I. ÏQ
i7oa.
mone,où était le rendez-yous de Farmée et ^"""^î^uJeT ^® quartier général de M. de Vendôme. Il arriva dans cette ville une aventure à peu près semblable à celle qu'on vient de voir^ et cela sous les yeux du roi d'Espagne. Le héros de la scène fut le duc d'Ossuna ; et la victime, le mari de la nourrice de Philippe , pauvre Français, huissier de la chambre, qui n'était pas cause de la guerre d'Italie. Le duc d'Ossuna , premier gentilhomme de la chambre , se mit un jour à frapper vigoureusement et fort mal à propos cet huissier, en présence même de sa majesté. Le battu, tout naturellement, en appela au roi ; et Philippe ayant aussitôt mis opposition aux coups de pied du duc d'Ossuna , celui-ci se contenta de pousser l'huissier hors de l'appartement, et le suivit dans l'anti-* chambre , où il le battit encore pendant un quart d'heure tout à son aise ; ce dont il reçut ensuite les complimens de don Garcias de Gusman , et de tous les grands , comme d'une action héroïque. Voilà cependant où l'on en était venu , par le défaut d'une sévérité aussi juste que nécessaire , et l'autorité du roi en souffrait encore plus que sa dignité. M. de Torcy , malgré son éminente raison, n'était pas exempt de reproche à cet égard.
Il avait favorisé un système outré d'indulgence, qu'il aurait porté volontiers jusqu'à ne mettre dans ses actes extérieurs aucune différence entre les personnes. Chez lui ce travers, comme cela^^e voit quelquefois, était le sophisme d'un cœur noble ; mais il autorisait le désordre en général , et lui fît commettre , en particulier, deux énormes fautes : la première fut d'accueillir a Versailles le marquis de Leganès, tout chassé d'Andalousie qu'il était, et le duc de Medina-Celi , comme il aurait pu faire Fernand Nunez, ce qui accrédita le bruit qui se répandait que Louis XIV traitait tous les Espagnols avec une égale bonté , parce qu'il les voyait tous avec une égale indifférence ; la seconde fut de prêcher au vice-roi de Naples la clémence envers les princes de Noja et de Trebisacchia, qui venaient enfin d'être arrêtés , et qu'on se contenta d'exiler sans jugement ; ce qui fît croire partout que Philippe ne s'estimait pas assez fort pour juger et punir. En effet, dans un pays 011 la confiscation était au nombre des peines légales (ce que nous sommes aussi loin d'approuver que de regretter la torture ) , on ne pouvait mieux l'appliquer qu'à des conjurés , surtout quand
oa demandait aux sujets soumis de payer un donatifde deux millions, savoir : les barons, trois cent mille ëcus (i) ; la ville de Naples , neuf mille quatre cents \ les villes, cent mille ; le clergé , cinquante mille , etc.
Quant à Médina- Geli , sa conduite, depuis qu'on l'avait ôté de Naples, tenait plutôt de la trahison (2) , dans laquelle il se précipita depuis, que de la fidélité dont il faisait alors si orgueilleusement parade. Au lieu de se rendre . suivant ses ordres , à la junte de Madrid , où l'excessive bonté du roi l'avait placé , il s'en était allé droit à Paris , sans permission , en choisissant , pour quitter Milan , justement la veille du jour où son souverain y entrait. Cette coupable insolence, loin de lui attirer le courroux du ministère français , n'avait paru aux yeux du sage Torcy , que l'effet d'un dépit excusable dans un vice - roi remplacé , qu'il fallait pardonner à celui-ci, en faveur
' (i) L'ëcu de Napîes valait alors deux livres dix sous de France.
(2) Le duc de Médina Celi , convaincu de trahison , en 1 7 1 o , fut conduit au château de Se'govie , et de là à Fontarabie oii il mourut.
DU MARQUIS DE LOUVÎLLE. 2g3
des professions de foi qu'il daignait faire , et des charmes de sa fîère conversation qui ne pouvait annoncer que de grands talens. Ainsi cet homme superbe, ce satrape déchu, avait en France fascine les yeux des plus habiles, par son luxe, sa grandeur, et l'audace IT/J-^iwtl avec laquelle , du haut de ses torts , il dictait des plans de gouvernement , et distribuait les réputations , daigaant même quelquefois louer Louville, ce qui abusait de plus en plus Torcy à lo*.
^ , , ^ ville, 11 juillet
M. de Torcy , comme si de tels éloges eus- '^°*sent été sincères. Eh î quand ils l'auraient été ! qu'en devait-on conclure ? sinon que la fermeté de caractère gagne plus de terrain par la franchise , que la faiblesse par la séduction. Le marquis n'était pas dupe d'un panégyrique semblable , car , sur la nouvelle que M. de Torcy lui en donnait, il lui ^;;'^;l^ ,^;îf°[" répondait : « Je prends sur moi de vous dire '^°'' » que j'en étouffe , et que nous étions plus x> près de penser ici que vous aviez fait mettre » cet homme à Pierre en scise, que non pas » que vous l'aviez comblé de vos bonnes » grâces à la cour du roi , après sa conduite » envers son maître et celle qu'il a tenue à » Naples , où il a vingt fois mérité d'avoir » le cou coupé. Ne verrai-Je donc jamais
)) l'heureux jour où vous serez convainca » que l'on ne gagne point les médians par » des bienfaits ^ puisque la reconnoissance » est une vertu qui pèse souvent aux bons » même? Au surplus^ ordonnez du duc de » Medina-Celi. INous le recevrons avec res- » pect de vos mains , monseigneur , comme » tout ce qui vient de votre décision. »
Il fallut se soumettre, car M. de Torcy insista vivement en faveur de son réfugié....
