‹ Memoires (volume 2)Chapitre 41 sur 68 · LE JANSÉNISME · texte numérisé non relu

LE JANSÉNISME

Les Religieuses de Port-Royat et ies UrsuUnes de Nevers

Rechercher dans le passé ce qui peut inléresser le présent, l'exposer avec impartialité et laisser les lecteurs en tirer les conséquences, c'est l'un des rôles les plus arides mais aussi les plus attachants des Sûciélés Académiques. Les Mémoires de notre Compagnie prouvent surabondamment que nos érudits collègues n'ont laissé échapper aucune occasion de nous faire partager le fruit de leurs recherches et généralement

Une aimalile gaielâ mêlait & leurs propos Les grâces de l'esprit et le sel des bons mots.

Aussi, n'est-ce pas sans quelque appréhension que je viens aujourd'hui vous entretenir d'une question qui, peut-être plusieurs d'entre vous l'ignorent-jls, excita certaines passions en Nivernais et cause du remue-méuage dans le couvent des Ursulines de Nevers.

U s'agit du Jansénisme. Mais, rassurez- vous, je ne veux pas recommencer la dispute ni même faire son historique. Je laisserai de c<ité le fond de cette question qui, comme le dit Landais, malgré de nombreuses répliques de part et d'autre n'a jamais été bien nettement décidée.

Il m'arrivera, en passant, de faire quelques constatations résultant de l'exposé des faits, mais mon but est plutôt de parler des à-c6té de cette question et de vous soumettre quelques unes des conséquences de la célèbre dispute. Ici, point de question religieuse. Aussi nedirai-j6 que ce qui sera nécessaire pour la bonne compréhension de toutes qui se rapporte à notre Nivernais.

Louis Molina, jésuite espagnol, publia, en 15S8, à Lisbonne, un livre, la Science moyenne, sur l'accord de la grôce et du libre pr-

bttre. Ce livre fui très vivement attaqué par les Domi' li lr«

déférèrent à i'Ia(iuisiliûn. Finalement l'affaire fui jn;;!. . y,vi-:

Molinistes (1) et DotninicoiDs furent entendus conlradicioiremenl

par les papes Clément VIII et Paul V. Les C

râbles aux Molinistes, n'obtinrent, au mois d . <

assez indécis, qu'une défense aux parties de se censurer mutuelle-

meul.

A celte époque Jean du Vorgier de Hauranne et Janséniiu faisaient ensemble leurs études théologiques & Louvain et se liaient d'amitié. Ils se retrouvèrent & Paris puis à Bayoane. Dès lors ils étaient d'accord sur tes idées qui devaient former la base d'un nouveau système sur la grâce. Chacun suivit ensuite soa chemio dans le monde.

Jean du Vergier de Hauranne fut pourvu, en 1620, de l'abbaye de Saint-Cyran (2). Il jouit de ce bénéfice mais habita Paris od, voulant une église hardiment sainte, il se fil, dans tous les rangs dtti la société, de nombreux .disciples. Chargé delà direction spirituelle du couvent de Port Royal, il trouva chez la mère Angélique Arnautd, supérieure et réformatrice du monastère, chez sa sœur la mère Agnès et les religieuses de leur ordre, des émes dignes de lui et cepables de supporter ses austères enseignements |3). Dans an pelil livre, devenu fort rare et qui avait pour litre : Question royale politique, il démontra en quelle extrémité, principalement en t»mps de paix, se trouve placé le sujet obligé de conserver la vie du Princ aux dépens de la sienne propre. Violemment attaqué par les Jésuites on suppose que ce fut sur leurs instances que Richelieu le fit empri* sonner en 1638. Il ne fut rendu à la liberté que cinq ans plus tard

Quant à Jansénius, il retourna en Hollande, son pays, devinl principal du collège de Loavain en 1605 puis évéque dTprea en 1635(4}. Le plus important de ses ouvrages esl VAt'y ' %i

lequel il expose, dans le but évident de cotnbatlre : ii]

jésuite Molina. la doctrine de saiul Augustin sur la grâce. \t> libre arbitre et la prédestination. Cet ou%Tage, publié en 16-10, deux ai après SI mort, fut si vivement combattu par les Jésuites que te pa(

(If C'est ainsi qu'on dt.Vai^ue Içs {xirlisaas de la dootriDs de Mo»n«. (?) .Saint-Cyrnn fait )>artk> aujourd'liui da \a eommum* de I$atnl4ticb€ nrroiidisscmont du Blanc (Itidro).

(S) Cîaliot, nisloire (U I-Yan'-r, tomo IV. p. 8fl.

(4) CurnciUc Jaugea dit luas^nniB Ukiiuit k Accoy (Iloltanda) en IMâ ci mourut un nm.

UrbaÎD VIII dut iotervenir, Par sj huile île U'>42 il hli'ima aussi bien le livre de JaDsénius que les tlièsts dos Jésuites, C'.minie résultat, la dispute s'échauffa de plus en plus. Les Dominicains tirent des œuvres de ssïdI Thomas d'Aquin, le plus célèbre des Pères de leur ordre, des doclrloes également éloignées des deux autres et forment ainsi l'école des Thomistes.

En France, chacun se croit obligé de prendre parti contre ceaxci ou contre ceux là.

Ces! alors qu'apparaît Antoine Arnauld, le grand Arnauîd, un Nivernais par le sang. Il était le vingtième enfant d'Antoine Arnauld, avocat général de Catherine de Médicis, et de Catherine Marîon de Druy, allé du célèbre jurisconsulte nivernais Simon Marîon, celuilà même que Guy-Coquille alSrme avoir été te premier entre les acoeats, et que Pierre de l'Etoile appelle homme accort, fin, subtil, plut élo<jueni que pieux dit quelqu'un, dont le jugement appartient à Dieu êtnonaujc hommes. An loine Arnauld fait paraître, en août 1653, son livre De ta fréquente communion dans lequel il présentait, pour ainsi dire, l'application des doctrines de Jansénius, attaquait vigoureusement la morale des Jésuites et ce qui lui semblait un criminel abus du sacrement de la communion. A partir de ce moment tes luttes deviennent plus aigres et la doctrine de Jansénius est réduite, par ses adversaires, à cinq propositions. Je rappellerai seulement la dernière : te Christ n'est pas mort pour tous tes hommes, mais pour les seuls prédestinés, parce qu'elle a laissé en Nivernais des signes ostensibles de son existence. Dans les images et les sculptures le Christ, mort pour tous les hommes, a les bras appliqués sur la barre transversale qui forme la croix et la tète inclinée à gauche, tandis que le Christ, mort pour les seuls prédestinés, a les bras rapprochés de la tête en forme de V et la tète inclinée à droite. En Nivernais on vit autrefois, dans les églises et les carrefours, de nombreux Christs jansémstes.

