‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 24 sur 26 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Réclamation délia commissions délia. Porta Nuova* — Perfidie du signor Albertini. *— Le roi de Prusse à

Milan. — Mensonge et vérité. --Nouvelle réclamation..

~ Quel en est le résultat.

' La vérité est-elle encore la vérité, lorsqu'on la dit • dans l'intention de tromper P et k mensonge ne cesse-t-U pas d'être mensonge , lorsqu'on le débite >, bien convaincu de n'abuser personne?

; Ce fût environ à cette époque (au mois d'août 1822), que le tribunal connu sous le nom deUa cammi$sione délia Porta Nuova me somma de comparaître à sa barre. Le motif de cette injonction était tout-à-fait plausible : mon imprudence lui avait donné des

armes contre moi.

Dans une des soirées du mois de mai, on amena une multitude de prisonniers d'État. Parmi eux était un bon propriétaire du nom d'Albertini, qui occupait Ajpe chambre à

côté de la mienne. Je me sentis vivement

ému m apprenant qwe cet homme âgé et

malade n'avait qu\m fila unique, étijdiânt à

Pavie, qu'on avait également privé de sa liberté. Touché de ses malheurs et de ses plaintes, je liai conversation avec lui, et lui offris tous les petits services que j'étais à même de lui rendre. Je lui donnai les instructions locales dont il pouvait avoir besoin; car je remarquai que son arrestation subite lui avait comme enlevé' la raison. Il me remercia, et, sur la demande qu'il m'en fit, je parvins à kd procurer quelque argent et les moyens d'écrire. Voilà les seuls rapports que j'eus avec» cet individu , puisque vingtquatre heures après il fut conduk dans les prisons délia Porta Nuova.

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Son nom et son Histoire étaient depuis long-temps effacés de mén souvent s- lorsque, sûr ses rapports, la commission de*manda avec instance que je lui fusse livré , afin de me faiire subir un interrogatoire. Quel coup de foudre pour moi , au moment ou je croyais tous les obstacles qui s'étaient jusque là opposés à mon élargissement en* tièrement levés ! Bubna refusa' de ïne remettre sous son autorité, et s'engagea pourtant à me questionner sur tous les points, que ce tribunal jugerait nécessaires. 11 me fit en outre connaître les dépositions dûf prisonnier. Cet homme voulait , à Tiastaï de beaucoup de gens, se tirer du danger en y plongeant les autres; il avait, pour se justifier, compilé une longue histoire où il établissait l'existence d'une conspiration . Il p* étendait encore qu'il y avait à Milan des loges de Carbonari en activité, et c'étaît moi qui lui avais donné connaissance de toutes ces belles

choses. Il se servait de quelques lignes insignifiantes écrites de ma main, pour prouver les relations qu'il avait eues avec moi.

Je répondis en peu à% mots que je lui avais en. effet procuré quelques secours, mais que le reste était de pure invention. Ma défense était trop simple ; la commission n'en parut pas satisfaite , et demanda que je fusse confronté avec mon accusateur. Mon généreux protecteur tint bon , et, se déclarant ouvertement en ma faveur, prétendit qu'à défaut de toute autre preuve, le non d'un individu valait autant que le oui d'un autre. «Au reste, ajouta-t-il, je me rends perspnnellement caution de la véracité de mon prisonnier. Qu'il soit ce qu'il veut, vrai ou faux, dangereux ou inoffensif, Carbonaro ou Calderaro, il n'est pas assez sot pour faire à un inconnu des aveux qui mettraient ses jours en péril. »

Son intervention ne me procura du repos

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que pour peu de temps; car, disons-le à la gloire de l'Autriche, sa justice est toute-puissante , et nulle protection , nulle raison d'Etat, ne peuvent déterminer l'empereur à l'entraver dans son cours, quoiqu'il aime cependant à adoucir les jugements rendus. Ce fut le motif qui engagea Bubna à me faire promptement quitter l'Italie. Je ne lui avais rien tu de ce qui me concernait , je lui avais exposé ma position sans détour; il jugea que rien ne pouvait m 'arracher à la puissance du terrible tribunal. Il était à la vérité certain de mon innocence; mais mes juges n'eussent pas été du même avis, puisque* j'étais fermement résolu de ne point nie disculper aux dépens d'autrui.