Tre^Jlso août ^^ ^^ "^^^s l'abandonnerois volontiers, di-* ""'"■ » sait-il à Louville, mais songez que jusqu'à » ce que vous soyez assez forts pour com- » primer les grands, il faut vous servir d'eux. )) Quant au duc d'Ossuna , ajoutait le mi- » nistre , le roi vous engage à l'envoyer à » Oran , pour la première faute qu'il fera. » Le duc de Medina-Celi fut donc créé pré-
Louviiîe à Tor- sident du conseil d'Italie, h Ce sera autant y) de profit pour Georgine p écrivait encore » le marquis , en terminant cette affaire ; j) mais souvenez-vous que je ne me soumets » à votre volonté dans cette occasion , que }) comme les jansénistes , c'est-à-dire avec » des réserves, et des restrictions mentales » qui ne finissent point» »
Il est temps de penser à la guerre ; nous
sommes au 20 juillet et la campagne n'est
pas encore ouverte. Ce n'est pas la faute de
l'arme'e, car elle brûle de marcher à l'ennemi.
Louville à Torcy. ,5 i^iUet i^oa
« Je n'ai jamais vu de troupes si belles ni si gaillardes. Vous diriez que chaque soldat a pris querelle avec l'empereur. La joie qu'ont vos François de voir le petit-fîls de leur maître à leur tête, les enyvre. Ces pauvres Irlandois aussi vous feroient plaisir. Ils poussent des cris de joie quand ils voient passer le roi d'Espagne , comme s'ils retrouvoient une patrie. »
A Beauvilliers. 20 jniUet «t i5
Sf'pU'mbte 1703.
« Nous sommes environ soixante-deux mille hommes , y compris le corps de M. de Vaudemont , savoir : soixante mille François ou Piémontois et deux mille Espagnols. On ne sait à qui donner la préférence , de l'infanterie, de la cavalerie ou des dragons. Les officiers paroissent exceliens , pleins de courage et d'habileté. Quant au chef (i), il faut
(i) Le duc de Vendôme.
lui rendre justice ; il pense plus haut qu^atî-' cun de ses subalternes ; il a bien des vues pour la guerre , beaucoup de courage , d'esprit y et s'il pouvoit joindre à ces qualités , au même degré , le talent de conduire , ce seroit un des premiers généraux du monde ; mais il lui faudroit un homme pour les détails , qui agit dès qu'il auroit pensé , car il est d'une paresse inexprimable et n'a ni dignité ni secret. On sait huit jours d'avance tout ce qui se doit faire ; or cela n'est pas perdu pour l'homme que nous avons en tête, et que je vous donne pour un grand capitaine. Savez-vous encore ce qui nous fera tort? c'est la présence d'une race de Chamilîart (i) j qui est obsédante au dernier point. M. de la Feuilîade veut absolument conduire M. de Vendôme, qui en sait bien plus que lui. Son frère n'est pas moins gênant. îl est tout le jour occupé à nous parler de sa personne. Si j'en crois l'apparence , il faudra beaucoup le louer pour lui plaire , car , dès aujourd'hui , comme il n'y a point en-
(i) M. de ChamilJart, le frère du ministre, et MM. de la Feiiiiiade , dont Fun avait épousé mademoiselle de Charaiilartr,
core eu d'action , il ma prie sérieusement de vous mander que le roi catholique a été enchanté de sa mine et de la bonne grâce avec laquelle il l'a salué, la pique à la main. Ajoutez que nos grands , qui ne sont de la partie que pour une douzaine d'entr'eux et cinq ou six régimens , prétendent tout mener ici comme à Madrid, parce que, disentils , dest pour eux quôn se bat , et les conseils qu'ils donnent sont d'une lenteur et d'une timidité très-propres à perpétuer la guerre. Voilà sans doute dé grands inconvéniens , mais espérons que le courage du chef et des troupes les effacera. »
Le prince Eugène se trouvait, en juillet 1702 , dans une position qui est toujours fort embarrassante pour unaggresseur, celle de garder la défensive. Il avait perdu , en manquant la place de Crémone , presque tout le fruit de sa belle campagne de 1701 , où , descendu des montagnes du Trentin avec quelques milliers de soldats , il avait , en deux combats , poussé les Franco-Espagnols jusque dans leurs forteresses du Pô ; franchi ce fleuve , dominé son cours par l'occupation de Bercello ^ Guastelle et la Mi-
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randole, villes alliées de Fempereur, et par la construction d'une tête de pont à Borgoforte ; campagne enfin qu'il avait terminée en bloquant cette fameuse Mantoue, dont la garnison peut être une armée , et sans laquelle un vainqueur ne se croit jamais établi en Italie.
Obligé de diviser ses forces , déjà diminuées par la guerre , entre un blocus commencé, trois places à tenir , et une armée nouvelle à combattre que l'activité d'un chef habile et la présence d'un roi rendaient plus redoutable encore par son ardeur que par la supériorité du nombre , le général de l'empereur n'avait d'espoir raisonnable que dans les fautes de son ennemi , dont il était homme à bien profiter. Aussi le vit-on , à l'approche de Philippe , sans retirer ses garnisons, concentrer ses forces dans le Seraglio , petit pays, à peu près triangulaire, situé au midi de Mantoue , entre le Mincio et le Pô , qui en forme comme la base. De là, parle pont de Borgoforte , il pouvait facilement courir dans le Modenois et le duché de Parme au secours des places qu'il occupait au-delà du fleuve , continuer en-decà le blocus de Mantoue , où le maréchal de TeSvsé commençait
à souffrir , accepter ou même offrir la bataille à l'armée combinée , soit qu'elle se divisât , soit qu'elle se réunît pour l'attaquer , et , en cas de mauvais succès , se retirer par Governolo sur TAdige , ou par Goito vers Pescaire et le lac de Garde. D'après ce plan , on aperçoit que Borgoforte était comme le pivot sur lequel le prince Eugène devait manœuvrer. Là-dessus, M. de Vendôme dressa le sien , qui était de confier au prince de Vaudemont quarante-sept bataillons et cinquante-sept escadrons pour opérer sur la rive gauche du Pô , et marcher droit au secours de Mantoue , dans le Seraglio , tandis que lui s'étendrait sur la rive droite , avec quarante bataillons et quatre-vingts escadrons , dans le Modenois , pour y balayer l'ennemi , s'emparer de ses places , et , le prenant à revers , le forcer à l'une de ces choses , à mourir de faim dans le Seraglio , à combattre en étant cerné de deux côtés sur trois , ou à se retirer dltalie.
