‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 6 sur 26 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Lateiatô ogni speranza, va che* intrate. Duras-, dctC Infèmôi canto ut y, 9.

Éfoignement force de Genève. —*• Le grand Firiiamettt. — Carlo Chirione Klerckon, duc de Isa-Cbarino. — Véritable esprit des Carbonari. — Ma réception par communication au principe sUmmo patriarche. — Les sociétés secrèfas des ultras* .

A peine notre prince royal s'était-fl mis en

route, à peine avait-il passé les frontières du canton, que Ton me donna l'ordre sévère de quitter dans les vingt^quatre heures Genève et son territoire. Toutes lés remontrances fu-

rcnt vaines ; pour la pr etnière fois peut-être, et pour'prouver, comme^ dit le proverbe. ( «kpi'il k'yja paê ^âé règk^aos exception, » le secrétaire G.... fut inaccessible à la séduction. D^al^c5^1ê^gi^^n^kdela^aFde, M. Micheili, écouta à peine les représentations que jçr lui adressai. J'aurais dû prendre mon parti en bra^e et jfoire -bonne mine à mauvais" feo. Malheureusement je ne sus pas me contenu je tassai voir l'indignation qui me .toaiwpOTteUwjJ^o'wlleroent ^jrpiémon im- "prudencV;1 :> J ^'"^ "- ' } * > - Qui a habité* Genève, et ,necoiuiait pas les monts Salèves ainsi que le petit village de Morneix qui s'y trouveadossé ! Je résolus de me réfugier dans ce charmant séjour et d'y attendre le moment où je pourrais me met- Are en, route pour Rome et Naples, que j'avais dessein de visiter. Des affaires importantps que j'exposerai tout à, l'heure en détail, m'obligèrent souvent à me rendre de nuit à

Gepève; elles m'obligèrent même à rester dans les environs, quoique ce séiour sur le territoire de la Savoie ne fût pas sans danger pour moi. J'ayais été arrêté en Piémont, après le ^établissement du pouvoir absolu (le 9 mai 1821). Il n'y avait rien à ma charge, on me mit en liberté : mais on m'empêcha de me rendre à f lorepçe, où je voulais aller, et on me fit conduire en Suisse, ou je n avais rien à faire. De nouveaux ^apports avec les autoçités sardes pouvaient devenir fâcheux. Jame hasardai néanmoins. Je me logeai chez une aimable dame Chapuis. Je louai une.chambre-qye le prince de Wurtemberg venait d,e quitter. Je ne prévoyais pas alors les malheurs qui tti'y Jàflteritfâiènt. °Jtf rirtrf&ginai

' îrf«atfÛïtBerjy SVai^pà^és âVëelà^eèSî*.

..Mais il fcmj; qwfi j^fttjre te^qrtttès teils

Aussitôt après l'occupation de Naples pat

lés Autrichiens, XAUa-Veniità, ou le direc-

foire suprême de la société des Carbonari, se

sépara. Cette dissolution ne fut pas due à la

crainte d'être découvert, car il n'y avait aucun

danger de l'être, mais au désir de mettre des fcornes à l'influence des succursales et à là nécessité de faire des modifications que la masse d'affiliés des trois premiers grades rendait indispensables (i).

Dans l'été de 1821, les onze chefs s'assemblèrent à Capoue. Ils résolurent ( le 1 6 juin ) d'envoyer à l'étranger deux initiés chargés de s'entendre avec les chefs du

(1) Je ma propose, lorsque je serai en possession de mes papiers, d'écrire sur les sociétés politiques de l'Europe un ^ouvragé détaillé que j'appuierai de documents officiels. Ites craintes qui assiègent les gouvernements ne sont que trop fondées. Le sol européen est volcanique. Les révolutionnaires ne demandent, comme Àrchiatada, qu'un ftqinf d'appui pour le sortir de sou axe. La civilisation et la domination de la terre suivent le cours du soleil ; elles vont de l'est à l'ouest. L'Asie était, l'Europe est, l'Amérique sera.

