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NOS MEDECINS ET NOS PHARMACIENS PENDANT LE XIX^ SIECLE

Une profonde transformation s'opère pendant le commencement de ce siècle dans l'art et dans le personnel médical. Nos vieux chirurgiens disparaissent tour à tour et troquent leur titre contre celui d'officier de santé. Ceux-ci eux-mêmes deviennent de plus en plus rares, et bientôt nous n'aurons plus que les seuls docteurs. Le frater et le barbier, ces anciens auxiliaires du service médical, deviendront messieurs les perruquierscoiffeurs et, en s'en allant, emporteront avec eux les bassins de cuivre, signes, jadis, distinctifs de la demeure et de la profession du médecin.

GoDiN (Jacques) est le premier médecin que nous retrouvions à Luzy avec le titre d'officier de santé. Il était né vers 1750, et nous le pensons originaire de Châtillon-en- Bazois, et frère de Jean Godin, qui y était notaire dans le commencement du siècle. Il fut médecin de notre hôpital pendant de longues années. En 1823, il dut, tant à c^use des fatigues de l'âge que de certains ennuis qui paraissent lui avoir été suscités par la municipalité, abandonner ces fonctions qui ne l'avaient pas enrichi, car, peu après, il était recueilli dans cet hôpital comme chirurgien honoraire (1). Il parait en être sorti en 1829 pour aller finir ses jours chez des parents, dans les environs de Toulon-sur-Arroux (Saône- et-Loire), mais nous n'avons pu retrouver exactement ni le lieu, ni la date de son décès qui dut avoir lieu en 1830. Notre père, qui le connut lors des dernières années de son séjour à Luzy, le regardait comme un excellent homme qui avait conservé, malgré la triste situation dans laquelle il se trouvait et malgré son grand âge, un caractère gai et bienveillant et se montrait fort sensible aux attentions que son jeune confrère avait pour lui.

Vers la même époque, nous trouvons Digoy (Jean-Baptiste), officier de santé, né à Cussy-en-Morv'and, et décédé à Luzy le 15 juillet 1846, à Tâge de 81 ans. Il était fils de Jean Digoy et de Reine Marillier. Marié tout d'abord à Catherine Daviot, il convola en secondes noces avec Elisabeth-Sophie Desvignes. Il fut adjoint de Luzy en 1815 et remplaça Godin comme médecin de l'hôpital. Son fils Didier fut adjudant de cavalerie, puis secrétaire de la mairie de Luzy. Son petit-fils Gilbert vient de prendre sa retraite comme lieutenant-colonel d'infanterie .

Durand (Lazare), officier de santé, fils de Benoît, serrurier à Luzy, et de Catherine Maisonseul, né vers 1778 et mort à Luzy le 29 mars 1850, était marié à demoiselle Rochut, de Bourbon-Lancy. Nous l'avons connu encore très alerte et ne manquant ni

(1) 11 figure avec ce titre dans les almanachs de 1828 et 1829).

d'esprit ni même d'une certaine malice. Il a laissé trois filles, toutes trois mortes à un âge très avancé, et dont Tune fut mariée à M. Ghevrier, chef d'institution à Bourbon-Lancy, chez lequel nous avons pris nos premières leçons de latiniste. Son fils était tout récemment conservateur des hypothèques à Nevers.

Vient ensuite le docteur Gueni:au, notre père aimé, ancien président de l'association des médecins de l'arrondissement de Chatcau-Chinon, membre de l'association médicale de la Nièvre, suppléant de la justice de paix de Luzy.

On voudra bien nous pardonner de donner à cette biographie un plus grand développement qu'à celles de ses confrères; c'est un hommage filial que nous ne pouvions refuser à la mémoire de celui dont la vie résume pour nous, dans son admirable simplicité, tout ce qu'on peut trouver d'excellent en fait de dévouement, de dignité professionnels, en amour du bien, de la famille et de l'humanité .

Né à Luzy le 21 mai 1799, Gueneau Jean-Baptiste-Auguste, ou mieux M. Auguste, comme on se plaisait à l'appeler dans le pays, était fils de Pierre, tanneur îi Luzy, ancien trompette-major au régiment de Heury, avec lequel il fit la campagne de Hanovre en 1755, ancien officier municipal de Luzy et major-député de la Nièvre h la Fédération, et de Marie-Guillemetle Thollé, nièce de l'évêque constitutionnel de la Nièvre.

