‹ Mémoires secrets sur l'établissement de la maison de Bourbon en Espagne [electronic resource]Chapitre 5 sur 25 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Acceptation du testament de Charles II. Mission du marquis de Louville ( i )*

Tandis que l'espoir de la France croissait ainsi paisiblement à l'ombre des lauriers de Louis-le-Grand , Charles II, roi d'Espagne^ dont la vie n'avait ëtë qu'une longue maladie, mourut au milieu des fêtes publiques ordonnées pour sa convalescence. Cette mort arriva le i®^. novembre 1700, et le dimanche 9, la cour étant à Fontainebleau depuis la fin de septembre, l'ambassadeur d'Espagne, Casteldos-Rios, demanda une audience à Louis XIV pour lui annoncer ce malheur, et lui faire part du testament de son maître , qui appelait à la couronne le duc d'Anjou , puis le duc de Berri au défaut du premier; au défaut de celui-ci , l'archiduc Charles , second fils de l'empereur 5 et , après ce dernier, les

(i) Tout ce chapitre est extrait d'un journal autographe du marquis de Louville.

princes de Savoie. Le duc d'Orléans était oublié , ce qui amena d'abord une protestation de sa part , et dans la suite beaucoup d'autres événemens. Une lettre de la junte espagnole au roi de France contenait les clauses de l'acte , et demandait une prompte réponse. Cette nouvelle ne surprit personne, hormis l'envoyé de l'empereur, Zinzindorf, qui , dans cette occasion , dit Louville , ne fit guère honneur à ses espions. Le pauvre homme , ayant rencontré , le 10 à midi , dans la galerie des réformés , le marquis de Torcy , qui emmenait M. de Louville chez lui pour causer de cette affaire , l'aborda d'un air égaré , en lui demandant s'il était vrai qu'il y eut un testament ; et sur la réponse affirmative du ministre : c< Sans doute , reprit-il w vivement , la chose regarde monseigneur j) l'archiduc î — Oui , monsieur , répliqua w M. de Torcy , tout de suite après les pe- I) tits-fîls de France, w Et sur ce, Zinzindorf devint blanc , à s'és>anouir.

Cependant le mystère avait transpiré dès le commencement de septembre , avant le départ de Versailles, et M. de Torcy en dit alors un mot à Louville , mais confusément, sans déterminer lequel des princes le

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testament projeté de'sîgnerait, sans même y ajouter beaucoup de foi ; d'où Ton doit conclure que Louis XIV , à cette époque , n'avait point encore confié ses vues à d'autres qu'au marquis d'Harcourt. Quant à cet ambassadeur, il prépara trop bien le testament pendant son séjour à Madrid , pour qu'on puisse admettre , sur la parole (i) des historiens^ qu'il ait agi sans mission expresse. Quoi qu'il en soit, Louville, qui était pour l'acceptation et qui doutait à cet égard de la politique de M. de Torcj, profita de là con-

(i) M. de Voltaire dit , au sujet de ce testament , que Louis XIV en fut informé par le cardinal de Janson qui résidait alors à Rome où l'affaire avait été portée , et que c'est toute la part que le cabinet de Versailles eut à cet événement. Cela n'est pas vraisemblable. Il est bien vrai que , depuis le deuxième traité de partage , le marquis d'Harcourt avait été rappelé pour commander une armée sur les frontières d'Espagne. Mais qui a jamais pensé à dire qu'il ait dicté et fait signer ce testament I C'est assez qu'il l'ait préparé de loin avec beaucoup de suite et d'adresse , pour accréditer l'opinion que sa conduite lui avait été commandée par sa cour. C'est la seule erreur, du reste , que l'on puisse reprocher sur cet événement à l'auteur du Siècle de Louis XIJ^. En général il est bien instruit; et, s'il ne sait pas tout le vrai , du moins sait- il rarement le faux.

lîde nce pour lui demander si une telle disposition de Charles II ne changerait rien au système que la France avait précédemment adopte. «Non, répondit M. de Torcy, on « est bien résolu de s'en tenir au traité de » partage, et nous nous soucions fort peu de » ce que l'Espagne ferait au contraire.» N'oublions pas que ceci se passait au mois de septembre. Torcy parlait probablement avec sincérité. L'avis du conseil en faveur du partage était unanime alors , sans excepter même celui que le roi manifestait.