Pour bien saisir la doctrine de Jansénius, renouvelée de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquiu, il me paraît utile de la résumer en quelques lignes :

.Dieu sait tout, le passé et l'acenir; il connaît donc le sort réservé A toute créature jetée sur la terre. S'il cûnnaft cette destinée, l'homme ne peut s'y fioustraire. En conséquence tout homme en nuissant eut élu ou réprouvé d'avance. Alors, que ses actions soient bonnes ou maucaise», c'est de la grâce de Dieu seul qu'il peut tenir son salut. Qu'il t'épuise en prières, en sacrifices, qu'il fréquente l''>t églises, qu'il

donne atue prêires pour racheter se« fautes, rien ne peut influer sur aon iori futur. Le& intermédiaires entre l'homme et Dieu sont inutiles. A ([uoi bon les prêtres, les étéques, le pape, l'égiisef A ^uoi bon les dons au clergé f

L'église catholique, dont tous les étémeDts constitutifs sont les intermédiaires, ne pouvait laisser passer de semblables idées qui tendaient à ruiner la hiérarchie sacerdotale (1). Quatre-vingt-cinq évèques s'adressèrent ô Rome et demandèrent la condamnation des cinq propositions dans lesquelles ils renfermaient ta doctrine de Jaosénius. Le pape Innocent X Si droit à leur demande par sa bulle du 1" juin 1653, La persécution commence alors contre Port-Royaldes Champs où s'était retiré Antoine Arnautd (2).

Selon tes Jansénistes Is doctrine condamnée était différente du sens condamné. Ils inventent la distinction du fait e! du droit, ou pour mieux dire ils acceptent la décision pontificale sur un point de droit ou de dogme, mais ne se regardent pas comme tenus à la même soumission sur un point défait, car les cinq propositions censurées n'étant pas, selon eux, dans le livre de Jansénius, ailes n'avaient pu être censurées dans le sens de Jansénius. Dans une lettre imprimée, Antoine Arnauld ayant écrit qu'il doutait que les cinq propositions fussent dans Jansénius, les évoques de France déclarèrent aussitôt qu'elles y étaient et qu'elles avaient été condamnées dans le sens de l'auteur. La lettre d'Arnauld fui dénoncée à la faculté de théologie de Paris. Jugé par un simulacre de conseil qui dura du moi.s de décembre 1655 è la fin de janvier 1656, Arnauld fut censuré et rayé de la liste des docteurs. Il paraît que soixantedou^e docteurs, qui ne voulurent pas souscrire à la censure, furent exclus de la Faculté. C'est alors que dans ses Provinciales (3), Pascal, si grand, si bon, si doux, soutient Arnauld contre ces

(1) Ce n'çBt qu'en t&>4 que fut représenté le Tartufe, Je Molière, ofi on trouve eetie attlriuation:

L'ufiaur ifuî UDiia ntlicbc «d1 liMaLés étLTQi-lli» N'ékiiifTc fat en oont l'iisonr Atà UtD|N>reIi(!i.

(ÀdfllI.Se-fiutlI.t

(2) A PorL-Ro.vfll-desChampis avaient véeu, comme relipeuaes, Catherine lie Saiitt-iUjnê \farion de Druy, morle on 1(Ï34; Cnllierine de Sainte-Félinté Marion de Driiy, veuve d'Antoinu Arnauld, morte le 38 Wvrier 16*1 ; Mugdeleine de* Sabtd-Anget Marioii de Druy iiui mourut eu 1671.

(3j Lettres de Louis de Moûlalte il un provincial de ses amis et bus RB. PP. Jésuites sur la morale et la politique de ces Pères. — Dans sa retraite à Port-Rojal-de.^Champs, Arnauld écrivit, avec. Nicole el Lancelol. La Grammaire, puis La LonUjue, œ Livres qui font le plus grand hounoir k leurs autours.

}n et surtoul de pratique qui pensaient aranl toul &

roiéflioires.

Measire Antoine Amauld, prêtre, docteur en théologie de la Maiton et Société de Sorbonne, demeurant ordinairement 0 Port- Rayaî-des Champs, prie Checreme, fit signifier, le 27 janvier 1656, sa protestattoD notariée à Measieura les Doyen, Si/ndie et Greffier de la Faculté de Théologie de Paris. Cette protestation très digne, très curieuse, est malheureusement trop longue pour être reproduite ici ot c'est avec regret que je me vois obligé de passer sous silence les atteintes portées par certains docteurs à la libre discussion de toute l'aHsire. Du reste, lettres el proleslalioos n'crnpêchè rent pas le pape Alexandre Vil. par sa bulle du l(i octobre 1656, de déclarer que les cinq propositions étaient dans JenBônius. Il est vrai que cette bulle n'empêcha pas uoa plus le Jansénisme de faire de nombreux adeptes parmi les laïcs et !e clergé, spécialement à Never3(l). En 1658, MM. GunUl, curô de Sainl-Trohé; Fleury, curé de Saint Didier; Bernard, curé de Saint-Jean; Guillemeau, curé de Saint Genest; Gentil, curé de Saint-Sauveur; Monin, curé de Saint-Laurent; de Saint Clivier, curé de Saint- Victor; Goby, curé de Saint-Ëltenne; et Damond, curé de Saint-Arigle, adressèrent à leur évoque, iiustache de Cliéry. une RequHe contre l'apologie des casuisles {2). Les assemblées du clergé, en 1660, 1661 et 106-t, proposèrent la signature d'nn formulaire de foi qui fut adopté et ordonné par le pape et le roi en 1665, Dès lors, dans tous les diocèses do PYance. le Formulaire dut être signé par les ecclésiastiques, les religieux, les religieuses et autres. Ceux qui refusèrent leur signature furent interdits et excommuniés. Dans Tépiscopal, i! n'y eut que quatre évéques opposants. On voulut faire le procès ft ces évéques qui, dans leurs mandenjenis, avaient distingué \e fait du droit el déclaré qu'ils ne demandaient qu'une soumission de silence respectueux pour le fait. Mais, tout en gardant secrètement

doctrine du silence respectueux sur la question de fait, ces 6ques parurent se soumettre et la Paix de réi)li!ie arriva en 16t>8.

