‹ Memoires (volume 2)Chapitre 42 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

En nllant par le chemin de fer P. L.M. de Clamecy è Nevers, 00 reDCODtre deux stations porlaut le nom de Corvot. La première, aTsot d'arriver à Varzy, esl dite Cûtvo\-\' Orgueilleux par corruption de VArffiletiit: ; la seconde, dont nous allons nous occuper s'appelle Corvol-d'Embernord.

Dans diDérents textes français le nom de Corvol a pris les formes Courrai, Courrai, Courratil, Courrou, Coreaul, Corvottl, CoreoU En latin, on trouve généralement le root Cormlium Dompni Bernardi (Corvol du seigneur Bernard) qui devrait correspondre ft la forme Corvol ftampbernard . L'habitude qui est une seconde nature, ayant fait prévaloir l'orthographe Corcol-d'Embemarà, nous devons accepter ce nom qui est du reste officiel.

La Généalogie ie ta Maison de Cotirpol en Niveri^ois, 2" édition, 1753, ch- I. page 9, relate que, d'après une charte du Prieuré de La Gharité-sur-Loire, de l'an 1088, Indiction X!I, Hugues de Courvol tenait le fief àe Gourvol de Robert des Oulches, lequel en donna la mouvance au monastère de La Charité du consentement d'Agnès, sa femme.

Le Cartulaire du Prieuré de La Charité, publié en 1887 par M. René de Lespinasse, est absolument muet â ce sujet mais l'Inventaire des Titres de Necers, col. 98, contient ce précieux renseignement : K 1088, à La Charité, Extrait du Cartulaire prouvant que « Robert des Ouches (de Olchiis), du consentement d'Agnès, sa » femme, donne au monastère de La Charité deux champs et un <i pré qui les joint, qui sont dans l'étendue de Munot, et ensemble « ta terre de Corbery {de Corberio) en la paroisse de La Marche. Il <i donna aussi le fief de Corneui! (de Cornolio) que Hugues de Gor- « neuil tenait de Robert. •> M. de Soullrait, dans son relevé des Fie/s de l'ancien Nicernais, qui fait suite ft VJnDentaire des Titres de Necers, dit que Comeuil est un lieu détruit àeLaMarchr. M semble

donc ressortir de ces citations que l'auteur de la Généalogie de Coureol a du confondre le fief de Carnolio avec le fief de Corvoiio qui l'iotéresssil. Cette confusion a peut-être soo excuse eo ce qae le Prieur de La Charité 'ovait te patronage de la paroisse Corvold'Embernard.

Jusqu'à ce jour oo n'a retrouvé aucuDe trace de l'occupation romaine sur le territoire de ïa commune de Corvol. Un chemin ferré venant du îlamoy (1) traverse, du sud au nord ouest, las bois de Corvol (section C. n" 1282 du plan cadastral) Ce chemin ne louche aucun village de la commune ; il se reliait probablement à la voie romaine de Lormes à La Charité.

Le territoire de la commune appartient au terrain jurassique, étage inférieur du sysidme oolitliique. On trouve dans le voisinage, à droite en allant à Clameey, des marnes et des minerais de fer ; k gauche, des argiles et des silex. Il est arrosé par un petit ruisseau qui, après avoir grossi celui de Chdzeuil, se jette avec lui dans le Beuvron.

L'altitude varie de 250 à 363 mètres. Le climot est tempéré. En général, à l'exception cependantde ceux venant du Sud ou de l'Est, les orages sont peu à craindre,

La commune de Corvol comprend 986 hectares dont 309 en bois, 79 en vignes, 131 en prés et Ion étang. Sur les 309 hectares de bois, la commune en possède 270 qui sont divisés en vingt et une coupes ordinaires et six en coupes extraordinaires. Les terres sont bien cultivées. Elles s'eUerment de 20 à 50 francs riiectore. Dans les prairies, qui valent de 3 è 4.000 francs l'hectare, se forme de bon bétail de race charolaise. La vigne donne d'assez bons produits ainsi du resté que les pommiers, poiriers, pruniers, noyers et autres arbres fruitiers do nos pays.

Depuis 1875 le chemin de 1er de Nevers à Laroche a doté Corvol d'une gare qui lui est fort utile, La commune a de plus de nombreux moyens de communies lion avec les villes voisines. Sans compter ses chemins vicinaux et ruraux qui lui donnent de grandes facilités, elle est traversée par le chemin de grande communication n^ 2 de Villiers le-Sec à Arzembouy, et par les chemins d'intérêt commun

(1) le Rftinoy, sis en la eonitnune do Oiazeuil, ]>^si=-i- |>c>iir avoir tHA uni camp romain. Trots voios devaient y nboutir. On y a trouvé des armes et des' Biivielpltes. Avpc lu temps, lo camp sa traiiaforms pti cliaunip ui de grandes roariis y naquirent , l'une d'elle fut même surnommée le Lac. En fîSSS, la cUaumê fui afiarmôe cl le« rooros ctiaparurenl.

n» 27 de Brinon à Donzy, el n" 45 de Varxy è Saint-Saulge. Les habitants n'ont qu'un regret, c'est de n'avoir pas do bureau de poste.

