LE DUC DE NEVERS
et le Trésorier de Chainpag:ne Le Jau
I6lâ>]6l4 (i)
En 1613, tandis que le duc de Kevers, Charles II de God-
Z8gtie, (2| combaltsil pour son cousin de Muntoue, un orQcier du roi entreprit de lui chercher noise dans l'adniinislralioD de son gouvernement de Champagne (3). Semblables querelles étaient
tl) On connaît surtout l'avenCure de Le Jau par le nisum^ tio sa requête public Jans Florimond Ropine. Recueil très ejsact et rurieuar cig tout fit qui t'en (nit t!l jinssé de iinijuUer et mt'mornhle en VAsscmhWe génirnlt des Etal* \tttiui II Paris en Vannie 16(4... In-*", 5(i4 p., l'aris», au Pnlni», t(î51 ; p. 0(K I B3. TpIIo est rlu moins ta source de Mïchelet. Hunri H' et Hichelieu. lu-8, 'Paris. CalniAun Li*vy. tS'.H», f). 175 et 181 v\., «ans ilouW, Afi M, Colin. Petite hiitoire du Nirernais. ln-8, Nevers, 1U<)1, p. 181. ie publie cctto reijrifile en eu li<»r. d'upifts la copie (tts l'époque (pli est conU-ijue dans lu manuscrit 1)1, de la collei^tion [)U[tiiy, A la f!ibiiolli>N()Ui.< natinnale, f"' 2-5. J'ai utilisé, et rr " ■' ' .-ri partie, une défrnan du duc de Mrvers par un cprlnin P. I. Fnvari f'rivil n de nosiro petit couvent 1b xv"iour du novHmbro 1014 • pour
r :itix rfiiiuftfi<s Je L" Jnu e1 qui donno des maladresse? de celui-ci un
r6i:il B»st;z diitaillé, mais partial; celte dél'ensB a été publiée sous le titre : ÙitKourt au era;/ de ce qui s'est passé en RùthtJoij toucha ni le sieur Le Jau, gu'ori nomme auirtmeivl le »iimr de Vertaut. Imprinié en décemtire 1614; plaquetft» de Sfi p. petit formai. (Bibl. nat., Imp. Lb 3(3/202).
(?) Charles II de Gonzat'uo, né le iô mars 15S0 de Louis de Qonîague et H«np)eiii:! de ClèvPB, aiicet'da à son pure (1595) dans le gouvernement da Chonipat'iie cl à sa miin.» (1601) au duebé de Nevers et de Relhel. Compagnon ■ d'araies de Henri IV'. il te suivit dans l'expôditinn de Sedan (1606) et fut • •nvoy^ comme amba.'îsadeur extraordinaire du Vaiiean (16<)8) pour prêter Tobedience au Saitil^-SlOue. A aou retour il fonda Charleville. Ar;tlf et brouillon il sa mêla ti toute;* les inirlçues des princes pendant la minorité de Louis XIII pois ae lan^a dons des projets avetiltireux, songeant à devenir eniiiereur de Constantinopin comim- hérîlier dea Palâologue. fondant une mtliee chrétieone, Il mourut le îl septembre lf)37.
l3) Le grand-pêre do Charles II. Louis de Oonzague, avait exercé déjà ces fonctions. l>aiiK un tiocuinent du 12 décembru 1620, (juj est une attache pour un
C - :r de ville en Clinnipa^nc, Charles II prend lea titres suivauts :
< duc dfl Nivenioifi (>l d» Ttetheloia, pair do France, frnuvornuur et
Il général pour le Ho.v ou stiS proviniwa de ChninjmKne et Brye »
(liibl. iiiii., ,\I.s9. Coll. Cbam|inf;ne It, f' Uu) C'est le titré que lui donnait le roi, par exemple lorsqu il lui enj.ii^înait de convoquer les étais de sn province le 8 juin li>U, (Ribl, nat., ms. fr. 380?, ^ 2). Le 21 juin 1614, Charles de Gon- I Mguo i-iTit de Retbel au jinSsident JfMnnin qu'il a été avisé <lue les expéditions de la succeBslon de Cliampo;.Mte en faveur do son (Us ont été dépécliée*), mais qu'il ne les a pas ravies uucore. (Bibl. nat., ms. fr. 3T99, f» 123).
«lors fréquentes, l'ri^sque toujours elles aboutissaient 6
empiètemceil nouveau sur les pouvoirs (ûodaux et h 1\...
«ornent de l'itutorité royale. Parfois aussi, mal conduites, ello» tour naient 6 la confusion do iofflcier trop zélé, que le Conseil alors s'ooipressait de dâsavouor.
