‹ Memoires (volume 2)Chapitre 31 sur 68 · MM · texte numérisé non relu

MM

contrant iKjuv«nt au fnnhi Mninn, do Eiiiuillon et partit poui la r(i;im[' uu Miilun cl La prise de '■<

Buorra civik' ,j„ „,, ., ,, .^ .. . ,.;... , .„ ...„., ,.j„.„>,.

rontcliariciin tr( Fonuinav-Marouil, JJicbaud M Houjoulat, V 8*rl«, U V) (3} hiiiiowi au r.rai/,.. eiii.

,d ÏBlioaale (1). Ces (i;xl«s apporlent sur les mœurs de l'époque, des rt-i' nents tout à tti fois comiques et douloureux. Voici dans

Son -a requôle présenlite à la Reine-Mère entre le y mai et la

2 octobre 1614 :

(t Procês-Mrbal du S^ rie Vertau, ti'ésorier général de France et « Champaiffnc sur le» attentats faiet s A «a 'personne allant faire n l'exercice de na rharr/fi.

« Nous, Piml Lo Jau, sieur de Verlau, conseiller du Roy, secrétaire de ses (inairf;(.ïs et trtisofier gént'^ral de France en Cliampagne, l'an mît six cent quatorze, lo rnardy septîesme jour de janvier, estant à Glianinns pour lo function de oestre charge environ les huit heures du matin, sortant de l'esgliso N'olre Darae pour nous acheminer au bureau, cinq hommes à pied, que depuis nous avons Bpprins se nommer lo cappitaiue Jacques do Vergame, mareschal des logis do la compagnie des gardes de Monsieur le duc de Nevcrs, ung nommé Bernard .Vlbanois, domestique dudicl sieur, ung autre nommé le baron d'Agréable, aussy domestique, autre nommé Laminois cy-devant credancier, è présent tirant paye dudict sieur duc estant de sa compagnio, demeurant à Suncerre, et ung aultro nommé Girault, aussy du la compagnie dudict sieur, demeurant h Dormsns, tous lesquek avec chacun lo pislollel en main nous seroient venus attaquer, le chien ul»alu, et ledicl cappitnine Jacques nous aurait prins par lo collet et dict qu'il nous constiluoit prisonnier de par te Roy à Monsieur le duc do Nevers et que si nous faisions résistance d'aller trouver lodîct sieur qu'ils avoienl charge de nous donner ung coup do pistollel dans la leste; ausquets nous aurions dès lors et depuis dict que ledict sieur n'avoit pas deub se mectre en peyne de uous faire prendre pour raller trouver et qu'au moindre mandement qu'il nous eust fàict de ce faire, nous nous fussions acheminé en quelque lieu qu'il nous eust ordonné; tous lesquels hommes, assçavoir le cappitaine Jacques, Bernard et Girautl. nous auroienl conduict par force, nous tenans par les bras jusques hors la porte Saint-Jacques dudict Gbaaions et mené à pied

<l) Ji» conriars doux copies do eetto requlMit à !h BihI. nnt. : l'une dans lo m». d<i ia f:oll. Dupuy f'I. C" 2-5; l'autre dans le tns. do 1.i coll. Moreau 779, P» £6-31. Ellns sdiil peu post'iiia lires A la n'iilnclioii de l'on/tiiial et ne dilKrcnt

3ue par «les faut's île ouiii«1«, nntsinnionl ttaiii les indicutioriR des i^uniitii^me» M luujf); la iiioilleure est la l'upit; du Dupuy 91. I.e cerUtlcat date du 5 mai 1611, Tiiistti» tn rorjaéto dans la copie de Moroau T7y inamiuo t la prêcWcnle.

environ ung quart de tieu« jusqucs è ce que ledici Laminoy ouroit amftnô cinq chevauls, sur l'uiiji desquels ils nous t>'< ' fiiict

nionler el nifiner jusques au village de Soupy (!V *^ ' du

Rethclois, auquel lieu nous «lirions couchô.

(( Et le lendemain morcrody huictiesmu muhhu un.v', n-nis auroient mené on ung cluistijau tippcrrlunant à ung gentilhammo ot aprâs-disner nous auroient conduict du clinslesu de la CasKiao (2) appartenant audict sieur duc de Nevers, vii estunl arrivés, nous surions dicl au gouverneur, nommé le sieur Dubois, que l'on nelujr avait ptis ntnnné ung prisonnier do guerre, mais ung de paix; loquoli nous uuroit faicl responstj qu'il ne nous relenoit pas en ceste qualité < mais qu'il croyait que ledicl siour due ovoit désir de parler ^ nous et qu'il s'assuroit qu'il seroit cuntant quand nous l'ourtnns veu et que nous l'aurions csclaircy d'aucunes choses dont il estoit eo duubte. Auquel lieu de la Cassine, nous aurions esté détenus les jeudy, vendredy, el suinedy ensuivant, pendant lesquelx jours lediot gouverneur ne nous auroîL pas voulu periiiultre d'escripre et donner advis de Testât auquel nous estions par l'ung de nos laquais qui nous estoit venu trouver et que désirions envoyer à Chaalons.

« Etlodimaiicbu dou^riesme dudicl moys, environ les six heures du matin, comme nous estions encore au lict, ung des cinq hommes, nommé Bernard, nous auroit dict qu'il avoit des nouvelles dudicl sieur duu et que ledict baron d'.\gri?able, qui eatoil demeuré à Chaaluns pour donner advis de nostre priase, estoit arrivé, mai* qu'il ne sçavait pas ce qui estoit ordonoù. Et peu après ung qui commande en l'absence dudicl gouverneur nous mandoit qu'il avoit receu conimondemenl dudict sieur duc de Nevers de nous foire vestir ung habit qu'il nous monstra, qui esloit par bandes do serge moictyé de couleur verte et l'aultre jaaine. ot là où il y avoit des bandes vertes il y avoit des passeniens jaulnes et sur tes jaulnes des passOmens vertï; entre les bandes, il y avoil aussy du taffetas jaulne

(]| Summe!>,v, il>>part, Uo la Marao, arrond. de Sajoté-Mânehotildr canton de Ville siir-Toiirbc.

(2) La Oflssine. df^pat-tomonL des ArJenne», arronJ. »l« M^<2lCro«. ewiton ti'Oiuoiit. aiirlp f'mi.'tl dos ArrlenrieB

C'«ilBit mie (on i.Kille laaisou dn plaisnnoo, ciuo Mnzarin ftruiiH lîauB la suite. Ktli- fut ilAtruitu nar un iiici.'tidie ea 1691. (J. Hubïht. Gén rigu)" fin <l.>pnrtfmfi%t lift Arilfnne». Cfisrlovilly, 1»*;^, iii-l?i I i

Cast.i. .. ..'.. . . . .,

mandemtnt de MoiMtiffntur.

lUO

du Joi- II* it« ta

rifl

rert qui estoit cousu, entre Icsdictes bandes et passementz; les bas de chausse estoienl cousus «vec le imult, l'ung du serge verte et l'aultre de jaulne et ung bonnet oussy moictyé de jauhiô at vert avec des aureiltes. Ceque voyant nous aurions dictaud. [ ] que désirions parler audict gouverneur et que le prions de nous venir trouver; lequel se seroit aclieminiS en noslre chambre; auquel nous aurions douiaiidé s'il estoit vray qu'il eust receu coniniaudeineat dudict sieur duc de Nevers; lequel nous avait dict qu'il avoit receu ledict commandemeul, qu'il estoit ol>ligi> d'obéir è son rneistre et qu'il falloit que nous le prinssions, le voulussions ou non. Et pour nous y contraindre auroit faict entrer cinq soldats ayans l'e^pée au costé; lesquels, avec les dessus dicts qui a voient le pistollct en main, nous auroieot par force et viollonca vestu ledict habit, quelque résistance que nous ayons faicles, mesme protesté de l'injure qu'ils faisoienl au Roy en nostre personne et remontrances que nous aurions faicles audict gouverneur et cappitaine qu'il en respondoient tn leufs propres et privés noms. Estant auquel habit, estimans el croyens, veu leurs visages, parolles el menaces et violences desquels ils usoient en nostre endroict, qu'après nous avoir faictes toutes les hontes qu'ils pourroient ils attenteroient en noslre personne et nous osteroient la vie, nous aurions prié ledict gouverneur d'envoyé quérir le Père gardien du couvent des Cordelîers estant près ledict liuu do la Cassine (1), affin de nous réconcilier; lequel au commandement en auroit faict relïus et dict qu'il y avoit long chemin à faire où il nous falloit aller ; et depuis, sur l'instance que nous en aurions faicte il l'auroit envoyé quérir el après qne nous surions esté quelque temps avec ledict gardien lesdicls gouverneur, cappitaine et soldats nous auroienl avec la mesme force el viollence faict sortir du ladicte chambre et monter, habillé dudict habit, sur utig cheval qui pour ce estoit préparé el nous auroient faict sortir par la porte dudict chasleau de la Cassine et lesdictK cinq hommes cy-dessus avec quatre soldats à pied; en sortant duquel lieu ledict cappitaine, jurant et blasphémant le saint nom de Dieu nous auroit dicl qu'il nous alloit mener par quelques villes, bourgs el villages de Monsieur do Nevers et que s'il nous arrivoit de perler au peuple et implorer l'aide d'iceluy el de la justice en quelque Hou que ce fust, qu'il Luy estoit commandé de nous poignarder sur le champ,

