‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 8 sur 26 · ÎV.'ilJWf · texte numérisé non relu

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les sociétés secrètes : i° la réception ordinaire publique, où l'on est admis en présence de tous les membres, après avpir prêté serment et offert le métal; 2° la réception par communication.

Il peut se trouver des cas où il est impor-

tantquune partie des membres ne connaisse

pas l'initiation de tel ou tel individu. Il en

est d'autres où il est nécessaire que la réception se fasse à une époque, dans un endroit où les membres présents sont peu nombreux. Dans ces divers cas le chef de l'association dé lègue quelqu'un qu'il autorise à recevoir tel ou tels. On communique à ceux-ci (et delà

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aussi le nom ) lé but et les statuts de Tordre, et on leur délivre unequittance. Ils montrent cette pièce à la première loge venue, prêtent serment, et reçoivent un diplôme. Us, jouissent néanmoins jusque là de tous les droits de membres reçus dans les formes ordin aires.

Par exemple , j'ai, comme membre du S...C*. du trente-troisième ou dernier degré du rit écossais, ancien et accepté , le droit d'admettre tout individu dans Tordre, et de lui donner le grade jusqu'au R.-. -J- .•. Mais cela ne peut pas se faire dans un lieu où il existe déjà des r^P de ce système, dans le ens où des confrères de ce même grade se trouvent à une distance qui n'excède pas trois milles. Le C. • . doit aussitôt convertir sa quittance en diplôme.

Si j'ai dévoilé avec vérité et sans détour ce que je connais des projets d'une association infâme, il est de mon devoir de faire con-

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naître avec la même franchise et la même liberté, les manœuvres criminelles du parti contre -révolutionnaire. C'est le grand respect que j'ai pour l'église qui me force de signaler ces prêtres ambitieux (je comprends sous le nom de prêtres tous les ecclésiastiques mondains, protestants et catholiques), ces hommes d'état coupables et ces faux dévots, qui, sous prétexte de tout faire pour la gloire de Dieu, ]a compromettent et sacrifient àBaal. Ne croyez pas, mesbonsamis, I.-. S.v C.#. V. \ S. \ S. • ., que je vous range dansla même ' catégorie que ces gens-là. Non certainement, je n'en eus jamais la pensée.

Il existe dans toute l'Italie, en Espagne, en France, en Suisse, et même en Allemagne, une société secrète que l'on peut et que l'on doit flétrir, parcequ'elle forme un Éta^ dans "l'État, qu'elle se propose de détruire tout ce qui existe. Le duc de Dalberg me racontait l avoir découverte par hasard pen-

4antspn ambassade de Turin. Il trouva, en visitant les papiers d'un émigré français qiji était mort dans cette capitale, les statuts de Tordre, ainsi que la preuve qu'il avait des succursales à Avignon et à Nîmes. î*ous éprouvâmes J'influerçce de cette société en Piémont, long-temps çivant que cette circonstance singulière eût mis en notre pouvoir leq cjoeumepts qy* nous révélèrent son organisation et son but. Voici comment la chose se passa :

Pendant le carnaval de 1831, un de nos amis entre chez un fripier de la Çontrada di Po, (Jans l'intention d'y acheter un costumç.Il visite, il examine une soutan e qu'on lui présente , s'aperçoit qu'elle a une poche dans laquelle se trouvent des papiers. lise garde de laisser apercevoir la découverte qu'il vient de faire. Il achète la robe et l'emporte. Il ouvre la couture dès qu'il est chez lui, et trouve... les statuts, les signes de rç-

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connaissance, la nomenclature des noms. etc. de la société délia Santa F ede. Le propriétaire de cette soutane, un des principaux adeptes, avait été frappé d'apoplexie, et sa garde-robe vendue à un fripier. Plus tard la société a changé le mot et le signe dç reconnaissance (ils font maintenant une croix imperceptible, avec la main gauche, sur la poitrine gauche); mais son esprit, que je vais dévoiler, est resté le même.

Les chefs mêlent des aperçus politiques à des idées religieuses , et veulent ramener les choses où elles étaient avant la révolution. Comme ils savent que l'entreprise n'est pas de nature à faire fortune parmi la multitude, ils la déguisent à l'aide d'un projet qui est plus populaire, la destruction de la puissance autrichienne. Il veulent rétablir non une Italie, mais en réunir trois en une, c'està-dire qu'ils se proposent de, constituer une Italie 4u nord, une Italie du centre et une