Jadis, Corvol avait deux foires par an et un marché le lundi de chaque semaine. Ces foires, ((Ut se tenaient le 3 mai, jour de Sainlo-Croix, et le 25 novembre jour de SainleCatherine n'existaient plus longtemps avant l'outiée 1749. On en a môme perdu !e souvenir.

En 1746 00 comptait 94 feux ànas la paroisse de Corvol. Combien y avait-i) d'habitants par feu ? Si on en compte seulement six, et ce cliitîre n'a ricsn d'exagéré, il y aurait eu alors 574 habitants. En 1831 on on comptait 541. Trente ans plus tard, il n'y en avait plus que 501. i 1 ) Ce cbifïre tomba peu après à 382doril329 pour le cheflieu. Aujourd'hui, il iilteicit à peine 296 sur les(iuels on compte 117 électeurs. La dépopulation tient principalement aux facilités de communications qui ont entraîné vers les villes bien des gens qui espéraient y trouver des salaires meilleurs et des distractions plus abondantes. Aussi, les bras manquant, a-ton transformé beaucoup de terres en prairies et la plupart des habitations sont-elles abandonnées et tombent-elles en ruines.

Sou» l'ancien régime Corvol dépendait de la Généralité de Moulins, de l'élection et du grenier è sel de Claraecy.

C'est par un acte du 15 août 1493, dont nous parlerons plus loin, que les habitants de Corvol furent affranchis. Nous n'avons pas de renseignements sur le chiffre des tailles qu'ils payaient autrefois, mais nos lecteurs trouveront, è ce sujet, tous les renseignements désirables dans l'ouvrage de M. Victor Queneau : Impots anciens, inipôtn nuuKatix. Les documents concernant la Révolution Française ayant disparu des archives de Corvol, cet ouvrage noua ^prendra également qu'à cette époque Corvol faisait partie du Disict de Clamecy.du canton de Brinon-Ies-Aiiemands, et qu'il fut le chef-lieu d'une perception. Plus tard, à cause de l'impossibilité pour le percepteur de trouver un logement, la résidence de ce fonctionnaire fut fixée h Varzy. Le rôle général des contributions s'éleva en 1906, ô 8.760 francs et les recettes ordinaires de la commune atteignirent 7.3G0 francs.

Corvol est une des rares communesde noire déparlement qui soit exempte de centimes extraordinaires. Tous les six ans elle vend une coupe de bois qui lui rapporte de 6 à 8.000 francs. Cependant il n'est pas inutile de remarquer, en passant, que les contributions directes

atteignent un chiffre trop élevé comparaliveaient à celui des communes voisines. Presque toutes les terres furent, autrefois, classées de 1"> classe tandis t|u'ailleurs elles !e furent de 3^ classe. Pour uae valeur cadastrale de 1 fr. le centime s'élève à Corvol ft l fr. 0296| tandis qu'à Marcy, par exemple, dont les terres yalenl celles de Cop-< vol, le ceottme n'est que de 0 fr, 50.

Sous le rapport de l'instruction primaire, tes registres paroissiaux n'indiquent presque rien. En général tes témoins des divers actes de l'état-civil ne savent signer. Quand ils signent, on ce sont les officiers du baillage ou ce sont les seigneurs du pays. J'ai cependant découvert l'existence de quelques inslituleurs. Peut-être en aurai-je trouvé davantage si i'svais pu parcourir les minutes des notaires du lieu, mais il faut bien laisser quelque chose à gianer| aux chercheurs futurs. En 1675, Louis Boizard est mestre d'école dfl Courtou. En 1688, c'estMichel Lefebvrequi se dit tanïôt preeepteiir des enfants de Courpoii, tantôt recteur des escholes de Coitrcott. Le 28 novembre 1700, Michel Fevro est désigné comme maître d'école et en 1750 c'est Letebvre qui porte ce titre. li est probable qu'il y a eu une suite de Lefevre à l'école de Corvol. L'obscurité se fail alors et jusqu'en 1831 je n'ai rien trouvé. A cette date, la commune ofïrait cent francs par an, pour avoir un instituteur. C'est seulement pen-J dant l'année scolaire 1839-40 qu'une école communale fut ouverte à Corvol. L'instituteur eut de suite 24 garç-ons et 8 filles. A son traitement fixe de 300 francs s'ajoute une rétribution de 1 fr. par élève, rétribution qui produisit 312 francs. (1|. La maison d'école avait été achetée par la commune qui l'appropria en 1884. Filles et garçons donnèrent en 1889, le chiffre considérablts de 85 élèves, chiflre qui tomba depuis à 45, pur suite de la dépopulation. M. Quellet qui dirigest bien l'école depuis le 3 décembre 1881 m'a beaucoup aidé dans le travail que la Société académique publie sujourdbui et je le prie d'accepter mes bien cordiaux remerciements.