ivent dfts </ :■ ' '' ■■ <liLH (la nuthlijc'ni, avail éti* rontl<* par LotÙR !o -l niai- iitairc de* litres île Nt^rert, par l'aijM de

'lié [larM, - ;iit, Nevers, t873, iu-4, col, 3*1).

— ao{» —

ce qui nous auroit esté pareillement dict par tons lesdicls soldats qui \' ncr ompttgnoienl, El ce disant, nous auroienl tî- ' lict lieu

conduicl nu bourg du Chesnc-lti- Populeux (i), diNi iot lieu

de deux pet)t*.ts lioues, oti eslnnl ni-rivés ledicl cappiloine d0qs Buroit foict descendre de cheval ol commandé do monter sur ung asup, flvoc un faast qui pnur ce e^loil préporé. qu'il ouroil fnicl mener par le lii'o! à un^ garçon, et au devant de nous mnrebolt atig borame avec ung laurbour, lequel sannoit d'iceluy; et fusines ignominitiusemenl et lionleusement mené le tout à IVutonr de In halJe dudîcl Chesnt; où le peuple s'assembla au son dudict tmiibour, «l fu^uies ramené avec ledicl «sne et tambour ballant jusqu'à l'entrée dudict bourg; où ils nous uuroienl foicl remonter sur le cheval et faict aller au bourg do Vondercsse (2) d'slant de troy» lieues, lousjours avec ledicl liubit; auquel lieu monté sur ung asne comme dessus e( Inm bour sonnant, nous auroienl men^^-s et conduiclz autour de l*t hnlk; dudicl lieu; vl de Ift nous auroienl m(:>nés ou.hsv du la mosmu sortit eu bourg de CliKmery (3), où ils nous auroienl pari;ilt«nienl (nict nionlcr sur ung asne et mené avec le tambour ballant à l'entour de la balle dudict lieu, et en la villo de D.inchf?ry (4), distunl de troys lieues, où estant arrivés au faulxbourgs se seroicnt Irouvé grande

ll| Lrt Cliesue, mijoiir.i'hui ch.-liou de cinton, départ, de* ArJeunt-s, arr. de Vciu/iers. C'est tiana te Iwurg i|u'on préleudit avoir r(«lrotiv^ la i«aint« iimpoulo. Depuis, une ooini)nv!nie dos haJ^ltanls ansisltiil «ux siicri'a di'S rois do France et à cette occosiin tlo rofcvaicnl k' phis hcnn i*hov«l monlcv jmr !« sotivcrsin, ovcc •!< divers droils. l.c !i ' cni'los d'unn

enecinte de muraii: el poiit-levis (.1. Il' cir,). Il est

cité dans l'Jiicentu,. . :, .i.iiollpsdês 1327 (col. '.'■- ,..

(2t Vondresso, dôp. des Ardcnnos, nirond. de Mô/.iùres, cflnL d'Onjonl. Ce villnge avnil été iJoliauf;é au ronilo d>? tlotliel jinr lits ohnnoines de Risims on 997 (J HuBKBT, oue. at./ L7f»e<frt(/»«r# d<,> l'aUtxide Maroltest r sisrnalo un four >M) 1347. (Col. 337).

(3> Cliftinery, dcp, de la Marne, nrrond. de Rrims, ontitim de Vmy.

(i) Uoncltery. di^p. de^ Ardtînne», orr. et tianton d" S-dnn. Cftl" petit* ville appnrt.-niiit aux anciens coral'.'R lie Rctliel > ;ipd

du Soissons, A qui elle nvait iMA dmifnV p.'ir Clin «é-

jounia aprèH la prisn de Scdnn (ItiOO); !!(■■ ■'■• ■■•■'■■ i - ;. ,,....., .•?»

«o osL (falée (J. HmEBT, oua. cil.) 1. do liilihrt M;t iilo

6 layettes retalivus à la Toueri- do Don. " TOJ i-l s^.) Dm ■ fr.

3031' de la Bibl. nat,. (" W), nti trou\e um) lniln; do» jugo «l (>cli(n,i«» .!•' Donchorv nu duo do N'f>vcrs, »lolé<i du II jniti 1.V.13 et dont voici le diMiiil ; < Monsiîignciir. Ne vous nyonl tisc imporliiiiirr le i — • ■' '' '- ''■ • ■■iio, liV'Stimmit |«is uiisi-i.v <[iio voli-ij j)jirtoinenl ■; lUtf

mm» RornuKig do voslni i'i.-tr>ur, cniiso que n . , , - .Ip

vous fairo <.v mot [lour vous Biq>pliv;r Iri'ti iiumtiiiMU''nt uvim' suuujimncc du plncpt ppi« nmis vous avoDi. |»rA««nt*, londurii mitiK miii-e nln» fnlM<' «i pmmpU} nj...;i: . (IIP co'lo i(' ■ ■ " ■ ."ilJo t'Ri" 'Mir les in ■11».

pl<v, . , .' iHl'Ill OUt (.: : , . :...!,..., cj uu

Mtle viite, que (Itslronn «dvaneer et continuitr oo tout iio»tre poimit]!*... i

CharlcviEe,

SEDM

Sotnm^py O

iDQltTtude de pcuplo et, nous dvati» fsicl monlor sur ung nsno poar co préparé, nous ouroient uvec tu mc«mo ignominio, le tambour battant, conduict jusque» au milieu do la placo dudict liou et faict faire ung lour à l'entour do la croix y eslaiit; ce que faict ils nous auroient logé au logia du procureur fiscal dudict lieu ob dou» aurions couché et lesdieU cnppilaine jAC(|ue$ et Bernard auraient couché un noslre chnmbrfi.

0 Et le lendemain lundy treisiesnic dudicl moys. lusdictx soldais de lo Cnssine s'en seroiont rotournês, et trois dudict Donchcry, baillèH par le gouverneur dudict lieu audict cnppitaine Jacquos. nous auroient mena avec les cinq hoiinnas ry-dessus nomuii^s avec ledict habit qu'il nous auroieut par force et violence contiuincl vestir jusque» au lieu de Maizi6n»s (1). EsUint arrivés aux faulx bourgs de laquelle ville, ledicl Bernard et baron d'Ajjréable nous auroient faicl descendre de cheval et entrer en une lavorne. Ce faict, ledict Laminoy qui esloit allé devant audict Maizièrcs pour faire assembler le peuple afin do nous faire recevoir plus d'ignominie, nous auroient faict monter è cheval pour entrer en ladicte ville ; dans laquelle estant, ils nous auroient faict descendre en l'hoslellerie oii pend pour enseigne ( j où nous aurions demmeuré plus d'une heure, d'à ul tant que la cappitaine Jacques esloit allé trouver les cschevins de ladicte ville pour avoir ung tambour et ung asoe; lesquelz ayans amenée au devant de ladicte hoslollerie. lesdicts cappitaine Jacques et soldats nous eoiitraignirenl de monter sur ung asne et nous auroient faict mener avec ledict tambour battant devant nous par toutes les rues de ladicte ville de Maiii^res et oft ilz auroient faict assembler grand nombre de peuple et nous auroient faict tourner troys foys ô l'entour de la halle dudict lieu et de là conduict jusques à la porte des faulx bourgs d'Arche; o(t estens ils nous auroient faict monter ô cheval pour aller au lieu de Charleville (2) avec ledict tambour de Maizières. Où estans arrivés, ung autre tambour se seroit joinct et tous deux ensemblement au devant

(ItM^ii^res, sur ta Meusf, mijourd'hui oiief-IUjti du d*p. dea ArdénDoa. La ville li'iail domimip pnr (loe eiladelle royaln dont lo duc de Nevrrs s'empara, nu nom et un service dti roi, dit-il, au début de 1614, Louis <le Gonzague avait l'ait bAtir en ITititi. n Mi'zuTes, to [talnis des Toupnolto«i qd'nn inceiulie dôlruisil on 15rf7 Voir druis l tnrfirlnire lie l'obbÉ do &lnroltr<s les noinbrcusos

llH- ■ - r ML'ïii^ies (col. 'iiS cl sq.).