Un jour j'allai le trouver pour lui demander la permission de faire de temps à autre des courses à cheval sur les bords du lac. 11 réfléchit un moment, et me dit : « Très volontiers; et comme de Corne il n'y a plus

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qu'un quart d'heure pour arriver aux frontières suisses , vous ferez bien dé gagner le large.» Je me mis à rire, persuadé qu'il plaisantait, en m 'écriant : a Ne le craignes pas, * car ce serait , vu l'état des choses , la plus grande sottise que je pusse faire. — Gomme vous jugerez à propos , mon cher, repritril.» Je ne compris que trois mois après le sens de ces paroles.

Le temps du congrès de Vérone approchait, et de tous côtés les étrangers affluaient dans cette ville , ancienne résidence des princes lombards. Le roi de Prusse s'y rendit incognito sous le nom de comte Rupin. II avait laissé sa suite derrière lui, et n'était accompagné que de quelques adjudants. Bubna ordonna une revue générale et de -grandes manoeuvres. Les troupes se réunirent sur la belle place du Château; le roi vint après la messe dans une salle , d'où il vit défiler tous les régiments. J'as-

sistai aussi à la revue , escorté de mon adjudant , mais à une honnête distance, car je ne jugeais point à propos de m'exposer aux regards de gens qui rie me voulaient pas de bien , et qui naturellement ne pouvaient être bien disposés en ma faveur. La Prusse avait , bien long-temps avant que je ne me fusse adressé au comte, demandé ' mon extradition. Cependant la réclamation de l'Autriche fut préférée , et je fus remis entre* les mains d'un commissaire de cette nation , sous la condition formelle qu'on ne me jugerait qu'avec le consentement de la cour prussienne.

A peine Bubna in'eut-il remarqué qu'il chargea un officier de m'accompagner au salon. Je le suivis à regret, car les autorités civiles et militaires et les premières dames de la ville étaient réunies autour du monarque. Je me plaçai dans l'embrasure d'une fenêtre , afin d'éviter que l'attention se por-

tàt sur moi; je craignais sans cesse qu'on ne prononçât mon nom, qu'on ne fit mention de ma personne. Je sentais qu'il ne pouyait être agréable au roi de se trouver vis-à-vis d'un prisonnier d'État que son cabinet poursuivait avec tant de rigueur. Le gouverneur autrichien , mécontent des obstacles que cet État mettait à mon élargissement y et qui n'approuvait point d'ailleurs la sévérité des mesures qu'il avait prises pour détruire les intrigues, démagogiques, se trouvait dans une disposition tout-à-fait favorable à mon égard. Il venait de parler au roi, et était encore auprès de lui, lorsque celui-ci s'écria en m'apercevant : « Hé ! comment donc ! monsieur le démagogue, vous êtes ici et fourré dans un coin ? Venez donc plus en avant , car je sais bien que vous ne redoutez ni la publicité ni le grand jour. »

Alors tous les regards se fixèrent sur moi \ pleins d'étonnement. On peut s'imaginer

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combien on trouva mauvais qu'un prisonnier fût traité avec une telle distinction, et s'exposât à soutenir la présence du souve*rain outragé.

Au reste, ce qui m'a fait un tort réel, c'est que comptant sur l'amitié et la* protection de Bubna, j'avais pris un air d'ar-. rogance et de mépris envers les autorités, même à l'interrogatoire ordonné par la Prusse, j'avais dépassé les bornes, je n'avais pas montré la modestie qui convient à tout individu; et surtout à un accusé. Je dois mettre le noble comte à l'abri du reproche de m'avoir abandonné à moi-même , et de m'avoir gâté. J'ai eu à deux reprises différentes des scènes terribles avec lui. La première eut lieu au commencement de ma détention. Il m'accusait à tort d'avoir eu l'intention de le tromper, et éclata en reproches amers. La seconde, je n'étais pas exempt de blâme. En faisant l'inspection de mes papiers, il tomba

sur un morceau que j'avais écrit quelques années auparavant, et qui était également répréhensible aux yeux de la morale et de la loi. Je me souviens encore des premières lignes, qui serviront à donner une juste idée de l'esprit de l'article : « En Italie, les magnanimes Carbonari ont de nouveau allumé un incendie que le sang des tyrans autrichiens peut seul éteindre. »

