenir avec la cour de Turin le marquis d'Argenson , qui dirigeait le cabinet de Versailles sous Louis XV, n'eurent d'autre but que d'expulser les Allemands de la péninsule, et de resserrer les liens qui unissaient les divers États dont elle se compose.

Quelque ignorant que fikt le baron P... sur tout ce qui concernait son ministère, ignorance qui lui valut avec justice le titre de miniêtre étranger aux affaires étrangère* , il eut cependant le bon esprit de suivre les conseils de M. de Rayheval, et de lire

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Flas$an, dans lequel il trouva un extrait du fameux Mémoire du marquis de Paulmy, où il lut ces mots remarquables : // faut chasser l'Autriche de l'Italie i e\ lui ôter tout moyen d'y prétendre à l'avenir.

Ces mots piquèrent la curiosité du baron ; il n'eut plus de repos que le chevalier de La Rue ne lui eût procuré le Mémoire tout entier. Dès lors il devint par principe ce que, jusqu'à cette époque, il n'avait été que par instinct , c'est-à-dire l'adversaire déclaré de l'Autriche. Il ne dépendit pas de lui que le ministère français n'embrassât lé parti des constitutionnels piémontais; mais le duc de Richelieu ainsi que le comte de Serre refusèrent de se prêter à ses projets. Si ses efforts dans le conseil n'eussent eu pour but que l'intérêt bien entendu de son pays, j'aurais respecté son opinion; mais il n'en était pats ainsi : l'amour de la popularité fut son seul mobile. Il considérait déjà l'Autriche comme

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à demi vaincue, et croyait que la dernière heure de cette puissance était sonnée.

. Il se machinait à la même époque, à Paris, une autre intrigue du même genre, dont je connais pareillement tous les détails.

Immédiatement après le départ du roi de Naples pour le congrès dfc Laybach , le gou* vernement , de concert avec le prince jrégent et les membres les plus influents du parti libéral modéré , envoya secrètement solliciter l'intervention du cabinet des Tuileries. Il chargea le marquis de Salvo, homme aussi distingué par sa naissance que par ses tan lents , de porter ses vœux à Paris , et d'engager le conseil à lui Obtenir une constitution analogue à la Charte qui régit la France.

Un troisième parti avait encore formé un ' plan, gigantesque à la vérité, mais dont l'exécution eût rendu à la France le rârig politique qu'elle a perdu. Cette puissance,

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d'accord avec Y Angleterre , devait se mettre à la tête des gouvernements constitutionnels de l'Europe, et paralyser ainsi l'influence qu'exerçaient la Russie et l'Autriche. Une alliance dé famille aurait été contractée entre la France, Naples et l'Espagne, et le duc de Dalberg aurait été chargé de resserrer les liens qui unissent iePiémont à la France. L* Allemagne ne fut pas non plus oubliée dans ces dispositions; les vues qu'on avait sur ce pays ont été consignées dans un ouvrage de l'époque, intitulé : Manuscrit de l'Allemagne mèridionate, dont il a paru trois traductions.

Peu s'en fallut que ce vaste plan ne s'exécutât. Un peu plus d'ensemble, moins de timidité de la part des libéraux de Naples et du Piémont, le porte- feuille passé des mains de Richelieu . dans celles de Talleyrand , et le succès était assuré. Le rappel de ce diplomate* avait déjà été annoncé àLaybach, où il avait répandu le trouble et l'inquiétude. Il

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faut convenir, au reste, que l'alarme était fondée, car une nouvelle révolution eût été moins funeste au système adopté à cette époque que la rentrée du prince de Bénévent dans les affaires.

Depuis le jour où la nouvelle de la révolution du Piémont fut connue, jusqu'à la malheureuse issue de l'affaire de Naples, le parti ultra avait perdu tout crédit à Paris. On s'occupait déjà de former un nouveau ministère, qui devait se composer de Talleyrand, de Serre et de Decazes. Le prince de Talleyrand jouissait de la réputation d'un esprit supérieur; le comte de Serre, par son caractère de loyauté , s'était acquis l'estime générale; le comte Decazes enfin avait toute la faveur du roi.

. M. Montrond jouait le rôle de médiateur entre Decazes et Talleyrand ; le bon Froc de La Boulaye cherchait à rapprocher de Serre et Talleyrand. Malheureusement il fallait,

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pour réussir, plus d'adresse qu'il n'en avait. Il est vrai cependant que M...., qui essaya d'opérer le rapprochement qu'il n'avait pu faire, échoua comme M. de La Boulaye.

L'exemple du comte de La Tour-du-Pin , dont nous avons déjà parlé, prouve évidemment que la révolution piémontaise était le talisman qui opérait ces soudaines métamorphoses politiques. Deux jours avant l'explosion , cet ambassadeur manda à sa cour que la tranquillité intérieure du pays jie serait pas compromise, que l'insurrection napolitaine ne trouverait pas d'imitateurs en Piémont.

