CHAPITRE n
L'an mil pa&sé. RelActientent des mœurs. Ecoles à Nevers. Sauvez JérU' salem. L'EcolAtre surveille tes écoles et le droit d'Instituée les maîtres. Les gens d'Eglise sont tout, Traltf s pour tes écoles. L'Eglisa regarde l'Etat en fece.
Quand le dernier jour de l'an 999 fut passé et que la lumière du premier jour de l'an 1000 parut aussi claire, aussi belle qu'autrefois, on fut étonné de. vivrt; encore el, si on craignit pour le lendemain, le lt'i)dctnaui passant comme les autres jours, on se mit à espérer, à travailler.
Mais, il faut le dire, les craintes passées, oo s'amusa ferme el on s amusa si bien que, peu aprt's, beaucoup do gens s'élevèrent contre le relâchement des mœurs. Remonter le courant n'était pas cbose facile, et il fallut attendre les conciles de Rouen, de Toulouse
ll| Ssîntft-Beuvt.', Tableau historique «t ertttgue de ta Poétie françaite el du TtiéAtre françaxt au X\'[' siècle, p. 1.
i"' " ,:t formation de la lansiic ffixiiçfiiie, 3 vol, iii^qui oatoblcau,
sa I- - V'oluoy ot, en IS58, le prix Gobort.
ot de Rome (1055, 1056, 10D9) pour entendre recommander la continence aux clercs et le célibat aux ecc.lésiusti(|ues.
On ne sait pas ce que furent les écoles de Nevers pendant ces temps tort curieux à étudier.
En 1083, on trouve le grand chantre Raglnerius indiqué comme' recteur des écoles des églises de Nevers. Six ans |>lus tard, Gaii don est dit yrammuirien. Deux noms el c'est tout. Il est prùbsbif qu'à celte époque ou cliantait, depuis longtemps déjà peul-ôlre.l H Sauvez Jérusalem ! »
Ce cri répété par !e peuple, auquel on avait raconté les choses les plus étranges, monta peu à peu jusqu'aux comtes et aux rois et, le besoin de nouveauté joint à des élans plus ou moins factices de piété, engendra des quantités Je croisés. Combien de gens, en Nivernais, au printemps de l'un 1096, abandonnèrent ils leurs villages sans organisation, sans provisions, comptant que le Dieu qu'ils allaient servir ne les abandonnerait pas? Et voilô les écoles encore une fois délaissées !
Il est rare qu'un malheur ne soit pas accompagné d'une heureuse compensation, aussi, je signale, en passant, que l'usage du papier commence à se répandre. D'abord composé avec du coton broyé et pilé, il ne tarda pas à être fabriqué avec du lin ou du i chanvre qui, eux aussi, pouvaient être broyés- Comme le lin et le chanvre servaient ô faire de la toile et que les vieux chiffons res taient sans emploi, on les utilisera pour faire du papier. Un progrès en amène un autre.
Nous venons de voir que le grand chantre Rnginerms était recteur de.s écoles de Nevers. Ce nom de rccior sc/ialarum, si Parmentier l'a bien lu, dénjontrerait qu'il y avait à Nevers des écoles publiques distinctes des écoles épiscopales. Le grand chantre en était le directeur, c'est-à-diro qu'en outre de la surveillance qu'il avait sur ces écoles, il possédait le droit d'instituer les maîtres de ces écoles.
Au XVI" siècle encore, le grand chantre, en sa qualité d'éco-j lâtre, possédera ce droit qui lui valait une rétribution de la part dea^ maîtres institués.
A cette époque, les gens d'Eglise sont tout : savants, poètes, peintres, sculpteurs, architectes et surtout hommes politiques. L'abbé de Saint-Denis, Suger, fut môme un instant régent de France. Mais s'ils sont tout, savent tout, accaparent tout, ils n'instruisent pas le pauvre peuple et le laissent croupir dans la misère la plus profonde, et nous voyons, dans ce moment, notre Nivernais
dôsolé par unu feinine ai terribli? qii« iwaucoup du m* haliKanls so >uvérenl réduits à se noarrir île l'IiprbL' des champs. L'évAquo do K6vers, Guillaume dt) Saint- La zaro, i[ui avait pris part 6 la croi-
sde conli'e les Albigeois, nourrissait, chnque jour, dil-oti, près de ieux intlld pîiuvres (1). Qui alors, dans le peuple, pouvait fréquen-
'tor les écoles?
Mais n'oublions po» (]ue si les Croisades firent porir tuutileniont
^bieo du monde et ne sauvi-rent pas Jr-rusalem. elles eurent lo mérilo de montrer aux catholiques que le« musulmans étaient plus instruit!* qu'eux. M. Guizot raconte que saint Louis, pendant son voyage d'Oritjnt, ftVîint su qu'un sultan sarrti/.iti <* uv.iit amassé quantité do « iivres pour servir aux pliilûsophes de sa secte, il eut honte de ti voir que les chrétiens eussent moins de xèle pour s'instruire dans « la vérité que les intldèles ", si bien que, h son retour en France, il fit copier tous les ouvrages de saint Augustin, de saint Ainbroise, de saint Grégoire, de saint Jérôme, etc., et les fit mettre dans le trésor de la Sainte-Chapelle (2).
L'idée était bonne, j'en conviens, mais, une fois enfermés. 6 qui ces ouvrages pouvaient-ils servir? A quelques privilégiés? Mais ces privilégiés de position et d'intelligence ont ils pensé à ta masse du peuple?