Au commencement du voyage de Fontainebleau , temps où les mêmes bruits avaient pris plus de consistance , où l'on savait positivement les efforts qu'avaient faits les marquis de Villafranca et de Mansera, et le comte de Saint-Istevan , tout grand -maître de la maison de la reine qu'il était , pour déjouer les intrigues de cette princesse et celles de l'Autriche, vaincre l'aversion et les scrupules de Charles II à l'égard de la France; et l'avis que le même Saint-Istevan avait donné au roi mourant de délibérer sur cet objet dans son conseil , et la décision de ce conseil où le comte d'Aguilar fut le seul opinant favorable à la maison d'Autriche ;

alors , dis-je, où Ton savait tous ces détails , et d'autres dont nous parlerons plus tard , le ministère français doutait encore de l'ëvënenient, ou n'en faisait guère ëtat, jusque-là que le marquis Salviati , l'envoyé de Florence , étant venu tout révéler à M. de Louviiîe , en le priant d'informer M. de Beauviîliers de la signature du testament, qui avait eu lieu le 2 octobre , ce qui fut fait ; le duc refusa d'y croire , en disant : « Au sur- » plus, il n'en sera ni plus, ni moins. »

D'où venait cette incrédulité ou cette insouciance? le voici : Le conseil de Versailles s'était persuadé, 1^, qu'on devait; 2**. qu'on pouvait exécuter le traité de partage; 5^. qu'il était utile à la France de le faire ; trois choses également fausses , selon M. de Louville , et il le prouve , à notre avis , fort bien. D'abord, dit-il, on ne devait point exécuter ce traité , parce que nul n'est tenu de remplir une promesse qui blesse la justice et les droits d'un tiers ; or, le traité par lequel l'Angleterre , la Hollande et la France disposaient à leur gré de l'Espagne , la France particulièrement , au préjudice d'un mineur du sang de ses rois , présentait la réunion de toutes les iniquités. La rupture d'un engage-

ment pareil, loin d'être un parjure, devait se considérer comme une réparation commandée par la morale et le droit public. Point de difficulté sur cet article. S'il en existait , ajouterai-je, dans Tesprit de ces diplomates qui ne voient pas d'autre droit public que l'équilibre européen , l'exemple du partage de la Pologne devrait leur apprendre que de telles mesures rompent souvent cet équilibre et ne le rétablissent jamais.

Pouvait-on exécuter le traité? Pas davanvantage. M. de Tallard , qui avait stipulé les conditions de la France dans cet arrangement , et cela malgi'é les remontrances du négociateur Callières , plus habile que lui , s'était épris de l'idée de donner à son souverain les royaumes de Naples et de Sicile , des places en Toscane, la Lorraine, à la charge d'assurer le Milanais au duc Léopold- , et enfin le Guipuscoa ; mais il n'avait oublié que deux précautions pour le succès : 1°. d'obliger les alliés à se procurer la signature de l'empereur à tout prix; n^, dans le cas d'une guerre avec ce monarque^ d'exiger d'eux expressément des troupes et des vaisseaux, pour que Louis XIV put entrer sans hésitation en jouissance de sa portion du partage ;

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sans quoi nécessairement il devenait le jouet de tout le monde ; car, quelle apparence quil pût transporter le duc de Lorraine dans le Milanais par-dessus les Alpes , soutenir la guerre en Piémont , franchir les mers pour disputer les deux Siciles , et combattre encore en Espagne , le tout sans auxiliaires et contre la volonté de l'empereur , ligué avec l'Allemagne entière et le duc de Savoie ! îi y avait même dans l>a réserve des Anglais et des Hollandais à cet égard une mauvaise foi si indigne , qu'elle seule eut été capable de dégager de toute fidélité comme de tout scrupule , et en même temps si visible , que l'Europe en souriait de pitié pour le cabinet de Versailles. A Paris , les négociateurs français furent accueillis avec des chansons ; et en effet , il y avait lieu de fronder, si ( ce dont il faut au moins douter) le roi ne couvait pas dès lors le grand dessein qu'il a exécuté depuis.

Au surplus, noire ministère n'était pas dans son moment de triomphe. Le traité de Ryswick, qui, après tant de sacrifices d'hommes et d'argent, n'avait guère produit autre chose pour laFrauce que le pardon de ses victoires ; la négociation de ce premier

traité de partage, que M. de Boufflers était allé mendier près du ministre Portland , et que celui-ci était venu fastueusement dicte;:' à Versailles , d'où le public avait compris que désoi^mais l'Angleterre allait décider en Europe ; les clauses de ce même traité secret (i) qui accordait à la France encore moins que le second , pour le stérile avantage de faire dun prince de Bavière un roi d'Espagne ; tout cela n'était pas fort brillant. Mais revenons.

