‹ Memoires (volume 2)Chapitre 25 sur 68 · BATAILLE DE FRŒSCHWILLERS. — SIÈGE DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

BATAILLE DE FRŒSCHWILLERS. — SIÈGE DE STRASBOURG

l*arti dti Nirnes (Gard), le 23 juilUet, à une heure et demie du inatiti <-iu milieu des acclamations immenses de la population ninioiso ; nous nous dirigeâmes vers la gare où étaient disposés des trains ])our notre embarquement qui s'e&ectua dans le plus grand ordrf. Vous dire le chaleureux accueil qui nous a été fait par les hnhitaolH des départements que nous avons parcouru, c'est impossible. C'est iy.i en délire, des vieillards, des femmes, des jeunes filles, les uns trist(!S, les autres gais et joyeux. Dans les groupes se détacli(!tit quoI(|ii<!s figures de jeunes filles qui laissent échapper des pbîiirs, regrettant quel<iu(! fiancé, courant à la frontière venger la l''nin(:e insulliM!. l'eut-étrc; pressentant le malheur, on nous serre la iiiiiin. Vous nîvieiidrez triomphants nous disent-ils, vous soutiiuidre/. la rf'piitation de la nation française, de tous côtés des mains pleines de lîibac, de cigares, se présentent aux portières des waj^ons; pain, vin, saucisson, nous sont olTerls avec l'empressement In plus ciiiiriMant. l'endiint h? parcours sur les voies ferrées, les troupes, sliniulées (|u'elles étaient par des rasades continuelles, nionlront un enlrnin merveilleux ; ce n'étaient que les cris de : « A Berlin I A Ims Bismarck I » et autres défis jetés à la nation alluman<lu. Hélas ! beaucoup de ces braves ne s'attendaient pas à

aller à un échec. Â quelques kilomètres en dec^ do Dar-le-Duc, le train s'arrêta, la voie était complètomenl obstruée ; le train qui nous précédait avait déraillé et avait fait douze ou quinze victimes. On nous fait bivouaquer ; le soir, à huit heures, départ. Rien à signaler pendant le reste du voyage. Débarqués le 27 à Slra.sbourg, on nous dirige sur l'emplacement où nous devons camper. Le général de division arrive et trouve étonnant qu'on ne nous ait pas fait toucher le campement pour procéder à notre installation, il fait appeler les officiers supérieurs auxquels il adresse une verte semonce ; la nuit une pluie torrentielle survient et nous campons dans deux pieds d'eau. En parcourant la ville, nous remarquons que la plus grande agitation y règne, les soldats aux vêtements multicolores sillonnent les rues. Chacun dit son mot, les uns .sont confiants, les autres se montrent inquiets, nous séjournons huit jours sur les remparts de cette ville, sentinelle avancée de la France, que je devais bientôt revoir avec quelques camarades échappés de la journée néfaste de Woerth, bombardée à outrance par les Allemands.

Le 3 août, la 4' division reçut l'ordre de partir à quatre heures du matin. On allume de grands feux pour sécher nos vêtements trempés par une pluie diluvienne ; nous fîmes nos sacs, et en avant pour Haguenau, parcours de 34 kilomètres dans la boue jusqu'aux genoux, au son de la musique qui jouait la Marseillaise, le Chant du Départ, etc.

Arrivés à quatre heures du soir, on nous campe à quelque distance de la ville, on fait la soupe et vers huit heures on se dispose à se reposer, lorsque tout à coup on entend résonner dans le camp les marches particulières de chaque régiment. Les tentes sont renversées, on met sac au dos, les grand'gardos so replient et se rallient à leur corps. On recommande le plus grand silence dans les rangs pour la marche de nuit. Cotte marche commence avec une lenteur désespérante, la colonne qui devait avoir une lieue d'étendue, laisse derrière elle beaucoup de traînards. Par suite de cette marche harassante, on marche tOHte la nuit jusqu'au jour, le sac bourré de ces petits riens, nécessaires au troupier français, quatre jours de vivres de campagne et quatre-vingt-dix cartouches chacun. La colonne avance avec la plus grande précaution, flairant l'ennemi. En traversant la forêt d'Haguenau on voyait, à chaque débouché, deux gendarmes à cheval, le sabre ou le pistolet au poing, échelonnés pour empêcher les troupes de s'écarter et pour éclairer la marche de la colonne.

À l'aube, le maréchal de Mno-Mahon fait faire ane paase de deux heures et ordonne de faire le café; aux environ de Frœachvillers, le régiment, précédé du 3> tirailleurs, s'engage daios un chemin creux conduisant à un plateau peu élevé, occupé la veiUe, 4 août, par le 50* de ligne, que les Prussiens avaient délogé aprèa lui avoir fait subir des pertes sensibles. Les généraux, commandant la division et la brigade, arrivent sur ce plateau que les Prussiens avaient quitté pour prendre une autre position.

Voyant que les Prussiens avaient rétrogradé, Mao-Mahon change l'ordre de l'emplacement primitif des troupes du t" corps, on fait demi-tour ; le génie mine un pont qui se trouvait dans la direction de la route. A dix heures du matin, le 5, le régiment se masse par bataillon derrière un petit bois et l'on fait la soupe sans camper, ft environ 1 kilomètre en arrière d'une trentaine de pièces d'artillerie déjà établies. Le soir, à cinq heures, le bivouac fut levé et nous allons dresser le canpemeat à 100 mètres au-delà, dans un champ de pommes de terre, bataillon par bataillon. Toute la nuit des postes veillaient pour la sécurité du camp.