Le lendemain la constitution d'Espagne est proclamée à Alexandrie. La nouvelle en parvient à Turin le jour suivant. La Tour-du- Pin , au désespoir de cette mystification , expédie incontinent son secrétaire d'anibas* sadè à Paris ; il le charge de désabuser le gouvernement sur ce que ses dépêches

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avaient d'étrange : il n'ignorait rien de ce que méditaient les Piémontais; mais il savait que sa correspondance serait interceptée , et l'avait faite en conséquence.

Je n'oublierai jamais cette fameuse soirée où le baron P... reçut les premières nauvelles des troubles du Piémont, ni le vendredi où M. Roi{i),dans un cercle du duc de Dalberg, son premier chef, communiquait ces nouvelles à mi-voix. Jusqu'au moment de la (Jésertion du prince de Carignan , le comte La Tour-du-Pin n'avait pas été l'ennemi des constitutionnels du Piémont; mais l'échec qu'éprouva ce parti influa singulièrement sur l'opinion de l'ambassadeur. Les catastrophes de Rieti et de Novare firent évanouir les dernières espérances des libéraux, et consolidèrent le ministère de Richelieu. Cependant M. P... voyait avec un

(i) Le secrétaire d'ambassade.

extrême déplaisir Y Autriche étendre de plu» en plus sa domination en Italie ; il imagina, pour couper le mal à sa racine, un remède digne de lui. Dépourvu de ce génie des grandes combinaisons dont le privilège est d'imprimer un caractère de noblesse à l'intrigue, et souvent même au crime, qui en sont les mobiles, P. . . n'était capable que de vues étroites et de misérables menées de police. Il se ligua avec le baron M...; tous deux formèrent la résolution de se faire un parti parmi les Italiens bannis ; mais cette intrigue devait être conduite dans le plus grand secret, pour ne point éveiller les soupçons des autres puissances.

On choisit en conséquence un agent très adroit, c'était le colonel comte B...-B... Cet officier connaissait parfaitement l'Italie; il avait été fort long-temps commissaire-général de police à Gênes, où son caractère feripe et ouvert lui avait fait beau-

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coup d'amis. A cette époque, il revenait de Londres, où il avait travaillé au plan qui devait mettre sur la tête de l'infant de Lucques la couronne de l'Amérique méridionale, et où il avait dirigé en chef la poJice secrète de

France. Comme presque tous les espions français, il était jacobin dans le fond du cœur. Perdu de dettes, il était disposé à tout bouleverser; il était libéral, comme ils le sont tous, ce qui ne l'empêchait pas d'explorer pour le gouvernement à raison de cinquante lquis par mois» Il est cepen* daat à.préfcuroer qu'il eût préféré n'avoir que qUarante-neuf lou^, et servir les liber-* raux. . ' '

vttrtçut la mission de gagnery par des ser viees réels ..>. la confiance des personnages les plus marquants parmi les réfugiés pîémonv tais,et de lesinitiér à la société de ^a Régénération européenne 9 dont on lui envoya le projet. Cfette société était calquée sur celle des Ftameï

régénérés , qui avait été abolie sous le ministère de Decazes, et poursuivie avec acharnement. Le comte Corn ... V . . .-Wy . . . , issu d'une antique famille de la Hollande, appuyait le comte de B... de tout son crédit. La France promit secours et protection aux initiés , à condition cependant qu'ils prendraient de nouveaux noms, et qu'ils les feraient connaître aux préfets des départements dans lesquels ils séjournaient. M. de Permon , alors lieutenant de police , homme très estimable du reste, protégea vivement les initiés du comte de B.... J'ai encore entre les mains une lettre de Ra* tazi, dans laquelle il annonce au comte son arrivée à Lyon , et ajoute c« «'AT. de Permon nom a repus avec toute la tendresse d'un père envers ses enfants.» Le commissaire de police R..., de Lyon, était chargé de faire confectionner les marques distinctives de Tordre; la société avait une hiérarchie de

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quatre degrés : l'Initié, le Chevalier, le Prévôtet le Grand-Prévôt. B... était tellement enchanté du succès de son entreprise , qu'il eut l'imprudence de faire l'apologie de M. P... dans le chapitre des Grands-Prévôts, qui se tînt à Lausanne le 21 août 1821/ à Tauberge du Lion-d'Or . Ce fut encore lui qui , dans la suite, rédigea la fameuse protestation des Piémontais condamnés à mort par contumace , dans laquelle ils attribuaient leurs malheurs à la haine et à l'acharnement de l'Autriche. Dans le même mois, B... écrivit contre cette puissance un libelle, intitulé : Deux Chapitres $ur l'État présent de l'Italie, ; libelle si violent qu'aucun libraire de la Suisse n'osa en hasarder l'impression. On était tellement satisfait de ses services, à. Paris, que M. de F..., inspecteurgénéral '. de police , à son retour des eaux d'Aix, dans l'automne de 1821, lui promit une forte augmentation de traitement.