Gueneau avait à peine un an quand il perdit son père. Après quelques années d'études à l'école primaire, puis chez M. Desjours, curé de Fléty, d'excellente mémoire, ancien sous-officier de cuirassiers pendant la Révolution qui, ayant repris l'habit sacerdotal, donnait des leçons de latinité à quelques jeunes gens du pays, il fut placé comme clerc chez M'CourauJ, notaire ; mais le papier timbré n'avait que peu d'attraits pour lui ; aussi, tout on apprenant à rédiger un sous-seing ou un bail, se préparait-il secrètement k d'autres études. Dès qu'il se sent prêt, consultant plus son bon vouloir que sa bourse, il part à pied pour Paris, afin d'y suivre les cours de la Faculté de médecine. Être médecin, c'est là sa vocation et il la suivra jusqu'au bout. Il faut lui avoir entendu raconter, avec toute sa bonne gaîté, combien durs furent ses débuts et de quelle façon plus qu'économique il dut se loger et vivre, donnant des leçons à quelques camarades plus fortunés que lui, supportant sans faiblir les plus rudes privations, ayant eu plus d'une fois froid et faim, pour se faire une idée de toute l'énergie qu'il eut à déployer pour pouvoir continuer ses chères études. Mais l'énergie était ce qui lui manquait le moins et peu lui importaient les soulTrances pourvu qu'il put, un jour, atteindre son but. Aussi, après avoir suivi les cours de botanique avec René Desfontaines, étudié la pathologie interne et externe avec Richerand et Lisfranc ; la chirurgie, pour laquelle il ne cessa d'avoir une aptitude toute particulière, avec Marjolin et autres professeurs des plus célèbres alors, qui, tous, lui conservèrent une précieuse amitié, fut-il admis comme interne à l'hôpital Saint-Louis. L'internat c'était la vie matérielle presque assurée et les meilleures promesses d'avenir.

Malheureusement, de graves raisons de famille vinrent le forcer d'abandonner, à la veille de toucher au port, une situation si laborieusement conquise. Sa mère l'appelait près d'elle, et c'est comme simple officier de santé, et avant d'avoir pu subir ses examens du doctorat qu'il vint s'installer à Luzy pour y exercer la médecine. Mais si, en quittant Paris,'Jl se voyait obligé de renoncer à tout espoir de devenir professeur à la Faculté, ainsi qu'il l'avait rêvé et qu'il était certain d'y arriver, il ne désespérait pas de conquérir son diplôme de docteur dans un prochain avenir.

La nécessité de se former une clientèle, puis son mariage avec Pauline Robert, notre mère bien-aimée, et enfin la naissance de trois fils qui vinrent, tour à tour, augmenter ses charges de famille déjà lourdes le forcèrent à ajourner ses projets plus longtemps qu'il ne

l'avait pensé.

C'est en 1837 seulement que, jugeant l'heure venue de montrer à ses fils ce que peut la volonté et^ sans se laisser détourner par les instances affectueuses de ses amis qui l'assurent que la possession d'un diplôme n'ajoutera rien à la confiance qu'on a en son savoir, il va se remettre à la tâche pour réaliser enfin ses projets.

Les circonstances étaient pourtant alors des plus défavorables pour lui, car il ne s'agissait plus seulement d'aller subir quelques examens de médecine, ce qui ne l'inquiétait guère, mais il fallait, en vertu de règlements nouveaux, reprendre en sous-œuvre et dès le commencement tout ce qu'il avait fait : le baccalauréat ès-lettres, le baccalauréat ès-sciences et certains examens qui n'étaient pas exigés jadis l'étaient aujourd'hui pour parvenir au doctorat. De telles difficultés n'étaient pas de nature à le faire reculer; tout au contraire, elles ne font que le stimuler.

En 1837, il subit son examen du baccalauréat ès-lettres, auquel il s'est préparé seul, sans professeurs, et sans rien négliger des devoirs de sa profession. En 1838, c'est le tour du baccalauréat ès-sciences; enfin, en 1840, à quarante et un ans, laissant le soin de sa famille et de sa clientèle à notre excellent oncle et ami si dévoué, le docteur Robert, son beau-frère, dont nous reparlerons ci-après, il se rend à Paris, se remet sur les bancs comme un simple étudiant et subit, tour à tour, tous les examens du nouveau doctorat.