L'oratorien Quesnel publie, en 1671, ses Réjlexiona morales sur le ■ <e»ttuiicnt et ranime aussitôt la querelle du Jansénisme.

En , ■ dans la disgrâce du Père Abel de Sainte-Marthe, général de l'Oratoire et grand partisan d'Arnauld, il se retire à Orléans

(1) La magisLroture elle-ruèrne fui. Janséniste.

(ï) Crosnicr. — Congrégatious reUgieunes; hommes, p. 533.

fehJI

ea 1681 et refuse, trois sds plus tard, de signer le formulaira quf proscrivait l'ensaignemeiit de lu philosophie de Descartes et des doctrines de Jansénius. Il se rend ensuite à Bruxelles et là, il compléta ses Réjtexionft morales qu'il publia, en 1693, en quatre volumes, avec l'approbation de M. de Noailles, évoque de Ghalon.

Transféré au siège de Paris, M. de Noailles condamne, en 1696*, V Exposition de la Foi de l'église touchant la grâce et la prédestination, par l'abbé de Barcos, neveu de l'abbé de Sainl-CyraD. Un bénédictin, dom Thierry de Viaixue, assure, en 1698, dans ses Problème» ecclé^iastiguea que la doctrine condamnée par l'arohé- Téque de Paris est la même que celle qu'il avait approuvée daus les Réjleicions morales (1). De tous les côtés ces questions religieuses surexcitent les consciences. La paix de l'église n'est qu'un vain mot.

Les contestations renaissent en 1702, è l'occasion des Cas de conscience; décision, signée par quarante docteurs de Sorbonne, qui déclarait suffisante, sur la question de fait, une soumission de respect et de silence. Les condamnations qui frappèrent le Com de conscience ne ramenèrent pas ses partisans. Le pape Clément XI leva le doute par sa bulle Vineam Domini, 1705. La lutte continua quand même et cinq ans plus tard, 1710, apparaît l'ordre donné par Louis XIV lui-même, de démolir l'Abbaye du Port-Royal. Cet ordre fut impitoyablement exécuté pendant les mois de novembre et décembre 1711. Les corps des mort» tirés de terre, tes uns eniièremeni consumés, les autres rt dem.i-pourris. Us autres dans leur entier, furent coofondut pèle mêle en un gros monceau pour ôtra transportés ailleurs sur des charrettes, les /ossoi/eurs ne prennent pas la peine de leoer un corps entier quand ih le trouvent, i/« le hachent à coups de bêche {2). L'exhumation générale terminée, tous les restes informes de ces corps mutilés furent transportés au cimetière de Saint-Lambert où on les jeta dans une grande fosse creusée du côté du midi !

Quant à l'Abbaye elle-même, d'Argenson y arriva dans la matinée du 29 octobre, avec des escouades d'archers, se fit ouvrir les portes, fit assembler la communauté au Chapitre et, sans donner

(t) M. de Noailles approuva pais coudamna Fêiiélon, approuve puis condamua (juesnel, tergiversa toujours ol cotisenlil, seulement en t72?, à sii;ner la tiullâ Uniffetiiiux.

(2) Hàtoire générale de Part-Royal, Amsterdam, chei Vandureau, 1T57, tome X, pages iif et suivanles.

ptu$ d'un quart d'heurt, t'enlepa tout entière. Il avait amtné force carrosse* attelés, anec une femme d'âge dan« rhacun; il y distribua tes religieuses suicani les Ueux de leur destination, qui étaient différents monastères A dix, à vingt, ù trente, a quarante et Jusqu'à cinquante lieues du leur, et les Jit partir de la sorte, chaqite carrosse accompagné de quelques archers à cheoal, comme on enlêee des créatures publiques d'un mauvais lieu (1). Quiaze religieuses du Chœur cit sept sœurs converses fureal dispersées. Va grand nombre d'ealre elles fut placé dans des couvents d'Uraulioes.

C'eat en 1622 que les Ursulioes arrivèrent à Nevers et s'installèreot dans une maisan de la rue Saint-Martin. Peu à peu elles acquièrest et font démolir plusieurs maisons Toisines de la leur. En présence de cet accaparement, les Echevins de Nevers et la Princesse Marie de Goozague leur font défense expresse de s'éleodre dans la ville. Elles achètent alors, en dehors de la Porte de la Barre, h au village de Martelai », i*hôtellerîe do Plat d'Etain, la transforment et font construire à côté une chapelle. La rue qui conduisait chez elle ne tarda pas h porter le nom de Rue des Ursulines, Dom qu'elle perdit, vers 1880, pour prendre celui de Hue de Ctamecg (2).

Après la Révolution, l'enclos des Uraulines devînt propriété nationale et fut utilisé par rAdmiaistrsttOQ de la Fonderie de canons. En 1847, il devint le Grand Séminaire.

C'est là que furent amenées deux religieuses de Port-Royal, suîur Magdeleine (ie 5a£n/e-/rft' le Vavasseur qui fut transfôrôo, au mois d'avril 1710, chez les tilles de SainteMarie, du diocèse d'Autun, et sœur Marie de Sainte-Anne Couturier qui y resta jusqu'au mois de septembre 1716.

Les évéques et les supérieures des couvent.soù les religieuses de Fort-Royal furent réléguées, les tourmentèrent pour leur faire sigBer UD formulaire de foi. Les priver des sacrements fut le premier moyen de coercition employé; puis on les menaça de les en

(Il Mémoires if: ' s'ainiSinion. — On rasa Port-Royal, la Uiaiton.

l'église el Ion* le- ■*, eo sortir fiii'il n'y resta pas jnerre sur pierfC.

Tous l«s matériauv .. .\:atlua ; on lalioura et sema la piano.