Rien n'était mieux , sauf que ce plan ^ si bien conçu , aurait du se trouver en exécution depuis le premier mars , époque à laquelle M. de Vendôme avait joint l'armée, que le prince de Vaudemont , après les revers de.
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MM. de Catinat et de Viileroi , avait concentrée au-dessus de Crémone , près du confluent de l'Adda et du Pô. Mais M. de Vendôme s'était reposé joyeusement en attendant le roi d'Espagne ; et le prince de Vaudemont , quoique plus actif que lui , malgré ses infirmités , avait respecté son repos de telle sorte que tout restait à faire dans une saison qui ne laissait plus que deux mois de campagne ; car dans ce pays les pluies abondantes qui tombent à la fin de septembre y défoncent les chemins et multiplient les maladies au point, en quelques semaines, d'interrompre les communications et d'affaiblir beaucoup les armées. îl était donc plus que temps de commencer les opérations. Le général français le sentit à la fin , et le 20 juillet toute l'armée, sortant de ses cantonnemens de Crémone , se mit en mouvement , ainsi qu'il avait été convenu ; c'est-à-dire , M. de Vaudemont tenant la gauche , Albergotti la droite de l'autre côté du Pô , et M. de Vendôme le centre , avec le roi catholique entouré de l'élite des officiers généraux, parmi lesquels on distinguait le comte de lasTorres, îe comte Saint-Estevan Gormas , le marquis de Créqui , et MM. de Revel et de PracontaL
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Le 24 > le roi n'était encore qu'à Cazal-Maggiore, autrement à huit lieues du point de départ , et déjà l'on se reposait avant de passer le Pô. Cependant le 26 , M. de Vendôme se porta en avant dans le Modenois avec de la cavalerie , surprit le général Visconti à Santa - Vittoria sur le Grostolo , et le mit dans une déroute complète, avec perte de deux mille hommes. Ce fut la première action de Philippe V. Il s'y fît con-^ naître pour un prince digne de son sang , par l'empressement qu'il mit à rejoindre son avant-garde au premier bruit de l'engagement , et ]a résolution avec laquelle il chargea l'ennemi , en personne , ce qui rendit pour un moment aux vrais amis du jeune monarque toutes les espérances qu'ils avaient perdues à son sujet. Mais cet heureux début n'eut pas les suites qu'il semblait devoir amener. Tandis qu'Aibergotti , selon les ordres qu'il avait reçus, occupait Pteggio et tout le Modenois sans coup férir , le prince de Vaudemont mettait dans sa marche sur le Seragîio une lenteur qui autorisait presque M. de Vendôme dans la sienne , car ce dernier avait résolu de ne s'avancer contre le prince Eugène avec toutes ses forces , que
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quand il îe saurait en affaires avec l'aile gauche de l'armée des deux couronnes. Eu attendant le moment favorable, il établit un camp entre le Crostolo et le Pô , dans un lieu nommé la Testa , où l'armée royale séjourna 1 5 jours , pendant lesquels l'oisiveté et les divisions qu'elle engendre , affaiblirent l'esprit des troupes , en même temps que la disette et les maladies diminuèrent leurs forces matérielles d'un cinquième. Ce fut la faute capitale de cette campagne ; celle qu'on fît plus tard , le lendemain de Luzara , n'en étant que la conséquence. En général s'il faut , à la guerre , aller vite ; quand on la fait avec des armées combinées , il faut , si l'on peut parler ainsi , aller trop vite , l'action simultanée de tant d'élémens divers n'ayant qu'un moment.
Nous avons dit que la division s'était mise dans l'armée du roi catholique. Ce fait peut paraître inconcevable après ce que nous venons d'avancer du petit nombre des Espagnols. Le mot de cette énigme est encore dans l'orgueil des grands officiers qui avaient suivi. Philippe V en Italie. L'armée pour eux ne consistait que dans leurs deux mille hom- J;""8'^!Ji;^T";mes. Peu s'en fallait qu'ils ne prissent les
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autres corps pour des bandes aventurières que Ton pouvait traiter comme une troupe de serviteurs à gages. Dans les campemens , point de difficultés , la droite leur appartenait , mais ce n'était rien encore. On ne devait , à les entendre , songer aux officiers de France , qu'après avoir satisfait leur dernier tambour. De corvées , ils n'en voulaient point souffirir ; de détachemens pour reconnaître l'ennemi , encore moins ; garder le camp , cela ne les regardait point , et ainsi de suite. En revanche , il ne fallait écouter qu'eux dans le conseil. A ce prix seulement iJs accordaient à M. de Vendôme l'entrée du despacho et le titre d'altesse qui ne lui était point du. Du reste , on ne devait attendre d'eux nulle complaisance , nul égard. Us se refusaient même à mélanger de blanc leur cocarde rouge , tandis que toute l'armée française avait voulu porter une cocarde rouge avec la sienne.
— Bientôt cette morgue insultante , qui était un vice , n'étant point réprimée , parut un droit à ceux qui s'en trouvaient bien ^ et se communiqua de la maison aux troupes du roi catholique. On vit alors journellement des scènes fort extravagantes. Par exemple ,
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une fois le régiment de Lombardie, que le prince Pio commandait en chef, et Louvilie en second avec le titre d'adjudant-mestrede-camp , s'avisa spontanément de charger les gardes du marquis de Gréqui , et de blesser même dans la mêlée un officier du régiment d'Anjou. 11 n'en fut que cela.