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J5Ê FRÂîiCE feT J>'*TALlfe. ^

gràtid Fifthamerit ei de voir s'A rie coftvéndH pas de déplacer le siège dû directoire dë£ Cai-bônâri. Us petichaiëiit à croire qii'll aërâîÉ Bon de le trâhsportër à Paris: Cette capitale est1 fcèllë t{ui à le phis de cdfàiôuril* cations aVéc le teste àë FÈtifropë; Elle étaft habitée par les mfeiÂbrèa lès plus în&uents dft là société, et ^ossëifcllt les ïftoyertSdéftriârice les plnà abondante. Je fie stite Ké pàï aiielin éermetit; farrefctatidh $é M. tïe Saint-Ailttryané k d^kîlltetiirS iivrê au gouVëtnetfient

âtitrlcliiën leà dôhrièés qu'il lui hnpbrtftit le

plus d'avdir: Je puis ëhtrër d&nd quelques dëtaik star ié gratid Fitttiameht ou le dîrfeètbire dëâ sociétés sècfèteS ërtFràrUie. •'■

Le voilé ïé jriui fcp8& èbtivre même Jjovr ceux Jjtli é'ri toril mêîhbrëVr<)Hglttè 4e celui-ci. Cela h'à Hëh d'étonnant. H^rieStafes associatidHs comme êèS ItàkVidtiàjMîttftl dimèritâ aàtëvaelbitt ; Mttiverit Même «le» se présentent corn nié les ItéHtièWë'&ulfléS tte-

$ LES SOpiÊT^SS^ÇIV^T^,

sqçjftt^pps ,qm n'existant plus dçpyis Jongjtemp^ Ain$ii on compte p peine aujourd'hui (pelques familles nqbles. Celles quipn^surgi ap, milieu de nos orages ne sqqIj pas de aouyejles, : juches, , mais, , de» maisons que des

çftççoSt^ççs , p^rticu^èi:e^ ^v^eg t pissée? et qni£ ,&aiutres cirpQ^stançea ont jeporjéep au'jswg.idont les piiemiffres, ,les , avarçnt.fait d$sçien4i<e.. iEUes ne reçoivent pas, elles rei^QU-yeUwtJjeur djplqme. ,. (Jette, vanité fajt q^U jfc'y ,a, aucune affiliation ece^ dont on . puisse, faex Kqr^ne ayec.qertitud.e,, Qn peut ^tojulj^pl.us^a ,dédu)re,dfi ses acjes,. Le plus -*n4ie^tdéjpi|et,au^^en^quprilu,gi;and. Firmament que jftqonna^sp,, •(phes>I1et-prpu#e^mbien, $a puissance, était . te$ çpns^éra^^cetlie^poquç.iLa conju- „ nation 4* gé^^.^^pt^ontiejgue l'influe^; des ^ptMft eJ,,de?> ïMftdelplies ii;^taitpas sans impprtance,,et cependant un

. décret suffit pour }es dissaudjç. ..,.„..,

.«DicRÇT du grand Firmament, comme supplément aux statuts des Sublimi Maestri

Eerfetti. ,

», Le grand Firmament décrète ce qui sniv.* ^» • • ■ .

' »§ a. L'association desadelphes et des philadelphes est incorporée à Tordre.

».§ 3. Chaque adelphe ou philadelphe recevra, aussitôt admis, s'il n'était pas déjà fran>c-ipaçon , les troi$ grades symboliques, sgqs . autres frais que ceux qui sont; indispensables à la réception

» § £ et 5 . Chaque adelphe pu philadelphe pourra être présenté au 0.\ , et aussitôt après' la désignatipn du délucidateur, sa ré- .

oeption aura lieu suivant les statuts. Les

atjelpjhes ou philadelphes reçus de cette manière sont exempts de toute t^txe.

» Donné sous l'Equateur, le aa* du 7* mois lunaire 58 12,»

. , Le tipt distinctif du grand Firmament

4o LES éOCÎÉtES SECRETES

était iine tendance continue à se rendre maître des autres sociétés, même de celles dont le but direct est tout-à-fait contraire au sien ; mais ce n'eàt pas assez pour lui d'arriver à ce qu'il se propose, il faut qu'il y parvienne en ménageant leà apparences, qu'il fasse, sans en avoir l'air, éërvir toutes ces corporations étrangères à l'exécution de ses plans.

Tout était préparé pour fondre ensemble ¥ Alta-V ehdita et le grand Firmament. Les deux députés chargés de cette opération étaient lé duc sicilien de Garatula, et le napolitain Caïlo Chiricone'Klerckôn, *filà du duc de Fra-Màrino, préfet du palais dif toi. Ce dernier avait dans ses attributions, l'Allemagne, là Suisse et là France. Arrivé à Genève dans le courant d'àdû£ , il ni'âpporta des lettres d'un de mes amis intimes qui avait été agent, àNaples, des mécontents polonais. Il aVait offert au parlement napoli-

tain de mettre à sa disposition une légion dé 4,oob nommes. Mais la crainte de donner de l'ombrage à l'empereur Alexandre, sur l'intervention libérale duquel on comptait , fit refuser cette offre. Le comte R... resta à Naples tant qu'il crut pouvoir y être utile. La dissolution de X Alta-Veniita l'obligea de suivreKlerckonàÀncône, d'où il se rendit à Zante.