Quoi de plus pitoyable que la conduite d'un ministère qui, entretenant ouvertement des relations d'amitié avec une puissance, ourdit contre elle les intrigues les plus basses , et qui protège et entretient audehors les principes qu'il proscrit impitoyablement chez lui! Les infortunés Italiens qui étaient entrés dans cette espèce de conjuration devinrent naturellement les victimes du changement de ministère. Ils furent abandonnés, exposés à mille persécutions, à mille dangers, pour s'être prêtés à la politique mesquine du baron Pasquier. ,/. i.

, Le nouveau ministère %dop4a un syitèmè tout opposé, quoique noa mddttsitondanv nable dans le fond, pour obtenir de l'influence en Italie. Il se liaiavfcc.ies êdnfédt^ tes, société secnète dont nous -avons parlé, dans le premier chapitre du premier làvrp. Cette société avait été longtemps attachée au prétendu gouvernement occulte > qtii fcertes

n'a plus rien d'occulte aujourd'hui. Le prince Jules de Polignac était désigné à cette époque comme chef de la société en France , quoiqu'un plus haut personnage passât pour

l'être de fait.

Il était de l'intérêt de l'Autriche de se tenir sur ses gardes contre les menées des $an-> fédistes y qui méditaient l'exécution d'un grand plan politique, et qui obtenaient une influence réelle partout où ils parvenaient à s'introduire.

Le second moyen que là France, oti plutôt le parti ultramontain, qui régnait aloJrsj em-* ploya pour tâcher d'arriver à son but y fat l'intervention de là cour tle Rome. Les in té»rets deà États :de l'Église sont naturellement en opposition avec la domination de l'Autriche en Italie; la France avait donc beau jeu 4e ce côtéu ' ' ;: < /

Le teoi^ième ihstru«aent qu'employa la

France fut le prince» de C Il est naturel

que ce prince ne puisse aimer la maison d'Autriche, malgré son alliance avec elle. Il existera une éternelle méfiance entre ces deux maisons que l'Europe a vues en face Tune de l'autre. C... n'oubliera jamais que ce fut l'Autriche qui fit évanouir ses rêves ambitieux , et porta le dernier coup à l'espérance chimérique qu'il avait conçue de se rendre maître de l'Italie. La France ne négligea rien pour replacer ce prince sur la scène politique. Elle le réconcilia avec le roi régnant, lui fit cueillir à Cadix une si grande quantité de lauriers > qu'il succombait sous le poids; elle ramena en triomphe dans sa patrie étonnée le jeune héros-grenadier du Trocadéro. Ces brillants services n'étaientils pas faits pour rendre au prince l'entière confiance de son souverain? Si l'Autriche voulait se venger de la France, elle pourrait lui jouer un mauvais tour ; sa main tient l'aimant qui attire le fer : il ne lui

serait pas difficile de s'attacher les libéraux italiens et les Français mécontents.

Je sais qu'il n'existe dans le fond qu'un petit nombre de personnes véritablement attachées à la dynastie de Napoléon ; mais je sais aussi que beaucoup d'autres verraient avec plaisir un changement. Il ne leur manque qu'un point de ralliement pour serjrer leurs rangs et oser tout entreprendre.

Cependant l'Autriche , loin de profiter de si précieux avantages, poursuit ouvertement toutes les sociétés secrètes qui travaillent afr renversement du vieil ordre de choses. Elle ne ménage pas plus les Orphelins de la veuve , les Chevaliers de Mars et du Soleil , que lès

membres délia Spilta nera et du Lion dormant/ Puisse le parti qui règne en France se garder de pousser les choses à botft ! Je ne le blâmerais pas s'il déclarait avec franchise que* sa politique est anti-autrichienne, car personne plus que moi ne fut enthousiaste du

2d8 LES, SOCIETES SECRETES

système Talleyrand; mais le rôle que joue lej ministère français est pitoyable. Qu'un petit État flatte, dans sa faiblesse, une puissance voisine qu'i} ajntérét à ménager, tan-

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dis qu'il l'abhorre au fond , il n'y a rien là d'étrange; mais un État tel que la France, qui n'a qu'à vouloir pour être fort, s'avilit par une semblable conduite.

. Puissent les dépositaires du pouvoir, qui se servent de la faction jésuitique pour allumer le flambeau de ,1a discorde en Italie, réij^ehir sérieusement aux conséquences que pçut entraîner leur v imprudente conduite;; car^au* yeqx 4u peuple, 1* révolution devient l^gitixnQ lorsque la, légitimité der yie^^évQl^owairev, Qtf*oo ne croie pas; que c'est par prédilection ; pour l' Autrichet qneje! dévoileras intrigue* ourdies contré oçtte puissance : (jbuze moi» d'empfisonner ment à Milan , ,et ai* à Vienne , ne irç'*oat qerr tç# pas disposé. h meirondre son panégyriste;

Il ■■■ ■ — ,^pw

DE FRANCE ET î) ITALIE. 22Ç)

mais l'amitié dont m'a honoré te noble comté de Bubna , pendant ma détention , m'a mis à même d'apprécier à leur juste valeur les calomnies que l'ignorance ou la malveillance ont débitées. J'ai donc l'intime conviction

que l'unité et l'indépendance de l'Italie ne

sauraient se conserver que par la maison dé -Hapsbourg. Les motifs de cette opinion ont été développés dans un mémoire que j'ai publié il y a quelques années.

