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LES FORTIFICATIONS DE L'ANCIEN NEVERS

1 n'est pas douteux que Nevers a été fortifié dès la plus haute antiquité, sans remonter pourtant à Voppidum de César.

La partie enfermée conser\'a le nom de Cité jusqu'au XVI^ siècle, et c'est le 'nom que lui donne encore Guy-Ck)quille : « On voit, dit-il, les anciennes murailles de la Cité qui est Tancienne fermeture. »

Dès 763 à 768, pendant cinq ans, Pépin-le-Bref y établit, d'après les chroniques d'Eginhard, son quartier général, dans ses guerres contre Waifre, duc d'Aquitaine. Les environs de Nevers, paraît-il, n'eurent pas à se flatter de ce voisinage.

Il dut trouver déjà ce point stratégique établi et il en apprécia la valeur, eu égard aux armes de l'époque. Mais encore, h cette date, la tactique militaire des guerres de l'ancienne Gaule se ressentait des Romains, ses anciens conquérants. Tout avait été romanisé, les guerres et les habitudes comme les constructions.

Et ce réveil s'accuse bien davantage sous Charlemagne. Un diplôme de Charles-le- Gros du 18 décembre 888, en faveur de la cathédrale, précise cette enceinte dont l'abbaye Saint-Martin est hors les murs, et, plus loin parlant de Saint-Didier qui, dit-il,

(1) Ce résumé est extrait, en substance, de l'ouvrage actuellement sous presse, intitulé Remparts et Monuments de l'ancien Nevers^ qui vient d'être honoré des subventions du Conseil général de la Nièvre et du Ministère des Beaux-Arts. Ce résumé a été lu au dernier congrès des Sociétés savantes, à la Sorbonne. Dans le journal V Architecture y n» du 9 juin 1894, page 177, la Société centrale des Architectes Français a rendu compte de cette communication dans les termes suivant» : « Relativement de formation nouvelle est la Section de géographie historique, et jusqu'à présent « aucun de vos délégués n'avait pensé qu'elle pouvait offrir quelque connexité avec rarchitecture. « Mais, cette année, un de nos confrères, M. Massillon Rouvet, de la Société Académique de Nevers, y

€ de ses monuments ; aussi, tout en nous félicitant d'avoir entendu la lecture de ce travail agrémenté « de croquis au tableau, avons-nous été étonné de ne l'avoir pas vu réclamé par la Section d'histoire € ou d'archéologie et même pour une séance des Sociétés des beaux-arts. »

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Il y avait donc des tours à cette enceinte, en dehors des deux tours des portes d'entrée?

Mais la Loire qui avait déjà eu un pont, d'après les Commentaires, a dû continuer ce passage à la même place, sous la même protection que le pont actuel ; il figure sur toutes les vues connues de Nevers. Une troisième porte ayant deux tours était encore à la tête du pont. Ne trouvons-nous pas là, en nous servant des études sur les Fortifications antiques de M. le colonel de la Noë, une enceinte gallo-romaine bien caractérisée ? Ne sommes-nous pas d'accord avec Végèce à son sujet?

D'ailleurs, ajoutons encore une marque particulière que nous donne la disposition actuelle de la Cité : des escaliers descendant de la Cité sont le vestige d'une tradition de sorties dérobées, pour débloquer les assauts donnés aux portes, les seuls points que l'assaillant se contentait d'enfoncer aux époques gallo-romaines. Ces portes de sortie sont : au bas du quai, à la Fontaine du Rivage ; l'autre à la Fontaine Baulmotte, près le pont à droite ; à sa gauche, l'escalier du Calvaire ; à la rue Saint-Genest, l'autre escalier du Calvaire ; en face la porte du Croux, l'escalier des Jacobins. C'est par ces sorties que la défense pouvait prendre l'ennemi à revers. Les murs, étant terrassés jusqu'en haut derrière de fortes maçonneries, ne rendaient pas facile une brèche autre part qu'aux portes, surtout avec des fossés larges et profonds où il était possible d'amener de l'eau.