A quelques jours de là, Louville pensa être victime d'une scène plus grave ; laissons-la-lui raconter.
t,ouvilleàBeau-
''ienS " ûaf LoiivHIe à BeauvilHers.
n Une querelle s'est engagée ici entre plusieurs officiers du régiment de Lombardie , que j'ai l'honneur de commander sous le prince Pio , et des gens à moi , a propos de fourrages que ceux-ci avoient faits pour mes chevaux et que ces messieurs vou^ lurent enlever , parce qu'ils ne savent ce que c'est que de prendre la moindre peine , et d'exécuter les ordres qu'on leur donne d'envoyer ou d'aller aux fourrages. Je dormois sous ma tente , qui est voisine de la barraque du roi, quand je fus subitement reveillé par les cris de mes gens, et n'ayant trouvé autour de moi qu'une paire de grosses bottes , je les mis à crud et courus tout nud dans cet
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équipage au secours de ces pauvres diables^ dont je rencontrai aussitôt deux qui avolenl; déjà , l'un la tète fendue d'un coup de sabre, et l'autre les reins percés d'outre en outr^ d'un coup d'épée. C^ux qui les poursui voient ainsi cruellement étoient un capitaine d^ Lombardie et deux sous-lie utenans. Je m'avançai d'abord sur le capitaine , et lui ayant demande s'il ne nie reconnoissoit pas bien Je visage , sur sa réponse insolente > je lui jetai son chapeau à terre, ce qui , dans la vérité, passe chez les Espagnols paur un grand affront , et je fis conduire les assassins aiji prévôt. Notez que l'affaire alloit devenir chaude , car tous les marmitons du quartier ■étoient accourus au secours de mes valets , avec des broches dont ils alloient infaillible^ ment embrocher mes braves. Pendant ce temps , le roi étoit à la fenêtre qui essayoit en vain de se faire obéir de sa garde, déjà prête à se mettre de la partie ; j'eus beaucoup de peine à éteindre ce feu , mais enfin , les coupables une fois emmenés ^ tout se calma. Le duc de Medina-Sidonia et Saint-Estevan , n'osant point empêcher qu'on ne fit le procès -éte ^assassins , ne cessoiehtde répéter que céîia étèit'bien malheureux , parce que les
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délinquans ëtoient Espagnols. Ils avoient imagine un bel expédient pour les sauver , c'ëtoit de dire que , comme je ne m'étois pas encore fait recevoir à la tête de mon régiment , mes officiers pouvoient bien ne m'avoir pas reconnu non plus que mes gens. Je leur ai fait un chemin plus large et plus droit, en demandant la grâce des coupables , que j'ai obtenue. Mais Dieu ne me saura aucun gré de cette action , ne l'ayant faite que parce que j'ai su qu'on m'accusoit de vouloir me débarrasser du capitaine pour ne lui point donner satisfaction du chapeau jeté à terre. Le misérable est donc sorti , après quoi il a tout bonnement replacé son chapeau sur sa vilaine tête , et il ne l'a pas mis de travers , comme vous l'allez voir , puisque le roi l'ayant fait venir et lui ayant dit , selon l'usage , qu'il prenoit l'affront sur lui , ce redoutable capitaine ne m'est rien venu dire. . . . Vous saurez que le prince Pio m'a très-mal soutenu dans cette affaire , et cependant il me doit son régiment et le gouvernement de Novarre, qui lui vaut trente mille livres
cyTe août 1702" de rente Depuis l'aventure de mes gens ,
les grands m'ont pris dans une superbe aversion. Je sais que le marquis de Bedmar ;
comme par inspiration , du fond de la Flandre où il est , me sait très-mauvais gré de n'avoir pas fait nommer son fils aide-decamp du roi. C'est assurément une grande bisarrerie de sa part , car il doit savoir que son beau monsieur de fils, à qui j'avois proposé cette place, m'a refusé, en disant qu'il aimoit mieux aller à Mantoue , parce qu'il y
trouveroit des filles, Ce qui me fait le duchelL^^^
plus de peine dans tout ceci, c'est l'indo- elTût/^oi! lence du roi. Il ne se fâche de rien. Plût à Dieu qu'il ressemblât à monsieur le duc de Bourgogne , avec tous les défauts que je lui ai connus î »
Pendant que Louville exerçait ainsi sa patience au camp de la Testa , il eut à subir des épreuves encore plus sensibles dans les lettres qu'il reçut de Versailles. On lui mandait qu'il fallait définitivement renoncer à passer l'hiver en Italie , quelque prix qu'il y attachât , parce que la junte de Madrid , d'accord avec le roi de France , avait jugé le retour en Espagne nécessaire par rapport aux divisions qui régnaient entre les chefs de la régence. On lui écrivait de plus que M. d'Harcourt; piqué de n'avoir point encore
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pu obtenir la permission de faire passer sa toison à M. de Césanne son frère , l'accusait publiquement d'être la cause de l'animosité qui fermentait entre les Français et les Espagnols , et de la froideur avec laquelle le roi d'Espagne avait traite son beau-père , par conséquent de la retraite de ce prince. On lui avait déjà conseillé de garder plus démesure avec les grands , parce que Louis XIV commençait à craindre qu'il n'eût quelques préventions contre eux , et qu'il ne les suggérât au roi catholique.
iSjmiietets LouviUc à Torcv.
août 1702.