Restait donc en faveur du second traité l'utilité qu'on en pouvait retirer , en supposant qu'il fut exécuté et qu'il dut l'être. Quand on veut prouver l'utilité d'une chose , il est malheureux que ses inconvéniens frappent aussitôt les yeux, et c'est ici le cas. On voit bien d'abord ce qu'il en devait coûter à la France de sacrifices de tout genre pour étendre sa main sur des possessions si écar-^ tées les unes des autres , pour s'y maintenir à l'intérieur contre tant d'habitudes , de préjugés et d'intérêts divers,^, et à l'extérieur contre l'envie et la politique des puissances ___

(i) 11 fui signera Loo, et non à JuOnfîrçs comme le dit le président Hen^ult,

principalement contre les ombrages 3ù commerce anglais et hollandais dans le Levant : on voit bien clairement encore ce que Ja maison de Bourbon perdait de considération, de lustre et de puissance, en préférant, au mépris du droit des souverains, une dépouille misérable et incertaine , à la plus légitime et à la plus opulente succession ; mais le contraire ne se voit point. Disons-le nettement, les alliés , à l'ombre d'une feinte amitié qui devait être suspecte à Louis XIV, lui tendaient , dans ce contrat illégal , un panneau grossier , oii ils l'eussent laissé se débattre sans secours , si sa prévoyante sagacité n'en eût décidé autrement. Louville reconnaît que la providence se servit de la haute raison du roi et de l'influence, de MM. d'Harcourt et de Barbezieu sur madame de Maintenon , pour annuler le second traité de partage , comme elle s'était servie de la mort , naturelle ou non , du jeune Bavarois , pour dissoudre le premier.

Il faut dire que le testament*, dès le lendemain de l'arrivée du courrier qui l'apportait, c'est-à-dire, dans la journée du lo, avait été connu généralement , et que tout le monde s'était déclaré pour l'acceptation ,

DU MARQUIS DE LOUVILLE. â5

contre le partage , avec une vivacité' si grande , que le roi laissant tout d'un coup percer son opinion contre celle de ses ministres , ceuxci restèrent bien étonnés et presque seuls entre Louis XIV et le public. Pour les courtisans , ils commencèrent à détonner contre le partage , à la réserve du maréchal de Villeroy , des princes lorrains , qui étaient affamés du Milanais , et de M. de Tallard , qui avait conclu le traité. Puységur et Louville ne furent pas moins vifs que les autres; et, comme ils étaient bien informés des sentimens de M. de Beauvilliers qu'il était important de faire revenir , ils composèrent l'un et l'autre, pour lui , des mémoires sur cette matière , dont il parut un moment ébranlé. Quant au marquis de Torcy , nous l'avons laissé dans la galerie de Fontainebleau , emmenant M. de Louville et s'amusant en chemin de la diplomatie du bon Zinzindorf Arrivé chez lui , où dînaient ce jour-là M. de Tallard et l'ambassadeur d'Angleterre , il prit Louville à part , et lui dit mystérieusement ; (( Connaissez-vous bien à fond le duc » d'Ali jou ? le croyez-vous capable d'une ré- » solution vigoureuse? » « C'est selon, répon- » dit Louville. Oui , si quelqu'un la lui fait

» prendre. Mais il n'a que dix-sept ans, et il » est trop élevé dans la crainte pour agir de )) lui-même. » «Vous cliargeriez-vous , reprit » le ministre , de lui faire quitter secrètement » cet endroit-ci , et de le mener à M. d'FIar- » court , qui est prêt à passer la frontière » d'Espagne avec une armée ? L'empereur » lui fera peut-être couper le cou , aussi-bien » qu'à vous ; mais , comme ce ne sera qu'en » effigie, cela ne vous fera pas grand mal. » A ces mots , Lou ville, transporté de joie , fît un mouvement. « Contenez-vous , lui dit » vivement M. de Torcy , ceci doit êti^e » conduit avec les précautions d'une fuite. M Je vous en reparlerai lorsqu'il en sera « temps. D'ici là , ne vous ouvrez à personne , ,^); pas même à M-^^ Beauvilliers. w Ceci prouve , d'une part , que le roi Guillaume faisait déjà trop de peur au ministère français , pour avoir à redouter en lui un appui dangereux des Stuarts ; et de l'autre , que Louis XIV avait amené depuis quelque temps M. de Torcy à son avis , avant d'en conférer avec ses autres ministres , qu'il assembla donc avec appareil , seulement pour la forme. On sait que, dans ce conseil , ce prince et monseigneur se prononcèrent