Dans la Cité, des fouilles ont révélé des débris romains ou gallo-romains ; sur l'emplacement de rhôtel de ville actuel, on a découvert des constructions romaines très caractérisées; autour de la Mairie, j'ai pu constater, en octobre 1888, dans une tranchée faite pour loger la distribution des eaux, la présence de nombreux débris de tuiles à rebords, des poteries, des foyers.

Il est donc certain qu'il y avait un réduit ou château à cette place, ou pour le moins une construction de la date de son enceinte.

On peut donc dire que la première fortification de Nevers avait la surface de son oppidum ; que de grands murs terrassés, avec tours demi-cylindriques, la défendaient avec de larges fossés au pied; qu'il y avait trois portes d'entrée ayant chacune deux tours de défense; que des poternes aidaient à la défense de son enceinte, et qu'enfin au dedans se trouvaient un château et la cathédrale.

Ajoutons que cette description s'accorde de tous points avec celle que les chroniqueurs lui donnent et que les auteurs ont répétée : Nevers est un château-fort ancien^ et son étendue est à peine celle (Tun village.

En H94, Pierre de Courtenay, octroyant les franchises municipales de Nevers, construisait de nouvelles fortifications, enfermant au dedans de ses murs les couvents ou paroisses. Elles avaient 3,000 pas ou dix-sept cents toises de longueur, nous dit Guy-Coquille ; c'est aussi la longueur qu'elles ont sur notre tracé.

Pierre de Courtenay fut un grand capitaine que Joinville appelle un foudre de guerre ; il refusa d'être nommé général de l'armée cathohque, dans la croisade contre les Albigeois, et ce ne fut qu'à son refus que Simon de Montfort fut appelé à cette haute situation. Il était parent de Philippe- Auguste et fit avec lui et Richard-Cœur-de-Lion la

guerre en Palestine. Il était donc en compagnie des deux plus grands hommes de guerre de l'époque. Est-il utile de rappeler que ie siècle, qui allait finir, avait enfanté des merveilles dans toutes les branches de la production ; que les troubadours et les trouvères exaltaient les vertus guerrières, que les chansons de gestes étaient des chants belliqueuz inimitables, comme l'avait été l'épopée royale de c Roland à Roncevaux. » C'est sous ces auspices que vont s'élever les murs de Nevers. Ils enferment ceux de l'époque gallo-romaine comme un noyau et sont appropciés aux nouveaux engins et aux nouvelles armures.

Ils bordent la Loire avec une porte fortifiée sur le pont, précédée en avant d'une autre porte semblable, que donne la vue de 156G.

Une grosse tour d'angle; la tour Goguin, vers les Montapins; la tour de lleauregard, à l'emplacement d'une rampe descendant acluoUoment au quai, et une autre, celle du Milieu-des-Rivages — aujourd'hui transformée par les siècles qui suivirent— voilà, sur une ligue droite ayant une légère inclinaison en dedans, entre le pontet la tour Goguin, ligne qui défie soit le passage àguédu lleuve, soit une llotille,unei]cl'ense appuyée, en arrière, par les murs de l'ancienne enceinte.

La Nièvre et l'Eperon traversent des terrains bas et inondés, mais la rive droite est plus élevée. Les murs suivent ce contour brisé. La tour de la BouUerie, la porte du Ravelin aident à la défense de ces murs ; à l'angle, la tour Saint-Trohé, aidée par le renflement de murs très élevés aux Carmé- Tour du Milieu-dea-Rivages files, ayant une lice fermée à la corde du renfle-

ment, dans l'une des faces, et sur l'autre, la tour à côté de la fontaine des Fossés. C'est ainsi que la tour Saint-Trohé présente une bonne défense.