Cette nuit, qui fut la dernière pour beaucoup d'entre nous, ne fut signalée par aucun fait de guerre qui mérite d'être noté, si ce n'est un homme enlevé dans un bois voisin et la défense expresse d'entrer dans les bois.

Une partie du corps d'armée, venant de Belfort, arriva vers les six heures du soir ; une pluie torrentielle nous engloutit sous nos tentes. A la distribution des vivres, vers les huit heures, le canon grondait sur nolru gaucho où on voyait les régiments prenant position et se dirigeant sur le lieu indiqué par les ofliciers d'état-niajor. On s'attendait k une bataille ou tout au moins à un engagement sérieux. Sur tous les visages se peignait une émotion plus ou moins vive. L'ordre arrive au régiment de changer de position. On culbute les marmites sans manger la soupe qui était presque faite et le pied légtir, l'iuil alerte, nous mimes sac au dos, après avoir fait jouer la culasse ujobile du fusil et s'être assuré que l'aiguille n'était pas émoussée. Le régiment avance de 500 mètres et on fait halte en attendant do nouveaux ordres. Un ollicior d'état-major arrive au galop et dit au colonel Mena de faire appuyer son régiment sur la droite pour former, avec les lurcos, le 3» zouaves, le 7« bataillon de diasseurs h pieds et un régiment de cuirassiers, une réserve à l'ex- Irômo-droilo de la ligne de bataille, appuyée do deux mitrailleuses et do 10 pièces do canon ; le bravo colonel Mena fait exécuter à son régiment la demie-conversion à droite et nous nous dirigeons en

ligne droite vers le point indiqué. En ce moment, des détonations formidables résonnent sur toute la ligne, l'artillerie prussienne avait une position excellente et dominait la nôtre à une distance d'environ 1.800 mètres, mais les projectiles n'arrivaient pas jusqu'à nous, car nous entourions un plateau à mi-côte; aprè.s i ou 5(X) mètres de marche on lit halte et, d'où nous étions, on commençait à apercevoir les batteries prussiennes couronnant les hauteurs, quant à l'infanterie ennemie, nous ne la vîmes qu'en nous déployant en tirailleurs, en avant, pour appuyer les turcos, les chasseurs et les zouaves. Nous descendîmes environ 300 mètres le versant du côté où étaient les Prussiens, alors les obus de tomber sur la ligne des tirailleurs ; fort heureusement que le terrain était détrempé et (jue la plupart de leurs projectiles s'enterraient et envoyaient de la terre à profusion, au point que les houimes en furent littéralement couverts; mais, malheureusement, quelques-uns louchèrent le but et à peine étions-nous embusqués derrière un gros arbre, que le sergentmajor de ma compagnie eut les deux jambes coupées par un obus qui s'est enterré ensuite sans faire d'autres victimes, un autre obus atteignit un cheval au poitrail, éclata dans ses entrailles, fit sauter son cavalier, et l'avait rendu tellement méconnaissable, (ju'il fallait être tout près pour distinguer le cavalier du cheval ; nous avançâmes d'environ 100 métrés et on commença le feu sur les tirailleurs ennemis qui nous faisaient face, mais ils. avaient un avantage sur nous, de leur côté il y avait des vignes et du nôtre rien. Après avoir brûlé quelques cartouches nos chefs firent, tout à coup, cesser le feu, prétextant que nous tirions sur dos chasseurs à pieds qui, étant en première ligne, se trouvaient, à ce moment-là, tout près dos Prussiens, dans un pré qui formait le lit du vallon; une fusillade très vive a continuellement retenti sur les doux versants dont il vient d'être parlé, et, de temps ent temps, était augmentée des décharges de deux mitrailleuses qui nous Manquaient, et où étaient les colonnes prussiennes, débouchant par le col du vallon, en y faisant de larges brèches. A l'extrôme-droite de ce vert pré, une ferme et un moulin à vent étaient occupés par les Prussiens. La cour, séparant les deux bâtiments, servait de passage à leurs tirailleurs sortant des vignes. La plus belle chose que j'aie vue dans la journée, fut celle d'un bataillon du 3« zouaves qui se précipita avec furie sur cette ferme, avec un acharnement digne de pareilles troupes, escaladant les murs et les fenêtres sous le feu meurtrier des maisons crénelées et des vignes environnantes où étaient embusqués les Prussiens. Nous avançâmes encore de 200 mètres et le feu de l'ennemi devint telle-

ment intense que force fut de battre en retraite «d taUsnt fou . So« mitrailleiues liioat le m6me mouvemeDt, mais elles so turoot bientût car l'artillerie ennemie tes criblait de projectiles et les détoootait. Les tiraillenn. les chasseurs et le 3" zouaves faisaient ua feu roulant, deconeerl avec nous, sur les tirailleurs ennemis qui teutaieot de gravir la colliuc.

Eo ce moment, les rangs s'édaireîaaaîent, on;cria baltA^là; les Prussiens, pour je ne sais quels motifs, recalèrent. Gomme ncHia étions en douzième ligne, on cria : cessez le ieni alors qW noua étions animés par la poudre et l'enivrement du combat; sormontànt l'émotion occasionnée par la bataille je me mis, de oooowt avep un de mes camarades, è aller sous un pommier et, abattant .qqakiaea pommes vertes, nous les mangeâmes avec la plus grande avidité, car nous crevions de soif; nos bidons, ainsi- que nos .ventres étaient vides.