Le comte ne put contenir sa colère ; je le vis pour la première fois sortir de son flegme accoutumé, et parler avec chaleur. H m'adressa de vifs reproches , et finit par ces mots : « Un jeune homme égaré ne saurait s'exprimer de la sorte; un tel langage ne peut sortir que de la bouche d'un être pervers • on l'attendrait tout au phts d'un Robespierre. »

Je me retirai ; mais , à peine rendu chez moi, j'écrivis au gouverneur une lettre où ma mauvaise humeur et mon chagrin écJa-

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taient à chaque ligne. Au lieu de s'en offenser, comme je le craignais d'abord, il me fit demander, et dit en me prenant la main : «Si je me suis servi envers vous d'expressions un peu a mères, pardonnez-les à un vieux soldat qui n'est pas accoutumé à mesurer ses paroles. Je ne nie pas d'avoir eu de l'humeur; mais vous devez en être plus satisfait que fâché ; car si vous m'étiez indifférent, je me fusse contenté, sans mot dire,, d'envoyer les pièces à Vienne. Croyezmoi, si je ne prenais pas un vif intérêt à votre avenir, je me serais depuis long-temps débarrassé (Je cette affaire qui ne m'a causé que dçs désagréments et des chagrins. Sache^ gré^u vieux Bubna d'être sincère avec vous. >)

Un peu avant son départ pour le congrès de Vérone, la commission demanda de nouveau que je lui fusse remis , et cette fois pour des causes de telle nature que j'en

éprouvai de violentes inquiétudes. Les lettres que j'avais écrites à Turin venaient à présent même, c'est-à-dire au bout de neuf mais, de tomber dans les mains de la police. H paraît que le duc de Fra Mari no, employé par le général Frimont, avait joué à mon égard le rôle d'un lâche dénonciateur. Comme elles avaient été trouvées chez le comte Gonfaloniere , désigné comme chef de la conspiration des Lombards , on en conclut, bien à tort cependant , qu'il y avait une liaison plus étroite entre nous. On insista avec d'autant plus de force pour que je fusse transféré à la prison delta Porta Nuova , que l'on avait découvert en même temps un billet adressé au prince W* . . , et qui portait en tête le signe du carbonarisme. Bubna rejeta cette nouvelle réclamation.

Quant à moi , je ne* répondis ni oui ni non'aux questions qui me furent adressées. Dans un cas j'aurais menti , et dans l'autre

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j'eusse dit une vérité qui eût exposé ma liberté, et peut-être mis mes jours en péril. J'espérais que l'appui de mon généreux proA lecteur me tirerait encore de ce mauvais pas; car je lui avais confié depuis long-temps, sous le sceau du secret, le véritable état des choses.

Je dois offrir à tous ceux qui se trouvent dans une position analogue un double conseil dont le résultat peut seul les sauver. Celui qui est enveloppé dans une affaire de cette espèce fait toujours bien d'avouer d'abord $ et sans qu'on le lui demande, ce qui , selon toute probabilité, sera reconnu dans le cours de la procédure, en admettant, hien entendu , qu'un semblable aveu ne nuise à personne. Par ce moyen il change entièrement sa position ; il prend , pour ainsi dire, place parmi ses juges, qui ne donnent pas à ce que dit l'accusé la dixième partie du poids qu'ils accordent aux choses

qu'ils ont découvertes d'eux-mêmes. Souvent on écarte ainsi des détails susceptibles de prendre une couleur défavorable. Les demi -aveux ressemblent à un cul-de-sac; l'entrée en est facile ; mais arrivé au pied du mur, il faut revenir sur ses pas. La seconde maxime que j'ai exactement observée dans toutes les occasions , est de ne jamais me permettre le moindre mensonge. J'en imposerais si je me présentais ici comme un modèle de sincérité; je conviendrai même que ce n'est pas seulement l'horreur que m'inspire le mensonge , mais encore le tnal qu'il produit, qui ont fait que je m'en suis toujours abstenu. Je soutiens au reste qu'il n'y a rien de plus mal imaginé ; car l'esprit le plus fort, la mémoire la plus sûre, s'embarrassent quelquefois, et tombent dans d'étranges méprises.