«Pardonnez un peu de mauvaise humeur, répondait Louville , à un homme qui vous écrit grillé sous sa tente comme un melon sous cloche, et qui de plus a lu vos lettres. Quoi ! l'on me reproche la froideur du roi catholique envers son beau-père ! mais ce beau-père a cela de commun avec tous les enfans d'Adam , que sa majesté traite tous avec la même froideur. On craint que je n'entretienne le roi catholique des défauts dqs grands , parce que je vous en entretiens ! mais si c'est à lui d'être le médecin , ne con- \ vient-il pas qu'il voie le mal? eh ! puis ,
pense-t-on qu'il n'aperçoive pas de lui-même qu'on lui bat ses huissiers sous ses jeux , qu'on veut lui faire la loi sur tout , et qu'on le sert très-mal ! Quoi ! vous avez approuvé , désiré , décidé le voyage d'Italie, et lorsque ce voyage n'a encore produit que de bons effets , vous en voilà dégoûté y quoique les mêmes raisons qui vous l'avoient fait conclure , subsistent pour vous le faire prolonger ! Eh bien ! moi je persiste à vous dire que l'Italie est aujourd'hui l'âme de la monarchie espagnole , le pays qui lui donne le plus de considération et de pied en Europe , le pays sans lequel , au point de décadence oii est tombée l'Espagne , on ne feroit pas plus de cas d'elle que du royaume de Mequinez , qu'ainsi, rien n'est moins sage que de la quitter avant de l'avoir assurée.
» Quanta la toison de M. d'Harcourt, je n'ai rien fait pour en priver M. de Césanne , mais je ne ferai rien pour la lui procurer , parce que je n'aime pas et ne trouve point respectueux que l'on se passe les faveurs des souverains comme la grenouille au jeu du hrûle manant. Permettez-moi de penser , monseigneur , tout disposé que je suis à vous obéir du meilleur de mon cœur , contre
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mon opinion, que vous en feriez autant que moi à ma place »
Enfin , le 14 août , le canon de Botgo^ Forte se fit entendre. M. de Vendôme con> prit que le prince Eugène était aux prises avec le prince de Vaudemont , et il ordonna sur-le-champ le départ de l'armëe qui, toutefois , ne se mit en marche que vers le soir. Les conjectures du général français n'étaient malheureusement justes qu'à demi. Les impériaux , se voyant pressés par M., de Vau^ demont , avaient a la vérité levé le blocus de Mantoue dès le 6, pour se rapprocher de leur tête de pont sur le Pô , comme on le savait au camp du roi, où se trouvaient alors le duc de Mantoue lui-même et M. de Tessé^ mais , ne se voyant pas suivis avec activité dans leur retraite, ils avaient simplement laissé un corps d'observation dans le Seraglio et s'étaient concentrés au-delà du fleuve , sous le feu de Luzara , où ils avaient de grands magasins , pour marcher de là contre le roi catholique avant que la jonction de M. de Vaudemont avec M. de Vendôme fut opérée , dans l'espoir de les pouvoir battre l'un après l'autre ^ et le canon
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que Ton entendait de la Testa n était rien qu'un jeu des remparts de Borgoforte sur les avant-postes du prince de Vaudemont. Ainsi, tandis que dans l'armëe des deux couronnes on célébrait d'avance la victoire , et qu'on ne voyait plus d'autre retraite au prince Eugène que celle de Phaëton au milieu du Pô , ce général comptait bien , de son côté, surprendre son ennemi par une de ces heureuses hardiesses qui s'accordent si souvent , à la guerre , avec la prudence; et , sur la nouvelle qu'il eut par ses coureurs de l'approche de M. de Vendôme , il se posta sur son passage derrière Luzara, de manière à être masqué par la digue d'un petit canal nommé le Zéro , qui passe transversalement devant la ville et sert de décharge aux eaux du Pô lorsqu'il vient à déborder. Les avantgardes des deux armées s'étant rencontrées face à face au point du jour, la matinée du 1 5 se passa en escarmouches de cavalerie où les succès furent balancés , et pendant lesquelles on prit de part et d'autre des dispositions pour une bataille générale.
L'armée impériale n'était évaluée, à cause des détachemens quelle avait été forcée de faire, qu'à lO mille homme de pied et
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lo mille chevaux. Celle du roi catholique, quoique réduite par les maladies, s'élevait encore à plus de 20 mille fantassins et 12 mille cavaliers. M. de Folard dit que , des deux côtés , vu la nature du champ de bataille qui était fort coupé de bois et d'irrigations , c'était avoir beaucoup trop de cavalerie ; mais peut-être n'a-t-il pas assez réfléchi sur le caractère de cette guerre 011 ce n'était rien de vaincre son ennemi si l'on ne parvenait à l'anéantir ; or c'est à quoi , sans de fortes masses de cavalerie, il est reconnu que l'on ne réussit point. Il parut bien du reste , à l'ordre selon lequel les deux généraux rangèrent leurs troupes , qu'ils avaient réservé leur cavalerie pour la victoire , car ce fut une bataille d'infanterie et presque toute corps à corps ; aussi fut-elle fort meurtrière, et le carnage dura-t-il autant qu'elle j» c'est-à-dire, depuis cinq heures du soir que les Impériaux attaquèrent jusqu'à près de minuit. Le prince Eugène avait le grand a.vantage de s'être choisi son terrain , mais l'infériorité du nombre de ses troupes i^tabîissait au moins l'égalité, de sorte que tout dépendait de la valeur des soldats et de l'habileté des chefs. Après le récit détaillé que
M. de Feuquières a fait de cette bataille , on ne s'attend pas sans doute que nous en donnions un circonstancié. Nous nous sommes d'ailleurs fait une loi de ne prendre, des faits généraux déjà connus, que ce qui se rattache immédiatement à notre correspondance.