(8) Voir les Rue» de Neoeri, manutcrit de M. Victor Oaoneau.

priver au moment de leur mort. Quel css peut on fair« alors des signatures ainsi arrachées h de pauvres filles qui étaient traitées de rebelles à l'Eglise, d'excommuDiées, de damnées? {l).

Sojur Couturier aurait donné sa signature le 4 janvier 1710. el le 7 du roême mois, M. Bargedô, évoque de Nevers, écrivit h M. de Noailles pour lui annoucer la parfaite et entière coneertion de cette religietuff.

Nous croyons ne pouvoir mieux faire que de transcrire textuel lemenl les renseignements qui sont donnés sur la sœur Couturier dans ['Histoire générale de Port-Royal, tome X, pages 49 el suivantes :

« Elle n'écrivit point à M. de Noailles : Je ne pouoais pas ce me semble, dit-elle (2), allier la croïance où nous étions d'avoir tuioi le sentiment de notre propre conscience en différant de signer, avec celui de demander pardon. Après ta signature, on lui fit signer une lettre à ses sœurs pour les exhorter à Taire ta même chose. On lui fait dire dans cette lettre, qu'il if avait longtemps qu'elle attroit/ait ton devoir, si on lui eût expliqué les choses comme on a fait. Ces paroles trahissent les persécuteurs et séducteurs de celte vierge chrétienne. Car enfin, si c'est la manière rfoni on lui a expliqué les choses qui l'a engagée à signer et à consentir à oe qu'elle avoit refusé, cette explication du Formulaire était donc différente de celle qu'on lui avoit donnée jusqu'alors. On lui fit donc entendre que aa sigoalure ne tomboit que sur le droit et non sur la fait. Mais ce n'est point ici une conjecture ; c'est un fait certain que nous apprenons de Mademoiselle de Joncoux, ai célèbre par son altacbemeot à Port Roïal (3), ou plutôt nous apprenons de cette religieuse ellemême dans les lettres qu'elle écrivit à cette demoiselle, et que la prudence ne permettoit pas pour lors de publier, parce qu'on l'auroit exposée à une nouvelle tentation, et qu'on commis des personnes qu'il falloit ménager. Quoiqu'il en soit dit dans le recueil dessiguetures que la sœur Couturier a signé le P'ormulaire et la Balle,

(1) Hittoire de Port-Royal, pages 43, 44,

(2) Troisième lettre de Madcmoïi^elle de Joncoux, Histoire de la dimiire ptn^culio», tome III, page D(.

('-] Françoise Marguerite de Joncoux, d'une famille d'Auvergne, fat intimement liée avec Pori-Ro.vol. Elle ne cenaa pendant (outa sa vie de rendre eux relif^îpascs, avec un î:éle infatigable, tou.4 les servit.'!'» qu'elle put. Aprds leur disperatoD, elle parvint à avoir un coinmeree de lï^ltres avec plusieurs d'entre elles, ce qui lui fut fort utile pour découvrir et faire conasUrp a toute l'Eglise les mauvaises voies el la mouvaise foi qu'on employa pour arracher & fffs malheureuses de prétendues !iignaturea.

Mademoiselle de Joncoux ne craint point d'assurer qu'elle n'a certainement/ait ni l'un ni l'autre (1) mais qa elle fiif/na seulement un papier qu'elle écricit elle même et qui contenait assurément une dittinetion du fail et du droit bien nette et bien claire. Pour engager cette religieuse à signer, on lui dît qu'on en demandait pas davantage. Telle était la fourberie et l'artifice dont on se servoit pour les surprendre : c'est ce qui doit apprendre quel jugement on doit porter de ces prétendues signatures et quel cas on en doit taire. »

Voyons ce que dit sœur Couturier elle-mén^ dans une lettre qu'elle adressait à Mademoiselle de Joncoux (2] :

« On m'enooïa quelque lemp» aprét que je/us arrivée ici le con/es- I' aeur des fille» de la Visitation de cette cille, qui aooit été du tems I' dans la même difficulté que nous, qui sait tout ce qui s'est passé sur tt les matières dont il s'agit, et qui a même ou ton» les écrits de part « et d'autre, à ce qu'il m'a dit. Après l'avoir entretenu plusieurs fois, u malgré que je lepriolsfort de ne se point donner la peine de venir « ti touoent inutilement, enfin un jour, après m'avoir parlé d'une (( grande force sur la peine que je deoois avoir d'être séparée des Cl sacrements et des 'prières de l'Eglise, et que je ne participois à " rien, je fis beaucoup de réjlexions sur tout cela. Mais au lieu de « m'affaiblir, je me fortifiai si bien de plus en plus, que quand je le H revis, je lui dis qu'après avoir bien considéré tout ce qu^il m'avait H dit, je concluais qu'il fallait plutôt passer pour séparée de l'Eglise « aux yeux des hommes qu'aux yeux de DieUy en faisant une ekose à u l'extérieur qui ne se rapportoit pas à l'intérieur; que je n'étais H nullement disposée â faire un jugement, ni capable non plus. Il me n répondit à cela : On ne vous le demande pas non plus, mais que «I vous vous soumelliez seulement h celui qui a fait l'Eglise. Alors u toutes mes difficultés cessèrent entièrement Je m'en allai après me « jetter entre les mains du Bon Dieu, lui demander avec instance de <i ne rien faire en tout cela contre ma conscience, et qu'il neperniit « pas que j'eusse jamais de paix, si je faisais une chose que je ne Il dusse pas faire. Il ne me retenait après cela d'autre pensée que » celle que je ne poueoie pas refuser cette soumission : je signai trois I' semaines après. J'ai bien du regret de n'avoir pas copie de notre

(1) Histoire de la dertdér» persécalioii, t. III, p. 41.

(2) Voir iè» Mémoire» kistoriqueë, uVl, p. 474 et suivantes où les lettres do la sosnr Couturier sont donnée*.

agiffnaiure car elle est bien diiïérenltsdH celle tjui est imprimée (l); Il el j'ai aoucent (l'i ijui- .<« ;<(jn ^o'ih-» l'm'un^nt cne, elle* n'aurûieni » pa» fie peine à ia /aire de même.