C'est possible, il est certain même que, dès le milieu du XIII* siècle, on écrivit d'intéressants petits traités pour les écoles. L'un de ce» traités, dont l'écriture n'est pas postérieure au XI II" siècle, H qui parait l'u^uvre d'un véritable grntaniai rien s'nttachanl h bien établir le rapport des temps en latin et en français, fut transporté ou Angleterre. 6 Cambridge, où M. Meyer put te lire. Entre autres bonne.'» indications, ce manuscrit contenait celles-ci :
Afodiis indU-aCirus imo modo ciinHtruilur. Preteriturn pérfectum modi indirraihi verbi actizi duobits modis construitur, verbi f/racta : Asuvi jo orné et jo ai amé. Ntdlum ntiud (cupitn Cfiusdem modi et ccrhi ejusdcm rariis modtg consinuiitr. NuUuni lempus impcralivi modi rarias recipit constructiones. Presens cl pretcritum imperfectum ternpus optatici modi uno modo constriniur. Pretcritum perfecttuit et plan fjuam perfoctum optatwi ;i>odi tribun modis constnntur, rerbi gracia : Utioam amavissem, la meie volunté jo avaie amé et jo
|t) Crosoier, Congr. relig. Uommfi, p. IZ. Il y svtit tant de pauvres que pIuM tarii on inventa la Fonction de chssse-pauvres. i.i) Gui/nt, Histoire de l'rance, l. I, p. 525.
eUsse amé, ei jo avérai amê. Fndirum tfmpus uno modo sempcr coriisirriitnr. Preacrif forijunriiri uno modo conntmiUir; pretefituni imperficti, duotius : Cum amarem, cura jo evoe orné, et cum jo amnsse. Pretcrïtum per/ecti (ribus : Cum amaverim, cum joainai,et cum jo ai atné. et cum joeie amé. Et nota qitod guanto construitur cum jo aie ame, limc optatire ponitur... (1),
Ce manuscrit est fort précieux, non seulement au point de vue de la grammaire, mais surtout au point de vue du langage français en formation, langage dont je me permets d'emprunter un échantillon à Jean, sire de Joinrille, qui écrivait en 1249 :
« Après iis daus batailles devant dites, commencèrent à venir li grant meschiet en lost; car au chief de nuef jours, li cor de nos gens qui ils svoient tuez vindrent au-desus de l'yaue; et dit l'on que c'estoit pour ce que li fiel en estoit pourri. Il en vindrent Autant jusques au pont qui estoit entre nos dous os, et ne porent passer, pour ce que It pont joignait à l'yaue. Si grant toison eu y avoit, que tous les fluns estoient pleins de mors dès l'une rive jussqucs à l'autre, et de lonc bien le giet d'une pierrij menue (2) )).
Ces phrases, d'un style évidemment relevé, montrent les fruits sinistres de la guerre et l'effroyable résultat des croisades. Dieu le voûtait.
Dans son Histoire de Bertrand du Gucsclin, M. Slméon Luce assure qu'il n'existait guère, au XIII» siècle, de commune rurale sans école. Je suis incapable de protester contre cette affirmation, mais je ne cesse de me demander conibien d'élèves avaient les curés de nos paroisses et ce qu'ils leur enseignaient. Faire psalmodier quelques versets latins & ceux qui pouvaient devenir bedeaux ou fossoyeurs, et recomniander l'obéissance aux autres en leur promettant qu'ils auraient tous les bonheurs au paradis, devait constituer tout ce qui leur était permis d'enseigner. Et cet enseignement ou plutôt ce manque d'enseignement rendit l'Église si puissante qu'elle commença à regarder l'État en face.
(l) Romaiiia, janvier 1903, p. 65, GB, 67.
(S) Apr63 les deux Ijatâillcs devant dites, commencèrent l'i vcuir les RranJea raisùres dans rarinfii?; cor, bu bout tje neuf jours, les (.orps ilc nos gPBS qu'ils avaient tués vinrent Bu-desaua de l'eau; ol l'on dit que c'était parce que les Qels en étaient pourris. Ils vinrent tloii.ini jusques au poui qui était entre nos deux camps, et ne pureni passer parce que \o pont iou<*-li«iia l'eau. Il y en avoit si grande foison que tout le fleuve était plein de morts depuis une j-îve jusques a l'autre, et, en long, à la dislance du jet d'une menue pierre.
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"le pape Bonifaco VIII (1294-1303). dit Guy-Coquille, par sa « constitution Unam mnc-tani se fetsaut luy raérae sa loy, se dé- (' Clara supérieur temporel des Empires, Royaumes et Potentats « temporels, et par les raisons cju'i! allègue il maintient que cette « puissance temporelle a esté octroyée de Dieu à Saint Pierre : lou- « lefois il ne se trouve point que saint Pierre ny aucun de ses M successeurs ait exercé cette puissance jusqu'à Grégoire VII, Il Pape (1). et si les Papes l'avaient de Dieu, ils ne l'auraient pas *< parla donation de Constantin... Or le roy Philippe le-Bel, lors « régnant en France, ne vouloit croire cette proposition du Pape « Boniface et résista défait à cette nouvelle entreprise )> (2).
Si Philippe ie^Bel avait un peu plus pensé au peuple qu'à la royauté, le pouvoir laïque était fondé sans retour possible en arrière. Malheureusement pour le peuple, il ne sut pas résister, et l'Église accapara tous les services essentiels : l'enseigpement et l'assistance. En dehors d'elle, il n'y avait plus rien, et elle en profita pour faire de ses fêtes des fêles publiques a uxquelle-s tous les représentants du gouvernement devaient obligatoirement se montrer. Elle devnnt ainsi peu à peu la protectrice de l'Elat et finit par vouloir èlre obéie par l'Etat.