Il revient, rapportant, après un labeur acharné qui faillit gravement compromettre sa santé, ce diplôme de docteur, objet de tant de généreux efforts, et c'est à ses trois fils qu'il dédie sa thèse inaugurale sur l'anasarque symptômatique des altérations du sang.

a A mes fils, Louis, Lucien, Victor, écrit-il, je vous dédie ce travail, mes chers enfants; puisse-t-il vous inspirer le goût de l'étude aussi profondément que je vous aime et que je vous souhaite l'amour du bien. »

Ce goût de l'étude, cet amour du bien qu'il nous souhaitait en termes si touchants, le docteur Queneau les possédait au degré le plus élevé et ne cessa de nous en donner le plus éloquent exemple pendant tout le cours de sa vie qui ne fut qu'un long labeur, qu'une longue journée d'études; il y joignait une modestie, une simplicité, un dévouement à sa famille et à ses semblables, une honnêteté de cœur et d'esprit qu'on ne saurait se lasser d'admirer, et c'est pour lui qu'on peut dire que le repos n'était qu'un changement de travail. Ses diplômes conquis, il se remet à l'œuvre avec une nouvelle ardeur, estimant que l'homme ne doit pas cesser de chercher à agrandir chaque jour le cercle de ses connaissances, non pour le vain plaisir de savoir, mais pour pouvoir augmenter ses moyens d'être utile à ses semblables.

Non content de se maintenir au courant de toutes les découvertes qui intéressent l'art médical, il lâche de trouver lui-même les moyens les moins coûteux, les plus simples et les plus en rapport avec les habitudes de nos gens, de les guérir de leurs maux et de les en préserver, si possible, en améliorant leur manière de vivre, leur vèture, leur habitation, etc. Aussi est-il bien rare qu'on le rencontre en voyage, soit à pied, soit à cheval, car il ne voyage pas autrement, sans un livre à la main, studieuse mais parfois dangereuse habitude qui lui causa plus d'une mésaventure sans le corriger. A chaque porte, du reste,

on l'arrôte, on lui demande une consultation, toujours gratuite — ça se donne en passant — qu'il ne refuse jamais. C'est, tout en cheminant, qu'il étudie différentes langues vivantes, l'italien, l'espagnol, afin de pouvoir lire dans leur idiome ses auteurs favoris et, comme au Lycée on nous apprend l'allemand ou l'anglais, il les étudiera, afin de mieux nous encourager dans nos études. Quand nous venons en vacances, il est toujours mieux que nous au courant de nos cours de Tannée.

Il ne craindra pas de joindre parfois l'agréable à l'utile et, tantôt il rimera quelques stances, soit pour égayer nos fêtes de famille, soit pour répondre au père Jean (1), notre poète morvandeau et excellent parent de Moulins-Engilbert, soit à Antony Duvivier (2), notre ami si dévoué, qui se plaisaient à lui adresser leurs œuvres poétiques. Tantôt il s'adonnera à la musique pour laquelle il a des dispositions toutes spéciales et qu'il a apprise, pour ainsi dire, d'intuition, et comme en se jouant, sans le moindre professeur. Avec quelle émotion nous restions suspendus à ses lèvres, en l'entendant de sa voix douce et harmonieuse, nous chanter quelque romance du jour, quelque chant patriotique ou quelque gaie chansonnette du pays. Puis nous devenions tout oreilles quand, prenant son violon ou sa flûte, dont il savait tirer des accents si expressifs, il venait à nous jouer quelques morceaux de nos meilleurs maîtres.

Mais combien étaient courts ces trop rares instants de vie de famille. Trop souvent, au cours d'une de ces bonnes soirées, dans lesquelles le médecin, oubliant un instant soucis et fatigues, se refaisait père et enfant pour instruire et égayer ses enfants et se montrait si tendre, si affectueux pour nous rendre heureux, un bruit bien connu venait nous arracher à notre bonheur. C'était quelque pauvre client qui, pour ne pas perdre sa journée, et, suivant l'habitude des Morvandeaux, de venir chercher le médecin la nuit, alors seulement que le malade est à l'agonie, frappait brusquement la porte de son lourd bâton. Le cas était pressant et il fallait partir de suite. Sans hésiter un instant, sans regarder à la rigueur du temps, à la longueur de la course, et bien certain de passer une nuit de fatigue dont il ne serait peut-être jamais payé, notre père se mettait en route.