Autre chose est de ne pas dire la vérité. En effet quelle puissance morale ou physi-

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que peut me forcer de communiquer à d'au* très ce que je tfats? Quoique j'aie été longtemps détenu , et fréquemment soumis à d'astucieux interrogatoires, jamais je n'ai dit une fausseté , c'est-à-dire que je n'âr paS plus nié un fait véritable que soutenu une chdse fausse; car le mensonge négatif né vaut pas mieux que le mensonge positif. Heureux de m 'être conduit d'après ce principe! Si j'en eusse fait autrement, com nient, maigre la fidélité de ma mémoire, nesérais-je pas tombé dans quelque contradiction, ayant eu à subir dans cinq États différents les examens Jïes' plus sévères? Une seule fois de ma vte, j'di1 soutenu dans une occasion importante une chose fausse, et cette faute a été là source de tous mes maux.

Au reste, notre siècle est trop éclairé pour qu'on puisse abuser qui que ce soit par des mensonges. Quiconque s'est donné la réputation 4'homme fin trompe facilement

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lorsqu'il dit la vérité, sans qu'on 4a lui demande; car personne ne le croit assez simple pour la laisser échapper. Sot, on .trompe avçc dçs mensonges. Un homme habile ne peut mieux réussir. à cacher son but à nos grands politiques qu'en le leur confiant. Les besoins de .l'époque sont , méconnus par ceux-là mèipcs qi;i sont appelés à les étudier ; ils pensent que le siècle est feux comme eux. Nous çavons ainsi pourquoi on les voit agir en sens inverse de ce que le moment exige. Souvent je me «suis demandé si I4 vérité est encore vérité quand on la dit dans l'intention de tromper, et si le mensonge cesse d'être tel , quand on le débite bien convaincu dfe n'abuser personne? On n'a pus encore de réponse satisfaisante à la question profonde de Pilate. Les limites entre le bien et le mal , entre le juste et l'injuste ne sont pps aussi exactement défi nies danslapfaiiqufe que dans la morale. Heureusement qu'il 4*

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de notre intérêt de noua conduire avec loyauté, et oq vpty généralement 1$ véritable, çscroc agir comme l'homme de bien,, Dans cent ans, si Dieu le permet, le monde sera si éclairé qu'il n'y aura plus de fripons , car il est pi y s avantageux d'être honnête. Que Je monde y gpg#e....! «Je vous le dis en vérité, si vous n'êtes pas comme ces enfants, vous a entrerez pa* dans le royaume du qel. w

; Spr Ja fin de novembre, j'appris avec certitude que mon affaire avait pris une mauvaise tournure. Tout espoir d'une prompte délivrance disparut» Deux circonstances en furent cause. Oa me regardait comme uh personnage assez important pour s'en occuper de haut lieu; personne ne paraissait pouvoie donner des éclaircissements plus exacts su* mon caractère et ïntotww^uite que le cpnUe de -Sejre, ancien nômstne français de

Ujtt#J%$ etgiffd&<^£ee*ii*, puisque jravais

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vécu auprès de lui des années pendant lesquelles il m'avait tenu lieu de père. Le comte alla à Vérone. Mais, hélas! nos relations étaient bien changées; des gens que je ne veux pas nommer avaient réussi à l'aigrir contre moi et ma politique. Il ne restait plus en lui aucune trace de ses vieilles doctrines. Les atteintes personnelles et les nombreux outrages qu'il eut à souffrir de ses anciens amis, qui le considéraient comme un apostat, achevèrent de l'exaspérer, et le conduisirent en moins d'un an au tombeau.

Le comte de Serre déclara , comme il le devait alors 9 que j'avais été un des plus chauds partisans du comité directeur, *et d'autant plus dangereux que par ma grande jeunesse, ainsi que par maintes autres qualités , je savais endormir l'attention des hommesdu pouvoir, et lesgagner eux-mêmes. Il se plaignait de m'avoir donné, sans le vouloir, à moi et à mon parti» beaucoup d'avan-

tages, et il tenait pour indispensable de ne point me perdre de vue.