Un trait seul caractérise le baron P...; qu'on a, avec raison, nommé l'inévitable. Il ressemble àces feuilles de papier dont on fait à son gre un coq et un encrier, un navire et un bonnet de nuit. Il a été préfet de police , directeur des droits -réunis , président de la chambre des députés , ministre de la justice, enfin ministre des affaires étrangères. Il mit à obtenir la préfecture de police une insistance particulière. Napoléon répugnait à la lui confier, et ne lui en laissa pas igno-

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rer les motifs; il craignait que, issu d'une famille de robe , membre du parlement luimême, il ne se trouvât pas, si les circonstances devenaient critiques, à la hauteur de ses fonctions. Le baron présuma mieux de luimême; il répondit qu'il savait parfaitement à quoi il s'engageait, mais que son parti était pris, qu'il ferait son devoir.

Après la première restauration, il alla faire sa cour au duc de Berry ; mais celui-ci ne répondit à ses courbettes qu'en lui tournant le dos avec mépris. Alors le ministre de s'écrier, les larmes aux yeux : « Comment ! monsei- » gneur ! vous me traitez si mal, moi qui ai » osé braver la puissance de Bonaparte ! car, »par#ces mots : Je ferai mon devoir, j'ai » voulu dire : Je volerai au-devant du prince, » et je lui offrirai mes services. » Par une singularité remarquable, il était le seul membre du ministère Richelieu qui ne possédât que sa langue. Richelieu, de Serre et Siméon, con*

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DE FRANCB ET d'iTAJJE. a3l

naissaient la plupart des idiomes de l'Europe.

Je dois me justifier d'une accusation dont j'ai été l'objet. J'ai, dit-on, blâmé les Napolitains de n'avoir pas eu recours au massacre, lorsque leur situation politique commençait à se détériorer ^

Le comte Goltz , ambassadeur de Prusse à Paris, racontait aussi que, me trouvant à la chambre des députés avec la princesse Bagration, la duchesse de Dino et le comte de Choiseul, il m'était échappé, dans le cours de la conversation , de dire : que « La révolution ne marchant pas, il fallait revenir au moyen de Sand. »

Je niç formellement d'avoir prononcé ces mots dans cette circonstance; je ne ^>eux avoir rien dit de semblable que sous un autre point de vue.

Il est vrai que j'ai toujours été convaincu qu'une révolution ne se consolide jamais sans effusion de sang; il est vrai encore que j'é-

a3a LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

tais persuadé que celle de Naples ne se maintiendrait pas, à moins que ceux qui l'avaient faite ne s'exposassent à des actes de rigueur tels, qu'ils ne pussent revenir sur leurs pas. J'émis cette opinion , et j'ajoutai que , sans le moyen de Sand, aucun changement de choses ne pouvait se constituer. Si une réflexion semblable est un crime , que penser du chimiste qui désigne la quantité de poison* nécessaire pour tuer un homme sur l'heure ? La conviction qu'un nouvel ordre de choses ne peut se consolider sans effusion de sang m'attache à ce qui existe. Le gouvernement constitutionnel de Naples ne m'annonçait d'ailleurs rien d'heureux. J'avais appris à connaître la plupart des chefs de ce pcys ; je voyais souvent les deux ambassadeurs dont les missions étaient les plus importantes, les princes Cariati et Cimitile. Leur insignifiance me donna à penserque le gouvernement était sur un très mauvais pied T puisqu'il choisis-

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sait de tels sujets pour se faire représenter. La conduite de ces deux personnages était vraiment comique. Demandait-on àCimitile, homme d'une taille colossale , où l'on en était à Nàples? il levait les yeux au ciel, et, soupirant profondément, répondait : Va mate , matissime ! Le petit , le très petit Cariâti , ne perdait pas courage, et ne se tenait jamais pour battu. Aussi ne les nommait-on l'un et l'autre que le médecin tant pis et le médecin tant mieux..

Je ne nierai pas d'avoir d'abord défendu avec chaleur les opinions nouvelles dès Napolitains ; mais les motifs ci-dessus allégués me refroidirent bientôt ; et, fussé-je encore tin de leurs plus zélés partisans, leur lâcheté mé révolterait comme un phénomène outrageant pour l'humanité : je ne doute pas qu'elle n'ait produit la même impression sur les hommes qui avaient bien auguré de cet événement.