Lorsque le trésorier de Champagne ti)i Paul le Jau de Vortsut (2), partit en guerru administrative contre le duc absent, il se croyait sûr de sou fait. Depuis la mort du roi flenri. M. de Nevera tétnoi^nnit, contre l'autorité souveraine, d'une indépendance que sa situation très assise, tant dans son gouvernomenl de Champagne que dans ses duchés de Nivernais et de Ilothiilois, rendait dangereuse, Certainement le Conseil se saisirait avec empressement des moyens qui lui seraient oflerts pour réprimer cette arrogance.
Notre homme — un proton tieu.x. à ce qu'il semble, quelque peu sol — entreprit donc « de prendre luymesme le déparlement de
chevauchée au pays de Rethelois sans qu'il luy fust baille ou jné de ses confrères, comme ces Messieurs sçavent observer pour 'chacun d'eus en le! cas.
n ... S'y estant donc acheroinO, oublieux et mettant âi part les efloires du Roy selon la vraye direction de sa char^, il s'entremesla seulement de celles dudit sieur duc de Nevers, Prince dont le seul nom le devoit tenir eu quelque respect.
« Mais comme s'il eust pris à tâche de l'oiTenser do gayetô de cœur, fist tout ce qu'il peut pour trouver en ses vassaux quelque plainte contre luy. Et n'eu Iroui'ant aucune, s'advisedese prévaloir l'une transaction ou obligation dont on luy parla nalfveonent, la linutte de laquelle estoit à peine esbauchée chez quelque notaire, portant cominulalion de quelques droits qu'avoil ledit Soi(;neur
(t) La juridictioD (!•» trésoriers de France av»ii Hi orifnniinie r*ptjll*- MBoent sous Ifenri lll. Peu nombreux nu début, ' '•■-->,.
chaque généralité. Ils âlaii>ntc)iar;^(l'fï de l'adinlnlstiM
répartition dp» iniiidU, «veo juridiction sur Cfttc i-
leurs ottrlbulions voir la Mémoire touchftitt la /onrtton d'un trWor.' hYance (cupio do la fin du xvi" siScIo). Bibl. nat., coll. Cliaiiitiagoe It, (• 199,
1?) Paul Lo Jau tenait le ticf de Vnrtnut, priait Milly. i>n rtAtirmi», Aa sou pôro Jean le Jnu, sieur do Vertnul < rpôres, rua, Loui» Lo Jan, nieur «Ir
l'outi'ç, Jenn, (Mail chnnoiiic fl pi'-iui „ ;,
un autro, l'ierio, aleur du GirotlpB, liuulciiant général nu ^ifue dis Muitiu; un tjuatriénio, Jùrômo, sl^iur de Ciiaintif'rjot, pouiinissaire dos truonos <Uibl. nat. inss. fr. 2»(Ji>7 et &m3).
Paul Le Jau était encore trâtorior de Chanipaguo le 4 janvier I6i2 (IbUt., msi. fr. Î8Û&7).
de sauvement de chevaux trayans, de fournissement de sel et autres droicts, tant certains que litigieux, avec une recognoissance amiable ou droict de bourgeoisie de xiii sols vt deniers par feu, qui n'estoit encore lors acceptée par ledict Seigneur, et moins exécutée, et qui est chose non seulement permise et accoustumée entre seigneurs et princes de sa qualité, aymans leurs sujects, mais au moindre haut-justicier et gentilhomme de France (1)... »
Muni de renseignements aussi peu circonstanciés, le zélé trésorier s'en vint à Paris où il obtint du Conseil la commission suivante : '
« Sur ce qui a esté représenté au Roy en son Conseil qu'en la généralité de Champaigne, païs et duché de Rethelois il se faisoit plusieurs levées de deniers extraordinaires, contre et au préjudice du bien des affaires de Sa Majesté, repostz et soulagement de ses subjectz; à quoy estant nécessaire de pourveoir, le Roy en son Conseil, la rayne régente sa mère présente, a ordonné que les lettres patentes et arrestz en vertu desquelz lesdictes levées extraordinaires ont esté ordonnées, seront apportées en son Conseil pour y estre veQes, et cependant défences à touttes personnes de faire lesdictes levées jusques a ce que par Sa Majesté autrement en soit ordonné, enjoignant aux trésoriers generaulx de France de tenir la main à l'exécution du présent arrest, sur peine d'en respondre en leurs propres et privés noms.
Prévost. Arnauld.
