QUELQUES MOTS SUR LES AIGUISOIRS
recueillis dans les déparlemeali de l'Altier, de SAÔocel'Loire tt de !■ Niivrt
Résufixi d'une Communication faite au Congrès prèhiatoriqite d'Autun, le 13 aoù( 1907
Les objets que j'ai l'honneur do vous présenter sont, comme TOUS le voyez, des bétoDDets de schiste compact, de phyllade, dâ quart^ile ou de grès. Ils oot !a rormo de pyramides quadran^ulairea trunquéeH. du prismes ô section recUagulaire ou carrûe, eofln de cylindres plus ou moins réguliers. Leur surface ^st polie, sauf à l'extrémité ioférieure. lU sont géattralement munis d'un ou de deux^ trous de suspeusioD.
On rencontre, ces objets dans le Bas-Languedoc, l'Angoumois, la Bretagne, la Beauce, etc. Mais c'est la région du Centre qui a fourni les plus nomlireux.
La plus intéressante collection de ces pierres percées est, sans contredit, celle de M. Francis Pèrot, de Moulins, qui en possède, en effet, plus de cinquante, dont trente huit viennent du Bourbonnais, fCt plus spûcialcment dos bords de ta Loire, de Molinet, de Coulanges, de Pierrefille, de Doin pierre, et les autres de la Bourgogne, notamment des environs de Digoin et de Païay le-Mouial.
Le Musée de la Société d'hîaloire naturelle d'Autun en renferme six exemplaires, provenant do Saône el-Loire.
Le Musée Archéologique de l'Hôtel- RoUin, b Autun, où sont ■ déposées les collections Bullîot et Loydreau, en possfcde un exemplaire superbe, trop beau niêine, à mon avis, et que je crois truqué.
Notre excellent collègue, M. Soudan, de Luzy, a recueilli un 1 objet semblable dans la station néolithique du Camp de Chassey tfSaône-et-Loire).
Le sud du Nivernais en a fourni un certain nombre,
M, Lucien Gueneau, président de la Société Académique du Nivernais, en a trouvé un exemplaire à Couveau, près de Luzy.
M. de Saint-Venant, inspecteur des Eun-; et Forêts, & Nevers, en possède un autre recueilli aux environs do Dorries.
Ceux de ma collection proviennent : l'un de Saint- Parize-le-
Ghètel, les autres de la vallée de l'Alaine, .de Fléty ou de Savigny- Poil-Fol.
J'en ai figuré deux dans un traTail d'ensemble sur les stations de la vallée de l'Alaine, publié dans le Tome XIV, année 1906, des Mémoires de la Société Académique du Nivernais.
Les plus grandes pièces connues sont originaires de Sadne-«t- Loire et appartiennent à M. Francis Pérot. Elles ont de 17 à 21 centimètres de long sur 30 à 35 millimètres de large et environ 1 cen-timètre d'épaisseur.
La plus petite, trouvée également en Saône-et-Loirepar M. Pérot, ne mesure que 4 centimètres de long sur 6 millimétrés dans sa plas grande largeur.
Mais les pièces les plus nombreuses ont en moyenne de 8 à 10 centimètres de long sur 10 à 15 millimètres de large et 5 à 10 millimètres d'épaisseur. Tous les objets recueillis dans l'Allier et dans la Nièvre appartiennent à cette dernière catégorie.
Les trous de suspension sont, en général, percés à l'extrémité la plus large. Quand il y en a deux, ils sont placés l'un au-dessous de l'autre. Quelques pièces portent un trou à chaque extrémité. Dans un seul cas l'un des trous est percé sur le plat et l'autre sur le champ de l'outil.
Gomme beaucoup de pièces sont mutilées, il est possible qu'on ai^ creusé un .second trou pour remplacer le premier après fracture de l'objet; mais quelques pièces, notamment l'une des miennes, portent deux trous intacts.
Deux des pièces de M. Pérot et l'une des miennes ne sont pas percées complètement; les trous sont seulement indiqués ou commencés. Peut-être la dureté de la roche a-t-elle arrêté l'opérateur. Les deux pièces de M. Pérot sont munies de rainures pratiquées sur les champs et destinées à faciliter la suspension des objets.
Les trous ont été obtenus en forant la pièce sur les deux faces, soit à l'aide d'un silex, soit plutôt au moyen d'un morceau do bois tendre humecté, garni de sable fin et mis en rotation dans les deux sens par un rapide mouvement des mains; les trous, plus ou moins obliques, sont évasés aux ouvertures et forment deux troncs de cônes réunis par leur petite base.