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Pense-t-on oublier le plan conçu à Paris ? Les constitutionnels piémontais et espagnols devaient mutuellement se soutenir en incendiant la maison du voisin, et en se tendant des bras fraternels dans la France "morcelée. On laisse en paix ceux qui travaillèrent à ce chef-d'œuvre; car il en est de la France de nos jours comme de celle dont Champfort disait, il y a quarante ans : * On y laisse en » repos ceux qui mettent le feu , et Ton per- » sécute ceux qui sonnent le tocsin. »

On reproche généralement à Decazes , mais à tort , d'être l'inventeur du système désigné sous le nom de système de bascule . c'était Louis. XVIII lui - même qui l'avait imaginé. Le ministre ne fut jamais que la créature de ce prince , auquel il savait se rendre nécessaire en se faisant son élève. Louis possédait de nombreuses connaissances. Je sais de bonne source que , souvent , lorsque les gazettes annonçaient avec beau-

coup d'importance, que « M. Decazes avait » travaillé avec le roi , » ce soi-disant travail ne consistait qu'en des exercices latins que le souverain corrigeait.

Le roi, par l'effet des préjugés et de l'éducation , inclinait en faveur de l'ancien régime ; mais le danger de laisser cet attachement influer sur sa manière de gouverner lui faisait réprimer son penchant. De là ses vacillations; de là la nécessité d'un ministre qui, sans indépendance et sans principes fixes, fît ce que le monarque jugerait bon qu'il fit; qui ne s'épouvantât pas de donner pour noir ce que la veille il soutenait être blanc. Ainsi il nomma soixante-quatre pairs, de crainte que le projet de Barthélémy, qui avait pour but d'amender la loi des élections, ne passât , et l'année suivante il le proposa lui-même.

Si en général on doit observer la maxime : De mortuis nil nisi benè, par rapport aux in-

dividus et à leurs relations, il faut, au contraire , quand il s'agit d'un caractère public, admettre le De mortuis nil nisi verè. Autrement il n'y aurait point d'historiens , mais des panégyristes, puisqu'il n'est pas permis de dire la vérité des vivants lorsqu'elle leur est défavorable.

D'après ce principe , je me crois en droit d'observer que Louis XVIII , malgré l'étendue de son esprit , n'avait aucune franchise dans le caractère ; et que ce manque de droiture mit la France en péril , comme il avait conduit Louis XVI à l'échafaud. Sous ce rapport, Charles X est bien supérieur. Il persévère avec fermeté dans ce qu'il a entrepris; son amitié n'est pas sujette à varier. Louis XVIII n'eut point d'amis ; il n'eut que des favoris qui, à peine hors de sa vue, étaient oubliés. Par exemple, son attachement pour Decazes n'était rien moins que désintéressé. Pendant l'hiver de 1822, le duc de

La Châtre, premier gentilhomme.de la chambre , voyant le roi de fort mauvaise humeur, se hasarda à lui en demander le motif. Le souverain lui répond avec amertume : «Je m'ennuie , personne ne sait m'amuser comme faisait Decazes. » Notre gentilhomme, qui haïssait le ministre disgracié , ne put cependant s'empêcher de répondre ; « Mais , sire ; vous n'avez qu'à le rappeler. — Non, il est impossible qu'il puisse jamais retourner au ministère. — Votre Majesté a mille moyens de l'employer auprès de sa personne, — - Comment! monsieur le duc ! vous n'avpz donc jamais lu le Cuisinier bofirgeois? -r- Jaçi^is, sïre.^Eh bien! lisez -y l'article du pM:A& li#vr$i vpus y verrez qrçe., pow ; faire un pâ[té, dp lièvre , il faut d'abord avoh? du lièvre :.^p même y pout, faire, uû gentilhpmmp dç la chambrp, il fayt un geMilhpmme. >? Je tieus cette anecdote du duc dp La Châtre lui-

même, ami intime de la famille de Serre. Le roi actuel est convaincu que la condescendance de son malheureux frère, c'est-àdire que le consentement qu'il a donné à l'éloignement de Calofine et au rappel de Necker, a préparé sa chute. Si on le voit, au mépris des clameurs du peuple, soutenir les ministres en place , c'est pour ne pas paraître céder avec faiblesse aux importunités. Rien ne l'attache à eux. On sait à quoi Peyronnet est redevable de sa grandeur; ce fut en décidant le renvoi de madame du Cayla qu'il prépara son élévation. Au reste, le temps décidera si la conduite du monarque est sensée ou non ; mais un caractère tel que celui de Charles X, qui demeure attaché aux dispositions qu'il a prises, et ne chasse pas lâchement ses fidèles serviteurs, pareequ'ils cessent de convenir à tel ou tel parti , mérite assurément de grands éloges. Il a prouvé que la véritable amitié peut être honorée sur le

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trône, et que le cœur bat aussi chaudement sous l'hermine que sous le simple manteau de bure.