<( Ce fut ainsi que la soeur Couturier se laissa engager & io signature, mais é> une signature bien di^érente de celle qu'on publia ensuite sous son nom. C'est ainsi, dis- je, qu'on trompait ces pauvres filles; c'est pour cela qu'on ne leur laissait point de copie de ce qu'elles avaient signé; et après cela on faisoit passer sous leurs noms des choses auxquelles elles n'svoient jamais pensé, et qui éloienl non seulement contraires à leurs dispositions antérieures, mais même aux signatures qu'on leur avoît arrachées. C'est pour cela encore qu'on ne vouloit pas leur permettre de dire les roîsons qui les avoient déterminées à signer, dans les lettres qu'on leur faisoit écrire, parée que ces raisons auroient découvert la fourberie et les artifices dont on s'étoit servi pour les surprendre. »

Ecoulons encore sur ce sujet la sœur Couturier (2) :

« Je souhaiterais pouvoir envoi'er la si ff nature que j'ai faite, mais i( il ne m'est pas permis de facoir, <;a été mon confesseur qui la dressa H avec M. l'Ecéque, qui ne l'a jamais coula faire voir à la Cour. H » en a fait une, comme il a voulu apparemment, quand on la lui a (I demandée pour mettre dans cet écrit (c'est-à-dire dans le recueil » des signatures) comme sont celtes de nos sœurs,,. Mais ma sensible n douleur est d'avoir consenti, quoiqu'atee bien des combats et des « résistances, ù écrire une lettre qu'on m'acoit composée pour toutes « nos soeurs. L'on ne voulut point m'accorder ce que je soufiailoit,

(il Selon !a pi'ouèa-verb»! dressé par M, de Bargedé, la sœur Coulurier BMura qu'elle itoit prête à signer le Furtnut'ûre dans l'esprii et dans toute l'étendue ifufi la demande notre .lainl Père U Pape CUmeni XI, et «lie demanda pardon à Dieu, au liai et à M, le cardinal de fv'aaittet du refit* qu'elle droit /mt de «f soumettre ouai ConstiUitiatu des Sauceraint Ponti/ct... Elle pria ce prélat de rececuir ta signature qu'elle a Juré être sincère, libreel roiontaire, et tw le rhnmp elle a stgné le dit Formulaire. Le Formulaire qui est joint au prwes-viîrbat eat L^pouvantab'le et par conaéiiuent ne |ieut tire celui que la soeur CotiUirier crut signer. A.msi il est visible que par une insigno lourb<3rie on lui lui itn formulaire qui n'étoïl point mauvais (si touterois il peut y en avoir un qui ne Je soit pas), et qu'on lui en fit signer un autre. La sui'jirise ciii elle fut eu voiant imprimé la Formulaire qu'oTlo uvoit signé, est une preuve gensitjle de ce que noua avançons. M. de Baptfedù ne niaof(ua pas d'annoncer cett* prûtendu-j victoire A M. de Pontchartraia qui, do son côté, a'cmpresss d'en fairt; part eux Evoques comcnc il faisuil duuB toutes les ooca- Bto.is semblables. — Louis Fhilippeaux, comte de Pontcbartrain, était niora cha net' lier de France, Il parait que la nouvelle d'une signature arrachée a quelque pauvre religieuse prisonnière ou moribonde le comblait de joie. C'est sa petite-tille qui ëpousa notre célèbre duo de Nivernais.

(!) Histoire de la derniiire persécution, tome 111, p. 40.

« qui éioii de leur dire simplement comme l'on m'aoait persuadée de « me soumettre, et <ju'on m'aagitroit f/ue ce i/uej'acoia/uit, étoit moins (( fort r/ue ce tjui était dans Itt déclaration de M. de. Péréjixe. C'est <i pour(fiiui, ce que je mandois à mes sœurs ne s'accordoit pas à ce « quu j'avûis fa il, ce i/ui m'a donné un regret mortel, et ce que l'on Il m'a fait me donne sujet de le ressentir de plus en plus.

n On découvre dans ces paroles tout le mystère des signatures prétendues; et l'artifice qu'on emploîoil pour les arracher, c'était de donner aux religieuses une nouvelle explication du Formulaire, de te présenter aous une autre forme, en leur faisant croire qu'on leur demandoil moins que ce qui étoil dans la déclaration de M. de Pérélixe, et qu'on ne les engageoit point à la créance du fait. Mais après leur avoir surpris la signature par c«t artiflce, on ne voulott pas leur permettre de dire tes raisons par lesquelles on les avoit persuadées de se soumettre. Pourquoi faire un mystère de ces raisons? Pourquoi les cacher si elles étoient Ijonnes? Vit-on jamais rien de si singulier que de faire écrire une lettre à une religieuse pour exhorter ses sœurs à se soumettre, et à faire la même démarche qu'elle a faite, et de ne lui pas permettre de dire les raisons qui Font persuadée de faire cette démarche et de se soumettre? En fautil davantage pour dévoiler la mauvaise foi avec laquelle on agissoil à l'égard des religieuses de Port Roîal des Champs pour leur arractier des signatures? C'est pourquoi lorsque ces pauvres filles virent dans le recueil de leurs signatures que les Jésuites publièrent, la tournure qu'on donnait aujL démarches qu'on les avoit engagées de faire, et les conséquences qu'on en tiroit en leur attribuant des choses auxquelles elles n'avoieut jamais pensé, elles furent pénétrées delà plus vivedouleur, et dans une surprise qui ne peut s'exprimer.

« Votant les choses, dit la sœur Couturier (1), sur ce que l'on i< nous fait connaître de toutes les conjectures que l'on lire de ce que « nous avons /ait. Je ne puis me consoler de la lettre que J'ai écrite, Il et que l'on m'aroil composée pour nos sœurs; mais encore plus de n celle de M. l'Eoeque de Neeera, que Je ne puis pas dire que je ne H l'aie pa-i faite, dont Je suis dans une surprise terrible d'attoir cxpri- »t mê des sentiments si contraires à mes cérilables dispositions, (I comme Je l'ai remarqué dans ce que J'ai écrit ; et ce qui m'est arrivé « en a bien donné des preuves ici, car J'ai été tellement rencersée après

(1) Histoire du la demiért pertécution, tomà III, p, bl-6X,

i< aeoir eu eettt Uttrt daiu VtM;

m y doHHOÙ, parois$oU Ure «/m , -.. , - .....,. ^. ^^ .....