Il pouvait être midi, on sonna en retraite en s'embusquant derrière les plis de terrain. On commande : « Halte! » tout eïi continuant le feu. En ce moment l'aiguille de mon fusil se cassa. J'essayai de la changer, mais il n'est pas si facile qu'on pourrait le croire de faire cette opération sur un champ de bataille. Ne pouvant en venir à bout, je pris le parti d'en chercher un autre en explorant les alentours, mais inutilement. Je revins à la place que j'occupais auparavant; alors je vis un homme de ma compagnie qui veuait de recevoir une halle dans les reins et qui se retirait sur les ambulances; je le conduisis quelques pas et nous échangeâmes nos fusils. Je le quittai le cœur navré. En retournant au combat je vis, pendant quelques minutes, nombre de morts de tous grades, de blessés plus ou moins grièvement, appuyés sur un camarade ou marchant seuls, les têtes labourées par la mitraille et ruisselant de sang. Un tirailleur, entre autres, cheminait péniblement, dont les entrailles sortaient de son bas- ventre; c'était horrible! L'ennemi continuait de nous repousser.

Une heure. — C'est alors que le feu redoubla d'intensité; l'ennemi ayant reçu du renfort commençait de tourner l'aile droite, pendant que leurs tirailleurs, continuellement renouvelés, nous faisaient reculer pied à pied; les bombes, les obus, les balles, la mitraille plouvaicnt sur nous comme grêle; en moins d'un quart d'heure nous étions décimés. Plusieurs du nos camarades de droite et de gauche étaient couchés, moissonnés par la mitraille, peut-être pour toujours. Quelques plaintes venaient parfois vous faire tourner la tête et vous voyiez votre camarade, agonisant, demandant à boire.

C'était à attendrir un rocher. Après avoir rompu en arrière, l'ennemi déboucha sur nos derrières; nous fûmes entre deux feux. Alors la position de l'aile droite du I'-' corps ne fut plus tenable. Le pôle môle se fit entre les différents corps qui le composaient et on arriva sur un plateau dont les Prussiens débouchèrent. On lit le feu en retraite de gauche et de droite.

Le beau régiment de cuirassiers en réserve se prépara à charger et je crois que sans ce beau régiment, aux cuirasses encore étincelantes, toute l'aile droite du I<^' corps eut été faite prisonnière. Ce fut alors le tour de ce beau régiment do se faire décimer, tout en harcelant de droite et de gauche les tirailleurs ennemis embusqués dans les bois; c'est alors que les clairons lançaient dans l'air les sons lugubres : en avant, en retraite, baïonnette au canon, cessez le feu, commencez le feu. Le cri de sauve-qui-peut retentit et l'on gagna à travers les bois, où la mitraille produisait d'affreux ravages ; le sifflement des balles, obus, bombes, boulets, les cris des blessés, le tumulte effroyable qui régnait de tous côtés, tout était palpitant d'émotion. Nos ambulances, qui avaient été établies dans un petit hameau, furent aussi la proie des ennemis; ils y mirent le feu; les voitures sur lesquelles on avait placé précipitamment les blessés filaient au grand trot; on n'entendait que plaintes et gémissements. Je sentais mes forces me trahir et j'allais m'évanouir; mais, par un effort suprême, je pus regagner les camarades, non sans heurter les corps morts ou mourants. J'en ai trop dit sur ce sujet, car pour reproduire l'impression que vous fait ressentir pareil tableau, il faut en avoir été témoin oculaire.

Je puis regagner un petit village dont j'ai oublié le nom et ici nous espérons ne plus être inquiétés; la consternation et le désespoir étaient empreints sur tous les visages des habitants. Les pauvres mères de famille se sauvaient avec leurs enfants, les cris des pauvres enfants, à les voir on eut pu croire qu'ils comprenaient notre triste situation et s'apitoyaient sur notre malheur.

Les débris du régiment se rallient. Le capitaine Balancé, qui avait rallié le régiment, profite de quelques instants de répit pour faire faire l'appel; mais bon nombre d'hommes y manquaient. Le moment de répit ne fut pas de longue durée, la mitraille vint exercer de nouveau ses ravages. L'ennemi bombardait le village.

Le cri : «Aux armes! » retentit comme un écho suprême; déjà la cavalerie ennemie nous poussait une charge vigoureuse dans les rangs; le drapeau, tenu par le sous-officier Mundor, put être sauvé, malgré deux blessures qu'avait celui qui le portait. Chacus s'échappa

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comme il pat de ce massacre. De petits groapes s'éparpUaieiit à traven champs, bois et vignes. Quant h la retraite, je m'abatieiw de la narrer, car il me serait impossible d'exprimer, daos tons se* détails, les péripéties de cette malheoimiae joamée, qui amena la capitulation de Metz, de Strasboorg et de Sedan.