Il y a une entrée de ville dans le parcours que nous venons de feire : celle de Nièvre. Au loin, une motte ou élévation, entre Saint-Lazare et la Loire, semble barrer le chemin et commande les alentours. La porte de Nièvre présentera des défenses de circonstance.

C'est ce que nous indique la vue de 1566 et le plan de 1595, attribué à Blaoeuw, nous renseigne pour le surplus. Que s'agit-ii d'observer? La différence entre les constructions du XII" siècles et celles qui les ont modifiées.

A l'est, le terrain s'incline, le plateau où se trouvent les remparts se dessine. Sur cette face est une porte, celle de la Barre.

Le front est droit, mais vers l'angle nord il s'incline en dedans, parce que le plateau d'en face est supérieur et constitue un véritable promontoire, étroit, il est vrai, mais à bonne portée des remparts. Aussi les tours se rapprochent. Non seulement la tour des Fossés vient aider cette porte, mais cette porte elle-même, d'après le dessin de i566, a deux étages de défense ; elle prend un commandement sur la hauteur. Le rempart lui (ait face ; à l'angle est une autre tour, ta tour Crénelée. Un redan triangulaire ayant une tour de Luzarches il son saillant et une autre de la Censuère & son rentrant augmente la défense sur ce point.

Si, dans la suite, le plateau s'éloigne un peu, il n'en est pas moins redoutable jusqu'à

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la porte des Ardilliers, car il domine. Un double rempart prévoit le cas d'une audacieuse attaque. Cependant, un étang est là déjà dans le parc de la préfecture; il devient profond aux Minimes, à l'emplacement de la vieille Caserne.

Mais la position du plateau qui domine et enveloppe toujours Nevers, mérite qu'on s'y arrête. Les tours se répètent après la porte des Ardilliers; celle-ci à la place de l'arc-detriomphe élevé, en 1746, en l'honneur de la victoire de Fontenoy.

C'est d'abord la tour des Ardilliers, puis la tour Galope, puis la tour Neuve, puis la tour Saint-Didier ; ensuite vient une porte Saint-Didier, ouverte depuis.

Mais ces points se trouvent sur le dos du raccordement du plateau Saint-Gildard ; le terrain y est ferme et dominant ; tout peut se tenter : l'escalade, les galeries de mines, les tours roulantes, etc. Le rempart fait un angle rentrant et les traits convergent vers cette échine du col.

Plus loin, la colline amène ses pentes rapides près des murs, et là aussi l'angle n'est pas droit, il est à flanquement ; deux tours, presque côte à côte, s'aident mutuellement : c'est la tour Saint-Laurent et la tour des Chèvres. Mais le front de défense présente-t-il toute sécurité pour Pierre de Courtenay ? Pas du tout. Aussi, de même qu'il a doublé le rempart de la porte de la Rarre à celle des Ardilliers, malgré les tours, il doublera encore depuis le milieu de la courtine, séparant la tour Galope de la tour Neuve, jusqu'à la tour Saint-Laurent ; mais les parties devant l'étang ne seront pas doublées, les tours suffisent.

Une sortie sera dans la tour Saint-Laurent, une poterne peut-être ; mais le point est dangereux. Aussi, pour entrer dans la place, on suivra entre les deux murs de défense, dans un étroit passage dominé jusqu'à l'angle actuel de la place de la Halle et de la rue du Rempart.

Le front de l'ouest de Nevers est en face d'une hauteur : celle des Montapins dominant toute l'enceinte ; mais cette hauteur est trop éloignée. Elle est hors de portée. De plus, un étang alimenté par l'Aiguillon, les Fonts- Bouillants et la Fontaine-d'Ai*gent, sépare ces deux forces opposées, c'est-à-dire le front de l'ouest et les Montapins.