Mlle. otij. cli.lieu de eaiil. do l'arrond. de Md-ziilirps. Charles de 0(11.. i . ....lit, (ait funstrtiirf! i\ lOtA du bourg d'Arches, au boni tUt la Mctisi', (lour s'ojuiûser iiii di>vfloi>p'*ii)eut du Mi'iïières. Voir dans J. Hubert : lliilinre lie ChurleeiUn. la reproJufiinn d'un plan ancien de la viUe, avec s» grAndo place duL'.atc, quadiaiigulatre, et se;; rues droites de ville rcuv«.

— 3ai —

do nous bsttans du luurs tonibourit ilz dous auroient mené josqutM sur t<: bord de la rivière de Muuzo, Oti ostaot, ung que nou:t |M>nsons calre coppitaine ou gouverneur de ladicle vilii», c|ui esloil venu ou devant do nous au milieu du cheuiin, nousauroit diel : Monsieur Verleau, toncs vous par Monseigneur de Ntjvers pour souverain de Charleville et de plusieurs autres lieux ; auquel nous n'aurions falcl aucune réponse, et depuis, pressé, avuns rcspondu que cela ne despendoit pas de noslre reconnoissance. Cefaicl, ledicl cappildine ou gouverneur nous ouroit mené à la halle et falot foira tn>ys tours à l'eolour d'icelle et do là nous auroit ramené sur le bord de tadicta rivière et conduict jusques au milieu de lo place; où estant ung homme à cheval Iiabillé d'une courte robe noire, ung bonnet rond avec une baguette en sa main, nousauroit commandé de par le Ruy, de par Son Altesse Monsieur le Duc de Nevers, de nous suivre, en présence dudicl gouverneur et de tous ceulx qui nous auroïeat amenés el à l'instant nous auroit fuii't taire Iroys tours & l'entour d'une croix et d'un poteau qui sont au milieu de la diclo place; ce que faict, proche de ladicte potence, auroit ouvert ung papier el crié tout haull : « De par Monseigneur lo duc do Nevers, prince souveverain d'Arche (1} et autres lieux » el auroit aussy leu tout hault ce qui estûit porté par ledict papier, contenant en subslooce ce qui ensuit :

<t Comme ainsy soit que par toutes les loix les criminels de lèse- M majesté soient punissables de mort et que Vertau, pour avoir mis I) en double que Monseigneur de Xevers soit souverain de ce lieu, » l'ayt mérité, ce néant moings Son Altesse, pour certaines consi- » dérations, luy auroit remis la peynede mort et s'ost de la présente H amande honorable coiilonlé. »

« Et après ledicl papier leu, l'on auroit commandé à tous les

Bssistans, qui estoient uu nombre de mille ou dou^econs, do crier A haulle voix : Vivo Son Altesse! Vive Monseigneur de Xoversl ce qu'ils auroient faict.

<( £t suivant la prière que nous avons faict audicl cnppitaine Jacques de nous promectre d'aller nu collège des Jésuites dudtct CharleviUe, il nous y ouroit mené; où estans, nous aurions visité le

(I) Ia vill(> ut scignourenu il'Ariïtins. ^^iir la Meuse, en aval de Mc/ièrp«, avait 6lé (!<chuiiKéo en ROplcmbi-n 1293 |>ar JacquuH de Mout<')isulou i LouU, fils ilii Liiiiitn uo NcverH, t-oiiiie de Bt'tdcl, nioyiiieisnt «Hl li»rues d« lorra ■Ml viagr/r [lumninire de t'at^bâ ilc Marolles, oui. 3iU: voir encore Iss uol. IZ, 16, iU, 33Ï et i&i).

Père Ignace, roctéur dudict collège, qui nous auroit dicl que dès le jour préct^denl ils iicavoienl audict lieu que l'on nous y devoit timuner pour y recevoir l'ignominie susdi"le et qu'il Bvoit foicl prier Dieu pour nous, 6 ci< qu'il pteusl uousdcfnner la putience requise et nécessoirc en telle aftliclion. Ce faicl, ledict cappitaine Jacques, baron d'Agréable et Laminoy dous aui-oiettt faicl sortir dudict Charlevillf) en ce inesme liabil et en sortant unp homme ô cheval SB scroit mis dans la troupe, qui auroit dicl qu'il s'en alloit à Beim», qu'il coueheroil à Lannoy (1), o(i l'on nous ntenoil pour eslre le lendemain A Reims, et qu'il .'«cevait bien le chemin dudict Lannoy, Auquel lieu nous serions arrivés environ les cinq beures du soir el les susDoromés nous auroient faict loger en l'iioslellorie où pend pour enseigne VE^cu.

11 Et le lêndotiiBÎn mardy, xiiii""> dudict moys, ledict cappitaine Jacques auroit faict sonner d'ung tambour el nous auroit commandé do le guyvre à l'entour de la halle dudict Lannoy, bobillt- comme dessus; el de là nous auroient faict descendre à riioslellerie ofa pend pour enseigne le Sattpage, où nous aurii)09 demeure* une heure attendant qu'il cust été trouver ung asne qu'il faisoit chercher, et n'en ayant trouve, d'autant que personne de ladicte ville n'en avoient voullu bailler, ainsy qu'il nous fusl rapporté, il nous auroit faict aller depuis ladicte hoslellerie, ledict tambour battiint estant devant nous, en deux places dudict lieu où sont les halles heiulbs el basses, habillé dudict habit; où se seroit trouvé grande multitude de peuple, desqueîs y en auroit heu ung qui nous Buroit baillé ung coup de bastou qu'il tenoit dans lu coste gauche el peu apr^s jeclé de la boue par derrière et oultru voulu jecter ung cbat mort, dont il auroit esté empesché pur aucuns babîtans de ladicte ville; et do là nous auroit ledict oappilaine Jacques avec les autres mené hors la perle de ladicte ville.

« Et avons esté advertia que la raison pour laquelle ledict sieur de Nevers nous a faict mener habiller dudict habit en ceste façon de vert el jaulne par loultes les villes, bourgs et autres lieux cydessus a eslé â cause qu'en tous lesdicts lieux nous avons faict publier ung arrest donné au Conseil en présence de la Reyne régente le vingt sîxiesme septembre dernier, portant defleuses de faire aucune levée sur les subiectK du Roy suas lectres poltaoles de

baye

11] Lauuois, sur la Vence, arrondts. <Ic Méziâres, canton 4a SitrDy-l'Al)-

Sa Majesté douement verifUées, par lec(ue) il esUi 'P| gas

préstdens ot IrtîsoriftrsRt^tmraulx de Fronce en Ciiam, . i-tenir In main 6 l'cxéc^iition d'icclltiy 6 fiDyoo (le s'en prtiodru è oulx bd leurs pr" 'H ent plus au 1 "I

déclaré i > , uioq duquel n le

Chaocelier nous auroit ordoonô et commanda de nous transpArter exprès agdict pays de Retheloi» et pour cest ellecl nous « lié

cotumiâsIoD scellée du grand scel; et ce »jui avuit mou >tô

et nos seigneurs dudict Conseil de donner ledict arrest, estuit qu'en procôdont par nous au faict de nos visilations et clievuuchéos au moys de juillet dernier aurions apprina et nous auroit esl»? faicl do grandes plainctcs sur co quo ledict sieur duc vouloit, de son autorité privée et sans pouvoir, permission ny commission dt< Sa \Ià}es>td, faire une levée personnelle et perpéttielle sttr los habittans du duché de Rethelois de chacun treize solz quatre deniers, dont nous aurions dès lors donné advis ft Sa Majesté et faict rapport au Conseil, ainsy que nous estions tenu pour le deub de nostre charge.