En arrivant à Strasbourg, notre état inspira la pitié derhabltant, que nous essayâmes de rassurer sur le sort de l'armée. On alla A la citadelle, où nous bÎTOuaquftmes; peu de jours aprèa, on nona inatalla dans des casemates très fraîches. Le 14 août commença le bombardement. L'ennemi avait eu l'audace d'établir des batterifla à l'angle d'un bâtiment au sommet duquel le drapeau de rambnlanoe était planté. Cette ruse fut découverte par nos artilleurs, qui dirigèrent leur feu sur ces batteries et les réduisirent en cendres. Avec les débris valides des divers régiments revenus de Frcsselniillers, on organisa un régiment de marche à quatre bataillons. La veille du 19 août, les Prussiens essayent toujours d'enserrer la ^nlle le plus possible et nous tentons, par des sorties, de les empocher d'avancer: mais ces sorties n'étaient rien comparativement à Frœscbwillers. Quelques hommes tués ou pris dans les engagements partiels, des escarmouches. Â part une sortie faite par le 87^ et qui fut sérieuse, car le colonel de ce régiment faillit être {wis. Da 25 au 26 août, bombardement sans précédent. Les bombes, les obus, les boites & balles lancés dans toutes les directions, éclataient avec un fracas formidable, éventrant, crevant, brisant tout ce qui s(i trouvdit sur lour passage. Le feu, continuellement allumé par les boinbfs incendiaires, éclairait de ses lueurs sinistres les affreux ravages causi-s par les éclats des projectiles.

I)('s travaill(!urs, pour éteindre les incendies, étaient commandés dans les (-((rps. L<! l(;nd(!main, au retour, beaucoup manquaient ft l'appel. Aussitôt (jucleurs projectiles avaient mis le feu, les Prussiens dirigeaient sur cet endroit bon nombre de leurs engins destructeurs <pii foudroyt'reiit les travailleurs sur leurs pompes, alimentaiiMit 1(! feu, brillant parfois toutes les personnes qui se trouvaient Hiix iil(!ntoiirs. Bon nombre de familles quittaient leurs maisons ])()ur se réfugier dans des caves ou casemates. A tout moment, des lioiniiKis, d(!s femmes et des enfants tombaient foudroyés, victimes iiioilonsivos, mourant sans pouvoir lu'ononcer une parole. Heureux ceux (jui ont pu survivre ft ce bombardement et éviter les éclats des projectiles <jue vous entendiez venir avec un sifflement aigu. Les (imbiiiiinces, les hôpitaux ne furent pas respectés. Tirer sur les établi.ssomeuts militaires, sur lus ouvrages avancés, la citadelle, les

■ |AU|MrU, c'*jt^iit inr '< iM i • nt leur droit; mais sur dos liûpi- ^liSXt'dcs ambuionct-, -ni mi ■ ii.f'i'n.'uvre d'architecture comme la calbédrale. c'était contre les lois do l'humaaité. Les clameurs retentissaient de tous côtés, le sifUement des prûjeclilGs, les cris des fetumes, des enfants, tout ce bruit vous roriipoit l'Ame d'une poignante émotion ; mais il f»ut le dire, dans ces circoDslances douloureuses, l'habilant s'est montré courageux, résigné, dévoué BO sublime.

L'ennemi avait réusHi à circonscrire la ville dans un cercle de feu et â établir des batteries couvertes. Aussi, nuit et jour, bombes et obus tombaient dru comme prèle. Les faubuurgs de l'iorre et National furent conipltMemenl brûlés, les casernes, la manutention, les arsenanx, !a cnaîrie, la préfecture, en un mot presque tous les établissements publics furent la proie des Hammos. La citadelle, bombardée pendant quarante-cinq jours, fut pulvérisée, les efforts pour Taire sauter les poudrières furent sans résultat.

La nuit, c'était un qui-vive de chaque instaut, le cri : « Gare à la bombe! ») retentissait do tous tes côtés.

On ne pouvait faire un pas dans les casernes, qui étaient inhabitables, sans heurter des éclata do bombes ou d'obus.

Le général donna l'ordre de creuser des abris en bas du rempart, mais ils ne furent pas utilisés, car la ville capitula.

On a ramassé des projectiles qui n'avaient pas éclaté, renfermant quatre cent qualrevingl-cinq balles et dépassant cinquante-trois centimiMres de hauteur. Deux assauts furent tentés pendant la nuit, par les troupes allemandes, du côté de la Pierre et des Pécheurs; le premier ne fut que simulé, car peu d'hommes tentèrent d'escalader les portes et les remparts; le deu.\ième fut plus sérieux : vers minuit, les colonnes se dirigèrent vers la place pour donner l'assaut, muni de tous les objets nécessaires. Le vice-amiral Exelmans, qui commandait cet orrondissoment de défense, les laissa approcher, fit charger les pièces 6 mitraille et attendit qu'ils fussent à bonne portée. Jugeant l'ennemi assez avancé, il déchargea ia roitraillo. les bombes sillonnaient leurs rangs et pendant deux heures une fusillade nourrie retentit sur ce point. Quelques ennemi.s eurent l'audace de tenter l'escalade, mais ils redescendirent plus vite qu'ils n'étaient montés et ceux-là n'eurent pas la joie de retourner dans leur village raconter leurs souffrances. Cette nuit leur coûta cher; ils ont avoué des pertes sensibles quelques jours après.