Le front est droit, et pourtant la colline d'en face s'approche du centre de ce front. Mais c'est la face la plus forte de Nevers, la moins à craindre, car les fossés sont larges, profonds et pleins d'eau se renouvelant. Il y a bien une différence de niveau dans le terrain; elle est de trois mètres; une digue en maçonnerie traverse la vallée, retient l'eau au pied des murs; dans les parties basses, c'est la Loire qui arrive à la tour du Havre, au pied de la digue, à 150 mètres de son lit ; elle mouille le pied de cette dernière et des tours Ninchat ou Saint-Révérien et Goguin. Puis sur cette face bien défendue est une porte à la même place que la sortie du Croux du XIV'* siècle.

Telle est, d'après une vue générale, la défense extérieure de Nevers sur ce côté; mais nous pouvons l'étudier de très près et en détail, grâce aux dispositions premières, encore intactes, ou tout au moins transformées depuis, transformations faciles à reconnaître et à dater.

Première Eventualité : Les fossés remplis par la Loire, soit naturellement, puisque le fond est au-dessous de son étiage, soit par un barrage du fleuve, peuvent devenir praticables. Dans ce cas, la Tour Goguin (d'Angle) est munie de murs très épais (2™ 50), de salles spacieuses voûtées; ses défenses sont complètes; ses hourds ou bretèches, très

hauts el surmontés encore de défenses au-dessus d'eux, offrent un commandement tout autour. C'est un véritable château ayant son terre-plein, dans lequel est un puita : c'est déjà ie succès. La tour Ninchat est à cent mètres de là; elle oirre un bon flanquement; ses parties basses ont des défenses superposées, voûtées, avec un étage inférieur inondé par les fossés pleins, comme à la Tour Goguin, mais devenant une défense effective et les halayant, le niveau d'eau abaissé. En hauteur, le commandement est bon aussi et, si elle n'a pas l'élévation de la Tour Goguin, sa place est moins e.xposée, et puis elle a de nouvelles défenses à câté. C'est dans la salle basse de cette tour que sort la fontaine Saint-Révérien, dont elle garde aussi le nom et où la tradition conserve à son emplacement le souvenir du martyre de ce saint. A cinquante mètres au-dessus d'elle est la digus maçonnée, garnie de merlons et d'an-hères, prenant de face toute la largeur des fossés jusqu'à la Loire, et la digue a de 70 à 80 mètres de long. Si l'ennemi parvient à s'approcher des murs et à faire brèche, les tours séparées du rempart le prendront à revers; à soixante mètres à peine, les murs de la Cité le prendront de face. L'ennemi ne peut tourner l'ouvrage, sa position est désespérée et la brèche qu'il a faite ne peut lui servir, Dettxième Eventualité : La digue peut être prise, éventrée, les fossés supérieurs vidés et même mis à sec.

La situation de l'assiégé devient évidemment critique, car en face, dans un jardin, existe la fin des hauteurs des Montapins en pente prononcée ; c'est un commandement séparé seulement par l'eau ; la digue arrive à son pied et se trouve prise à revers. Par un coup de main, une escalade, on peut avoir raison des fortilications d'en face; le chemin est court; une invasion par une brèche tourne aussitôt la porte d'cnti'ée et paralyse une bonne partie de la défense. En combinant cette attaque avec une autre à la Tour Saint- Laurent, ce dernier point peut être pris à revers par l'ennemi entré dans les remparts, et alors la ville est ouverte. La Cité est trop éloignée de ces points pour prêter secours. Pierre de Courtenay a remarqué cela; il pare à sa faiblesse. Le rempart avait cinq

mètres d'épaisseur ailleurs; il les double ici par une terrasse intérieure, terrasse oti les soldats auront un abri et d'oii des machines balistiques empêcheront l'occupation d'en face. Mais si l'audace de l'ennemi se caractérise par une attaque, une salle d'armes étroite etlonguesouslechemin de ronde, avec des archères rasant le dessus de l'eau des fossés, accablera l'ennemi, à raison de dix ou douze flèches par archer et par archère. Mais par le haut de ces murs, derrière des merlons, par les archères, même défense; elle Une Poierae du xii« siècle sera complète sur la digue prise

à revers.

