PREFACE
Un ouvrage doit en général énoncer assez clairement son but, pour n'avoir besoin ni d'introduction ni de préface. Cependant il y en a , et le mien est de ce nombre , qui demandent que Fauteur expose le point de vue sous lequel il doit être envisagé. Un tout s'explique de lui-même ; mais des fragments se développent, s'interprètent en quelque sorte au gré du lecteur ; chacun les apprécie d'après ses idées et ses préventions; celui-ci croit découvrir un Ganimède^un torse, où celui-là ne voit qu'un Silène. Au moyen de suppositions gratuites chacun juge le pauvre artiste , ou l'ouvrage, d'après des considérations qui lui sont propres. Pour me mettre à l'abri de ces inconvénients , je vais faire connaître en quelques mots le but de cet ouvrage.
Il en a deux : je veux montrer par mon exemple combien il est dangereux de sortir
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de sa sphère et d'errer çà et là , en jetant quelques fausses lueurs, au lieu de demeurer tranquille dans le cercle que nous trace notre talent ou notre destinée. Dût encore le péril réel que nous préparons aux autres avoir du prix aux yeux des gens crédules , il est certain pourtant qu'il n'est utile à personne.
Je veux démontrer en outre que les gouvernemens avaient raison quand ils parlaient des dangers dont la société était menacée. Nul doute qu'il n'y eût un parti considérable qui s'efforçait de détruire Tordre de choses existant, par la force ou par la ruse, et abusait d'institutions louables , en les faisant concourir à un but pernicieux.
Je veux exposer la tendance de ces hommes avec lesquels j'ai fait cause commune pendant des années , que je me suis même efforcé de surpasser en exaltation. Du moment où j'ai reconnu mes torts, je les ai avoués avec franchise : je dois signaler au public ce que j'ai dit à mes juges d'instruction. Je n'ai jamais craint d'avouer mes intentions: au reste , les fautes du parti révolutionnaire ne me font pas fermer les yeux sur celles que
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les gouvernements ont commises. Ceux-ci avaient la conscience du péril et ne savaient pas voir où il prenait sa source ; ils luttaient avec des ennemis inconnus et invisibles ; ils confondaient souvent l'innocent avec le cou* pable, le babillard avec le phlegmatique jacobin. *
Si j'imprime d'abord la seconde partie de mon ouvrage, ce n'est que parcequ'il me manque des papiers sans lesquels je ne puis retracer avec certitude ce qui m'est arrivé , ce que j'ai fait à Paris et à Londres. Une courte esquisse de ma vie antérieure suffira pour l'intelligence de cette partie.
Mes années d'université tombèrent à Yé»
poque de Wartburgs , et je fis mes études à Iéna. Est-il étonnant que ce vertige si beau dans sa source et dont si peu de personnes ont été exemptes , se soit également emparé de moi ? J'étais à dix-huit ans le plus exalté des hommes. Des gens dont le nom reviendra ailleurs, surent me séduire et me faire concourir à leur but. Je fis en 1818 un voyage à Paris pour lier les révolutionnaires français aux révolutionnaires allemands. On
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avait en mon absence fait imprimer une courte histoire du professeur Charles Folleniûs, dont on avait fait circuler quantité d'exemplaires, afin d'éprouver la force de l'esprit révolutionnaire. Cet écrivain fut arrêté Tannée suivante : je fis alors tenir un mémoire au gouvernement prussien, dans lequel je me reconnaissais , de la manière la plus solennelle, auteur de l'ouvrage incriminé, que j'avouais avoir seul répandu. Cette déclaration eut l'effet qu'elle devait avoir , et ce ne fut pas sans peine que j'échappai à la prison. Je rapporte ce fait parcequ'il est nécessaire à l'intelligence de cette histoire. Il n'y avait pas un grand mérite à ce que j'avais fait; car il paraît plus facile au jeune homme de souffrir'le martyre que de supporter avec patience le poids et la chaleur du jour. Au reste je me chargeai de l'œuvre , parceque je considérais Follenius comme tm homme indispensable à la régénération de
l'Allemagne.
Je me rendis en Angleterre dans ï'automne de 1 8 1 9. Je m'y présentai comme victime du despotisme des princes allemands, et j'y fis
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