« De laquelle ville de Rethel ledict cappilaine Jacqnos Bernard, baron d'Agréable, Laminnoy, et ledict homme party dudict Charleville nous aitroient mené su village du Chsstellet (1), distant de deux lieues et par les chemins nous disoient qu'il nous laisscroient audict lieu que nous y trouverions nos domestiques, monture et habit et qu'ils ne vouloient que reprendre celuy que nous avioD8;et estant proche dudict lieu, nous fusl dict par le cappilaine Jacquos qu'il ftvoîl charge dudict sieur de Nevers de nous dire que s'il nous arrivait de nous plaindre et parler de luy et de ce qui nous auroil esté faict, qu'il nous feroit donner trente coups de poignard jusque dedans notre maison. Auquel nous (Ismes response que jamais n'aurions purlé de luy qu'avec le respect qui luy est doub et que quand cela debvroit uous arriver nous ne laisserions de nous plaindre au Roy, à la Hoyne, Monseigneur le Chancelier et ô Nos seigneurs du Parlement et de tout ce que dessus dresser notre procès-verbal pour leur faire entendre les opprobes, ignominies et infamies qui nous a voient esté faictes.

" Et estant arrivés au chastel et en l'hostellerie oii pend pour enseigne l'image Saint Anthoine, nous aurions demandé è perler à nos domesticquesqui y estoiont, ce qui nous fust refusé ol dict que

it| ChaieleURelhel, dôpirl. il«8 Afdunne». arr. ot canton de Rocrov ; c'était aulrofois lecbeMlen d'nno privtMé ot J» «i«go U'uu <IoyeDn».

quand nous aurions changé d'Jiabit nous les verrions; el do faîclz ilr ouroieal este enfermes en une chambre par deux soldats do la Cassine, qui les avotent amené.saiidictlieu.et nous estant acheminés en une chambre, ledict boinmo ijui estoil venu avec nous dgdict Charleville nous aiiroit suyvi el dicl iju'il estoit bien fosclié du coinmandement qu'il avoitreçu à rencontre de nouii; qu'il esluil barbitir et chirurgien o\ que nous scaurions du cappilaine Jacques ce qu»» estoil; lequel entra aussyloi»! avec son pistolet soub? le bras et dict qu'il BToit recetj une leclre h Retbel dudict sieur duc, par laquelle il lu y mandoit que sur peyne du désohéissnnr.e il eiist it nousl faire razer la barbe et les clievetilx, eslwns oocores on l'Iinhil do vert et Janine. Ce que faict, il nous le (ist despouiller et reprendre le nostre et à l'instant tous les troys autres, scavoir lesdicts Bernard, baron d'Agréable et Laminnoy. avec aussy des pistolletK, accompagnés desdicts deux soldatz venus de la Cssstne, entrèrent en ladicte chambre et nous dirent que le commandement estoil vray et qu'il le falloit; et pour nous le faire croire plustot nous monstrèrent une lectre signée Charles portant ledict commandement et que si nousre le voullions souffrir, qu'ils le feroten! de force. De faict el à l'instant nous auroient contrainnt de nous asseoir sur une escabelle et, nous tenant de force, ledict barbier nous auroit razé la burbe el les cheveulx affin. comme il/ disoient, que l'ignominie nous feusl plus grande et nous deroeurast plus longtemps. Ce que faict, ils nous auroient faict desDouiller ledict habit de vert et jatilne et faict vestir le DOstre; et aussy ayans prins ledict habit auroient monté â cheval et s'en seroient allés tous dudict village avec lesdictz deux soldats de ia Cassine et, nous \'oyans seul et en pleine liberté, nous serions parti environ les huict heures du soir dudict village du Chaslelet avec une guide prinse cy près, et serions arrivés le lendemain xvme dudict moys à sept heures du matin en la ville de G'iaalons d'où nous serions partis peu après et arrivés en la ville de Paris le Jtvii"'" dudict moys; auquel lieu nous aurions rédigé par escripl nostre présent procès-verbal que certifions contenir vérité.

" Faict à Paris le dix-huictiesme janvier mil six cens quatorze.

M Nous. Paul Le Jau, sieur de Vertau, couseiller du Roy et trésorier de France général en Champaigne, certifEons è tous qu'il appartiendra n'avoir faict aucunes visitations et chevauchées durant l'année mil six cens quatorze, au moyen des grées injures, oullrages et indigoités commises en nostre personne, contenues au Drocës verbal cydessus transcript et aussy à l'occasion des tnala-

dies à noas survenues ung .mors après. Faict à Chaalons le ein< quiesme may mil six cens quatorze. Signé Le Jau. »

Charles de Gonzsgue, cependant, une. fois l'accord, de .Sainta^ Ménehould conclu et l'assemblée des Etats généraux aeeordé» par !â reine, bveit regagné Nevers où dès le mois de juin, sa feiDUne et la princesse de Condé l'avaient précédé (i).

En juillet, il y tint ses Ëtats ducaux avec une magnifleenee dont Florimond Rapine tire naïvement vanité, opposant la belle, fastueuse et populeuse salle du chAteau de Nevers au lamentable auditoire royal de Saint -Pierre- le -Moûtier où trois méchants seigneurs se trouvèrent réunis « avec si peu de splendeur et de reconnaissance de l'autorité royale » (2).

A Saint- Pierre comme à Nevers, d'ailleurs, le duo exerça aar les électeurs une pression ouverte et, des députés qu'il fit ehoîair pour les Etats du royaume, le plus capable d'entre eux, Florimond Rapine, ne péchait pas par excès de hardiesse.

M. de Nevers séjourna quelque temps dans son duché. Il y reçut le prince de Condé aux environs du 18 août (3).

Tous deux étaient attendus à la cour. Dès lo 3 août, la reine, alors à Poitiers, avait envoyé Marescot (4) à Nevers « en attendant, écrit-elle, que lorsque nous reverrons mon nepveu le Prince de Condé et vous auprès du Roy monsieur mon filz (ce que nous désirons qui soit au plus tost) nous puissions adviser avec vous aux délibérations que nous avons à faire pour le bien du royaume en l'assembloo des Estais généraux... » (5)

(() Flo;imond Rapine. Recueil, etc. La duchesse flt mdme emprisonner lo trompette qui accompagnait l'huissier du bailli de Saint-Pierre pour avoir publié dans la ville les lettres de convocation des Ëtats généraux.

(2) Ibid. Florimond Rapine, fîonsoillcr et premier avocat du roi au pr6~ sidial de Saint-Pierre-le-Moùtier, fut député pour le Tiers avec Etienne Oascoing, lieutenant général du bailli.

(3) Lettre de Marie de Médicis au duc de Nevers, du 18 août (BibL nat.> ms. fr. 3802, f» 14).

(4) Conseiller du roi eu son conseil et maître des requêtes ordinaires en •on hôtel (Arch.nat.,E 47, f 381, 16 décembre 1«U). •

(5) Bibl. nat., ms. fr. 3802, f» 13,

A quoi, de Nevers, le 19 août, Charles répondit :

« ...Je contribueray lousjours ce qui me sera possible, souhaitant avec passion que mes intentions puissent estre prises et recongnues pour telles qu'elles sont, afiin que par ceste créance on me donne occasion d'y continuer, veu que la confiance que l'on me tesmoigoera avoir do moy sera le seul et suffisant moyen pour me vaincre. Que toutes ces longueurs donc, Madame, puissent cesser, veu que les affaires sont maintenant en tel estât qu'elles ne peuvent plus souffrir de retardement... » (1).