Nous n'avons pas de données exactes sur l'origine de la paroisse de Corvol qui faisait pnrti» de l'évéché de Nevers et de l'archiprôtré de Prémery.Dans son Tableau si/nopliguede l'IIUtoire du. SivernaL et du Domiais, M. l'abbé Crosnier dit que notre Corvol était paroisse en 1110. Je n'ai rien trouvé ô ce sujet dans La France Pontificale (Diocèse de Nevers), par M. Fisquel. Il est probable qu'une église

(1) Ea 1858 on comptait 39 garçons ot li Itlles mais Cbazeuil, qui b'a coostrult une école qa'eo 186S, envoyait alors tes enfants k Corvol,

existait h Corvol au XI* si&cle mais on ne naît absolument rien sur ses cominenccmeDls. Nous devons cependant remarquer, saos appuyer toutefois sur ce (ail, que prèsdn celle égli^ie se trouve encore aujourd'hui le pm du Clointre dont le nom est citô dans un acte de l'an 14&3.

Située sur une éminence, près du village, l'église de Corvol s da faire partie de l'ancien cbateau fort. Elle a été démolie en 1S40 et remplacée par une autre qui n'a aucun caractère archéologique mais qui est restée comme la précédente, sous l'invocation de Saint-Gengoul dont la fête se célèbre le 11 mai. Saint-Gengoul, Geugoull, Gengoux, est le patron des cordonniers et des tanneurs qui sont fort rareaàCorvol. Il estinvoquénoo seulement pour les enfanls malades mais encore, mai» surtout pour les goos mal mariés et, par suite, pour la bonne union des ménages.

Il parait que le bon Dieu pour éprouver Gengoul, qui croiisait chaque jour bn sainteté, permit è Madame Gengoul de croître en malice, de se laisser séduire et de soutUer le lit conjugal de la façon Is plus scandaleuse (t). Nous n'avons pas ici è rappeler la légende le Saint-Gengoul qui a été si bien racontée en 1890 par notre regretté président, M, Lucien Gueneau, dans les Mémoires de notre Société.

Les curés successifs de Corvol n'ont rien relaté dans les registres paroissiaux qui mérite d'être relevé. Une abjuration de la religion protestante faite le 18 février 1672 par une jeune fille, âgée de dixhuit ans, la bénédiction d'une cloche en 1734 et la bénédiction d'nne lUlre cloche en 1755, voilà tout ce qu'on trouve depuis Tannée 1639.

Ajoutons cependant le petit boniment suivant inscrit h la an du registre de l'année 1759 et que dut adresser, & l'occasion d'un mariage, le curé Bonamour à des gens qui sont restés inconnus :

{( Le bon amour, par le curé Bonamour. — Deux coeurs réunis « par les liens de fortune, c'est l'eflet de l'intérôt du monde ; « deux cœurs unis par une vocation surnaturelle qui est l'effet des » mesures que les vrais chrétiens prennent pour se disposer au « mariage. Permettez moi de vous féliciter sur votre choix réci- « proque, car le monde vous dirait que vous épouse?, les grâces et « moi je vous dis que vous épousez la vertu. Pour vous, Mademoi- M selle, vous trouvez dans votre illustre époux la noblesse de la

tt) LessaÏDls patrons des corporations et protecteurs, par l^ouisdu Broc de Seganges, 1. i, p. 353,

« Daîsssnce, la grandeur des seatimenls et plus que cela une sincère « piété. » C'est court, mats ça manque un t>eu de style.

D'aprës lés registres G 536 des Archives nationales le curé de Corvol jouissait, en 17Ki, en dixmes de 300 livres, en novales de 30 livres et en casuel de 15 livres, soit en total de 345 livres tournois, somme qui représentait à peu près 2.400 francs de notre monnaie.

Disons pour terminer ce chapitre, qu'aucun nom de niédecia n'est venu jusqu'ô nous. Deux chirurgiens seulement nous sont connus : Jean Garemier, en 1646 et Ktienne Chauve, en 1705. Comment se soignait-on jadis 6 Corvol ? sorciers et rebouteurs ne manquaient sans doute pas et, pour les naissances, les bonnes mères étaient toujours prêtées. Une seule sage femme est indiquée, c'est Jeanne Siramy, qui vivait en 1714.

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