Terminons par deux observations que j'écrivis tant bien que mal, il y a quelques années. « La restauration ramena un double intérêt, celui des Bourbons et celui des émigrés. La cause des Bourbons était gagnée ; mais ils risquent de la perdre à force de l'unir à celle des émigrés , qui est absolument perdue. »

« Depuis Louis XIV un vertige s'est emparé de tous les Français ; ils croient qu'on ne peut être libre qu'en donnant des lois aux autres , et qu'on est esclave en obéissant aux lois. Ils sont contents d'être esclaves chez eux, pourvu qu'ils puissent faire les despotes chez les autres. Voilà pourquoi chaque guerre devient aussitôt populaire en France. Les Bourbons doivent porter la guerre aux au très pour garder la paix chez eux ; et ils le

ferqnt sans doute dès qu'ils croiront être sûrs de Tannée. Ils peuvent escamoter les libertés du peuple en les échangeant contre des victoires. La France se laissera volontiers gouverner par les jésuites, pourvu qulls jettent le froc et endossent la cuirasse. »

Je ne puis passer sous silence ma prétendue intimité avec le comte deB..,, auquel je dois des renseignements précieux. Je feignis de me lier avec lui pour gagner sa confiance , et je réussis complètement dans mes vues. Ce fut à Genève, en 18a 1, que je le vis pour la première fois. Je découvris bientôt qui! était chargé d'une mission importai^ ; mais, laquelle ? Pour m'en instruire» je pris un moyen sans doute fort blâmable. Je lui donnai à entendre que j'étais un observai tçur, que J'étais même chargé de le surv^Uter, Il se laissa prendre aux lacs , et je parvins , par mo.n apparente coafiaace, à m'attirer U sienne. Il me fit les communications les

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plus importantes; c'est-à-dire qu'il me traça Iç plan de conduite des espions dans les savons dç Paris ., ce qui me mit à même d'avertir quantité de mes amis, et me sauva moi - mêirçe de grands désagréments.

Il est souvent plus facile de séduire des gens habiles que des individus d'un esprit borné; les derniers ont coutume d'être toujours sur leurs gardes^ les ^tres ne croient pas en avoir besoin. Aussi troiiïpe-t-OQ plus aisément le Français spirituel et rusé, que le lourd Autrichien,, Je conviens, à ma honte, que souvent des sots m'ont surpris, et que! terçmejit, pu jaunis il ne m'arriva d'être dupe de l'adresse. Cela me paraît même Viiniquei motif qui pousse certains* gouvernements à se faire représenter par des ambassadeurs de peu de capacité, On les considèrercomme \ des hpippies sans conséquence ; œte les met ejj position, dapprendre.ee qui resterait *• 16

caché à d'autres. S'ils ne connaissent pas l'importance de ce qu'ils rapportent à leur cour, le ministre habile sépare l'ivraie du fro ment. Ce sont précisément ces personnages que les femmes ne redoutent point, et qui sont, par cela même, fort dangereux pour elles.

Quelque chose d'indispensable à un diplomate, et qui n'est pas précisément le partage du Français, c'est l'art de laisser venir. Il s'écoute lui - même avec trop de complaisance pour chercher, par le silence, à appe- 1er les ouvertures de son interlocuteur; il croit les provoquer en parlant, et il se trompe. Talleyrand est le seul diplomate qui ne se serve pas des discours comme moyen. Sa force consiste surtout à dire beaucoup en peu de mots; il échauffe son antagoniste par sa froideur.

Je reviens à mpn comte de B . . . On me recommandait de tous côtés d'user de circonspection avec ma nouvelle connais-

DE FRANCE ET d'iTALIE. 243

sance, et, comme je ne tins aucun compté des bons avis qu'on me donnait, je commençai ( et certes ce ne fut pas sans quelque apparence de justice) à paraître suspect.

Je ne pouvais découvrir à personne le véritable état des choses , ni rappeler la maxime d'Aristippe.

Plus tard , je fis connaître mes opinions dans une petite brochure que je publiai; mais ma liaison avec B. . . me fit un tort réel , et je fus sévèrement puni de la supercherie dont je m'étais rendu coupable. Un abus de confiance, quelque méprisable que soit l'homme qui en est victime , et a part lebut, qtri peut d'ailleurs être bon, est toujours une action basse1 et déshonoriante en

soi. On ne saurait tiier qu'A est souvent avantageux de se servir de pareils moyens pour

arriver à ce qu'on se propose; maïs^je me félicite que ce n'ait été chez moi qu'un écart d'imagination : heureux encore de ne l'avoir

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pas satisfait aux dépens de mon caractère l B . . . était un homme dpubje. Il avait fait, sous le nom de mon ami le marquis de Champagne, un rapport sur les affaires d'O rjent. Au mois de septembre 1 8a i il rédigea, pour un soi -vlisant comte d'Asti de Baldis? sero, espion piémontais, un écrit où étaient émises c^es -opinions tout opposées, (et <lans lequel il présentait les Maures comme des jacobins ej; d^j régiçidçs.

Ce n$me ministère., qui avait, besoin d'un B,.. poyr.prg^njsier des émftute£.<révo-* lutjionnaires , çut Laudaçec^e^qyejr à plu-

sievirs cours allçmandçs de ,fau,x rapports mr l'esprit d'Iépa, et au très, contrées, voisines.