Tombant au milieu de ces accords, la requête du malheureu.x Le Jau n'avait guère chance d'être' entendue. Mais, loin do taire sa grotesque aventure, le maladroit tenait à en obtenir réparation. La Reine-mère l'avait autorisé déjà à porter, comme officier royal, son cas devant le Parlement. Mais celui-ci, après avoir rendu up arrêt qui semblait devoir ouvrir l'instruction de l'affaire, se garda bien d'y donner suite (2).

Inlassable, Le Jau s'adresse au jeune roi ; faisant encore le récit de sa grotesque mésaventure, il demande qu'un commissaise soit envoyé faire une enquête <i afin, écrit-il, que, l'information faitle et rapportée en voslre cour, il soit donné un jugement tel que la postérité congnoisse que vostre Majesté a faict faire justice de ceux qui ont entrepris sur son authorité... »

Enfin il présente un second placet « à Nosseigneurs tenans les Etats généraulx du Royaume ».

Sans doute le Clergé et la N'oblesse n'en tinrent aucun compte. Mais l'officier bafoué comptait surtout sur l'appui du Tiers, auquel les deux autres ordres ne mcnogeaient pas les insultes et qui, pensait-il, saisirait avec empressement l'occasion de soutenir contre eux l'un des siens. Il avait rédigé une harangue où, après l'inévitable détail de .ses malheurs, il exposait assez habilement la gravité

(t) Bibl. nat., ms. fr. 3799, f» 140.

(2) Bibl. nat., coll. Dupuy 91, f" 14?, copie de la requCle de Le Jau an roi : c ... De quoy aiant faict très* humbles rcmonetraiices A la Royne vostre mère et lui ayant présenté son procùs-verbal conten.iut les choses sus dites, il luy auroit pie», par sa bonté ordinaire renvoier le suppliant en voslre Cour de Parlement pour y faire sa plainte, ce qu'il auroit faiot; où ceste auguste compagnie, ayant cnt4>ndu l'éaormité du faict et combien il touche à vostre authorité que lelz forfaictz ne demeuri'nt impunis, elle auroit ordonné qu'il en suoit im'ormé par un commissaiio, Ijijuel à ceste fin so Iransporteroit sur les lieu.\. Mais, pour ne s'ostre trouvé personne qui y soit allé, cosl arrest est demeuré inutil... »

de son cas et domondsil iustico on des tcriAM qui ne raanfTQaient

pas de fentieté :

(I II se licl en l'histoire romaine qu'un des grand du Sénat fui banny à perpétuité pour avoir excédé un tribun du peuple...

« Il ne s'agit pas d'un simple ministre de justice mais d'an orficier qui porto tiltre de conseiller de Sa Majesté, qui ' ir-ôinîors olficiws de la province de Champagne et «jui i \ un

arrest de son Conseil d'Estul, srrest i]ui ne regarde poinct un particulier, mais un (lublic; qui n'est * ta foulle de pHrsonntj. mais ou soulagement de plusieurs, bref ijui est sy équilolile tju'il a'y s personne qui s'en puisse plaindre s'il n'est du tout transporté dason iuterest; il s'agist de l'authorité royale que l'on a violée et... exposée è la risée et mocquerie des horûmes, les olBciers représentent le prince en ce qui est de la fonction de leurs charges^ et qui conque les olTeuce eu faisant, ou pour avoir faict le deub de leur» charges, il ofTence le prince et se prend à son autborilé. Outre cela, Nosseigneurs, il s'agist d'un frençois nay en France et sabject naturel du Roy, ()ue par une criminelle entreprise l'on a tiré bors de France et sousbtraict à Sa Majesté pour le rendre justiciable d'un éstranger qui n'a sur luy uy pouvoir ni jurisdiction quelconque que par une force liranicque. En somme, il s'agist d'un outrage do si pernilieuse conséquence que s'il n'en est foict justice exemplaire, il ne foui plus espérer que la justice règne, que les loix s'observent, que aucun ordre se garde, que les foibles soient garentis de l'oppression des puissans, que l'authorité royale se maintienne et que cesto monarchie subsiste. » (1|.

Cette requête fut présentée au Tiers dans son assemblé)? p.irnetle du 8 novembre au matin (2). La séance, lorsque Le Jau arriva, nv»il été chargée. On avaitenteudu un rapport sur la délégation du clorgA, un discours de l'envoyé de la noblesse, le sieur Bonnay de Bres.s»y (3) une discQ.ssion de préséance entre le lieutenant général de Senlis et celui de Beau vais; on avait prêté sermonl; on avait longuement débattu sur la question de savoir si le délégué à la harangue au roi serait élu par bailiages ou par provinces.

(i) Bibl. nnt., m11. Dupuy 01. (<> 143.

(!| Le rûcit dft ce qui suit est ■ ;

Hf DApiittV par la noblesse du i bailli lui-mAmo qui ('Uait, dit Floninoiui gDour tic NeTcra. ^

itBj'inci

' .le Florin

rit-Pierrc.

'111 (OUI «(Ilufi>;

C'est alors seulement que Le Jau se présenta. » On le faict entrer et, assis dans If banc i\m estoit proche le bureau du greffier, vis à vis (iu Président, il tlist ijiril 8H|ip1ioit bien fort qu'une requeslt) qu'il avoit eo main fust teuë. Il la niisl entre les nisinM du liou tenant général du Limoges et le fil on sortir. Lu y dehors, le gouvernemeut de Chani[)agne se leva et supplia la compagnie que ceste requeslo ne fust point leuô et qu'il seroit plus A propos qu'elle fust mise entre les tnsins de quelqu'un qui la verroit. L'on le rappelle el Munsieur le Président lui demande s'il n prt-senlé lamesme requête aux deux outres chombres; il dit qu'oily. Ledit sieur lieutenant de Limoges en fait lecture tout haut...

<( La lecture de ladictu requesle émeut plusieurs personnes de cette procédure; mais de justice contre un prince (avoue Florimond Rapino). il n'y avoil pas grtindb espérance de S'attendre; aussy n'y eut-il point de résolution pour lors, ft raison de ce que l'heure sonna et chacun se retira; et que d'ailleurs la compagnie feut asseurôeque ledit siour de Vertaut avoit esté désavoué par ses confrères de l'injure qu'il avoit rendue audit Seigneur Duc de Nevera, du Gouvernement duquel la Champagne se toOait grandement ».

De tait il no fut plus que-slion de Le Jau et le Tiers n'osa même pas porter son cas devant l'ussemblée générale des Etals.

Le Jau lit de nouveaux efforts auprfis du Parlement. Mais il comptait sans le Conseil du roi. Il oubliait, bien naïvevement, que « les grands ont les mains longues et pesantes, eslans oilencé/. *) et qu'« aux saillies du devoir, bien que non propres à personne, il est tousjours arrivé que les plus faibles et moins excusables n'ont manqué d'avoir du pis ». (1).

A force de conter sa promenade sur un 6ne, eu vêlement miparti, il se faisait lui-même passer pour un vrai fol. El d'ailleura le Conseil du roi no se souciait pas de chercher noise à M. de Nevers nr un si médiocre sujet. Il rendit, le 17 décembre 1614, l'arrêt iiivant ;

it Le Roy ayant entendu par le sieur Le Jau, trésorier de France en la généralité de Champagne, la poursuite qu'il veut faire au Parlement de Paris contre ceux qu'il prétend coupables de l'outrage qui lui a esté faict, lequel est plus amplement désigné par sa requête ; et adverty aussi que les oulteurs de ceste action publient

(t) liUcourt au tray...

-3lâr-

Tavoir faict par le commandement de Monteur le Due de Neverti- -lequel a représenté à Sa Majesté sur ce sujet qu'il a très grande ûoea-' sion de se plaindre en justice de l'indiseréUon dont ledit nrar ' Le Jau a usé plusieurs fois en son endroit, qu'il Toalail néaanidBS oublier, suivant le commandement que ladicte Majesté leay ATdt faict, le suppliant aussy faire cesser la poursuitte dudit sieur Le Jaia; sadite Majesté estant en son Conseil, auquel elle a fait voir le traieté de Sainte-Manehould et la déclaration sur ieeluy vériffiée andit Parlement, et pour aucunes bonnes causes et cotasidératiom et ayant esgard audit traité, fait inhibitions et defEences audit Le l«a et à tous autres de faire aucunes poursuittes des ezceds contenu en ladite requeste contre quelque personne que ce soit. Faict an Conseil d'Etat du Roy tenu à Paris le xvii* décembre 1614. Signé Phelippeaux, avec un paraphe.