Le roi catholique était à la droite avec Albergotti et le marquis de Créqui. M. de Vendôme l'avait placé là , parce que l'effort devait se faire au centre contre lequel le prince Eugène et le prince de Commercy, l'idole des Impériaux , se disposaient à donner en personne, et qu'en cas de succès, c'était îe lieu le plus brilîasit , parce qu'il dominait tout ; comme dans la retraite , le plus sûr. Mais, au milieu de l'action, MM. de Vendôme et de Marsin ayant perdu sa majesté de vue pour donner leuts soins partout où la nécessité les appelait, Philippe se porta de lui-même aux premières files du centre avec cinquante gendarmes seulement , et resta au milieu d'un feu très-violent avec un sang-froid digne d'un guerrier consommé, ce qui acheva sa réputation qu'il avait si bien commencée à Santa-Vitlona. Louvilleneie quitta pas d'un seul instant ; mais , faut-il le ^ire ? ses illustres envieux ne lui disputèrent
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point alors son double emploi d'adjudant du
roi et de gentilhomme de sa chambre.
On sait l'issue de cette journée dont les deux partis s'attribuèrent l'honneur. Le roi catholique et le prince Eugène couchèrent tous deux sur le champ où ils avaient combattu, et purent le faire Fun et l'autre sur des drapeaux ennemis. Sans les ressources que le danger et l'occasion fournissaient à M. de Vendôme , l'armëe des deux couronnes aurait essuyé de grands revers ; car elle fui un moment compromise. Ce qui contribua surtout à rétablir les affaires du roi d'Espagne , fut l'inflexible résistance que la brigade de Piémont , située à la gauche , opposa toujours aux Impériaux. Ils ne purent alors décider les avantages qu'ils avaient d'abord remportés au centre , et puis la mort du 'du"wde^ prince de Commercy les arrêta tout court i5 septembre au milicu Qc Icurs succes. de tut un grenadier de Piémont qui tua ce héros.
Quand les soldats autrichiens le virent tomber, ils poussèrent un cri horrible, et demandèrent à retirer le corps sans le nommer, ce qui était le faire assez connaître. Médavy leur accorda ce qu'ils voulaient par respect pour leur douleur , en les priant de
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l'avertir quand ils voudraient recommencer, et profita de cette petite trêve pour envoyer chercher des munitions dont il manquait. Le prince de Commercy avait jure de porter sa droite à Luzara ou de mourir ; il tint parole. Il y eut quelque chose de sinistre dans les circonstances de sa mort. Il arriva qu'au moment où il tombait de cheval , le bras dont il tenait son ëpëe vint à se roidir, de sorte que le fer entra dans le cœur de son page qui était accouru pour le soutenir. Le prince Eugène s'ëcria , en apprenant l'ëvë^ iiement , « que toute l'Italie ne pouvait dédommager d'une telle perte. »
Du côte des Français , le deuil ne fut pas moindre. Le rëgiment irlandais d'Albermale qui rendit de grands services, fut presque entièrement dëtruit. Des brigades entières disparurent , entre autres celle du Perche ; les carabiniers perdirent soixante-cinq ofïiciers ; mais rien ne fut si sensible à l'armëe que la mort du marquis de Grëqui et du comte de Revel , qui brillaient autant par leurs talens que par leur bravoure. M. de Césanne , qui venait enfin d'obtenir ce qu'il dësirait par l'entremise de M. de Marsin ^ fut grièvement blessé en combattant vail-
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lamment ; et sur cela Louville mandait : {( Je lui ai fait compliment sur sa blessure , mais non sur sa toison. » Ealin , la bataille coûta cher aux deux armées , mais elle fut glorieuse. Elle eût été décisive en faveur du roi d'Espagne si M. de Vendôme eût attaqué les Autrichiens de nouveau dès le lendemain. Le prince Eugène dit, depuis, que toute la nuit il s'était cru perdu. A quoi tiennent les destinées des empires ? Cette hésita* lion chez un homme qui d'ordinaire n'hésitait point devant le canon , coûta peut-être les dix ans de guerre qui suivirent. Pourquoi M. de Vaudemont, de son côté, ne risquat-il pas tout pour prendre les Impériaux à revers? îl n'est peut-être pas inutile de remarquer à cette occasion que le jeune prince de Vaudemont se trouvait dans les rangs autrichiens. Quoi qu'il en soit , dès que le prince Eugène vit qu'on le laissait en repos , il fit sa retraite en bon ordre sur Borgo- Eorte où il se fortifia , se trouvant fort heureux d'abandonner a ce prix Luzara aux Espagnols; et, dans ce nouveau camp , il amusa dix jours entiers son ennemi. On revit alors ce que l'on avait vu au camp de la Testa.
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Louville à Beauviliiers. 25 aoàt 1703,
(( La mollesse de nos généraux finira
par triompher de l'énergie de nos troupes. On se moque ici de Pracontaî, et on le tourne en ridicule parce qu'il agit quoique malade. ATheure qu'il est, notre camp n'est point encore fixé sur noti^ droite , et per« sonne ne songe à reconnoitre les ennemis. Il y a quatre jours que M. de Vaudemont nous a rejoints. Comme il a vu que l'on ne s'occupoit point de la position des Autri-^ chiens , il s'est fait porter en chaise un peu en avant pour les observer. M. de Vendôme s'étoit contenté de les canonner à l'aveugle. Cependant nous allons commencer le siège de Guastaîle, que nous aurions dii faire aussitôt après avoir laissé échapper le prince Eugène , pour réparer un peu notre sottise. Pleineuf , qui a soin des vivres^ fait toutes les friponneries imaginables, et fait payer tout au poids de l'or au roi d'Espaigne. Comme il est beau-frère des Matignons, et soutenu par conséquent par M. de Chamillart, on n'oseroit lui dire un mot. L'intendant, ni Capistron, ni aucun des of= iîciers généraux^ qu'il pourvoit de caissons^.