Voici comment le contre-amiral Exelmans et ses marins se trouvaient dans lu ville. Cet officier général avait reçu l'ordre d'établir

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sur le Rliui plusitiurs canonnières cuirassOos; mais Tous Tr"s "fr,=>rl; écbouÎ!ri>nl, car il n'y avitil pas an^si ci«j Itranl <l'«m; lu . ^ot

è ètro ioveslie. il dut y rester. On avait chorgé les marins de faire crticlier seize mortiers ot ils se livrèrent h leur devoir avec une telle liriivûun! i|u'ils faisaient l'admiration des artilleur» ennemis. Aussitôt qu'ils «valent Jôchéleur bordée, ils montaient sur los reu){>arU. agitaient knir calotte et crieicnt : « Vive la République! n

Lo 27. un soir, on arbora le drapeau au sommet de la cathédrale et l'ordre de oe.sser le feu tut donné. C'était un armistice ou lu paix? Non, la villo était rendue, ou plutiit vendue.

Le soir il régnait un tumulto épouvantable dans la ville; les (rancs-tirtiur.'î étaient exaspérés : (f Nous qui avions sacrifié famille, orgonl et notre vie, nous voir réduits à une pareille exlréniiK^Î »

Voici en quels tenues h\ capitulation était conçue :

Il Les troupes de la garnison, la garde mobile, la gendarnierie, la douane sont prisonnières de guerre; les Irancs-tireurs, la garde sédentaire sont tenus de déposer leurs armes à la mairie, avanf le 4 courant ; les officiers, en signant le revers (c'est ainsi qu'oD désigne la proraessc sur l'honneur) de ne plus porter les armes contre l'Atloiuagne, choisiront un endroit pour y fixer leur séjour. Ceux qui n'auront pas signé seront traités comme prisonniers dô guerre. Les officiers conserveront leurs bagages et les chevaux qui sont leur propriété personnelle; tous les autres chevaux ou mulets seront remis entre les mains de l'armée allemande; les médecins seront maintenus dans leurs fonctions prûvisoiroment. Los clefs des établissements de la banque et des caisses publiques seront remises entre lés mains des autorités allemandes. ))

Peu de jours auparavant, le Conseil avait voté le titre de citoyen do Strasbourg au général Ulirich. Quelle b été l'attitude de ce général pour la défense? Il a laissé l'ennemi établir des batteries couvertes, alors qu'il pouvait parfaitement l'empôcher. toulau moins l'inquiéter.

L^' fantassin qui lirait sur l'ennemi sans ordres était sévèrement puni et envoyé sans armes aux postes les plus dangereux. Voici l'homme auquel vous avez décerné le litre do brave citoyen slr»»- IjOurKeois, que personne n'a vu sur les rempart» une seul© fols, donnant sod ordres d'une casemate construite à six pieds eous terre; sa femme, qui était Prussienne, s'est sauvée dans son pays; son fils l'ititl commandant dans l'artillerie prussienne (1). Il fallait

(I) O'ott f.ii)x, Fatiin a ctâ iriduil on orruur, Uhrich, cjiti a éié mon ftml, était ctillc'ter i.l'<Mat-tn«jur, attacha aa roardcttal de Mac-Malion et avec nous A SQ<ian, lr<>4 l>rive et très patriote commo son p6ro.

continuer i» défense et ne capituler qu'A la dernière cxlnVmilé. On ODcIcius les conons et on }vla les oniss do cartouch«.*s dans les

(oSStiS.

Le 28, à huit iioares, l'armée allomandt: prit poss»ssioti de» postes de la place et la troupe s'engagea dans les rues, dans lo plus grand luinuHe; les fantassins cassaient leurs clias.sepols, brisaient leur» sabrei-baioDiiettes; les cavaliers leurs sobres, leurs mousquetons et pistolets.

Les rue» étiiient jonchùes «l'armes, de muniticms ; après ce triste défilé qui dura environ deux lieures, nous possàmeii la porte Xalio- Dale et nous fûmes entre les mains des Prussiens. .\ peine entre leurs mains, nous nous dirigeâmes vers la l'russo en longeant le RJiin. Nous marchons jusqu'à huit iieure.s sans rien manger ni reposer ; les malades, les blessés, les traînards furent harcelés par les cavaliers et les fantassins chargés de notre escorte. Quelques uns ogt été lues ou blessés. Les cavaliers badois ont été d'une lâcheté exceptionnelle. De quelles raillerios n*avons-nous pas été l'objet : allons, citoyens, formez vos bataillons, disaient-ils d'un ton ironique, le vainqueur du moment ne rét1échisi<ait pas qu'il parlait k des Français qui les ont toujours vaincus et (|uc, maigre l'infériolé du nombre, on lutta d'héroïsme à Frœschvillers et on no sucba que sous le nombre.