« Et au do8 est eterit :

« Le vingt troisiesme jour de décembre 1614 l'arrest escrit au blanc de l'autre part a esté aux fins y contenues monstre, signifflé, et d'icelluy baillée coppie audit sieur Le Jau y desnommé ; auquel, en vertu d'icelluy, ont esté faites de par le Roy les defEences mentionnées sur les peines qui y appartiennent, en son domicile é- Paris, parlant à sa personne, par moy premier huissier ordinaire du Roy on la chancellerie de France, soubzsigné.

« Signé : Gohery ; un paraphe (1). »

Ainsi se termina cette farce groles(iuo, intermède de l'active bataille politique qui se livrait alors dans les provinces entre princes féodaux et officiers du roi.

Paul CORNU.

(1) Je n'ai pas trouvé cet arrêt ,Iaiiâ los registres du Conseil du roi, incomplets d'ailleurs pour cetto pt^rioitc : je lo donne d'après le Discourt au cra^... où il est publié d'après roriginal — ou tout au moins une copie — de la signification faite à Le Jau,

Mort de M. Lucien Queneau

Au moment même o(t la dernière feuille de ce Bulletio s'impriait, !a foudroyante Dourelle de ta mort de notre vénéré président, '. Lucien Gueneau, nous parvenait.

Nous savions tous, déjà, que sa santé, depuis de longs mois, lait très gravement compromise, mais sa constitution exceptionnelment robuste nous laissait espérer qu'il surmonterait, une fois Dcore, les assauts répétas et tenaces de la maladie.

Hélas I il n'en a rien été, et les soins empressés de son épouse,

tendre et constante sollicitude de son frère, l'aSection profonde e ses amis n'ont pu nous le conserver.

C'est une perte cruelle pour la Société Académique dont il était 6me, qu'il aimait ardemment, et à laquelle il coasacrait une rande partie de son temps.

Et c'est une belle et noble figure que la Grande Faucheuse vient B dous enlever. Le Temps, qui nivelle toutes les aspérités, qui teint toutes les jalousies, départage toutes les opinions et bâtit Histoire, lui donnera une large place dans celle de notre départeent.

Il était, en eSet, de ces hommes qui honorent un pays.

Né à Luzy, le 30 décembre 1832, du docteur Jean-Baptiste luguste Queneau et de Pauline Robert, Lucien-Philippe Queneau t de solides études aux collèges de Bourbon-Lancy et Moulins-sur- Lllier.

A l'âge de 19 ans (1850), il s'engage bu lO régiment de chas- «urs.

Brigadier, puis maréchal deslogis, il est envoyé au 2« régiment e cuirassiers de la Garde, et fait avec ce régiment la campagne .'Italie pendant laquelle il est nommé sous-lieutenant (22 juin 1859).

Lieutenant au H' chasseurs le 18 mars 1865, il passe capitaine le !6 décembre 1668.

Peu après, survient la guerre fatale pendant laquelle il fait tout

n devoir. Hélas 1 le 2 septembre 1870, !e capitaine Queneau, la ort dans l'âme, partage le sort de l'armée du Rhin et est emmené Magdebourg, â la suite de la capitulation de Sedan. II ne rentre

— au —

en France qu'après la signature du traité de Francfort. Il donne alors sa démission.

Elu conseiller municipal et adjoiat de la ville de Luzy, en 1879 il est révoqué par l'Ordre mural, en raison de ses opinions républicaines. Réélu peu après, il est de nouveau révoqué au 16 Mai et réélu de suite.

Alors on lui confie ta sous-préfecture de Chéleau-Chinoo (90 décembre 1877), et quelques aooées plus lard (1882), celle de (Ain) qu'il fut obligé d'abandonner presque 8ussit<îl à la suite l'opération de la cataracte.

Il revient A Luzy, dont îi fut élu maire en 1884, puis s'installe déânîtix'ement à Nevers en 1885.

A la mort du regretté M. d'Asis Gaillissans, il est appelé par si collègues à la présidence de la Société Académique du Nivernais,dont il faisait partie depuis sb fondation,

Ses goûts p9ur les études préhistoriques, les questions d'archëO' logie, de numismatique, de folklore, d'biâtoire, d'art et de littérature^ le désignaient tout particulièrement pour cette fonction qu'il va remplir avec une dtstinclion, une discrétion et une compétence remarquables.

n a publié dans les Mémoires de noire Société de nombreux travaux fort appréciés parmi lesquels :

Us et Coutumes du Moreand (1886).

Deux mots sur nos Sorciers (1887).

Saint Pierre de Ltay (1888).

Un Noël Morvandeau (1890).

La Légende de Saint-Gengoux (1890).

Crot/ances et Coutumes de chez nous (1894).

Le Droit de Chasse à Arleuf- en- Moreand (1894).

Deux Pièces pour scroir à l'Hiatoire de Litsy (1894).

Lusy : Nos Médecins aux trois derniers siècles (1897 >

Extrait des Mémoires d'Isaie Bonjils (1898).

Recherches sur le NûBiodtuinm Œduvrnm et sur la Gergovta

Boiorum (1900).

Deux Déconcertes archéologiques; Cippes funéraires à Poil

Croyance* de chçi nous. — Les Noucur:: .<. — Le

comte de Flandres noué par l'ahbe de ( iO).

Documents intéressants sur la récolte et prise d'armes c/h due

de Nivernais contre l'autorité royale en 1617 et les sièges et

prîtes de CUimeeif, Entrains, Donxij, etc. (1900). Occupation de Never» par nos bons alliés en 1815 (1901). Noies sur U'k étahiissetnnnU hospitaliers de Lttsy (1901). La campagne de Saint Satdge par la Garde nationale de Ckà-

iillon i-.n IStii (1902).

Procès de presse en 1831 (1904).

La Bûche de Noël (1905).

Temant. — Notes sur ses seigneuries arani le A' VII' siècle, —^

Etendue de la justice de sa baronnie en 1537 (J9Ù6), Une Promenade dans nos pratirjues superstitieuse» (1907),

N'oublions pas quelques-UDes de ses études publiées en dehors de noire Société :

Les Conséquences de la Révocation de fEdit de Nantes. — Souvenirs d'un prisonnier de guerre. — Ma Correspondance aoee mon évèque (Genève, Ch. rfefler. 1882, in-8).

Un Chapitre de l'Histoire de Luitj (Nevers, Vincent, 1884, in-8).

Croyances populaires ; A'tis bons Saints miracleurs et guérisseurs (Nevers, Imprimerie Nivernaise, 1892).

Compte-rendu de ta Terre, par Emmanuel Vauches (Paris. Reimvald,1894).

Nos bons Saints miracleurs cl guérisseurs : Monsieur Saint Martin ; le bon Saint Gengoux (Nevers, imprimerie de la Tribune, 1903).

Entre temps, il collaborait, depuis la fondation de cette feuille, à V Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, auquel il donnait de Donab reuses et fort intéressantes notes ; à la République de Necers, h l'Union Républicaine, è la Tribune Républicaine.

Il laisse un bagage considérable d'écrits de toutes sortes, études, brochures, articles de journaux inédits, et que les soins pieux de son frère nous donneront un jour, nous en formulons l'espoir.

Mais il laisse aussi et surtout un maguiûque exemple de via sereine et bien remplie.

D'autres ont dit ou diront encore ses qualités rares de bOQ ciloyea.

Qu'il nous aoit permis d'adresser, nous aussi, un suprême hommage au savant, À l'homme qui. duranl toute sa vie, fut un snti éclairé des sciences et des lettres, cl cet hommage ira eu môme tompsè r^^lre simple et bon qu'il fui toujours, avec une modestie ol uno douceur remarquables.

Ceux qui oe l'ont pas couqu intimement, qui n'ont pas vécu un peu da &a vio patriorcale, n'ont pu apprécier & sa valeur son tact et M dtiîcatessc, l'élévation de son carectëre.