Italie du sud , liées le plus étroitement possible sous le protectorat du souverain pontife. Pie VII était le chef reconnu de la ligue. Léon XII passe pour lui avoir succédé. Les adeptes prennent, selon les circonstances, les noms les plus opposés. Tantôt ils s'appellent Consistoriali , Croussignati , Crociferi, tantôt ils s'intitulent sociela délia Santa Fede, delÂnelbj et même de Bruti. L'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg, le célèbre de Maistre, était provincial général du Piémont. * Le président du sénat, le comte Borgarelli, l'archevêque de Turin , estimable sous tous les autres rapports, et le vicaire général d'Asti, l'ont successivement remplacé. Le chef suprême de toute l'Italie du nord est, dit-on, le duc de M..., auquel, quoique très proche parent de l'Autriche, on prête les vues les plus ambitieuses. Il espère les réaliser à l'aide de la France et de l'Union. La France soutient les sanfédistes pour deux rai-

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sons: I* ils ne font qu'un avec lesjésuites tout-puissans chez elle; 2° elle espère donner par eux le coup de grâce à la domination des Autrichiens en Italie. Je m'étendrai sur ce point d'une manière plus détaillée dans un autre endroit.

D'après le plan de ce parti , toute l'Italie septentrionale devait tomber en partage au

duc de M ; la Toscane au pape; plusieurs provinces des "États du souverain pontife devaient à leur tour échoir au roi de Naples.

Ces gens-là détestent l'Autriche , non seulement parcequ'elle est trop sensée pour donner aux prêtres de l'influence sur le temporel, mais encore pareequ'ils craignent constamment que tôt ou tard la tiare ne couronne un prince de la maison de Lorraine., Quelle que soit la piété du grand-duc de Toscane, l'Autriche a assez d'ascendant surcç prince poyr l'empêcher de prêter l'oreille

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aux insinuations de ces adeptes et lé faire gouverner avec modération. Le prince Canosa, chef du parti dans le sud de l'Italie, hait T Autriche parcequ'il sait que c'est au rapport du général Frimorit qu'il doit sa destitution. Du reste je connais depuis longtemps les manœuvres de l'ex-ministre de police des jésuites de Gênes, et de ses agents à Modène.

Les sanfédistes piémontais s'emportent au nom seul d'Autrichiens. Ils leur doivent pourtant leur existence ; car si le gouvernement constitutionnel se fût maintenu, ils étaient à jamais détruits. Mais ils furent obligés de réprimer leur soif de vengeance, ilfc ne purent se livrer aux fureurs qui les trarisportaient. Ils vouèrent une haine implacable à ces incommodes auxiliaires; car l'Autriche, après avoir étouffé la révolution du Piémont, tfraita avec les plus grands ménagements les vaincus. Lé lieu où Ton commit le moins de

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crimes 'à l'époque de là foreur du parti,' fiil Alexandrie, j^ârceque c'était le quartier général du feld-maréchal comte de Lilienberg. L'intervention de l'Autriche a soustrait plus d'un malheureux k reinprisonriemetot, et même au gibet La conduite dès troupes de cette puissance fut si exemplaire, qu'on les t recevait de préférence aux militaires nationaux. Ce sont là des griefs qui ne se pardonnent jamais.

Lé Piémont -est au reste le pays où Tordre* qui compte parmi Ses mèmfertes un haut personnage , s'agite le plus. Les grades sont au nombre de trois. Les membres s'engagent par serment à rapporter aux supérieurs tout

ce qui les intéresse. Ils forment une véritable police secrète, dont celle de l'État reçoit ses; instructions. Les membres peu fortunés touchent des appointements qui augmentent ou ' diminuent suivant leurs dépositions. La solde moyenne est dé 4oo fr . L'ordre compte jsarmi

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scs membres peu d'hommes de caractère.

Ses adeptes ne renferment d'autres jeunes gens que quelques prêtres ambitieux. Si' l'on peut appeler les Carbonari un produit du temps actuel, on peut à plus juste titre nommer les sanfédistes un reliquat du temps passé. Le but qu'ils se proposent ressort clairement des aveux naïfs d'un de leurs chefs, le comte de La Motte Saint-Martin , inspecteur de l'université et de l'instruction publique dans la province de Verceil. Les rétributions qu'on exigeait des élèves , la faiblesse de l'instruction qu'on leur donnait étaient devenues telles , qu'un des professeurs crut de son devoir d'appeler l'attention du comte sur ce sujet. Il le prévint que, si on n'y apportait remède, les universités et les écoles seraient bientôt désertes. « Bientôt, s'écria le , comte dont le visage se dilatait, bientôt ! tant mieux ! c'est ce que nous voulons. Ce sont ces tristes lumières , ce sont les univer-