Il est généralement admis que ces pièces étaient des aiguisoirs destinés à donner le fil aux haches, aux poignards, aux faucilles, aux rasoirs de l'àgo du bronze.
Je les crois cependant plus anciens et pense qu'ils doivent remonter à la période robenhausienne.
Oh! je prévois l'argument : on en a trouvé dans une gaine de cuir au milieu d'objets de bronze. Cette année même, MM. Marchadier et Jarraud ont signalé à la Société Préhistorique de France (Bulleiin de février 1907) un aiguisoir recueilli dans une faille de rocher en compagnie d'une lame de poignard morgien.
Permettez-moi de vous le dire, l'argument est loin d'être décisif, car il peut être facilement retourné. Toutes les pièces que vous avez sous les yeux proviennent en effet de gisements purement néolithiques. Je pourrais en conclure qu'ils sont eux-mêmes néolithiques.
Mais je veux étayer mon opinion de quelques preuves morphologiques.
Tout le monde est à peu près d'accord pour attribuer aux pendeloques de schiste une origine néolithique.
M. Giraux, de Saint-Mandé, en a môme trouvé, à Laugerie- Haute, une, de forme ovoïde, qui est vraisemblablement paléolithique. .
Or, il y a entre les pendeloques et les aiguisoirs une parenté si étroite qu'on se demande où finissent les pendeloques et où commencent les aiguisoirs; la facture est la même et les trous de suspension ont été obtenus par le même procédé. On peut donc conclure que ces objets sont contemporains.
Voici une fusaïole en roche, trouvée à Fléty, dans une station néolithique, et chacun sait que les fusaïoles en roches sont antérieures aux fusaïoles en terre cuite de l'âge du bronze et même de l'époque néolithique. Or le trou de cette fusaïole est également semblable au trou des aiguisoirs; il a été obtenu par le môme procédé: on pourrait presque dire qu'il a été pratiqué par le môme ouvrier. Les pièces, selon toute vraisemblance, sont donc de la même époque.
Il est d'ailleurs impossible d'admettre qu'à l'âge du bronze — l'âge des rivets, pourrait-on dire — on en était encore réduit, dans toutes les parties de la Gaule préhistorique, au moyen primitif de perforation employé pour les aiguisoirs.
Je vous donne mon opinion pour ce qu'elle vaut, sans avoir la prétention de l'imposer.
Vous me permettrez bien, cependant, de dire que jusqu'à ce que nous soyons fixés d'une manière précise par la découverte d'un aiguisoir dans un milieu bien daté, dans un dolmen, par exemple, le meilleur pour nous tous sera encore d'être prudents dans nos affirmations.
A. DESFORGES
EmAITS DES iMm DE CÀFTiïlTE DD SEREENT FATON
d^4dé à l'Hôpital de Xerert en 1889
Combats de FrtBschwillers. — Siège de Strasbourg. — Edtoî ea captiTîté â Torgau (Silésie). — Notes direrses.
AVANT-PROPns
A di'rfnut dr; la liolte du père Copi'iii, dnnl j'ai i' un peu
trop abusé, !a bonne forluno, qui n'abandooDc j < > cher-
cheurs, me mettait, ces joura deroiers. entre les mains, j'allais presque dire sous les pieds, deux ou trois cahiers informes de vieux papiers dépareillés, écrits moitié au crayon, moitié d'une uncre blanche presque illisible, que je fus un instant tenté d'abandonner ft leur malheureux sort quand, par habitude, j'y jetai uu coup d'a>il miséricordieux. Bien m'en pril car je découvris, après examea, qu'ils provenaient d'un vieux sergent d'infanterie du nom do Faton, décédé h \'\i(içi\a\ de Nevers on 1889, et iju'ils coulenaient des mémoires écrits par lui en 1871-1872, pendant sa captivil») à Torgao (Silésii-) til 11! récit de la batriille de FnBschwillers et du siège de ytru.sbourg, auxquels il evail pris part.
Dos souvenirs do captivité I Cela me touchait de trop près pour no pas y purler toute mon ottonlion et savoir quelles souffrances ce vieux cainarado avait ou, lui aussi, k supporter. Il y a des plaies qu'on B presque plaisir à rouvrir et qui ne ferment jamais sans laiaaer dos souITrances derrière elles.