« Faict à Fontainebleau le x.xvi« septembre 1613 (2). »
De cette commission, très vague, et très habile, où personne n'était nommément désigné, qui ré.servait les droits du roi mais ne précisait pas exactement de quels empiétements sur eux il s'agissait Le Jau se servit avec une parfaite malhabileté.
« Ainsi revient tout court à Chaalons et ne trouvant aucuns de
(1) Discours au vrai/... etc. Cette brochure ddbute par un avant-propos amphigourique dans lequel l'auteur déclare qu'il doit diro la vérité f parce qu'il importe grandement au public que la médisance ne s'authorise par le flilenoe et qu'il ne retienne, s'il est possible, que dos vériléz pour s'en servir avec un sain Jugement ». Or loi deuK rcquët :s de Le Jau sont pleines d'impostures. L'auteur va dire ce qu'a éli réell>4inent celte atraire. Bien qu'il ne le fa:jse pas sans grossir beaucoup les importinences du trésorier, son récit est suftisamment corroboré par les textes des arrêts du Conseil pour qu'on puisse le citer avec quelque confiance.
(2) Arch. nat., E if, f" 195.
ses confrères capables de vouloir tremper dnns im procéder si mal diR<<r6, ayant aussi sceu qu'il n'y ovoil on Relhelois aucun 8U)oct pour Ipoursuivro] l'ofloct de Udite commission (1), se délègue soyriiesino cûinme auparavant ol revient à Rettiel plus eschauSii que jnmiits... inrorme, brouille, menace et, perdu de regret de nu rien Iruuverconforiue ô son dessein passa si avant contre ce pi' il
fist publier k haute voix par un cliétif savetier, (|ui list li-
ment le tambour, ayant espiô la sortie de la jurisdiction, qoe si quelqu'un avoit h se plaindre de luy soit pour le sujecl de ladite levée ou pour quelque autre occosiûu, qu'il viusl luy et qu'il l'en délivre roit...
« Mais BU lieu de se plaindre, voyant qu'il ne troiivoil pur tout que des témoignages d'amour et d' affection du peuple envers leur dit Seigneur... recherche de nouveaux moyens pour signaler sa témérité, disant qu'il avoit aussi commission de faire abattre toutes les armoiries dudit sieur Duc, tant aux porlaus de ses villes que maisons publiques et mesme dans un jardin d'harquebusiers où il se St conduire par un habitant du lieu : où estant il dist qu'il estoit bien aise d'y voir celles du Roy, parce qu'il avoit entendu qu'elles n'y éstoienl point et que si ainsi eust esté, il eust osté les unes et establi les autres.
<( Davantage, comme il s'onquoroit auprès des ofiSciers dudit Seigneur... et qu'on luy rospondant ils disoient : Monscigneurnoslre Prince, il leur réiiliquoit : qui est-il vostre Prince? Il n'y en a point qui mérite ce nom que le Roy...
« De sorte que le peuple commenceanl à murmurer, voyant cet homme seulement accompagné de trois pauvres malotrus, abusant de sa commissiun et manquant au respect deti à un seigneur de celte qualité, le menaça de le jeller à l'eau : ce qui se feusl sans doute ensuivi sans l'intervention desdits officiers qui se prêsenlëreDt et appaisèrent le peuple, .. (2). n
Le malheureux trésorier était diisavoué même du Conseil. Pour obéir à l'arrêt du 26 septembre, il avait assigné quelques notaires du duché à comparaître pour fournir sur les commutations de droits en question les renseignements contenus dans leurs mlnutiers.
(1) Fontonav-Mareiiil, duas se? Mtlmoirt't, prcU'nd (|ue la due étail tré» esttmd on ttui)i<<loiH. « 1.» ;><!iiipl(t, qu'il avotl toujours bien traité, l'arniuit *, dit>il (.Vlkhoud et l'oi^OLilal, i* sArie. t, v).