Une sortie est-elle utile pour l'assiégé? Elle sera feite de trois côtés à la fois par des

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poternes, à cinq et six mètres au-dessus du fond des fossés : une première est à la tour Ninchat; la deuxième a un redan à trente-cinq mètres de là et à vingt-six mètres du point critique. Nous la décrirons. La troisième a quarante mètres de ce point près la porte de ville, et enfin la porte de ville même. Et si contre cette sortie il est fait un retour offensif, des flanquements dans les murs nord donneront la chasse à l'assaillant par le pied et le haut des remparts, où des échanguettes sont ménagées à côté des merlons.

La disposition entre les tours du Havre el de Ninchat est plutôt une sortie contre les assaillants de la partie près la Loire, ou encore contre ceux de la tour Ninchat. Sa porte romane accède à une galerie, h un mètre au-dessus de son seuil. Le mur fait un angle rentrant de 3" 50, et son arête saillante, arrondie en petite tourelle massive, est sui'montée sûrement d'une échanguette, dont on aperçoit Tamorce, et cet angle est percé, dans le massif, d'une archère. La galerie a 2 mètres de haut, est voûtée en maçonnerie pleine ; elle a une largeur moyenne de 1™ 35. Dans la face de n^our, ust une archère défendant le pied du mur de courtine et la tour Ninchat, à côté de laquelle est l'autre poterne de sortie.

Du dehors pour arriver à cette galerie, l'ennemi doit monter une échelle mobile adaptée à une porte abattue, formant palier; réclielle est parallèle au mur, et au-dessus d'elle se trouve un mâchicoulis ou assommoir.

Mais si cette porte à abattant ne peut se fermer, il y en a une autre à 0"» 80 de ce point, qu'on tire h soi sur une feuillure de 0™ 07 et un tableau de 0" 22. puis une différence de un mètre à gravir; là, nouvelle porte. Enfin, l'ennemi peut s'emparer de cette galerie, mais il ne peut la mettre à profit, car il lui faudrait pénétrer dans le rempart par une porte de 0"^ 60 de large, puis dans des couloirs étroits et longs? Et d'autres portes Tattendent encore!...

Voilà ce que nous voyons encore des murs de Pierre de Courtenay, dans la partie la mieux défendue par la nature.

C'est cette accumulation de précautions, de défenses accessoires qu'il faut ajouter aux parties disparues, pour avoir l'idée qui a présidé à cette construction. Ce côté de la défense nous révèle pourtant une digue de retenue, probablement répétée, qui permettait, avec l'eau qui source tout autour de Nevers, d'inonder tous ses fossés.

Mais, nous l'avons dit, cette enceinte forcée et prise, on retrouvait celle gallo-romaine, dans laquelle nous retrouvons le château-fort de Pierre de Courtenay.

Un plan de 1749 en donne le contour et ensuite une façade, qui existe encore rue du Doyenné, nous montre son système de défense. Sous une terrasse basse, munie de merlons percés d'archères, se trouvent des archères cachées et utiles au moment précis, sans crainte de détérioration pour elles avant ce moment. Au-dessus de cette terrasse, cachées derrière des contre-forts qui les protègent, nouvelles archères ; elles feront besogne utile au moment propice.

Mais le plan nous indique, maintenant, le système entier. Le château, du côté du dehors, avait, d'après ce plan, une tour à chaque extrémité; dans l'intervalle, trois contreforts, entre lesquels se trouvaient des archères; les contreforts devaient recevoir des arcs en pierre de taille, derrière lesquels se trouvaient des mâchicoulis ou assommoirs, et, au-dessus, des merlons percés d'archères. Une tour carrée prenait l'entrée de face ; une autre, très grande, était à l'est du château, c'était le réduit.