Jb tuB, je l'avoue, plus que payé de mes peines et plus que surpris, 01) ni'npercovant que le sergent Feton, qui avait début<i par ontror dans l'arniéo en qualité dtj remplaçant, ce qui n'indiquait pas d'itrdinairo un» grande 0>dut"olion ni une instruction déviUoppée (j en ni connu néanmoins de très hanorahles exceptions ot il était de cellii8-lft), avait étô non seulement iiTi héroïque soldat, mais était devenu, bien que ne possédant que fort peu les règles de Torthograpbo ot C(!llt) do Iti prosodie, un écrivain sachant penser et un poêle dans le vrai sciim du mot.
Il n'avail certes jamais songé, en écrivant ses souvenirs et même en en versifiant une partie, à les présenter au public, et encore moins à une société de lettres. Non, mais il a écrit pour lui, par besoin de s'épanclier en lui-même, ce qu'il avait vu, co qu'il avait pensé et rêvé et, en réalité, il a trouvé dans sa simplicité, dans ses souffrances, dans son isolement, toutes les qualités d'un véritable écrivain, comme il avait trouvé, dans son amour du devoir et de la patrie, toutes celles d'un bon soldat (jui ne cherche pas à briller par des actions d'éclat mais qui, modestement, fait tout son devoir et sait rendre justice à ceux qui le font, mémo à ses ennemis. On trouvera, dans ce qu'il écrit sur le siège de Strasbourg, une grave accusation sur le général chargé de la défense de cette cité; il l'accuse d'avoir trahi. Disons de suite que cette accusation n'a rien de fondé. Aussi en avons nous supprimé une partie, car nous avons connu tout particulièrement ce général et nous estimons qu'il fut d'une bravoure éprouvée et d'une fidélité sans tache; mais, que voulezvous, celte idée do trahison hante d'ordinaire les vaincus, surtout quand ils ont été braves comme le sergent Faton, et il n'y a pas à s'en étonner, les plus dures leçons n'ont jamais pu nous persuader que nous n'étions pas invincibles et nous avons toujours pour habitude de rejeter nos défaites sur quelque trahison.
Ceci dit; on trouvera dans les récits du sergent Faton un compterendu des plus intéressants des combats de Frœschwiller et de l'héroïque siège de Strasbourg (1).
On croit, pour un instant, qu'on est là, combattant avec nos soldats, éprouvant toutes les angoisses des assiégés et espérant toujours, jusqu'au jour de la reddition et à celui de la captivité. On saura gré à Faton de nous avoir retracé tous ces souvenirs inoubliables, et que nous devrions tous connaître par cœur, pour en faire notre profit, surtout aux jours ou on ose attaquer la patrie et le vrai patriotisme.
Aussi espérons-nous que, tels quels, vous accueillerez avec bienveillance ces souvenirs, qui nous faisaient espérer qu'une fois rendu à la vie civile et à ses loisirs, Faton nous aurait laissé quelques autres écrits. Mais, ju.squ'à ce jour, nous n'avons retrouvé qu'à grand'peine, d'autres traces de lui, que la courte biographie que nous donnons ci-après :
« FATON, Pierre- Joseph, né le 25 février 1825, à Reithouse,
(1) Nous ne savons pas si beaucoup d'orticiiTS supérieurs les auraient mieux décrits.
d'OigripI llsnt. c«itim«Br. — Estré la sarrioa eo 1650, •o 16*d*iafuito.'i''. çomm» naioplBçiDl: caporal en 1H&4: |)«àtéda»s la léaeiie en IrJôS: risa^agé po«r trot» ai», «efilenlire 1856; caporal le 18 aafAembrm ; mrgeol le 13 décembre 1SS9: HMn «o 18Sd; léeogagé par rmc «iltntQtstnitire; caporal, «ont 1H60: sergeot, maralSSS; réer l- j !--- ; t IBSB; fait pràoooiar * U
capîtalatkm de Stravboaii;, le tt aeptenbn 1870; reatoé an France lel4 jain lif71; réengagé; déemé de la médaOle nûKlaive le .3 ttvrier 1871 ; admis à la retraite en 1875; joaîanit d'une penaîon de 812 francs. Vene à Nevers àaa libéielion. ilpaialta'étre fixéenanite à Challoy, ao lien dit les Sablée. Il s'y marie à '^neloriae Bnneliereea et meurt à Thospiee de Nerers le 2 septembre 1889. Pas d'eiTfaots connos. Sa mort en &ît an nivonais de droîL s
LocnH GUBNBAU.