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» qme Ton en dùoit, et /atois repondu v "< possible qut

A femste écrit des ehoee» si éloignéee de - ^ ine mon ocritr.

Il X^e même joar la sœur Coatarier aîaot rencoolré la reli^euM qui la gsrdoil araat qu'elle eul signé, elle lui dit qu'elle étuil bt«o étonnée cotnmeat elle IrouToit sa s-:.— -' -^ daas cet écrit, quQ <i elle l'ayoit fait ainsi, elle la Touioit . et qu'il n'y avoit qu'à

le dire à M. rErèquede N'evers. Dans une autre lettre & M«* de Joncoux, du 12 décembre 1710, la sœur Couturier témoigne la douleur qu'elle a de la lettre qu'on l'aToit forcée d'écrire & ses soeurs, et :'. [ue si elle aroit prérn ce qu'il lai en a coûté depuis, j e

Oc 1 auroit fait. Puis parlant da recueil des sigaslures, q ^..i-

liûe de liMle, eUe dit qu'on est fort étonné dans l'endroit même où elle e:tL, de ce qu'os dit d'elle, parce i

que cela n'ext pas véritobU ; elles r. . , ^

sœur Couturier, et le disent mime tout hautement au partoir. Qu'on juge par là de la boQDo foi qui règne dans le rcc ; " ' ■>

signatures des religieuses de Port Roial el du fc ^ . : •;

sur un tel écrit, m

On en jugera encore mieux par ce que la sœur Couturier écriril à ce sujet (1) :

« J^ai une sensible douleur d'un écrit qui court oA l'on nous fait 41 dire bien des choses que nous n'avons point dîtes et particulière' « jnefi(<fiuie lettre qu'on m'a foreée d'écrire û mes sœurs, que Von « m'aeoit composée, à ijuoi Je me suis rendue à mon grand regret *• après bien des combats en disant guej'acois plus de peine à le/aire * dans ce* termes que l'on me prescricoit, qu'à signer le F ' ''e

m car l'on ne voulut point accorder ce qtieje demandais aeti t-,

M qui étoit de leur expliquer de moi-même comment l'on m'aeoij per « suadée que je pottrois signer sans hlexser ma conscience; que nous ne " dérogions point a la déclaration de M. de Péréfixe, que Je n'acois « été non plus quelles, nous une autre obéissance que celle de l'Eglise, <i ainsi qu'il n'étoit pas besoin de les inoitcr à y rentrer. Je n'aurai* i< Jamais consenti à cette lettre si J'acois prévu ce qu'il m'en a eoMi « et ce qu'il m'en coûte présentement, coiani ce que Je eoit. Si J'ai dit

(i) Hutoirede (a dernxire fiersécution, ionie lli| |>. 57

'' dans celle de M. l'Ercffite que je souhaitoi.i racheter le tems pprrîn, « ce n'ett pas f/iicje n'aie cru avoir toujoum etc dans tine bonne cote; « mats il eat erai que je m'y «m's très mal expliquée, et certainement « je n'aeoi» pas te dessein d'y mettre te sens qu'il paroit >j aroir, car Il il seroil tout ù fait « condamner; et je «ni» très fdchêe de ne m'étre (' pas mieujs explii/iufe. Il me donne l'honneur de dire beaucoup de Il belle» chûiie» auicifuelleii je n'ai pas pensé. Je n'ai point du tout Il regardé la communion que j'ai faite aprùa la signature, comme la a première, ni n'ai point fait de confession générale. Je n'ai point eu f de cierge. Il gérait bien à nou/iaiter qu'on noua donnât à toutes la w liberté de dire en public ce que nous pensons sur ce beau libellé. La (■ première fois que je eis M. l'Éctkjue, quelque temps après avoir H signé, il me dit qu'on étoit fort content de moi à la Cour sur tout ce M qu'il acoit mandé. Je lui répondis que je voi'ois bien qu'il in'acoit «I fait plus d'honneur qu'il ne m'en était dti, en lui témoignant qu'il « m'avait bien fait parler., et même que je me regardai» a l'égard <i de ce qu'on louait en moi, comme une hypocrite puisque l'on admi Il roit ce qui n'en éloil pas. Il auroit été bien à souhaiter qu'on m'eut it hissée dans le silence fipre.i ma signaturCt comme je le dé>tirois de n tout mon cœur, sans m'acnir forcée à le rompre comme on a fait et à (• mon grand regret; et je crois f'tre bien obligée de demander pardon a a Dieu a l'Eglise et à nos tirurs, d'aroir consenti à te rompre en " la manière que l'on me l'a fait faire, en donnant sujet de parler « contre la vérité et la charité, et à no* strurs une sensible douleur. « Pour ce qui est du catalogue, dont on parle, nous ne sacans du « tout ce que c'est ni, à ce que je crois, pas une decellea qui sont vi- M cantes. Je n'ai point vu non plus les oraisons à Port-Rotal qu'on a « mis dans cet écrit. Il y acoit de» tableaux en grande quantité et des t( images de tous ceux que l'Eglise honore et réoêre, ei il n'y a rien <i déplus /aux que tout ce qui est dit sur cet article, aussi bien qu'en tt beaucoup d'autres. J'ai été bien surprise de ma signature comme i( elle y est, tout à fait autrement que <::elle qne j'ai faite, que l'on a Il apparemment changée quand on l'a demandée pour la faire imprit( Hier aoec les autres. Car devant cela on ne me l'avoit point encûïée : I' ce que j'aumis souhaité de tout mon cœur que l'on eut fait, c'est « que l'on g changeât rien. Je cois bien que l'on est fâché à prégent « de ce que j'ai vu cet écrit ; mais il a été presque impassible de me (I refuser de voir une chose dont on parloil beaucoup dans Nevers, « que les religieuses apprenaient au parloir et dont elles me deman- « dolent l'erpiication sur ce que l'on disait qui étoit dedans. Il y a » plusieurs personnes à qui il ne fera, pas l'<iffct que l'Auteur s'est

u proposé. Il semble qu'il est bien étrange de dire des/auMetés pour f prouver qu'on ne muaient que la vérité.

