‹ Memoires (volume 2)Chapitre 29 sur 68 · LE CAMP DES PRISONNIERS · texte numérisé non relu

LE CAMP DES PRISONNIERS

Quoi ce n'est point un rêve

Qui s'achève Une fausse illusion

Une vision Qui, endormi, me transporte

Et m'emporte Loin de mon cher foyer

Prisonnier.

C'est la réalité

La vérité, La France est envahie

Trahie Vendus, quand on y pense

Pauvre France!

Tes fils sont malmenés,

Enchaînés.

Sur la terre étrangère

Oh! misère

Vivre dans un désert

En hiver Le matîD de la colle

Claire et molle À midi du rata

Oh, la la!

C'est de ta ragougnasse

Que l'on brasse D'un aoir manche à balai,

Le café I Sans sucre, au jus de chique

Ma critique Est bien vraie et voyex

Le troupier, A la figure blême

Qui blasphème La faim lime ses dents;

Pauvre enfant 1 Prenez, prenez courage, patience

Car la France Relève son front,

Et du fond De l'Empire terrassé va la laisser

Se redresser.

Plus forts que jamais

Oh, Français!

L'amour de la Patrie

C'est la vie Héroïsme, fierté,

Liberté.

C'est la devise oh! Fraûce

Mais j'y pense Je suis loin de ton sein

Oh I destin Cerné de baïonnettes

De vedettes Qui vont baragouinant

Vous parlant De leur gosier qui grouille

La patrouille

Parcourt un cercle étroit

C'est l'endroit Qui marque la limite

Où s'agite, Le soldat prisonnier.

Le prisonnier, Croyez-le bien, n'est pas pire,

A le dire, Je n'ai pas peur vraiment

Je ne mens.

Car voyez cette corvée

Escortée, Par de sombres soldats,

L'arme au bras, Et la quittant d'un pouce

On nous pousse Parfois brutalement

Lâchement.

Un de nos braves frères

Peine amère Vient d'être assassiné

Oh! pleurez C'est tout ce qu'on peut faire

Mais on espère Un jour. Un jour viendra

Tout ira Pour le mieux; oh! vengeance

Frères de France.

Armez vos bras vengeurs

Oh! fureur Tu seras frère d'armes

Par leurs armes, De ce vil étranger

Bien vengé.

Falloir poser sa chique

C'est comique Pour des soldats français

Non jamais, Ces soldats de Guillaume

Qu'on renomme

Ne nous auraient Taincus

Si vendus Nous n'étions malmenés

Et

Par ces traîtres maudits

Ces bandits Qui vendirent leur Patrie

Que leur vie

Il faudrait tous les pendre

Les pourfendre Ou bien les empaler

Les brûler.

Pauvre soldat I ton martyre

Doit sufiBre  garder dans ton cœur

La fureur.

Portant la souvenance

De l'offense Pour dire à tes enfants

Qu'en un temps, La France fut vendue

Et perdue Par Badinguet et Bazaine

Que la haine Soit toujours dans ton cœur

Oh malheur!

Tombe sur cette race

Si vorace.

Que tous les diables de l'enfer

Lucifer Inventent des souffrances

Et des transes Oh I génie infernal

Si fatal Fais bien rougir les flammes

Que leurs ômes, S'abreuvent de ton feu éternel

Amen 1

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