Tout mon malheur provient de la malheureuse importance qu'il m'attribuait ^ mais ne l'en blâmons point, car on m'avait donné à ses yeux une apparence de torts que toute ma conduite confirmait.

« Paix à sa cendre, à la cendre de cet homme de bien ! »

Personne ne partagea plus vite les vues du comte de Serre que l'empereur de Russie, qui mettait l'intérêt le plus vif à tout ce qui avait le moindre rapport au parti révolutionnaire.

11 s'occupa particulièrement à découvrir ce prétendu comité directeur. De là l'importance qu'il me donna comme son agent.

L'importance révolutionnaire que m'attribuait l'empereur, et qu'il n'était pas en mon pouvoir de rejeter, paralysa le zèle de ceux qui s'intéressaient en ma faveur. La

commissione délia Porta Nfuova obtint de l'empereur François, par l'intermédiaire du comte Strasoldo, que je lui fusse remis. Ce monarque sévère ne put et ne voulut pas s'opposer à une demande juste.

Au reste, il en est à cet égard de la plu part des diplomates commedti commun des hommes relativement aux revenants. Personne ne peut soutenir qu'ils n'existent pas; chacun a des moments de Faiblesse où il se sent disposé à ajouter foi à ces sortes de contes. Cependant très peu prétendent avoir eu des apparitions, et ceux mêmes qui soutiennent avoir vu des spectres avouent ne les avoir aperçus que de nuit , où, selon l'ancien proverbe, tous les chats sont gris. Loin cependant de hier que ce comité ait lieu , je pense qu'il existe (car une chose à laquelle tous croient, que quelques uns seulement connaissent, et que personne né peut démentir,

doit en effet exister). tJn homme senèé ne

refusera pas d'admettre les revenants pâite*qu'il n'en a jamais aperçu; il ne niera pfoînt non plus l'existence du comité directeur pour n?en avoir point découvert les traces; mais qu'il soit formé de telle ou telle façon, que ce soit véritablement une ligue ou seulement une réunion d'hommes animés des mêmes principes; voilà ce qui sera longtemps un objet de discussion; je me propose, et le ferai peut-être , de développer dans le prochain volume quel était le but de ce conciliabule.

Cependant le comte de Bcrnstorf me ré^ clamait de son côté comme sujet danois : on décida que je devais d'abord subir l'examen de la commission , et que si ceîlcéi jugeait à propos de me fejneltre en liberté , je me serais embarqué à Gênes ou à Livourne pour ie Danemarok. Je savais le sort quiWétait réservé si je t%mbais une fois au pouvoir de la commission ; elle wt'eât

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jugé cripùnel, puisque je ne pouvais avouer la vérité.

Elle avait eu récemment encore les preuves matérielles de mon apparente culpabilité. Le comte Gonfaloniere croyait avoir gagné, par l'espoir d'une forte récompense, un des gardes de la prison delta Porta Nuova. H le chargea de remettre quelques lignes à la comtesse Gamb... , ou en son absence à la comtesse Pas.... Mais à peine le misérable eut-il le billet, qu'il le porta chez le juge d'instruction , M. Salviotti. Gonfaloniere priait cette dame de se rendre dans certaine maison, d'ouvrir une armoire secrète, recouverte par un tableau qu'il dépeignait avec exactitude , et de détruire les pièces importantes qu'elle contenait. L'autorité fit son profit, comme on peut l'imaginer, de cet avertissement ,. et réussit, après dix mois de recherches, à s'emparer de documents précieux.

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Du moment où j'appris avec certitude cette découverte, je reconnus que la fuite seule pouvait me délivrer. Je compris alors l'avis mystérieux que Bubna m'avait donné; néanmoins je ne pouvais vaincre la répugnance que j'éprouvais à abuser de sa confiance; je craignais d'attirer sur qpt homme généreux le reproche de négligence ou d'une intelligence coupable avec moi. Je me décidai donc à agir avec autant de droiture que comportait la circonstance.