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de fourrage et de bon vin de Champagne, ne trouve à dire à sa conduite , et l'armée n'a qu'à pâtir à son aise. Il y a un quart de terre et de gravier dans le pain des soldats, en sorte que , si le pays n'ëtoit pas si abondant , et que ces pauvres gens et les officiers particuliers fussent obliges de se nourrir de leurs vivres de munition , ils creveroient tous bientôt. Les pauvres soldats blessés ne furent point pansés le lendemain du combat faute de charpie, de bouillon , de médicamens et même d'hôpitaux. Aussi, dans le peu d'hôpitaux que nous avons , meurt-on comme des mouches.
» Je sais précisément qu'à Crémone on avoit fait aux malades du bouillon avec du vieux suif. Sitôt que les malades commencent à pouvoir se soutenir, on les chasse et on les renvoie à l'armée , où ils crèvent quand par hasard ils ne sont pas crevés en marche. C'est avec ces petits secrets là que l'on oblige la France à fournir tous les ans 1 5 ou 20,000 recrues pour la seule armée d'Italie , et 4 ou 5 millions pour les lever , tandis qu'avec 5oo mille francs de plus dépensés en hôpitaux, ou même avec ce qu'on a , si l'on en usoit loyalement, on n'épuiseroit point ainsi
ce royaume et l'on iroit plus vite. Je voudrois que vous vissiez les hôpitaux de M. de Savoie ; on n'est pas mieux à la Charité à Paris. Tous les jours un colonel a soin d'aller voir panser les malades, et des capitaines voient donner le bouillon ; aussi ses troupes se conservent et s'améliorent en se conservant.
» Je vous dirai en confidence que M. de Vendôme n'aime point que le roi se montre aux soldats, quoique le roi en ait envie. On voudroit en faire une machine de bois. Je crois même qu'on tâchera de l'empêcher d'aï - 1er à la tranchée de Guastalle ; mais je vous promets de faire de mon mieux pour déjouer cette pratique honteuse.
» Je reconnois bien là le duc d'O et
G. de G. Comptez que les peurs de Scaramouche n'approchent pas de la leur. Depuis qu'ils ont vu tuer un des chevaux du roi dans sa cour et tomber des boulets dans les rues de Luzara , ils n'ont garde de mettre seulement le nez à la fenêtre. Il n'y a pas jusqu'à notre ami S. , qui étoit aide de camp royal le jour du combat, qui ne nous ait donné , pendant l'action , des scènes ridicules. Le roi l'avoit envoyé parler à M. de
Vendôme ; il ne put jamais y parvenir tant il avoit la mâchoire serrée, et cela fut le plus plaisant du monde à ce que racontent les assistans, y compris les laquais de M. de Marsin. Le lendemain de l'affaire , le roi ayant etë visiter le camp à portée de canon , dont il essuya plusieurs volées, M. de M. S. et d'O... nous apostrophèrent, M. de Marsin aet moi , en nous reprochant d'exposer sa majesté. Marsin leur repondit avec la vivacité de son caractère , et le roi se mit aussi* tôt à rire comme un bienheureux. Sur ce , mes conseillers, voyant que leur harangue ne produisoit pas d'effet, allèrent se planter avec Bouchu derrière des arbres. Notez qwe l'un d'eux a commandé les armées de sa nation , qui est pourtant bien brave , ddurant trois ans , contre M. de Noaiîles. Mais rien n'égale la scène que nous donna le prince P. qui vint demander au roi ie lendemain de Luzara , en présence des officiers généraux , qu'on allât le retrancher. Vous pouvez juger de l'éclat de rire universel ^surtouit quand il dit pour belle raison que ises soldats ne pouvoient pas remuer la terre. Voilà où mène IWeniple de trois ou qiiatre rois faiî^éans. Il faut pourtant rendre hommage à
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la valeur de ceux qui en ont montré. Celle du comte de Las-Torrès est superbe. En tout c'est au milieu du feu que le flegme espagnol est beau, parce que là il est utile.
» Remettez en mains sûres le quartier des mousquetaires que vous paieront MM. de l'Assiento, et ne nous efiyoje?: pas de lettres de change ni de papier sur le trésor royal , car tout cela est protesté. Dernièrement j'adressai à M. de Bâville des lettres de change sur Lyon et le trésor royal pour 47 mille francs qui furent pro testées , et j'eus beaucoup de peine à sauver' cette somme. »
Le siège de Guastalle n'offrit rien de particulier , si ce n'est que, la tranchée ayant été ouverte le 5i août , la ville fut rendue le .9 septembre. Le roi parut , en dépit des gens à précaution , dans les endroits les plus exposés au feu , et s'y conduisit comme à Luzara. C'était un Piémontais , nommé Solari , qui défendait la place ; il fut fait prisonnier avec le reste de sa garnison , de deux mille cinq cents hommes. N'oublions pas la petite vengeance , très-légitime , que M. de Vendôme tira du prince Eugène dans cette
circonstance : cor^ime on avait eu avis que r, » 21
Louville à la
rei
çne, 2.5 décem
ce prince cherchait à enlever le roi calho-lique pour l'envoyer à Vienne ^ on s'amusa à incendier le palais de la princesse de Guastelle , belle personne qui lui tenait , dit-on , fort au cœur , et l'on donna la ville avec son territoire au duc de Mantoue , qu'il haïssait. ncVEppa! Après cette conquête , l'armée revint à Lu-
c, 2.5 décem-
bre 1702. 2jipa , où elle espéra quelque temps pouvoir amener le prince Eugène à une bataille ; mais , en général habile , il ne compromit point le peu de troupes qui lui restait , et crut assez faire d'attendre, sans souffrir, des renforts d'Allemagne , en contenant M. de Vendôme ; sage conduite dont les pluies et la mauvaise saison assurèrent le succès. Les deux armées commencèrent donc vers la fin de septembre à s'étendre , l'une , de Luzara dans tout le Modenois; l'autre , dans le Ferrarois , vers le Panaro , pour y prendre leurs quartiers d'hiver ; et le roi catholique repartit pour Milan dans les premiers jours d'octobre. Ainsi finit cette campagne imcomplète , qui avait néanmoins été fort utile à Philippe V , et plus encore en Espagne qu'en Italie. A Madrid, depuis l'affaire de Luzara et la prise de Guastalle , on n'ap- Icmwe^îoaf pelait plus Pliilippc que el Pœj-Fencedoi\
JTO?..