c Tel estlejugemeDtque la soaur Anne Goaturier porta du recueil des sigaalures; toutes les autres religieuses pensèreal de nième et se plaignirent qu'on leur avoit fait dire beaucoup de choses auxquelles elles Davoient jamais pensé. Mats la sœur Couturier ne se coDteâta point de témoigner de vivo voix et dans des lettres particulières ce qu'elle pensoit de cet écrit, elle fit, le 26 janvier 1711, une relation en forme de sa signature et un désaveu formel des faits qui la concernaient et sur tous ceux que M. Bargedé avoit avancés dans sa lettre & M. de Pontcbartrain. »

Nous allons mettre ces lettres sous les yeux du lecteur

Lettre de M. de Nevers i M. de Pontcharlralii

s janvier t7tO

t< Sur les instances réitérées que la sojur Marie-Anne le Couturier, religieuse de P. R., me faisoit depuis quelque tems pour lui permettre de signer le Formulaire, j'allai hier aux Uraulines du Fauxbourg, et après l'avoir encore examinée et connu tout de nouveau que Dieu l'avoit touchée, je lui présentai le Formulaire tel que j'ai l'honneur de vous l'envoler, et elle le siyna anec une joie infinie, protestant qu'elle n'atoit t'amais rien fait pbin librement et plus coîonlairement. Ensuite je dressai le procès-verbal qu'elle signa; après quoi, comme elle me demanda en grâce de la conduire à la communauté des religieuses pour demander en leur présence pardon à Dieu, à l'Ef/lise, au Roi et à M. le cardinal de Nouilles de sa

Oéuveii de la «sur Couturier ^6 janvier 17 fi

« Le livre intitulé Recueil de

pièces concernant les Reltffieuies de P. R, qui se sont sounnses à l'Eglise, imprimée Parisde l'Imprimerie roîale en Ï710. étant parvenu jusqu'à moi, je no puis m'empôcher de marquer la très grande surprise oh je suis de ce que l'on dit de moi dans l'article qui me regarde. Bien loin d'acoir signé avec une joie infinie et d'apoir protesté que je n'avois jamais rien fait plus librement et plus colontairement, comme il est porté dans ce recueil, j'aurois souhaité qu'on m'eut accordé les sacre mens sans m'obliger àsigner.

Il n'est point crai non plus que j'aie demandé engrâee d'être conduite à la communauté des religieuses pour demander pardon, en leur présence, à Dieu, au Roi et à M. le cardinal de Nouilles de

— sa-

lée, nous deseendlmea I arec elle.

<( Lft elle se mit à genoux et dit des choses fort toucha otes sur ce qu'elle venoit de faire, s'hutniliant devant Dieu, coudamnant sa conduite passée...

« Eite se retira dans sa chambre où elleécricit, selon son génie, une lettre à toutes ses sœurs.

>' Environ un mois après elle îl une confes^sîon générale et corntunia, ai'ant un cierge à la main; I la fin de la messe on chanta le 'Te Deum et elle appela celle cérémonie sa première communion. Il

nia désobéissance, nt i^ui; j aie condamné ma conduite passée comme it est porté par cette iottre.

« Il n'est point vrai non plus que J'aie écrit, selon mon génie, la lettre que j'ai écrite à nos sœurs. L'on me l'acoit composée et l'on m'a forcée de leur écrire malgré moi, et dans laquelle on n'a jamais voulu souffrir que je marquasse les raisons qui m'avoienl déterminé ta signer.

Cl Enfin il n'est point erai que J'aie/ait une confession générale, que j'aie communié un cierge à la main, que j'aie appelé cette cérémonie ma première communion, »

Le démenti est net, il est formel. A tous les articles de M. de Nfivers, la sœur Couturier oppose la dénégation jointe à une noble indignation. De plus elle assure que toute la maison peut rendre Sœoîgnage de la fausseté de ces faits.

Après avoir nié tous ces faits, de la fausseté desquels toutes les religieuses de cette maison peuvent rendre témoignage (ce sont les

Iparoles de la sœur Couturier) elle demande pardon à Dieu, à l'Eglise }t à ses sœurs du scandale qu'elle leur a causé par sa signature et par les deuic lettres qu'elle avait écrites, l'une à M. de Nevers,

^l'autre à sus sœurs. A l'égard de sa signature, elle dit que elle ne troïoit nullement en avoir signée une telle qu'on l'a publiée, puis elle ajouta ; Je déclare donc de tout mtm cœur que je At rétracte. Elle

irétracle aussi la lettre qu'on l'aTait forcée d'écrire à ses sœurs et

'méma celle qu'elle avait écrite à M. de Nevers parce qu'elle s'y est mal expliquée. Je rétracte donc encore cette lettre, dit-elle, par rapport au mauvais sens que l'on peut donner aux expressions dont je me suis sercie. Puis elle continue ainsi : Voilà ce que je me crois obligée en conscience de déclarer par cet acte pour être un témoignage de mes oéritables sentimens et des faussetés que l'on a avancées dans ce recueil... Je remets ma rétractatien entre les mains de mes amis pour faire tout ce qu'ils jugeront â propos. S'ils trouvent quelque mo'ien pour la faire savoir au public, je ne m'y oppose pas, nesauhaitant en

cela que d'accomplir la rolonié de Dieu, n'osant pas moi-même exposer ma/aiklesse, au moin» pour le présent, après les épreuves que j'en ai faites.