Il se considérait, cojpme pfrli&é * ^•aPr^ ^ principes de 1^ Sainte-Al^nce:, ded^^mirçi les menées secrètes. Qn faisait, circiiler les rapports que Fauche-Bpçel frédigeaitpqy r le directoire général de la polijce , et dont ce corps connaissait parfaitement la f^sseté ,

DE FRANCE ET b'tÏÀÙË. 2^S

dans les cours d'outre-Rhin ; on n'ose dire ce qu'oft pense de la tendance des gouvernements à faire naître des crimes pour punir des criminels*

Je me rappelle uneanecdote comique dont j'ai été témoin , et qui n'est pas déplacée ici. Un «homme d'une mise élégante se promenant à Copenhague , un matelot lui mit , sans en être aperçu , un gros pou sur les épaules. A quelques pas de là il l'arrête , et enlève de dessus son habit la vermine qu'il y avait placée; lui-même, le tout en maudissant les polissons des rues. L'étranger de s'épuiser en remerciements , et notre fin matois de s'esquiver avec un bon pour-boire.

On sait que le prince de Carignan n'avait point accès dans les commencements auprès du roi actuel Charles-Félix. Le comte d'Osasco (autrefois gouverneur de Nice, aujourd'hui piccoto grande di cotte ) fut invité à' dîner à Novarrëi par le prince, peu de temps

après sa fuite de Turin. D'Osasco répondit franchement, qu'il aimait mieux manger seul. Je tiens ceci de la bouche du comte.

Le principe de la légitimité peut, à mon avis, être considéré sous un double point de vue : Le souverain ou le gouvernement, qui ne tient pas son pouvoir du fait, mais du droit, est-il légitime ? Mais le droit ne saurait résulter de la conquête ; il faut donc qu'il Tait précédée. La légitimité est reconnue depuis long-temps par les peuples du Nord, les Allemands, les Danois et les Anglais ; elle n'a pas rapport à un seul objet, au gouvernement, mais à tout en général. C'est l'attachement à ce qui subsiste, à ce qui a été.

Mais tandis que pour le protestant la légitimité n'est qu'une affaire de sentiment, elle est pour le catholique un droit, un droit divin; car, pour lui, elle émane dç ces temps où le prince tenait en quelque sorte son

DE FIUN.CE ET n'iTALIE. 2^

pouvoir du Saint-Siège, de saint Pierre, de Dieu même; de là l'importance du sacre*

Je demande avec instance qu'on n'interprète pas à faux ce que je viens d'exposer. Si on ne m'interdit pas la parole (et je n'ai pas à craindre, souf notre gracieux souverain, qu'on me mette en prison ^ puisque j'y suis déjà), je développerai mes vues sur la légitimité.

Tout acte de violence , toute infraction à la justice du gouvernement, éteint, ou du moins affaiblit dans le peuple le sentiment de la légitimité. L'église, le prince et le peuple, forment, selon moi, une sainte trinité; et quiconque s'efforce de favoriser l'un aux dépens des autres, est coupable de haute trahison .

Lorsque des États d'un certain ordre ont acquis une prospérité intérieure et une force extérieure, ils ne peuvent plus s'en tenir là; car ils ont brisé, en s'élevant , les marches

2/f8 LES SOCIÉTÉS SECRETES

par lesquelles ils sont parvenus. Il est donc très possible que les Russes inondent un jour l'Europe; mais les fléaux que l'invasion traîne après elle ne seront que momentanés, tandis que ses résultats seront durables ; car les peuples tendent à se confondre au physique et au moral. Le premier principe organique travaille sans cesse à assimiler les • parties brutes avec celles dont se composent les corps vivants II en est de même de la civilisation ; elle domptera les peuples victorieux, et leur donnera les habitudes des vaincus. Ce qui s'est passé en Chine et en Italie nous en fournit la preuve.

Un peuple, ou, si Ton veut, une masse d'hommes dont la langue , les mœurs, la position géographique, diffèrent de celles de ses voisins, devrait naturellement rester uni, et ne présenter qu'un faisceau compacte. C'est en feffet ainsi , si Ton en croit l'histoire, que se formèrent les premières associations

politiques; mais cet état de choses ne fut pas de longue durée. Des nations se confondirent , d'autres se divisèrent ; l'unité de vues, la communauté d-intérêts, disparurent. De là les guerres, les interminables contestations qui ont successivement ensanglanté la terre. Néanmoins ce principe, qui agit sur le physique comme sur le moral, sur la nature vivante comme sur fa nature inanimée , l'attraction qui tend à confondre les corps homogènes, ne cesse jamais de se faire sentir. La force en suspend souvent les effets ; mais elle ne peut la détruire. Une circonstance imprévue , un mouvement, un rien suffisent quelquefois pour lui rendre son énergie. Le temps lui-même, loin de l'affaiblir, ne fait que la rendre plus impétueuse. La Pologne, l'Allemagne, l'Italie et la Grèce nous en fournissent la preuve à chaque page de leur histoire. On parle beaucoup d'établir uri juste équilibre erî Europe. Il

y a un moyen bien simple d'y parvenir, c'est de ne pas séparer ce que la nature a fait pour être uni. C'est là une maxime qui était digne de former la base de la Sainte-Alliance. Je ne prétends pas cependant que des peuples divers ne puissent, être heureux sous un même souverain ; mais ils ne le sont du moins qu'autant qu'ils ont un gouvernement séparé, en rapport avec leurs intérêts, leurs affections nationales. Ils forment alors une agglomération d'états et non une agglomération d'hommes qui vivent sous les mêmes lois.