J'ai vu un viou.x sous oflicier essuyer, du revers de sa manche, une larme qu'il essayait de cacher. Ce qui m'a le plus chagriné, c'est de voir des Français chanter sur tous les tons, au lieu de «'apitoyer sur leur triste sort; mais en France, comme ailleurs, il y a des brutes, indignes déporter le nom d'homme. Le soir, on parqua dans un champ oii la rosée dégouttait des feuilles ; on se coucha comme on put, artillerie, cavalerie, infanterie, gendarmes étaient confondus, ou s'étendit sur l'herbe et on se disposa à prendre un peu de repos. Dans la nuit on 6t une distribution de pain et de viande, mai» sur la quantité beaucoup ne purent en avoir, moi le premier. Je pris le parti, le lendemain en me réveillant et en mo soulevant de dtissus cette terre humide qui vous glaçait les os, de me serrer la ceinture, pour me remettre en route vers cinq heures du matin. Cette journée se passa comme la précédente, en marche continuelle jusqu'à huit heures du soir, il n'y avait qu'une manière de pouvoir se reposer, c'était de gagner la tôte de la colonne eu marchant vile et de s'asseoir en attendant la queue pour continuer la route. Pendant cette journée, diiux tasses de lait, que j'eusse volontiers payées cent sous, me furent offertes avec empressement

par une jeune paysanne alsscionne, apitoyée sur notre sort, elle ma Ittndait la lasse d'une inato et de l'autre essuyait une larme furl>'v«. Jâ la remerciai, partagoanl son émotion, et je lut serrai la innin en lui disant adieu. Nous *irrivftmes à Selti et aussitôt on traversa le Rhto, non sans avoir tourné la lôte plusii;ur$ fuis en arrivaDl au bord du Rhin, b regretter mentolemeol le sol de In g< ~' >u8

passâmes sur un pool de bateaux en face de Rastadt. Ai , oa

nous parqua comme la veille, seulement, vers minuit, od nou« amena do la paille et toujours rien dana le fanal. Le leudemain, avec un caporal avec qui j'avais (ait l'élape, on Ht cuir«, au bout d'un b&lon , un morceau de viande (|u'il avait eu la veille et un énorme morceau de pain noir dont l'Allemagne a le secret do la fabrication; je pus enfin connaître, après quarante huit heures de jeûne forcé et une marche de soixante-douze heures, quo la peau du ventre est au dos et qu'ils so touchaient presque ; je revins à la vie, mais dans ces deux jours la colonne avait diminuée, dos hommes avaient été tués, d'autres malheureux ont succombé & la misère, les malades et les blessés ont sillonné la route de leura cadavres ; un sergent major de mon bataillon a eu la tête fenduo en deux et est mort sur le coup, un chasseur à pi«d a été tué à coups de baïonnette, mais je clos ces détails. Départ de Rastadt, le méma jour, vers les quatre heures du soir, pour l'intérieur de la Prusse, mais celte fois en chemin de fer. Nous restâmes deux jours on chemin, nous passâmes à Rastadt, llossc-Caasel, Francfort, Porlpack, Nordhausel, Resternn, Essenem, Hall, Leipzig, et nous arrivâmes le 3 octobre à Torgau, ville bâlie sur la rive gauche de l'Elbtj. Cette ville est fortifiée. A noire arrivée, on nous réunit à d'autres malheu* reux venus de Sedan et des environs de Metz, victimes, comme nous, des hasards de la guerre, et nous campâmes sous des tentes, prises aux Autrichiens, dans un camp aux environs de la ville, à côté d'une forteresse. On nous donna de la paille, deux couvertures, une gamelle et une cuillère. Le menu du jour se compose, le niatin,* de bouillie de farine & l'eau chaude que nous appelons colle, à midi, rata variable, un morceau de vache, gros comme trois doigts, avec soit des carotlos, des navets, pommes do terre, riz, orge, pois cuits avec de l'eau et un peu de beurre et quelquefois du vinaigre, c'est Id meilleur repas. Le soir, même colle que le malin, jamais de soupe. Tous les quatre jours, un pain gros comme ma It'te, lourd comme du plomb, désagréable au goût et que l'on n'oserait pas donner aux forçats.

La nuit du 26 au 27, un orage se déchaîna sur la ville vers

tnitiuit. Les tentes commencèrent à tomber et S s'abattre, les prisoQoiers^ couchés dessous, se levèrent à la hâte. Une plaie torrenliellD Bfi mît à tomber.

Trois sont morts do froid pendant cette funeste nuit, d'autres sont rentrés b l'hùpital quelques jours après.

AUTRES DÉTAILS SUR LE SIË6E DE STRASBOUBG (14 août)

Le premier obus est tombé sur la rille à quatre heures de l'aprèsniidi. Il brise un réverbère et blesse un homme mortellement. C'est un hasard que ce projectile inattendu, tombé au milieu d'une population paisible et inofltensive, n'ait fait qu'une victime; car ce jour étant un dimanche, les habitants se proroensient comme ai la ville n'avait pa!i été ex* état do siège. Il est probable que les Prussiens envoyaient celui-ci comme avertissement, car ils n'en lancèrent pas d'uulres dans la journée. La nuit ils tirent sur plusieurs quartiers de la ville, notamment sur la place Kléber et la place Gultemberg et font plusieurs victimes civiles.

Quime. — Fête de l'ex empereur; la journée assez tranquille, la nuit très agitée, car les Prussiens ne cessent de faire pleuvoir sur toute la ville une grêle de projectiles. Il est vrai qu'ils avaient promis que, pour la fôte du 15 août, ils nous régaleraient d'un feu d'artiQce de leur façon; do nombreuses victimes civiles vont rejoindre celles du 14; entre autres, les projectiles sout tombés sur une nrabuhnce et c'était un triste spectacle que de voir les pauvres blesst'îs obligés de descendre dans les caves; le cœur se fendait en entendant les cris perçants qu'ils poussaient.

Lo soir, è six heures, on inonde le couvent du Bon-Pasteur, ou l'ennemi avait renfermé du blé, des bœufs, des cochons, etc.