Je ne dirai pas toutes les héroïques imprudences qu'il nous a été donné de lui voir ainsi commettre, s arrachant au lit sur lequel le clouait la maladie pour aller donner ses soins à de moins malades que lui. N'avons-nous pas dû, un jour que ses forces l'avaient trahi, le ramener au logis qu'il ne quitta plus que pour être conduit à sa dernière demeure. Je me contenterai de rappeler que si, en temps ordinaire, il était dévoué à tous, pauvres et riches sans distinction, il ne savait pas s'appartenir quand éclatait chez nous quelques-

(i) Le pèro Jean, tel est le pseudonyme sous lequel écrivait M. Jaubert, alors notaire à Moulins- Engilbcrt, auquel nous devons un charmant recueil de poôsies pleines de bonne humeur et de sol morvandeau. Le pure Jean prenait aussi part à la rédaction de la Petite Ville, journal humoristique qui se publiait à Moulins-Engilbert vers 1832, et dont les rédacteurs bénévoles, braves gens du pays, ne manquaient ni de talent, ni de savoir, ni de belle humeur.

(2) Le nom d* Antony Duvivier, alors instituteur à Luzy, est trop connu pour que j*aie à en parler ici. Il compte non seulement au nombre de nos meilleurs écrivains comme archéologue, poète et romancier, mais encore de ces hommes de cœur qui défendirent avec tant de vaillance la République en 18iS. Exilé après le coup d*Etat, il mourut professeur au collège français de Constantinople. Son fils, notre ami Albert Duvivier, graveur à Paris, a dignement suivi ses traces.

unes de ces épidémies si fréquentes dans nos pays. Avec quelle attention il en étudiait la marche, avec quel soin il cherchait les moyens de la combattre victorieusement et d'en prévenir le retour.

En 4832, c'est le choléra qui, sans nous atteindre directement, fait sentir néanmoins sa terrible influence et, cette année-là, on compte jusqu'à quatre-vingt-dix décès rien qu'à Luzy.

En 1837, c'est le tour de la diphtérie. Le chiffre de la mortalité s'élève alors à 124 décès, chiffre énorme pour notre population d'alors et qui n'a été dépassé qu'en 1870. On sait pourquoi

En 1839, 1841, 43, 64, 65 et j'en passe, nouvelles épidémies de diphtérie, d'angine œdémateuse, de variole, de dyssenterie, etc., soit à Luzy, soit dans d'autres communes du canton.

En 1854, le choléra s'étant abattu sur la petite ville de Saint-Honoré, distante de Luzy de plus de vingt kilomètres, et les médecms de Moulins-Engilbert, pour nous ne savons trop quelle cause, ne pouvant se rendre dans cette contrée qui relevait pourtant de leur clientèle ordinaire, l'administration fait appel au dévouement et à l'expérience du docteur Gueneau ; il faut rassurer les habitants épeurés et donner aux malades les soins nécessaires. Il n'hésite pas à se charger de ce surcroit de besogne et, pendant tout le temps que dure cette terrible épidémie, il chevauche jour et nuit de Luzy à Saint-Honoré, d'un malade à l'autre, sans prendre le moindre repos. C'est alors que, brisé par la fatigue, il contracte sous l'influence morbide du choléra, une terrible maladie qui, dès lors, minera sourdement ce corps si vigoureusement trempé, sans pouvoir néanmoins parvenir à abattre son indomptable énergie.

Une médaille de bronze fut l'unique récompense de tant de dévouement.