pour le testament. Le marquis de Torcy opina dune manière ambiguë. M. dePont- Chartrain l'imita. M. de Beauvilliers parla contre l'acceptation. Elle paraissait résolue par la volonté du roi ; néanmoins elle resta indécise encore quelques instans à cause de madame de Maintenon (i) qui s'y montrait fort opposée. A la vérité , rien n'était plus facile que de prévoir l'issue de l'affaire. Le douze, après midi , le duc de Saint-Simon, en se promenant avec Louville dans le parterre du Tibre , lui confia que monsieur le duc d'Anjou serait roi d'Espagne , parce que madame la duchesse de Bourgogne avait dit aux duchesses de Sully et du Lude quil faudrait que le roi fût bien sot , s'il refusait la couronne d Espagne pour son petit-fils , et que cette princesse , qui n'était pas sotte elle-même , ne se fût pas servie d'une pareille expression , si elle n'eût senti que madame de Maintenon faiblissait. Véritablement cette dame fit une belle défense. Elle n'omit rien pour détourner le roi de la persuasion où il était qu'en établissant sa famille sur le

(i) On se rappelle qu'elle e'tait marie'e à Louis Xî\ depuis 1686.

trône d'Espagne , il fondait une alliance éternelle , et lui opposa fort spécieusement à ce sujet l'exemple même de cette maison d'Autriche , dont il héritait par les droits du sang , et qui n'avait pas laissé que d'être sa plus cruelle ennemie. Elle en appela surtout à l'obligation de garder sa parole ^ sachant bien que ce motif , plus que tout le reste , était capable d'agir sur l'âme du roi. M. de Barbezieu a dit à M. de Louviile que dans une des conférences qui se succédaient chez elle , presque sans interruption sur cet objet, il la pressa si vivement de raisons , qu elle se mit à crier au secours , au point d'émouvoir Louis XIV. C'était le dernier soupir de sa résolution. Elle se tut à la fin , et la maison de Bourbon doubla son empire. Tout était réglé le 1 2 au soir , date de la lettre que le roi très-chrétien (i) écrivit à la junte. Le i4

(i) Cette lettre est tout au long dans le Diario d'U« billa. La voici fidèlement traduite i.

Lettre écrite par Louis XI 7^^ le i2 novembre 1700, à la reine douairière d'Espagne , régente , et aux membres de la junte souveraine , eii acceptation de la couronne d' Espagne pour monseigneur le duc d'Anjou^ son petit-Jîls.

« Très-haute , très-puissante et irès-excclleule pria-

DU MARQUIS DE LOUVILLE. 29 on revînt à Versailles, et le 16 , les princes ayant paru au lever comme à l'ordinaire

cesse , notre chère et bien-aimée cousine et grande , très-chers et bien-aimés grands , et autres membres du conseil e'tabîi pour le gouvernement universel des royaumes et états de'pendans de la couronne d'Espagne :

» IVous avons reçu la lettre signée de votre Majesté et de vous , en date du I*^ de ce mois. Elle nous a été remise par le marquis de Castel-dos-Rios , ambassadeur de très-haut, très-puissant et très-excellent prince, notre cher et bien-aimé cousin et grand , Charles II , roi des Espagnes , de glorieuse mémoire. Il nous a remis en même temps les clauses du testament du feu roi son maître , qui contiennent l'ordre et le rang des héritiers que ce grand prince appelle à la succession de tous ses royaumes et états , et les prudentes dispositions qu'il a prises pour le gouvernement, jusqu'à l'arrivée et majorité de son successeur. La sensible douleur que nous cause la perle d'un prince dont le mérite et les nœuds étroits du sang nous avaient rendu l'amitié si chère , s'est infiniment augmentée par la touchante preuve qu'il nous a donnée , au moment de sa mort , de sa justice , de son amour pour ses fidèles sujets , de son attention à prolonger au-delà du terme de sa vie le repos général de l'Europe et la félicité de ses peuples. Nous chercherons , de notre côté , à contribuer de tout notre pouvoir à l'un et à l'autre , et à répondre à la confiance qu'il nous a témoignée , en nous conformant entièrement à ses intentions exprimées dans le testament que votre Majesté çt

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avec leurs gentilshommes , le roi , en présence de toute la cour , embrassa le duc

vous, nous avez remis. Notre pensée s'appliquera de jour en jour à rétablir, par une paix inviolable , la monarchie d'Espagne dans le plus haut degré de gloire où elle s'est jamais trouvée.