(2j Diteaurê au frai/... *^-
Mais le Conseil lui-môme, par l'arrêt suivant, du 7 décembre 16t3, délivra les notaires de l'assignation raaiencontrouâe :
Il Sur ce qui a esté remoostré par Jehan Dubus, Jehan Thomas, Nicolas Durand et Jehan Berthellemy deroeurans en la ville de Rethel, Jehan Cahard et Jehan Bonnet demeurans à Mezières, Nicolas Richart, Pierre ilcnyn et Vaucher Bariiiy demeurans A Oonchery, tous notaires au duché de Relhetois, qu'ayant esté assignez 6 comparoir en personne au Conseil dô» le mois d'octobre dernier de l'ordonnance de M" Paul ie Jau, trésorier de France en Champagne, commissaire depputté pour l'exécution de l'oiTesl du Conseil du xxv«« septembre (1) préceddent pour représenter les obligations par eulx passées es bourgs et villages du duché de Relhelois, ensemble le pouvoir en vertu duquel ilz ont esté esdïcts lieulx, ilz auruient comparu tant au greffe dudict Conseil que pardevant le sieur Maupeou, conseiller en icelluy, commissaire députlé pour ouyr les parties, lequel, après avoir ouy les supplians les auroit verballemeot congédiée desdictes assignations personnelles et, pour ce qu'il leur importe, en est nécessaire qu'ilz soient deschargéz par avant, requérant qu'il pleust à Sa Majesté les descherger purement et simplement desdictes assignations personnelles, avecq deffences audict sieur Le Jau et tous autres de les molester et travailler ù l'adoucir en la jouissance et exercice de leurs offices; Veu la coppie de l'ordonnance dudict Le Jau du premier jour d'octobre dernier pour faire commande aux supplians do représenter les obligations par eulx passées es bourgs et villages du duché de Rethelois, ensemble le pouvoir en vertu duquel ib ont esté esdicts lieulx. l'exploict d'assignation personnelle à eulx donnée le v« dud. mois en vertu de lad. ordonnance, à faulte de représenter lesd. obligations et pouvoir, et (2) vu les déclarations desdicts supplians contenues au procès-verbal dud. Le Jau, le Roy en sou Conseil a deschargé et descbarge lesdicts supplians de ladicte assignation personnelle à eulx donnée aud. Conseil. (3). »
Prévost . Maupeou.
(1) Pour : le ixti» gepienibre,
(!) Sur la minute, la phrass q^ui suit rempUce celle autre, qui a été rayéa «t qui était beaacoup plus sévère (lour Ix Jau : e( apris que letdiit suppliante ont déctaril n aBOir oublié aucune obtigatian esditM bourgs et eiiUtgei (tiidit duché de Relheb>U de la quctliU contentte au prociê-verbal dwiil Le Jau...
(3) Arcti. nai., E«6, f" 90,
Mais loin de ntlcntir le zt'le ri ' cet arr^ft semblo ,.-<■. <.r
Bxcilô encore. Le trésorier va ft ■,, va à Rotbel, uu, .-cui*
l'autorisBlioD du gouverneur, il olliche, placarde, fait publier A Hon de caisse une proteslntion contre 1» souveraineté ducale. Il va même ft Gbarieville où il déclare à qui vuot l'enlendro que, dans cette ville, que M. de Nevers s (undée (1), M. de Nevers n'a que des droits usurpés et que lui, Le Jau. sait et possède les moyens de les abolir.
Il revient enBn à l'aris. Mais là il trouve le Duc en personne, qui est rentra du Montferrat cl qui s'emporte vlolfuimenl contre le prétentieux trésorier. « Il ne laissa pas... de s'en plaindre grandement à la Royxieetà Messieurs du Conseil ; ausquels taisant instance pour en avoir raison et justice, luy auroil seulement esté repliquô par plusieurs fois qu'il ne falloit pas qu'il pesast cette action deJsu comme d'un homme sage et que ce n'ostoit qu'un fol qui n'esloil nullenienl advoQti de ce qu'il avait fait. »
Le fol, d'ailleurs, persistait dans ses ottaques arrogantes eoDtre le prince. C'est alorsque M. de Nevers, ayant abandonné la cour (2), « et porté de la nécos.'îité de l'honneur, la plus puissante enlro les grands, permit à la vérité, pour quelque sorte de satisfaction, après avoir trouvé moyen de le faire sortir de cette ville de Chaalons, qu'on lo Iraitast comme un vray fol... et ce, aux mesmes lieux où il avoit si insâlemmoQt abusé de l'autorité du Roy... n (3).
Comment s'exécuta cette vengeance. Le Jau a pris le pitoyable soin de le conter lui-même, en trois requêtes successives, dont les copies sont demeurées parmi tes manuscrits de la Bibliothèque
(1) Les foniinmonls do la nouvelle ville avaient âl6 jotés par Oiarim da GoDzaguo !(.' a mai lOOd et elle n'avait i.vu> baptisée iSit son nom nouveau qutt le 2û evril 161^. (Cf. J. Hubert, fti^tuire de ChnrteKiiU. Chsrlevilte, 1»4, in-12).
(2) L.« duc de Nâvers passa louU; la (In de l'année 1613 A Paris, aa ron-
S/iint-darnialn avec M. k> Pninr LUitcnts. Bnisfiin>mont. I Irt II (.iir M. k* Pr^ni-