Mais laissons là ces pénibles souvenirs et contentons-nous de rappeler, dans un intérêt historique, que si, aujourd'hui, ce Luzy que nous avons vu si pauvre encore, si insalubre, si mal aéré, si mal percé et en proie à certaines fièvres de nature paludéenne d'une excessive ténacité, aux angines de tout genre, à la diphtérie, au croup, aux catarrhes suffocants, etc., etc., est aujourd'hui une de nos plus agréables et de nos plus saines petites villes de la Nièvre, que si les barrières et les fléaux qui arrêtaient son développement et celui de sa population ont presque totalement disparu, c'est beaucoup, à coup sûr, grâce à l'attention que le docteur Gueneau mit à signaler à la vigilance de nos municipalités routinières les travaux d'assainissement qu'il convenait d'exécuter et les mesures d'hygiène et de propreté à prendre pour changer ce triste état de choses. Nous avons à ce sujet une correspondance officielle des plus probantes, tant pour les communes de notre canton que pour Luzy en particulier. Citons surtout le rapport intitulé : Esquisse sur la topographie médicale de Luzy^ que notre père adressait le 8 octobre 1848 tant à M. le Maire de Luzy qu'à M. le Préfet de la Nièvre. Ce rapport qui jette un jour complet sur l'insalubrité et la malpropreté de notre ville à cette époque a servi de base à toutes les améliorations qui se sont exécutées depuis. En attendant que nous puissions le publier en entier, disons qu'il signale toutes les causes des maladies qui régnaient endémiquement chez nous depuis tant de siècles et qu'il indique les moyens d'y porter remède. Les latrines privées et publiques font presque complètement défaut ; nous n'avons pas d'abattoir, pas d'égout ; le sang des animaux tués

coule dans les rues, leurs débris se mêlent aux immondices de toute espèce qui les encombrent, des toits à porcs sont établis jusque dans l'intérieur de la ville ; les puits manquent de profondeur et ne donnent pendant les sécheresses qu'une eau fangeuse et empoisonnée ; d'infects marais et un étang chargés de brouillards et de miasmes pestilentiels enserrent et empoisonnent notre ville, injectant leur fétide humidité au plus profond de nos habitations basses et mal aérées ; on ne trouverait pas dans les malheureux quartiers une seule maison dans laquelle il n*y ait tout au moins un habitant atteint de fièvres. Il faut donc faire écouler toutes ces eaux stagnantes, combler ces marais, planter des arbres, débarrasser nos rues des immondices qui les empestent et les encombrent et faire pénétrer partout Tair et la lumière.

Ces leçons, disons-le, ne furent pas complètement perdues. M. Perrin, alors maire de Luzy, commence à les mettre à profit en faisant édifier la chaussée qui longe aujourd'hui VAlaine d'un pont à l'autre, construction qui eut le précieux avantage de mettre tout un quartier h l'abri des inondations et de changer en une promenade agréable, un affreux marais tout en facilitant les communications d'un quartier à l'autre. Puis vint la construction d'un abattoir — il n'y avait qu'à y songer. Faut-il redire aussi que c'est en nous inspirant de ces si utiles leçons, qu'alors qu'il nous fut donné de prendre part à l'administration de notre ville, nous avons pu contribuer à poursuivre et mener à bonne fin cette œuvre d'assainissement retardée depuis tant de siècles. Grâce à nos amis Garenne et Bertrand, successivement maires de Luzy, et autres dévoués collaborateurs, le champ de foire qui a enrichi notre ville, qui en a embelli les bords et qui a remplacé l'infect marais de Pailleau et des Cannes a été construit. Le cours du ruisseau des Amouloirs qui les alimentait a été endigué, celui de l'Alaine redressé pour faciliter l'écoulement de ses eaux; des égouts ont été construits, le Terreau presqu'inabordable a été écrêté, etc., etc., et enfin des écoles vastes, bien aérées dans lesquelles nos enfants trouvent toutes les leçons nécessaires au développement de leur santé physique, morale et intellectuelle ont été construites. Que d'autres portent orgueilleusement l'honneur de tous ces travaux, peu nous importe, car nous pourrions dire comme le poète : Nos ego œdiculos feci, tulit aller honores ; aussi nous nous contentons de rappeler que c'est à notre père qu'il faut en rapporter, sans conteste, la première idée.

Assainir notre ville moralement et physiquement, répandre partout les idées d'hygiène du corps et du cœur, patronner activement la propagation de la vaccine, contribuer de tout son pouvoir à l'organisation de l'assistance médicale et en particulier à celle des enfants trouvés, des vieillards, était pour lui un simple devoir professionnel et il n'attendait ni ordre, ni récompense officielle pour s'y dévouer.