Encore cet état de choses est-il sujet à mille inconvénients. La défiance, le mécontentement sont continuels: chaque peuple regarde l'autre comme privilégié , et il est presque impossible de ne pas les blesser tous par les péages et les impôts.

Et ce besoin d'être unis , même en politique, qu'éprouvent les hommes liés par des

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mœurs, un langage et une situation commune, n'est-il pas quelque chose de réel? Tant que les provinces que la nature destina à être régies par les mêmes institutions obéissent à des princes différents, le commerce ne prospère pas plus que les libertés publiques. La multiplicité des frontières s'oppose à la rapidité des transports; l'inquiétude des gouvernements qui s'épient bannit toute innovation : rien ne marche, rien ne s'améliore. Non, les nations ne seront heureuses que lorsqu'au lieu de ces réunions artificielles que la violence opère , il ne sera plus question que de celles qui sont produites par des rapports mutuels, ^ant qu'on parlera de l'art de gouverner et non des intérêts nationaux, que la politique de l'état ne sera point la politique du peuple , cet équilibre qu'on veut établir en Europe ne fera qu'augmenter le nombre des rêves du chevalier de la Manche.

»5a LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

L'Italie a jeté trop d'éclat avant d'être démembrée pour ne pas désirer se reconstituer encore. Elle sait que les guerres, les dévastations qu'elle a souffertes sont dues au morcellement de son territoire et à l'influence qu'il donne aux étrangers. Elle gémit depuis des siècles dans la triste situation où elle se trouve, sans que personne se soit présenté pour lui prêter secours. Un seul individu a tracé la route qu'il faut suivre pour réunir les lambeaux épars de ce malheureux pays : e'est Machiavel ! un seul l'a suivie : c'est ce César Borgia si décrié1, et dont toute la vie pourtant fut celle d'un profond politique \ d'un patriote généreux. Toujours le même dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; sachant s'affranchir des préjugés et des hommes ; doué d'une force de volonté extraordinaire et d'une énergie d'exécution sans exemple. Il était fait pour être le libérateur de l'Italie; et il le fût devenu, je n'en doute

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pas, si la mort de son père ne fût vernie .mettre un termp à ses prpjets. Il a. échoué, son nom est tombé dans l'opprobre • s'il eût réussi , il serait répété avec enthousiasme. Cçtte aseertipn sen^Wje m paradoxe ; mais elle donne la cjef $\i ppinci de Machia* vçL Çtéveloppoqs-la* :

Uqe nation abcut^e parun long ssckvage, par d'interminaW^Si guerres investîmes, une na^jon qi^ AYAit pjçrdii toute ; croyance reli* gueuse y et qi# , éfajt d^en^e la> proie dune W^W^e Pe% 4^Pfttes m pouvait re<feon- 3SWÇW#W indépensée** $a grandeur que WTÂ&Wf>yim viotefl^Borgiaie reeoriniiti ftsep^ qp^ïa^orce sp^e po^fMfldétrdmérla force. Ce fut Machiavel, et sûrement il avait ses inotife, fl^i^n^igna^l^ 4e$pQt^me/llire- .Ç^f?1?^ #Be 1 Wd^pepdançe au4efeora devait

PF^de^a^*f!^aui4e4^ns;<m'iUallait4tpe, ayant de s'o^pi^r.ds la manière dont on serait. CJe, brûlant, républicain fjui abhiw ait

*.. .jf.y

les Médicis, alors la famille la plus puissante du pays, indiqua dans son Prince les moyens d'en donner un à l'Italie,

C'était un mal pour un mal. Mais Hercule ne parvint à triompher de l'Hydre de Lerne, qu'en appliquant le feu pour empêcher de repousser les têtes qu'il avait abattues. L'Italie ne peut recouvrer son unité que par le despotisme, qui lui rendra son indépendance et sa liberté. Si au moment du partage de la Pologne, il se fût trouvé, dans ce malheureux pays, un homme capable de lutter contre les factions et de concentrer l'autorité dans ses mains, l'héritage des Jagellons ne fut pas devenu la proie de l'étranger.

Il y a une feuille de trèfle mystérieuse, qui se compose des politiques les plus distingués. Ceux-ci, pour réunir et rendre l'Allemagne indépendante, se prêtèrent à toutes les mesures que l'ambition du conquérant lui sug-

gérait pour l'agrandissement de la France. Ils applaudissaient à la création des royaumes nouveaux, à l'avilissement des princes de vieille race, parcequ'ils connaissaient l'intention de l'empereur de médiatiser tous ces princes depuis le plus petit jusqu'au plus grand, et d'incorporer, comme l'avait fait Charlemagne, l'Allemagne à la France. Il était évident que cette réunion ne pouvait être durable : elle se serait tout au plus maintenue sous Napoléon, car l'Allemagne fai* sait alors un tout.

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