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sites qui ont occasioné la révolution. Le roi n'a pas besoin desavants, il n'en veut pas.» Cette société est répandue dans toute FEurope. Un prince souverain d'Allemagne en fut membre jusqu'à sa mort. En ce moment même le prince deHohenlohe-Schilling est en rapport avec elle , et combien ne sont pas à sa solde! Les adeptes sont si étroitement liés avec les jésuites, qu'on ne peut dire avec certitude s'ils servent ces derniers ou si ceux* ci lesservent. Qu'on ne pense pas que je juge les jésuites sans réserve. Ceux qui en usent ainsi, ne les accusent pas d'autre chose que de former un parti : quelle action inouïe ! Au reste , c'est aux jésuites que l'Amérique méridionale doit ce qu'elle est et ce qu'elle sera. Ils n'excitèrent le mécontentement des Espagnols que parcequ'iis voulaient mettre fin aux cruautés sous lesquelles expiraient les indigènes. Ils succombèrent pour avoir osé tracer des bornes à la tyrannie des rois i, 5

d'Espagne et de Portugal. Sans leur noble conduite dans le Nouveau-Monde, ils n'eussent jamais été persécutés dans Taijcien. Aussi, Pombal disait-il qu'il fallait les attaquer en Europe, lorsqu'ils empêchèrent que les Indiens ne fussent réduits en esclavage. Tous les auteurs qui ont écrit sur l'Amérique méridionale 9 Brackensidge même , n'ont qu'une voix à cet égard. Au surplus, je^n'en disconviens pas, je préfère l'activité qu'ils ont déployée en Amérique à l'inquiétude qu'ils montrent en Europe, et je ne vois pas sans crainte le moment où ils agiront publiquement dans l'état de l'Amérique du Sud qui les demande le moins , comme ils le font déjà en secret ( superiorum permi$$u ). Probablement ils suivent le hanc veniam dumus petimusquê vicissim. Les Carbonari se servent comme instrument du rit mizraim des francs-maçons. Les jésuites ont suivi l'exemple, ils se sont emparés d'une méthode

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qui n'est pas comprise dans leurs statuts. Ils travaillent d'après un système qui ne m'est que trop connu, malgré la bulle du pape qui met tous les francs-maçons au ban de l'église.

Maintenant que j'ai fait une esquisse des deux partis , indiqué le volcan qui menace d'embraser l'Italie , je reviens aux rapports spéciaux que j'avais avec les Carbonari.

Afin de mettre à Fabri des recherches de la police ses papiers et sa personne, Klerckon n'avait rien négligé pour se concilier le duc de Àntroducco , et y avait réussi au point que celui-ci le chargea d'une mission peu importante pour la Lombardie et la Suisse. UAlta-Vendita lui avait elle-même fait prendre ces mesures de sécurité, car elle croyait pouvoir se confier à lui. Je ne déciderai pas s'il lui est resté fidèle, s'il a jamais été sincère, car je n'ai pas de preuve suffisante à cet égard. Quant à moi , il me trahit de la ma-

nière la plus indigne aussitôt qu'il y trouva son avantage. Que l'argent qu'il reçut lui profite ; le mépris qu'ont pour lui ses compatriotes me venge assez.

J'avais reçu le catéchisme des divers grades , et des instructions fort étendues ; néanmoins cela ne suffisait pas. Il était in dispensable que j'eusse des éclaircissements sur divers points; il fallait que je me ménageasse des conférences, et je ne pouvais en «voir qu'à Genève, où mes fréquents séjours devaient surprendre la police, à laquelle ils n'échappaient pas. Nous convînmes donc de travailler chez moi, aussitôt l'arrivée de deux Napolitains attendus impatiemment.

Le duc de Garutula ( voyageant sous le nom de lord Morby ) et le colonel Piccolletis furent envoyés de Londres à Genève, où se trouvaient alors le plus gf and nombre d'exilés de toutes les nations et des agents de toutes les sociétés secrètes; en revanche, tous

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les gouvernements y avaient aussi leurs mouchards.

La conférence en question n'eut pas lieu. Les nombreux désagréments que j'avais essuyés jusqu'alors ne m'avaient pas rendu plus clairvoyant; mon amour-propre s'était accru , je n'étais devenu ni meilleur ni plus sage.

Jusqu'à présent j'avais joué avec le malheur; il me donnait de l'intérêt aux yeux du monde, et je n'en demandais pas davantage. Mon étourderie fut cause que le secrétaire de police, M. G****, factotum de l'incapable syndic de la garde, M. Michieli, devint mon plus mortel ennemi. J'avais rendu public un fait qui concernait ce personnage. Il s'était rendu le i5 mai chez le comte B*** B**% à l'hôtel de la Balance, et en avait obtenu une somme de i,aoo fr. que le ministre de la police française lui devait pour ses bons services. La bonhomie^

ou plutôt l'indiscrétion du comte, m'avait mis dans la confidence de ce petit commerce , je n'eus garde de ne pas le divulguer. L'homme de police s'en vengea cruelle- • ment. Il engagea M. Michieli à signaler mon séjour au commandant de la gendarmerie piémontaise à Saint - Julien , et à l'inviter d'arrêter le plus tôt possible un homme aussi dangereux, qui avait déjà été détenu à Turin, et qui, sans le moindre doute, n'avait choisi cet endroit retiré qu'afin de pouvoir continuer, sans être interrompu, quelque trame révolutionnaire.

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