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SAINT-HONORÉ-LES-BAINS

SES MAItBRES ÉPIGRAPHIQUBS

^ouriste ou baigneur, quand on vient à Saint- Honoré-les- Bains, on est bien aise >id'y trouver l'excellent Guide Pittoresque, composé par le regretté docteur Henry gColIin flis et illustré par Stop. Origine, ancienneté, restauration des thermes, ^ vertus thérapeutiques des eaux, description des lieux à visiter, renseignements historiques ou légendaires, on a tout sous la main ou plutdt sous les yeux, et c'est, en général, très bien traité. Mais, pour tout lecteur attentif, certaines indications archéologiques sont fausses et, quoique étranger à ce département, je demande la permission d'en relever quelques-unes, dans l'intérêt de l'histoire du bourg et des connaissances épigruphiques.

On a regardé, comme provenant jadis de l'établissement thermal romain, des fragments de marbre, qui ont été, durant des siècles, encastrés dans tes murs de l'ancienne nef romane de l'église et qui portent deux inscriptions mutilées. C'était une supposition non seulement gratuite, mais encore erronée : nous le prouverons pour chacune des inscriptions.

Voici d'abord, d'après le Guide Pittoresque de Saint-Honoré (1), quels seraient la teneur et les caractères d'une première inscription incomplète, offerte par deux fragments de marbre, aujourd'hui conservés dans le grand vestibule des thermes.

Or cette reproduction est fautive et ne permet que la restitution de deux ou trois mots. Un estampage exact des fragments autorise à rectifier les fautes, à combler les lacunes de la reproduction donnée.

En tète, à gauche de l'N, est l'extrémité de la seconde haste d'un A ; dans la deuxième ligne, la première lettre entière est non pas un I, mais un T ; dans la troisième, devant la syllabe LIVS, on voit l'extrémité du crochet inférieur d'un E ; dans

(1) Guide Pittoresque et MMicat à Saint-Honoré^es-Baini, parle docteur Coi.UK,P».ria,lf^, p. 98.

— gela quatrième, le même crochet apparaît tout entier devant la syllabe LI, et entre elle et le F, initiale du mot FILIVS est un apex A . A la fin de la cinquième ligne, se trouve, non pas un O, mais la moitié d'un Q ; enfin, dans la dernière ligne, un apex sépare le T des lettres qui suivent.

Nous avons donc la lecture ci-contre en lettres de 0" 042 pour la première ligne, de 0™ 033 pour les autres lignes.

Telle que nous la rectifions, avec estampage à l'appui, cette lecture autorise la restitution de quelques mots sur lesquels on ne peut avoir le moindre doute, et nous fait connaître la destination de ce premier marbre.

On aurait en effet ce qui suit :

C'est bien l'inscription d'une stèle funéraire, celle d'un personnage du nom soit d'Awre- Ziws, soit de Cornélius, et le monument lui aurait été élevé par son fils. La formule DUS MANIBVS, les mots monumenton (pour monumentum)^ posuity suisque, et enfin le caractère général de l'inscription ne laissent subsister aucun doute sur la destination du monument. Il n'est donc pas nécessaire de supposer que les fragments proviennent de l'ancien établissement thermal. Le polyandre des Gallo-Romains n'était pas situé près des bains, mais au nord de l'emplacement occupé par Téglise, à proximité d'une voie romaine, dans un champ où l'on a retrouvé des stèles, et, sans doute aussi, nos marbres inscrits, qui ne sont que des restes de monuments de cette sorte.

La même remarque s'applique à un autre fragment encastré dans le mur occidental de l'église. Il faisait partie d'un marbre rectangulaire, dont les faces étroites étaient terminées en queue d'aronde. Ce fragment ne comprend que la plus petite partie d'une inscription : il manque au moins deux lignes en tête, et toute la partie gauche. On a donné de cette inscription deux lectures aussi défectueuses l'une que l'autre. Les voici :

;Vi y f I>| liJ vr %J

(^ou. GTrvEllvi)

V fl Ê feï'FllVI

(1) Celte leçon se trouve dans le Guide à Saint- Honoré, publié en 1866 par le docteur K. Gollin, page 17, et dans plusieurs ouvrages d*archéologie. «

(2) Voyez Ouide Pittoresque, par le docteur HKmv Coli.ix, Paris, 1887, page 92.

Or, l'estampage (1) fournit la lecture suivante :

t Dans la seconde ligne, le I qui précède LVDIS serait-il la

1 1 ^ m ^ désinence de prœfect I ? La conjecture est possible. Mais

••■ "^^ 1^ Va ^^ P®"^ sûrement restituer quelques mots dans la quatrième

/IbPL W ligne. Devant le B, est une lettre triple, A N I; et avec le M

^MATlB ®* ^® ^y ^'^^ ^ MANIB., c'est-à-dire les deux premières

1^^ fV Q syllabes du datif MANIBVS ; le S précédent est la finale de

CfiX C%ii9 '^^^' ^^ ^^ donne DUS MANIBVS. Dans la cinquième ligne,

^ ■ "^ Vil la première lettre est double, N et I. Enfin, dans cette même

ligne, DO semble être le commencement de DONAVIT. On aurait donc :

* La teneur de cette

^ ^ inscription, et en

• — I laYvlJf particulier les mots

• •• A£D£im i>iw manibusj ici "^ V T Clkl A M## it encore accusent un }) llOnANI» „„bre funéraire,

flftS OO peut-être celui d'un

iv/ , / . * i*»v. x/ivr^^ [ . auquel on aurait

ment (œdem)^ où le marbre devait être enchâssé. Pas plus que les précédents, le fragment conservé dans un mur de l'église ne saurait être rapporté à un édifice des thermes anciens.

Sur la hauteur où se dresse Saint-Honoré, se trouvait, comme chacun sait, le village gallo-romain, dont le périmètre, ainsi qu'en témoignent de nombreuses substructions, dépassait même les limites du bourg actuel. Après les invasions, pour relever les maisons détruites, pour bâtir la première église, on n'a pas eu, semble-t-il, besoin d'emprunter quoi que ce soit aux ruines de l'établissement thermal. Sur place, on avait d'abondants matériaux en moyen et en petit appareil, et plus d'un monument funèbre, plus d'une stèle en granité ou en marbre, et ce sont ces matériaux, ces stèles, ces marbres que les Francs ou les Burgondes .chrétiens utilisèrent pour construire soit leurs foyers domestiques, soit l'église du vrai Dieu qu'ils venaient d'apprendre à connaître.

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