Je lui écrivis à Vérone que je tenterais le plus tôt possible de m 'évader, qu'il prît en conséquence les moyens qu'il jugerait convenables pour s'opposer à ma fuite. Il ne se le fit pas répéter; il expédia un courrier au commandant du fort, avec ordre de ne pas me perdre de vue et de m'interdire toute excursion éloignée. C'était. précisément ce que je voulais. Je m'étais fait tant d'amis dans le fort pendant six mois d'abondance, que je

ne craignais plus les six de disette. Huit jours après, je possédais un précieux passc-partoul, et j'intriguai de telle sorte qu'on renvoya à Mantoue deux sergents qui me surveillaient de trop près. Le hasard changea, ou plutôt détruisit mon plan. Un bâtiment qui s'élevait sur l'aile que j'occupais me fit transférer du côté opposé, et mon nouveau geôlier prit de si bonnes mesures que je ne pouvais plus» réussir à m'échapper qu'en gagnant les sentinelles; mais c'étaient des soldats des différentes provinces soumises à l'Autriche : malgré ma prétendue connaissance des langues , j'ignorais entièrement leur idiome.

Comme je reconnus, après un mûr examen, que tout espoir de recouvrer ma liberté était perdu , je résolus de renoncer à une existence qui était dorénavant sans but et sans attraits pour moi. Du moment où j'eua arrêté cette détermination , je corn*

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men£ai è jouir dé nouveau du repos et de la sérénité dont j'étais privé depuis long-temps. Que la vie nous paraît peu de chose quand on réfléchit que le moindre dérangement physique peut nous la ravir! Que sommésnous, si ce n'est des automates faits avec art, et qui restent immobiles quand on ne les remonte point, c'est-à-dire quand nous ne prenons point dé nourriture? Ne serions-

nous pas en droit de disposer de cette misérable enveloppe qu'une seule goutte de poison suffit pour détruire? non, telles ne peuvent être les vues du Créateur; il a au contraire indique par notre organisation que cette vie ne doit être considérée que comme on passage à la mort; qu'elle est une lente agonie, et que la mort proprement dite nous conduit à la véritàblavie. La volonté, jfe me trompe, un pur hasard, un caprice, nous à donlié cette vie temporelle, e* tine Kbte et rtiàre résolution né pourrait pas

nous faire jouir de la véritable ! La volonté n'est-ellc pas au-dessus d'un penchant animal? une ferme détermination ne l'emporte-t-elle pas sur un vil accident? d'ailleurs la nature n'a-t-elle pas arrête dans sa haute sagesse qu'un seul sentier conduirait à Ja vie , tandis que mille seraient ouverts à la mort?

Un soir que j'étais certain de n être pas dérangé, je préparai un verre d'eau chaude; je me liai le bras , et tentai de me couper les artères avec des mouchettes fort aiguës; mais les premières étaient si profondes que je ne pus les atteindre avec ce mauvais instrument. Je ne fis donc que me causer une douleur très vive, de m'ouvrir les veines. Comme je posai ensuite mon bras dans l'eau chaude, la quantité de sang que je perdis m'enleva bientôt la connaissance. Je me trouvai le matin dans mon lit, le bras et le pied enveloppés. Un chirurgien était à mon

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chevet. Je recouvrai en peu de jours assez de force pour comprendre ce qui m'était arrivé. Le bruit que j'avais fait en tombant de ma chaise avait attiré l'attention de la sentinelle : comme elle m'avait appelé à différentes reprises et n'avait point obtenu de ré* ponse, elle fit un rapport à l'officier de garde. La porte, que j'avais fermée à double tour, fut enfoncée; on me trouva étendu à terre sans mouvement. J'avais perdu une quantité de sang si considérable , qu'il me fallut des semaines entières pour me traîner le long des murs de ma chambre. On désespéra long - temps de mon rétablissement. Une fièvre aiguë s'empara de moi, et une mélancolie que j'eusse vainement essayé de vaincre rendit infructueux tous les secours de l'art. Mon honnête médecin fit une consultation dont le résultat fut que ma guérison ne s'opérerait qu'au grand air et au moyen de distraction .

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