Le château avait une cour fermée à l'intérieur par des bâtiments. De l'autre cOté de la rue du Doyenné, un plateau élevé, dominant la rue et les environs, allait jusque vers la cathédrale, bordant l'ancienne rue de la Tartre.

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PMaiR (te Pierre de Courlenay, restitué de ses ruines

Mais ce n'était pas tout encore. En 1888, au mois d'octobre, lorsqu'on ût les tranchées pour loger la distribution des eaux et lorsqu'on relit la clôture du jardin de l'évéché, on mit à découvert des murs dans lesquels je pus reconnaître ceux des XII" et \I1I< siècles ; ils étaient épais d'environ 1™ 25, et l'un d'eux avait à l'extérieur une galerie souterrainei il est dans la clôture (grille) du château ducal actuel.

Ce sont là les restes d'une baille ou avant-cour précédant le château. Cette baille enfermait la cathédrale et se combinait avec les parties fortiriées que les travaux de restauration de la cathédrale ont maladroitement fait disparaître extérieurement, mais vi$ible à l'intérieur.

On voit que si le château appuyait un point faible des remparts, il était merveilleusement défendu avec un talent incontestable et cet axiome de fortification : Ttntt ce qui défend doit être défendu, était clairement étalé.

Voilà l'œuvre de ce grand capitaine qui fut comte de Nevera et qui s'appelle Pierre de Courtenay.

Portes (le ville du Xll" siècle {celleB de Loire, des ArdlUiers et de Nièvre).

Porle de ville du XIll' sièele (transformation du XII" aiôcle).

La fin du XIV» siècle trouva les remparts en ruine, par suite d'un siècle passé dans l'inaction. Le danger de l'invasion anglaise les fait réparer; des parties importantes sont évidemment refaites à ce moment. La tour Saint-Eloi ou du Milieu-des-Rivages est de

Plans de la Tour du Hilieu-des-Riv&gce au XIV' siècle.

cette date, quoique transformée encore cent ans après. La Porte du Croux est tout entière de la fin du XIV«. Nulle part, dans les murs de la Cité, je n'ai trouvé trace de cette époque; ils sont de construction plus récente.

Les XV'' et XVI» siècles arrivent et amènent une profonde transformation que l'emploi de la poudre avait nécessitée. Ces transformations sont encore complètes aux tours Goguin, Ninchat, du Havre et aux courtines de ces tours jusqu'à la porte du Creux.

■* Partout on voit encore, avec une taille de l'époque, des reprises de maçonneries, des rapiéçages (embrasures) adaptant les trous des projectiles, au-dessus desquels se trouvent les évenls Ukj.jh«K ' pour la fumée des couleuvrines. La tour Saint- Tour du Milieu-de«-BiïaH=s Eioi ou du Milieu-des-Rivages est toute ouverte (Vue postérieure). derrière, et malgré son couronnement du XIV siècle, c'est une batterie pour couleuvrines du \\'\

Aux tours Ninchat, Goguin et aux évents qu'on trouve dans le front ouei-t, les chambres étaient fermées ; c'étaient les casemates de Pierre de Courtenay, remaniées, appropriées aux exigences de Kartillerie nouvelle, sans méthode et encore sans expérience. Le Ravelin, construit en 1475, est seul établi selon la méthode rationnelle.

Mais ces chambres closes n'ont jamais été employées. Heureusement ! car si les projectiles n'avaient pas fait reculer l'ennemi, sûrement la Tour iranaformiSe nu x\' siedc fumée de la poudre eût expulsé les défenseurs de

ces casemates.

Mais, est-il besoin de le faire remarquer? tous nos essais de prise d'assaut n'ont été que supposés. Nevers n'a pas eu à soutenir de siège. Ce fut une ville heureuse !...

Massillon Rouvet,

Arekitecie

Correspondant du Ministère des IleauX'Arls.

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