SeUe. — On fait une sortie par la porte de l'hôpital. On enlève trois pièces à l'ennemi; nous incendions une partie de Scliilick, village qui se trouvait en vue de Strasbourg, où les Prussiens avaitinl établi leurs batteries.

Dtx-fuiit. — On brûle le couvent Saint Vincent, o£i l'ennemi pouvait établir une batterie sans ôlro aperçu. En ville, on Ut l'affiche par laquelle on annonce que Strasbourg va ôtre bombardé à

encore on n'en trouve pas quand on en veut. Le paîn el te vîn niignienlenl pas. Lo sel commente A monqtier. Quelques l»r»sserios vc'iiilenl Bucore do ia bière, Ich magasins «ont ferm6<, tout le monde est dons les caves, la ville a un aspect inoroo el sinistre et ressemble â un immense cercueil. On n'entend que lo bruit du canon et de la fusillade, une forte odeur de poudre achève lo tableau. Les endroits sur lesquels l'ennemi lirait le plus étaient les quartiers des l'èclreurs,

casernes Saint- et Suint-Nicolas, oux ponts couverts, porte de

Fierrc, etc. Il faut avoir vu tous cos endroits pour se rendre cotnplo de ce qu'était te siège de Strasbourg, les obus de 21 murs qui avaient plus de 50 centimètres d'épaisseur; j hauteur 0*57, de tour O^TS, d'un obus qui n'avait pas éclaté.

Vers quatre heures de l'après-midi, ils so nietlL'nt ft tirer s' barrage établi en avant du pont des l'ècheurs, espérant le <::■ avec leurs obus. Peine inutile, s'ils avaient pu le défoncer c'était Ib perte de la ville.

Neuf. — On s'étonne beaucoup de la tranquillité dont jouit la quartier d'Auslerlilz. On n'entend presque plus le bruit du canon, en voici la cause : l'ennemi avait établi des tranchées et des batteries au polygone, endroit où se faisaient les manoeuvres d'artillerie, les pontonniers ont fermé les écluses lorsqu'ils ont été bien étahli.H et l'eau débordant leur a rempli leurs travaux. Ils étaient obliges de mettre jusqu'à cinquante-huit chevaux pour sortir les pièces de 2i des batteries, Grôce A cela, le quartier d'Auslerlit/ h ét«^ préservé.

En ville, on lit une affiche qui fuit purt de l'hospilalilé onerle par la Suisse, aux femmes, enfants et vieillards de Strasbourg.

Voici le texte de l'allocution prononcée par le maire aux délégués suisses :

« Messieurs,

« L'humanité, la charité, vous amènent au milieu d'une ville ravagée, au nom d'un prétendu droit de guerre. Soyez les bienvenus el recevez l'expression do notre profonde rcconnnis.sance. Bien des souvenirs historiques nous rattachent à vous, vous venez de les resserrer encore et nous trouvons toujours de* amis dans le-s citoyens de la République Helvétique qui, judis, étuieiit des nllit5s de .Strasbourg et qui, sous nos rois, n'ont jamais cessé d't'jlre, avec la France. dîius les termes d'une étroite alliance. Oui, Messieurs, soyez les hion venus dons ces jours douloureux pour notre cité, vous qui venez sauvor des femmes, des enfants el des vieillards, que n'ont pas pu soustraire aux horreurs de la guerre, ni logéaérni conimandanl la

place, ni l'évêque du diocèse. Apportez à l'Europe le spectacle dont vous allez être témoins dans nos murs, dites ce que c'est que la guerre au xix» siècle, ce n'est plus contre dos remparts, contre des soldats qu'elle se fait, c'est contre des populations que le feu est dirigé, ce sont des femmes et des enfants qui sont les principales victimes. Nos remparts, vous l'avez vu, sont à peu près intacts; mais nos demeures sont incendiées, nos églises, nos monuments séculaires et historiques sont indignement mutilés, notre admirable bibliothèque est à jamais anéantie. Vous pourrez dire tout cela à l'Europe. Mais dites également que ces cruautés, ces dévastations, ces actes renouvelés des musulmans et des barbares sont inutiles, qu'ils n'ont point dompté nos couragefr et qu'ils resteront ce qu'ils ont toujours été, ce que nous voulons rester toujours, de courageux et fermes Français et comme vous. Messieurs, des citoyens dévoués et fidèles à la Patrie.

« Signé : Humann. »

Les délégués nous confirment le bruit que la République française est proclamée.

Dix. — Le théâtre est incendié; un grand nombre de familles victimes des sinistres s'étaient réfugiées dans ce lieu, espérant être à l'abri de la mitraille; elles se sont vues, par ce fait, encore une fois privées d'asile. L'ennemi commence, ce jour, à battre on brèche nos remparts et il envoie un grand nombre de bombes dont le poids allait jusqu'à 160 livres.

Onze, douse, treise et quatorze. — Rien d'extraordinaire. On envoie denx délégués de la commission municipale de Strasbourg pour avoir des sauf-conduits pour pouvoir communiquer avec le nouveau Gouvernement de la France. Le général prussien refuse.