Toujoun heureux de rendre service, toujours prêt à donner un haa coo«eil, il ouvrait sa bourse, comme son esprit, franchement, k>yalDai«ot, arec la même générosité, et, chose rare aujourd'hui, ATvo aao extrême discrétion.

Daos le présidence de cette Société Académique, à laquelle il donnait tant de ses pensées et de son temps, il apportait une btaavetllance et une bonhomie admirables, en môme temps qu'une autorité réelle due à son travail considérable et à ses connaissances variées.

Ecrivain, penseur, historien, il l'était dans toute l'acception des termes.

Une douce et aimable philosophie dirigeait ses actes et sa conscience, et sa plume alerte et vive, malgré les ans, malgré la fatigue et la maladie, le servait avec une facilité extraordinaire dans tous les genres et lui permettait même des tncursioDS dans le domaine de la pure littérature que n'auraient pas reniées des écrivains de race.

Ceux d'entre nous — et ils sont nombreux — qui apportaient au Bulletin de la Société l'appoint de leur travail et de leurs idées, le trouvaient toujours disposé à les aider, à les encourager, h leur indiquer ta bonne voie, l'ouvrage intéressant à consulter, la correction utile, et cela avec ce bon sourire, cette parole paternellement accueillante qui lui faisaient de tous des amis sincères et dévoués.

Et parmi ceux-là, le plus humble de tous, cului qui va signer ces lignes, lui restera profondément reconnaissant de la bienveillance •luicale dont il voulut bien l'honorer.

J« suis sûr d'èlro l'interprète Bd61e de tous mes colK'gue» en

■ -'■ --it ici, une dernière fois dans ce Bulletin qu'il aimait tant k

1 . uvoc le plus profond respect et de tout mon cœur attristé,

W Wiitt*** Aminenl qui disparaît.

\\ |M^wl «luriuir 00 paix le dernier sommeil.

Son labeur fécond, sa bonté, l'intégrité de sa vie le garderont de l'oubli, et son souvenir demeurera précieux à toua ses amis affligés.

E. Lamoehon.

Les obsèques de M. Lucien Guenei»u ont eu lieu le samedi 18 janvier, au milieu d'une foule énorme et recueillie d'amis et de DOtabililés.

Les cordons du potiie étaient tenus par MM. Saint, préfet de la Nièvre; docteur Petiljean, sénateur; Alfred Massé, député; Gue» Hrd, juge de paix de Nevers ; Maurellet, inspecteur d'Académie, le capitaine Goumy, du 13* d'infanterie.

Au cimetière, sept discours ont été prononcés. Noua regrettons de ne pouvoir les reproduire tous, mais nous donnons ci-dessous ceux de M. le Préfet et des personnes qui (ont partie de notre Coffl pagaie :

DItcoura 4e M. le Préfet «te la Nièvre

Mesdames, Messieurs,

Un vaillant citoyen, un honnête honime vient de mourir. M, Lucien Queneau, après une lutte dequelques mois contre la maladie qui l'a terrassé.

iiccombé. Sa perte n'atteint pas seulement sa famille, si cruellement prouvi'e, et à laquelle nous adressons nos respectueuses condoléances et le témoignage ému de nos douloureux regrets; elle sera encore profondément rcssenlie par tous ceux qui honorent la loyauté, le dévouement cl la bonté.

Qu*Ll me soit permis de saluer, au nom de l' Administration à laquelle il a

arlcnu durant de longues années comme sous- préfet de Ctiiteau-Chinon rdo C'ici et comme consfiiler municipal de Fiéty. comme maire de Luïy. la mémoire de celui qui, avec une égale dignité dtms la vie privée et dans la vie ptibJiiiuc, a usé ses forces, d'un courage tranquille au service de la démocratie et de la Républieiuc.

Fil» de ce rude Morvan, qui fournit à l'armée nationale des tempéraments si vigoureusement trempés, il fut vile séduit par l'aclivilé de la vie militaire. n servi l loyalement. El les Irois galons qui furent le couronnement de sa carrière, comme l'cloile qui brillait sur sa poitrine, el qu'il attendit trop longtemps, disent assez haut ses belles qualités de soldat.

Lorsqu'il dut quitter l'armée qu'il aimait, il sut donner sans partage et

jans défaillance, aux fondions admlnistralKe» qa'il a grnndrmeol bonordts, plus de dix années d'une vie Irréprochalilr de labour et de dévouement. Son lolelligcncc Judjcicuse et natnrflleinenl blcnveillanlo ovail »oi»l promplemuil k- rolc de la magiMriilurc qu'il exerçail. Profondément altacL6 i ridt'<al r<''p(itiltcahi. Il scnionlrail ennenti des querelles et des divisions qui parfois détliimiont son parli cl qu'il cherchait it apaiser avec nue parfaite luodératioii comme avec une parfaite courtoisie. Les solutions rlgoureuMsi répuguaient d'ailleurs à la pondération de son esprit comme tout pariipris è rind^'pendanec de «on caractère. La sagesse de son jugement et la prudente de ses conseib. la simplicHé do sa \xc. le charme de son accueil avaient domié h sa physionomie une personnalité inoubliable dont lu ménioire eit demeurée vivante dans l'arroudisseaient de tibiteau-Chlnou.

Ces dons si élevés de l'esprit, du jugement cl de l'expérience, nous les lui avons connus dans la retraite. 11 y joignait des qualilés do bonté si rara et de droiture si parfaite qu'on ne pourrait dire auxquelles il devail davon tage l'aulorité et la déférence dont l'i'iprelé des lu lies poliliques, l'ardeur des batailles ponr l'idée r/'publifaine auxquelles jusqu'à la dernière heure il prit sa part, n'emptklièrcnl jamais qu'il fut universellement entouré.

Puissent ceux qui le pleurent, ses tristes et douloureux parents, l'épouse infortunée devant qui s'inclinent Ir^s bas notre tristesse et notre respect, trouver quelque consolation à penser que celui sur qui In terre vient de refermer ses bria maternels a mérite le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un bon citoyen : il fut â sa pince, h son rang un bon soldat de la démocratie agissante : il fut ulilc b la patrie et h la République.

Discours de M, MA'SSÉ, député

Mesdames, \tc.siicurs,

Lucien (iucneau n'est plusl

L'homme de cœur qui pendant prés de quarante années est resté sur ta brèche sans une défaillance diiiparnit, Qdîile, jusque dans la mort, aux idées qu'il a servies et défendues toute sa vie,

Pour nous tous qui le connaissions cl l'aimions, sa mort constltuo une perte douloureuse ; c'en est une aussi pour In République !

ApnH nvoir suivi avec éclat la carrière des armes et, h ce titre, pris sa part dca douleurs et des épreuves de l'Année terrible. Il rentra dan» la vie civile nu lendemain de In proclamation du régime nouveau.

Tout ce qu'il avait de force et d'énergie. Il le mit au service de la République.

U fkit de ceux qui connurent encore les heures héroïque» I

Ardent propagandiste par la parole, piir la plume et par l'exemple, à toutes les (T'poques de ri^'aetion. que ce soil nu i\ mal, au iii mai. dans la ^tourmente boulangiste r>u raventurc natinnallstc, toujours il sut faire son

>ir.

Fonctionnaire de l'ordre administratif dans un temps où cY-tait demander un service aux citoyens que de le» prier d'occuper un poste de sous-préfet, ce Morvan dont II était originaire, qu'il connaissait si bien et aimait ■l. il s'clTorça d'implanter lidôe ri'publicaine. Il y réussît si bi<^n cjuc l'on peut dire qu'à lui, ouvrier désintéressé de la première heuiiï. revient c-n partie le mérite des victoires rensportées depub lors.

Son dévouement n'avait d'égal que sa modestie.

Toujours prêt à accepter tes postesde combat où, luttant pour l'iionncur et pour l'idée, on était sûr d'échanger des coups, il s'ellaçait ensuite volon tairemunt.

Les services rendus, son expérience, sa connaissance des affaires et des hommes, tout l'indiquait pour être l'un des chefs de noire parti. Loin de chercher à se mettre en avant, U aimait nu contraire ft rester dans le rang et à se considérer coumie un soldat.