Klerckon me communiqua l'objet de sa mission; il me pressa instamment d'accepter la place d'inspecteur-général des Carbonari de Suisse, d'Allemagne, et m'en délivra le brevet qu'il avait apporté de Naples. Je refusai avec obstination. J'étais cependant déjà à cette époque bien loin d'approuver la nianière d'agir des gouvernements et d'aimer leurs mesure^ anti-libérales ; mais je connaissais l'extrême dépravation des Italiens. J'étais convaincu qu'exécutée par eux, une révolution, quelle quelle fut, n'amènerait

que des. malheurs. Je pensais même (la position de l'Italie mise à part) que Y état politique et moral d'une nation ne pouvait être amélioré par la violence. Je n'aurais jamais accepté la place d'inspecteur-général , , si KJerckon ne m'eût avoué qu'en cas de refus de ma part, il avait, ordre d'insfallçr provisoirement l'avocat Joactym de Prati. Cette confidence me détermina Je crus devoir açcepter , malgré les périls dont la charge

était entourée. Je connaissais l'avocat qui

avait long-temps fréquenté les universités al lemandes ; rusé, altéré de s^rig, d'une haine aveugle contre tout ordre établi, j'étais con-

vaincu qu'il ferait le plus grand mal s'il était jamais investi de cette place.

Je résolus de me sacrifier, car je sentais bien à quelles fausses interprétations et à quels dangers je m'exposais. Je prévoyais qu'à force de tromper les deux partis, je finirais par succomber, sans m'ètre assuré la

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DE FRANCE ET D'iTALlE. iH

protection riï la reconnaissance de l'un d'entre eux. Je voulus néanmoins avoir une personne qui pût quelque jour rendre témoi- • gnage des intentions qui m'animaient. Je confiai mon plan à un haut personnage qui, d'un côté, ne pouvait être atteint par aucune imputation de démagogie, et qui, de l'autre, a des idées trop nobles , trop libérales pour qu'il soit méconnu. Ce haut personnage, qui m'a témoigné beaucoup de bienveillance, fit tout pour me détourner de mon dessein. Il voulut me rendre à ma patrie, chercha à donner un autre cours à mon activité. Il était trop tard, j'aurais regardé comme un crime de fléchir devant le danger. Je trouvai trop de honte à retirer ma parole après l'avoir donnée. Égaré par ces fausses considérations, je me jetai dans un abîme dont je ne soupçonnais pas la profondeur. J'agis comme un enfant. Je me crus assez de forces pour jouer le rôle de médiateur entre

lA LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

des partis irréconciliables. J'eus tprt, et grand tort, j'en conviens ; mais Dieu est t^ moin de la pureté des intentions qui m'animaient. Je croyais être un Çurtius, lorsque je n'étais qu'un Icare. Que l'on ne me condamne donc pas pour le rôle équivoque que je vqis jouer. J'exposerai d'une ipanière franche et ouverte, dans le second volume de cet ouvrage , quelle fut ma conduite et les motifs qui me dirigeaient. Je ferai connaître toutes les préparations révolutionnaires de l'Europe, je produirai à l'appui des documents incontestables. Quanta ce que j'ai faijt, j'ai pour moi l'exemple d'un prince hautement honoré. Ce prince, le plus profond des initiés, eut la place d'inspecteur-géuéral de l'ordre et de sa propagation dans le nord de l'Europe. Il reçut des mains de Kingge les cahiers des trois derniers grades (qui, Dieu eu soit loué, n'existent plus que sur le papier).. 1} connut ainsi l'infâme but

DE fRANCg ET o'iTAUE. |5

de l'association. U prévit quels malheurs en résulteraient, s'il quittait la fédération , et que son successeur donnât aux adeptes la direction que ces coupables cahiers recommandaient. Vaincu par cette considération, il accepta la charge, réussit par des manœuvres adroites à si bien neutraliser le poison de la liguef qu'il s échappa invisiblement du Nord, où il n'aurait rencontré que trop d'esprits ardents, de disciples dévoués.