Les grands qui ne l'avaient pas suivi à l'arniëe , étaient journellement insultes parles rues; et les femmes leur envoyèrent des éventails où le roi catholique était représenté au milieu des flammes. Toutefois, je trouve beaucoup moins de joie de la victoire que d'ennui de l'absence , dans la lettre que la reine d'Espagne écrivit au roi son mari ^ après Lu z ara.
La reine d'Espagne à Philippe V.
« Grâce à Dieu ; mon cher mari , vous avés bien batu les ennemis. Se a mil vezes enora huena{i). Mais aussi il faut que je vous remercie du prompt courier que vous avés bien voulu m'envoyer , car effectivement il a fait grande diligence , puisqu'il n'est point encore arrivé , et c'est mon père qui m'a donné cette bonne nouvelle que je receus lundi. Vous aviés grande raison , quand vous disiés à Barcelonne , qu'assurément les AUemans ne seroient pas bien traités. Il faut que je vous dise le mauvais effet que fait ici le retardement de votre courier ; car les malintentionnés font courir le bruit que cela
(i) Recevez-en mille félicitations.
n'est pas* Après vous avoir marqué , mon cher mari , la joie où je suis , il faut que je vous dise une chose qui n'est pas agréable , qui est que les ennemis ont fait une desente au port Ste. -Marie , dans la rade de Cadiz. Je ne vous dirai aucune particularité, à cause que l'on vous envoie les nouvelles des conseils , et les résolutions prises , car la promtitude que cela demande ne permettoit pas , comme vous pouvés aisément imaginer , qu'on attendit vos ordres et ceux de la France à qui l'on envoie les mêmes choses. Je fus yer , après avoir tenu le matin la junte à mon ordinaire , à une autre qui dura de huit heures du soir jusqu'à près de minuit ; je serois fort fatiguée de toutes ces affaires , je vous avpiie ; mais étant pour vous que je l'ay fait , cette raison me les rent agréables. Vous verés encore l'envie que ces gens ici ont que vous reveniés le plus tost , et mesme ils vouloient m'obliger h. vous en escrire , et aussi au roi de France ; mais je leur repondis que je ne voulois pas le faire , étant asseuré que vous ne voudrîés pas laisser imparfait ce que vous avés si bien commencé , et avec grande raison. Il n'y eut dans la junte , de mon sentiment; que le comte de
Monterey et don Manuel Arias , qui ne fussent point contre vostre passage , et qui en dissent autant que moi. Je dois rendre justice à ce dernier; il fait l'on ne peut pas mieux , et je ne sçai pourquoi l'on disoit tant de mal de lui. J'aurai, avec vostre permission , à finir cette lettre pour m'aller promener, puisqu'il y a des temps infinis que ne suis sortie. Adieu donc , mon cher roi ; je ne doute pas que, quand la campagne sera finie , vous ne vous amuserés plus , mais reviendrës retrouver vostre petite femme qui vous aime cent fois plus qu'elle mesme. »
Ainsi tout le monde , dans la junte, jusqu'à la reine qui avait été si favorable au voyage d'Italie , supposait que rien ne pouvait retenir Philippe hors de l'Espagne , une fois la campagne finie. Cette disposition universelle des esprits e'tait due aux efforts de la cabale des grands , soutenxie par madame des Ursins. Cette dame , pour se populariser auprès de cette cabale puissante , avait si bien fait , dans ses lettres à madame de Maintenon , que le parti de rappeler le roi catholique en Espagne , semblait irrévocablement pris; avant même que les Anglais
eussent rien tente sur les côtes de ce royaume- La descente que ces derniers effectuèrent au port Sainte -Marie, avec le duc d'Ormond et le prince de Darmstadt , au commencement de septembre , acheva d'entraîner le ministère français , et dès ce moment il s éleva , contre les partisans du séjour de Philippe à l'armée, une clameur effrayante pour leur crédit. M. de Torcy en parut ébranlé. Vainement Louvilie s'épuisa-t-il à démontrer qu'une tentative éphémère , faite avec une poignée de soldats sur le territoire d'une nation fidèle , ne devait point alarmer, encore moins détourner d'un grand projet que l'on aurait conçu d'ailleurs ; prédiction que justifia l'événement vingt jours après ; en vain forca-t-ii ses adversaires de convenir que la présence du roi catholique en Italie, qui avait été jusque-là si avantageuse pour sa réputation comme pour sa puissance , était encore nécessaire , tant pour développer le caractère du jeune roi, assurer l'obéissance des peuples , et se donner le temps de créer une bonoe garde, que pour achever ïesnéfi^ociations entaméesheureusement avec la cour de Rome , et conclure des ligues avec les princes d'Italie ; l'arrêt fut prononcé
DU MARQUIS DE LOUVILLE. 827 sans retour^ et Philippe reçut de Louis XIV Tin jonction de suivre les conseils de la junte en revenant à Madrid le plus tôt qu'il pourrait. L'action de la cabale ne se borna pas à ce triomphe. Un orage terrible éclata tout d'un coup sur Louviile : ses ennemis, de Madrid, de INaples, de Milan et de Versailles, jugeant le moment favorable , s'armèrent contre sa faveur de tous les artifices de la calomnie , se levèrent à la fois , lancèrent des traits en commun , si droit et de si haut, qu'ils le crurent un instant perdu. Comment échappa-t-il à ce péril? c'est ce que nous allons voir.
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