L'un des premiers il adhéra h la Liriiw fie l'Enseignement dont son ami Vauchez avait été. avec Jean Mscéj l'un des fondateurs : l'un des prcmion aussi U fut de la Ligue des Droil$ de C Homme. On le trouvait à la léte de toutes les organisations et de tous les groupements républicains. Sans marchander, U leur donnait son temps et ses forces. Ses amis souvent étaient I obligés de le reteuir. Sans eux, il eût plus d'une fois enfreint les ordres de ' la Faculté pour aller présider leurs réunions ou celles de la Soci^f^ Aeadémititte. â laquelle, dans ces derniers temps, U s'intéressait particulièrement.

Ici, pai' des travaux personnels rendus faciles grâce à son érudition, il apportait sa contribution à notre histoire locale, racontant le passé de nos villes et de nos bourgs, expliquant les coutumes et les usages antiques, recherchant la part do vérité qui se cache dans nos vieilles légendes.

Là il trouvait l'occasion de servir la République et de faire le bien, car Lucien Gucnoau était avant tout un homme de bien.

11 faut avoir vécu dans son intimité pour savoir la joie qu'il éprouvait k rendre un service, h soulager une misère. Il recherchait les occasions de le C^re cl de le faire discrètement, ce qui, à ses yeux, était un attrait de plus.

Aussi lorsque, tardivement, le Gouvernement s'honora en lui décernant cette croix d'botincur méiitée dès 1870, les républicains furcul-ils unanimes è nititier un tel choix.

Au nom de ceux qui ont élé témoins de son labeur, de ses compagnons de lutte, au nom des républicains de l'anondissernent de Kevers, j'apporte ù sa veuve, à son frère, dont l'existence était si iiilimemenl unie & la sienne, j apport»; à toute sa famille l'expression de nos sentiments respectueux et émus.

El toi, cher ami, qui. dans des temps dllHciks, as défriché péniblement

un sol tout d'abord ingrat, mais fécond par la sullr, el ayant aailaU à

l'aurore de noire jtnine ilépublii]u«'. l'ns rnp grandir pi sortjr Irioiiipbante des a.ssauU i]ui lui ont t!'té livri-s, rcpoM.> en poix !

Les champs de la Déniocralic, mscrnpncé» par les pareih et par loi, nous promcttcnl dan» l'avenir des moissons plus riches encore qiit» par le po^^.

Puisse telty suprt'nie pensée U; rcniiro plus lôjjère la terre où lu dormiras Ion dernier sommeil f

Au nom de lous ceux qui l'ont connu et aiiné, de tas amb poiiUquM. Lucien Guencau, adieu î

Dtsconra de M. MAURELLET, liupecteur d'Académie

Ttlesiiamc», Messieurs,

Au nom de l'Université, j'ai te devoir de venir apporter un dernier boinmage au vieux républicain qui fut un des meilleur» amis de noa écoles publiques et un des propagateurs les plus Torvenls de l'idée laïque.

Lucien Guencau — on \'icnt de te dire — apparlcnailà celte généralioa d'esprits écluirL-s et libres, acides de lumi&re, do projjros el deju^lice sociale. qui unissaient au culte de la patrie un amour profond du peuple. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'après avoir vu de près. la corruption du n'giine impérial, après avoir été témoin, l'àmc attristée cl meurtrie, des désastres de l'année terrible, il ait résolu de consacrer désormais tout ce qu'il avait d'inlolligence, d'énergie et de dévouement à la défense du gouvernement républicain qui, seul, pouvait relever son pays vaincu ni faire triompher son Idéal démocratique.

Je n'ai pas » retracer la carrière politique de M. Gueneau dans ce département, ninîs, comme tous les vrais républicains, il avait la conviction inébrnnlablo que le moyen le plus cflicacc de libérer les cspriis de toutes les servitudes du passé el do les convertir l't la foi républicaine élail de répandre l'Instruction dans les couches profondes de la nation. C'est de l'école, de l'humble école primaire qu'il attendait l'émancipation du peuple. 11 savait que, seule, l'instruction a le pouvoir d'atTranchlr les intelligences et. en leur faisant connaître ta vérité, de leur inspirer l'amour de la justice. Pour lut, l'éducation laïque était l'assise rtiémc de» institutions républicaines, el 11 pensait avec jusle raison qu'un gouvernement démocratique ne pcul pousser des racines profondes et surtout porter tous ."«es fruits iiu'aulanl que le peuple est c-npnhle de discerner ses véritables intérêts et de remplir dignement les devoirs si importJints de la vie civique. Ces! pourquoi Lucien Gueneau n'a cessé, par la plume et par la parole, lio propager le» idéesJ

Ulqoes et républicaines, de lémoijrner l'intifi^t lo plus vif. la sollicitude? plus active & nos écoles publiques et au personnel ensrtjjnaiil. Président de la déU-gation cantonale de Luzy, il ne ctinsidérail pa» ses fonctton» comme purement honorifiques. Il s'occupait avec autant de compétence que de dévouement de toutes les questions relatives au service scolaire, U mettait toute son inlluence k les faire résoudre au mieux de l'inténît public ; iJ n'hésitail pas h sacrifier ses préférences persotinelles quand il a'agiwail do fhire triompher une cause qui lui paraisMil juste.

Nature foncièrement bonne et généreuse, il s'efforçait de venir en aide h toutes les infortunes et nombreux sont les maîtres de renseignement primaire en faveur de qui s'e^st exercé son intervention â La fois bienveillante et discrète. Aussi était-il l'objet d'une véritable vénération de la part du personnei enseignant et je suis certain d'être rinlerprètc de mes collaborateurs et de mes collaboratrices en lui exprimant, ici, nos :$enliments de vive et respectueuse gratitude, en donnant l'assurance que nous garderons pieusement son souvenir, et en apportant à toute sa famille, à M"' Gueneau, sa veuve, à son frère avec lequel il était si élroilement uni et qui est, lui aussi, un dej plus fermes soutiens de notre cause, l'hommage ému de notre douloureuse sympathie.

Otscours de M. HAZOYER, Ingénieur en chef, Vice-PréaJdent de la Société Académique du Nivernais

Mesdames.

Messieurs,

A tous les éloges que vous venez d'entendre, Il serait superflu d'ajouter unnc^uircau discours funèbre.

Mais ta Société Académique du Nivernais, dont M, Gueneau faisait partie depuis plus de vingl.trois ans et qu'il a préaidée avec distinction pendant ces onze dernières années, ne saurait se séparer de son Président sans lui adresser un dernier hommage et un suprême adieu de tout cœur pour raffcclueux intérêt qu'il portait ù loulcs les éludes scientitiqucs, orlîstiques ou littéraires éclose^ sur le sol nivernais, eu même temps qu'à leurs auteurs.

Lui-même donnait l'exemple d'une infatigable activité, explorant aveu un soin minutieux notre terre de Nièvre et ses populntion». inlerrogcanl le passé de nos roches et de nos dolmens, comme celui des races qu'elles ont abritées, défendues ou supportées, évoquant leurs traditions qu'il expliquait souvent et qu'il respectait toujours.

Ses œuvres écrites d'une main légère, aimable, indépendante — les publications de la Société Académique l'attestent — resteront agréables k lire

pour tou3, instructives pour chacun et précieuses pour nos compatriote! Hivernais.

Cet esprit large et indépendant, dévoué à la science, le faisait particulièrement apprécier et estimer dans la Société, dont il dirigeait et sUmulait les travaux avec une ardeur qui ne s'est pas démentie jusqu'à la dernière heure.

Aussi, au nom de tous ses membres, nous venons exprimer les Ancères regrets qu'il laisse parmi nous et lui apporter ce dernier témoignage de notre affection sincère et dévouée..

La Société Académique, si douloureusement frappée, adresse à la veuve de son cher Président, à son frère, à son beau-fils et à sa famille l'hommage ému de sa tristesse et de son chagrin sincères.

Comptes-Rendus des Séances

Séance du 11 avril 1907

Notre collègue, M. Victor Gueneau, fait passer sous les yeux des Membres présents un charmant almanach doré sur tranches qui n'a pas plus d'un demi-centimètre d'épaisseur, y compris la reliure et intitulé :

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