Klerckon avait avec lui les papiers les plus importants de YMtarVgnAita , dont il était l'un des membres les plus distingués. Il était accompagné de Barrafca et de Mouschi, chefs des Carbonari du sud de l'Italie, pendant que Murât régpait. Tous les brevets, jusqu'en 1 8 4 , forent délivrés par eiixPJll me dévoila l'esprit des adeptes, que jçcroyais avoir saisi, et qui pourtant m'avait échappé. Tout ce qu'on a écrit à leur égard est loin de révéler leurs maximes et leur but, qu'on ignore sou-

l6 LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

vent encore après avoir été admis parmi eux. Il en est des Carbonari comme de tant de francs-maçons , qui sont étrangers au secret de Tordre, qu'on ne saura peut-être jamais bien. Il est vrai que M. de Saint-Edme a fait imprimer le Catéchisme des Carbonari ; il est vrai encore qu'en Italie, il a paru une foule d'écrits qui , si je ne me trompe , ont été traduits, en allemand. Malgré tout cela, les Carbonari sont encore aussi inconnus que les francs-maçons eux-mêmes. 11 n'y a même qu'un petit nombre d'adeptes qui sachent combien l'ordre compte de grades, où a été le siège de X Alta-V endita, et quels en étaient les membres.

Les Carbonari s'attribuent un âge fabuleux ; ils donnent à cet égard les détails historiques les plus circonstanciés ; mais leurs prétentions n'en sont pas moins fausses. Il est vrai cependant qu'il y a, dans la Franche- Comté , et en particulier dans le Jura , une

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DE FRANCE ET b'iTÀUE. 17

association dite des Charbonniers, qui, selon, toute apparence, date de l'époque où ces provinces appartenaient à l'Espagne.

Que Ton nie permette de nommer ici l'autorité de mon bon ami le marquis de Champagne. Sorti d'une des plus nobles familles de la Franche-Comté, il connaissait particulièrementces sectes; aussi était-il, sous le nom de Werther , un des chefs des philadelphes , des bandouliers et des charbonniers. Ses sacrifices ont été payés d'ingratitude ; il ne lui resta plus que la foi pour se consoler.

C'est de cette société que les Carbonari actuels ont en partie emprunté leurs statuts, la désignation de Bons Cousins, etl'adoratipn de leur patron tutélaire, saint Théobald. Du reste, ils n'ont avec eux rien de commun que le nom.

Les Carbonari tirent leur véritable origine de la franc-maçonnerie. C'est à dessein que j'emploie l'expression de franc-maçqnne- 1. 2

10 Les sociétés secrètes

ne, car, Dieu merci, notre véritable maçônnerie n'a point de progéniture de cette espèce. Aussitôt que Napoléon parvint au triôhe , il détruisit, en là Favorisant , une associâtlôii qui Avait du danger pour lui. Elle jieVdit ainsi son indépendance , et devint une institution de police qui ne servit qu a surprendre leVseftuments defc adeptes dont elle se composait. Alors s assemblèrent les francsmaçons qui étaient encore pour la défunte république ; ils forVnèrent dans le £§-! une autre àfttîïatiôrï. Ôesaiiçon était le quartier général de ces maçons charbonniers et M:: 'philâdeïpfies. Lé colonel Oudet, un des £liis ^rià'ndà hommes que la France ait eûs^ était létîr chef. La plupart des membres étaient iieà friilîlaires. Ceux-ci propagèrent l'ordre dans le Piémont et dans les États septentrionaux de l'Italie. Ce lie fut que# beaucoup plus tard qu'il s'établit dans le sud dfe là Péniiisule, où , favorisé pair Fex-

gouvernement, il se répandit avec rapidité,.

On établit en 1809 , à Capoue, la première v end i ta ? qui fut en même temps la princi-

pale. Les instructions et lés cahiers furent irédigés en anglais; non pas que les Carboriari fussent à cette époque très nombreux eh Angleterre, mais parceque le ministère anglais, instruit par les royalistes (avec lesquels les républicains s'étaient alliés pendant le régime impérial ) de l'existence de cette association , voulut s en servir contre Napoléon, ce qui l'engagea à. Rétablir en Sicile et plus tard à Naples. Lord William Benting

fut un des Càrbonari les pltis notables de

• ■ • i * * * cette époque. Quand il reçut le cpmmari-

dément de l'escadre dans la Méditerranée,

-1 •* r «♦ - * * >'* L*ij >^*UA

il accomplissait encore consciencieusement

le devoir -de bon cousin'. Ce fut lui qui fit

revivre chez les Génois le rêve ae la liberté

qûé lord Castierèâgh et le congres de Vienne

se hâtèrent de dissiper. Sir Robert wilsob

30 LES SOttÉTÉS SECRÈTES

et d'autres ne sont que des Carbonari de fraî-

chedate.

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