Le lecteur fera telles réflexioBs qu'il jugera à propos sur ce qui s'est passé à l'égard de la sœur Couturier. Nous nous trouvons en^ prôseoce de deux personnalités. A laquelle des deux doivent aller nos sympathies, uos préférences. L'une affirme ce que l'autre nie- D'une part nous trouvons un prélat avec toutle presltgede sa haute fonction, de l'autre une modeste religieuse à laquelle on impose, en raison de ses croyances, la plus cruelle des tortures, la privation des sacrements. La sincérité des sœurs de Port-Royal est trop bien établie pour qu'on hésite, ne fût ce qu'un instant, sur le parti & prendre. M. Bargedé n'était parvenn è l'épiscopat qu'en faisant signer à son prédécesseur une démission que celui-ci croyait être un démissoire. Après un le! acte, sur lequel nous allons revenir, est- il exagéré de penser que ce prélat ait avancé des faits peu con formes 6 la vérité? Du reste n'oublions pas que le Père Grassîn, qui servait de secrétaire 6 M. deNevers, qui était son homme de confiance, appartenait à la Compagnie de Jésus. N'oublions pas non plus de dire que la sœur Couturier lut assez bien traitée par tes Ursulines de Nevers et qu'elle te reconnaît en ces termes dans une lettre qu'elle écrivait le i2 décembre 1710 : « J'ai le bonheur d'être dans une maison où toutes généralement ont des bontés pour moi que Je ne saurais exprimer. Mais peut-tl y acoir une eériiable consolation pour de paUpres exilées comme nous le sommes, qu'au pié de la croix, pour y répandre nos cœurs pénétrés de tant de sortes d'aj^ictions, pour nous réfugier dans len plaies d'un Dieu qui ne les a oitoertes que pour nous y receooir. Mais Je oous assure que ce n'est pas sans craindre de n'être pas digne et d'être rejetée comme une cierge folle, pendant que nos sœurs qui sont demeurées fermes, et-gueje n'estime point du tout qui soient hors de la sainte Eglise, seront reçues de l'Epoux auquel elles appréhendent tant de déplaire. Mais hélas! que peut on faire autre chose au milieu des épaisses ténèbres où l'on vit à présent, que de sejetter acec un profond anéantissement entre les bras de Celui qui promet qu'il n'abandonnera point ceux qui mettent toute leur conjiance en lui (1)? »

Cependant les Jésuites étaient les maîtres de l'Eglise, le Jansénisme, battu en brèche, disparaissait. C'était le triomphe des inter-

(1) Histoire de la dernière ^lersécutiAtn, tome UI, p. 55.

médiaires. Alors, le c<e victis. prononcé à Rome, eut une nouvelle application. Les plaintes que la sncur Couturier fit de vive voix et par lettres contre les faussetés avancées dans le Recueil de pièces, la rendirent suspecte et refroidirent, à son égard, les religieuses Ursulines. La perséeution commença. " La prisonnière essuia de noiioellea attaques. M. de Necers s'etant fait écrire une lettre par M. de Pontehartrain, de la part du Roi, pour ë'aasurer de ses sentimeng, enpoia, le 17 novembre J7J 1, le fameux Père Brassin lui en faire lecture. Le député x'aci^uitta de sa commiêgion, mais il ne put rien tirer d'elle, sinon qu'elle était dam les senti mens ou elle déçoit être et dans lesquels elle avait toujours été ». Sans vouloir entrer dans aucune discussion avec le Jésuite, elle se contenta de lui dire : ff Je suin et serai toujours ^Ue de l'Eglise »,

Un mois après, dans le moment même où elle cherchait le moyen de réparer la faute qu'elle avait commise par so signature et ses deux lettres, elle revit le Père Brassin et lui dit ff qu'elle se croïoit obligée en conscience de lui déclarer ses véritables sinUmens plus clairement qu'elle n'atoit fait le jour qu'il les lui avoil demandés; qu'elle aooit bien eu du regret de ne l'avoir pas fait alors, mais que pour marque de sa sincérité, elle lai remettait en mains l'acte qu'elle avait fait aussitôt qu'on lui edt montré sa signature telle qu'elle était. Je ne crois pas pouvoir trouter de meilleur moïen que celui-là pour m'acquitter de mon devoir (1) ».

Depuis ce jour elle fut de plus en plus surveillée et, croit-on, privée des sacrements. Elle en devint dangereusement malade mais resta inébraalable malgré tous les efforts qu'on fit pour l'amener & changer ses sentiments, Dans le courant du mois de septembre 1716 elle fut transférée de Nevers dans l'abbaye de Malnoue (2), Elle y mourut le 16 juin 1729 après avoir protesté contre les violences qui lui avaient été faites ot rétracté ce en quoi elle avait pu avoir part.

Nous venons de voir que M. Bargedé était parvenu 6 l'épiscopat par un subterfuge. Coadjuteur de l'évoque Edouard Vallol, il lui aurait fait signer une démission au lieu d'un démissoire (3). On assure qu'en apprenant la mort de M. Bargedé, le duc d'Orléans s'écria ; « L'évt^que de Nevers, avant de mourir, avoit abjuré la

(1) Lettre du 2'i Jécembre nil.

(2) Malnoue, en Bric, entre Paria et Mcaux, fut une célèbre ahbaye de Dt^nedictines.

(3j Le dimisioiri;, dont on a f&it demi.isoir« est la pennisaion doQuée |inr un iv^qnrt A un lie sen diocésains de coniacrer un autre âvi^que.

« constitution et eut mieux fait d'abjurer la démission qu'il avoit H fait signer & M. Vallot son prédécesseur, au lieu d'un démissoire « que le bon évoque croyoit signer ». Cette action, que je n'ai pas à juger, fît regarder M. Bargedé comme un intrus. Il eût de graves démêlés avec son chapitre, mais dans les derniers jours de sa vie, il Qe parlait plus que de paix, d'union, de charité et faisait sentir que s'il recouvrait la santé « l'homme ennemi n'aarail plus trouBé ni le temps de semer la titanie ni l'occasion d'entretenir le trouhle (1).

J'ai fini.

Me rappelant que, dans sa Première Messénienne, Casimir Delavigoe avait dit :

Nous devons tous uos ihaux à ces diviBions Que noarnt notre iotolâranea,

j'ai pensé que je pouvais, moi aussi, comme vous, mais moins habilement que vous, mes chers collègues, soulever un petit coin du voile qui nous cache le passé et j'ai fait ce que j'ai pu. Que voujezvous? Chaque homme a sa tournure d'esprit qui est la sienne propre et qui n'est pas celle d'un autre, mais « i! faut, ainsi que l'a écrit 0 notre dernier duc du Nivernais dans un article sur l'ttgage de « l'esprit, il faut étudier comme homme, pour s'instruire de ce « qui intéresse l'humanité et surtout pour prendre et pour fortifier c( par l'étude de l'histoire et de la morale les sentiments de bienveil- (( lance et de fraternité universelles, n

Lkon BOUTHORS.

(U Mandemenl du Chapitre de Netors tiii 30 juiltel 1719. Voir La Praneal pontificale, diocéis dç Nerers, par M. Fisquet, pages 93, W et P6.

Notice historique sur Corvol-dTmbernard

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