‹ Memoires (volume 2)Chapitre 27 sur 68 · AU CIMETIËRE DE TORGAU · texte numérisé non relu

AU CIMETIËRE DE TORGAU

(Souvenir à nos frères morts en exil).

Me promenant un jour le cœur plein de tristesse. Près de la forteresse, où fut notre prison J'entendais les oiseaux dont les cris d'allégresse Chantaient l'œuvre de Dieu et de la création. L'air était embaumé par les senteurs du soir, Le soleil, se couchant à l'horizon vermeil,

Dorait de ses rayons le clocher d'un manoir Où les oiseaux perchés attendaient le sommeil Et dans mon cœur ému, ne pouvant me lasser D'admirer les beautés de la grandeur céleste Je me mis, malgré moi, à rêver, à songer, J'allais devant moi, marchant sans soucis. Suivant ma promenade errante et vagabonde Quand mes pieds se heurtant à un buisson d'orties,

M'apprirent que ce lieu est le repos du monde

des vivants, hélas I je m'entends bien

Car ce mur de verdure est celui des cimetières Les tombeaux frais encore en bordent le chemin Recouvrant les restes de beaucoup de nos frères. Asile où tout repose, où les grands saules verts Avec leurs longs rameaux semblent pleurer la nuit Des larmes de rosée. Ces tombeaux sont couverts Des feuilles que le vent fait tomber sans bruit. Reposez en paix, braves soldats de France!... Vous êtes bien heureux, vous n'avez plus d'entraves. Les souffrances pour vous ont cessé pour jamais Tandis que nous encore, nous demeurons esclaves Non, je ne vous plains pas; mais je plains votre mère Votre belle fiancée, ohl quelles vont souffrir Apprenant votre mort sur la terre étrangère Oh ! quoi coup du sort qui peut faire mourir. J'allais, me disant : l'Eternité est gronde Je me sentais plein d'amour, de pitié Quand, tout-à-coup, la patrouille allemande Me rappela bientôt que j'étais exilé.

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