Voici sa réponse :

« Dans les circonstances présentes, je puis d'autant moins accueillir cette demande que l'armée allemande, placée sous les ordres de Sa Majesté le Roi est devant Paris, malgré mon vif désir de préserver la ville de Strasbourg, qui tient de si près à l'Allemagne, de désastres ultérieurs. Je regrette aussi que la prise plus prochaine de la forteresse et de la ville doivent amener de nouveaux et de plus grands malheurs. »

Quinze et seize. — Le bombardement redouble de force, le feu est dirigé principalement sur la porte de Pierre et de Saverne. Dix-sept. — Un projectile atteint le clocher de la cathédrale à

2A2. Je me trouvai sur la place et j'ai vu le projectile 'rapper U croix, c]ui fit un petit mouvement; sans le paratonnerre - lit.

A Leipsig, un marchand m'a dit que les ollîciers s ni.. ........ -.A &

jouer>t'ebsinthe à celui qui attrupersil la croix.

Dix-huit. — Environ 2.000 Prussiens se sont avancés du côté de la porte d'Austerlitz. Quelques boites à mitraille et une fusillade qui 8 duré deux heures; ils sont repoussés avec perte. Ils avancent aussi en grand nombre vers la porte Nationale et ils sont repoussés,

Dix'ueuf. — A six heures, on abandonne la lunette 44, après en avoir encloué la pièce, ce poste n'étant plus teoable; l'ennemi était trop en force sur eu point; l'onnemi continoo le feu de Kehl.

Vingt. — Incendie d'une partie de l'arsenal.

Vingt ei un. — Dans la nuit, incendie de la Préfecture; on n'en voit plus que les débris. Cette nuit aussi a eu lieu le bombardemeol le plus terrible qu'on ail vu jusqu'à ce jour. Le ci<jl était sillonné par les bombes. A minuit l'infanterie était sur pied, car on s'attendait à un assaut.

Vingt-deux. — La nuit on recommence le bombardement. Pas une seconde sans explosion de bombes. Vers le milieu de la nuit une forte fusillade a commencé du côté des portes Nationale et de Saverne, des .Tuifs, des Pécheurs, mélangée de coups de canons. Les l'russiens se sont rapprochés de très près, mais comme on les attendait, ils furent repoussés avec de grandes pertes.

Vingt-«ept. — Cette nuit le bombardement a recommenrC avec force. L'artillerie des rempartsa répondu avec une grande vigueur. On avait bien encore doublé les postes, mais ils ne sont pas revenus à la charge. Depuis hier il est tombé sur la citudello 7.000 bombes. Le commandant du génie Ducrot, frôre du général de c.v. noiu, est tué, & onze heures du matin, par un obus; c'était un digne homme, courageux, impassible, au milieu du danger, comme une statue de marbre. Ce jour-lô, l'aniiéo perdit et> lui un de ses serviteurs les plus dévoués.

Vingt-quatre. — Bombardement fe outrance. Le faubourg de Pierre est incendié.

Vingt-nix. — Cette nuit fut épouvantable. 11 y avait de quoi devenir fou. Nous ressemblions aux duiunés de l'enfer se débattant au milieu des ttanimes; nous étions attaqués de tous ciblés et nous avons cru que l'assaut allait être donné à la ville. Nous avions tous fait le sacritico do notre vie et nous serions morts on braves, défendant notre Patrie; il n'en fui encore rien; l'ennemi n'osa pas,

malgré son grand nombre (60 ou 70.000 hommes contre 17.000 dont »e composait la défense de In place), «'aventurer celte fois.

Vinfft-nept. — Le bombardement continue de plus belle; n«us tenons toujour.s bon, c'esl-A-dire (en fran(;ais) nous attendons 1» morloroc courage eit résignation, lorsqu'à quatre heures nous aperçûmes le drapeau blooc flotter sur le clocher de la cathédrale et l'ennemi cessant tout à coup son feu, comme par enchant^tnenl. Nous crûmes tout d'abord que c'était la paix ou du moins un armistice. Nous ne pouvions modérer notre joie et nous étions comme fous; on n'entendait plus ie bruit du canon et de la fusillade; cela nous semblait si extraordinaire que nous étions presque eUrnyés de ce calme. Nous montâmes tous sur les remparts et les Prussiens sortirent de leurs tranchées. C'est là, où nous aperçûmes combien ib étaient nombreux et, près de nous, ils se mirent tous ^ crier: V Flourrafal n et ils nous envoyaient des paquets de cigares, des pommes, du vin.

Nous autres aussi nous poussions des cris, car nous croyions que c'était te paix ; courte joie qui ne fut pas de longue durée, car le lendemain nous apprenions que nçus avions été vendus! t!

Ici se termine le siège de Strasbourg, qui a duré du 14 août au 28 septembre. Les deux tiers de la ville ont été brûlés. Un grand nombre de personnes sont dans la plus alïreuse misère et le chiffre des victimes civiles n'a pas été sans importance. Les remparts, les casernes ne sont plus que des ruines fumantes. Les propriétés magnifiques qui se trouvaient autour de la ville ont été dévastées et brûlées pour organiser la défense. La plume ne peut décrire ce tableau, il fallait voir la ville le 28 septembre.

Les Prussiens ont employé pour le bonibardenieiit 197 pièces qui ont lancé 162.600 projectiles; Tartillerie badoise avait 44 pièces qui Ont lancé 31.122 projectiles. Le bombardement a duré 31 jours. En établissant une moyenne sur les 193.722 projectiles lancés, cela fait 6.249 par jour, 269 par heure et 4 â 5 par minute.

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