» Nous acceptons, en faveur de notre petit-fils, le duc d'Anjou , le testament du feu roi catholique. Notre fils le Dauphin l'accepte également. Il abandonne sans difficulté les justes droits de la défunte reine, sa mère et notre chère épouse , reconnus incontestables , comme aussi ceux de la défunte reine notre très-honorée mère , d'après le sentiment des différens ministres d'état et de justice , qui ont été consultés par le défunt roi d'Espagne; et, loin de se réserver aucune partie de la monarchie , il sacrifie ses propres intérêts au désir de rétablir l'antique lustre d'une couronne que la volonté du feu roi catholique et la voix des peuples défèrent seulement à notre petit-fîls le duc d'Anjou. 11 veut aussi donner à des sujets fidèles la consolation de posséder un roi qui sent que Dieu l'appelle au trône afin de faire régner la religion et la justice , d'assurer le bonheur des peuples , de rehausser le lustre d'une monarchie si puissante , et d'assurer la récompense due au mérite , qui doit briller souvent chez une nation également valeureuse , éclairée , propre au conseil , à la guerre , enfin à toutes les fonctions de l'église et de l'état.

» Nous instruirons notre petit-fils de ce qu'il doit à un peuple affectionné si inviolablement à ses rois et à sa pro-

DU MARQUIS DE LOUYILLE. 3i

d'Anjou comme roi d'Espagne , sous le nom de Philippe V. De ce moment , il ne le traita plus qu'en souverain. Une déclaration si solennelle ne permettait pas de songer davantage au projet de fuite et d'invasion clandestine qu'on avait conçu d'abord ; aussi n*en ëtait-il plus question. La surveille du départ de Fontainebleau , Louville se trouvant avec le marquis de Torcj à un laisser cour y lui avait demande en riant s'il songeait toujours à son entreprise mystérieuse : « Non , » non , avait répondu le ministre. Vous » avez la tête trop verte ; désormais ce sera

pre gloire. Nous Texliorterons aussi à se rappeler de son sang , à conserver Tamour de sa pairie , seulement pour maintenir la parfaite intelligence,sine'cessairepourla commune félicité de nos sujets et des siens. Tel a été l'objet principal de nos desseins j et, si les malheurs des conjonctures passées ne nous ont pas toujours permis de le manifester , nous espérons que ce grand événement changera l'état des choses de telle sorte , que chaque jour nous produira de nouvelles occasions de prouver notre estime et notre particulière bienveillance pour toute la nation espagnole.

» En conséquence , très-haute , etc. , nous prions Dieu j etc.

» Louis. »

» M. le nonce qui se chargera de M. le duc » d'Anjou ; « indiquant par là qu'on espérait terminer cette affaire par l'intervention apostolique , et que le pape y ferait plus que M. d'Harcourt et son armée.

Malgré le reproche fait à Louville sur sa tête verte , on avait déjà décidé qu'il accompagnerait le roi catholique ; il venait d'en être prévenu par Blouin (i) , quand M. de Beauvilliers le fît demander , et lui annonça ofFiciellement que le roi l'avait désigné pour suivre son petit-fils dans ses états. « Sa Ma- » jesté ne change rien pour le moment à » votre titre , ajouta le duc ; il ne faut effa- » roucher les Espagnols par aucune grâce ; » mais vous n'y perdrez rien. Vous ne ces- » serez pas d'ailleurs d'être français. Votre « grade , vos pensions , vous seront conser- » vés. Le choix que l'on fait de vous doit » vous rassurer sur l'avenir et vous prouver le » besoin qu'on a de gens d'honneur et de » sens ^ dignes en un mot de la confiance du » jeune roi. » M. de Beauvilliers finit par recommander à Louville de se tenir prêt à

(i) Valet de chambre de confiance de Louis XIV.

suivre les instructions qui lui seraient incessamment remises.

Laissons faire de tous côtes les préparatifs de cet important voyage , et voyons quelles furent les instructions annoncées.

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