Je ne redirai pas ce qu'il fut comme homme public, comme citoyen, ne voulant pas dépasser les limites que je me suis tracées d'esquisser simplement les principaux traits de cette si douce et si mâle figure. En cela, comme pour le reste, il fut dévoué à toutes les idées libérales et généreuses, et, dans les temps difficiles les proscrits de l'intérieur et de l'extérieur trouvèrent toujours chez nous soutien et amitié. C'était là pour lui une tradition de famille dans laquelle il tint à nous élever.

Il voulait ses enfants laïques et libéraux dans toute la bonne acception de ces deux mots et il me souvient toujours de quelle façon il refusa certaines propositions d'un quidam qui lui offrait de nous faire placer gratuitement dans quelque jésuitière du pays.

Il fut, tour à tour et jusqu'à ses derniers jours, conseiller municipal de Luzy, puis de Millay et ne consentit que dans l'espoir de faire quelque bien; à accepter les fonctions de suppléant de la justice de paix de Luzy en 1859. Nous avons pu le voir étudier avec une scrupuleuse attention les principes du droit pour pouvoir s'acquitter de cette mission avec le soin qu'il mettait à s'acquitter de toutes celles dont on voulait bien le charger.

Les devoirs de la vie ainsi compris et ainsi pratiqués ne conduisent pas d'ordinaire à la fortune et c'est ce qui lui advint, mais il était si peu exigeant pour lui-même, il savait si bien se priver de tout, ne pensant qu'aux besoins des siens qu'on le crut toujours riche. Il rétait, en effet... de dévouement et, malheureusement, on en mésusa plus d'une fois.

En 1863, un coup terrible vint achever l'œuvre commencée par la fatigue et par la maladie. Son fils aîné, le docteur Louis Gueneau, notre frère si regretté dans lequel reposaient tant de si légitimes espérances, mourait au Mexique, à son poste d'honneur et de combat. Cette mort le frappa droit au cœur et, dès lors, sa vie ne fut plus qu'une douloureuse agonie. En 1868, il expirait après de longues et cruelles souffrances, malgré tous les soins que ne cessèrent de lui prodiguer ses confrères, ses amis et sa famille.

Voici les lignes qu'un ami inconnu que je remercie du fond du cœur, a bien voulu tracer sur cette tombe trop tôt ouverte et qui résument toute la vie de mon père :

« Tout le canton de Luzy assistait, lundi dernier, aux funérailles du docteur Gueneau.

« Il y avait un beau discours à faire sur la tombe trop tôt ouverte de cet honnête homme, de ce médecin dont le dévouement était si connu, dont la modestie égalait le talent ; mais l'émotion générale était si grande qu'aucune parole n'a pu être prononcée.

c Tous ceux qui l'ont connu se plaisent à raconter qu'à l'âge de quarante ans Gueneau, simple officier de santé, se remit sur les bancs, passa ses examens de bachelier ès-lettres, de bachelier ès-sciences, redevint simple étudiant en médecine et dédia un beau jour sa thèse de docteur à ses trois fils. Sa vie entière est un modèle de dévouement. Aimé des pauvres, estimé des riches auxquels il ne s'imposa jamais, sa mémoire restera longtemps vénérée dans le pays.

« Mon émotion est trop grande pour que je puisse en ce moment parler comme je le voudrais de mon ami le docteur Gueneau, mais je puis dire aux deux fils qu'il laisse qu'ils peuvent sans crainte faire inscrire sur la tombe de leur père : honneur, dévouement, savoir et modestie. »

20 février 1868.

Et maintenant m'en voudra-t-on d'avoir retracé cette vie si bien remplie et de la proposer comme exemple à nos enfants ?

Bricard (Philippe), qui vient peu après, docteur en médecine de la Faculté de Paris, est né à Luzy le 8 prairial an XIII. Il était fils do Jean et de Marguerite Buchaudon. Il épousa le 22 janvier 1833 Jacqueline-Françoise Imbart-Latour. Il vient de s'éteindre le 28 mars courant, dans sa quatre-vingt-onzième année d'existence et la soixante-troisième de mariage, juste à l'heure où nous écrivions ces lignes avec l'espérance de lui voir finir son siècle, laissant les meilleurs souvenirs dans notre pays . Bricard fit ses études médicales à Paris où il fut interne à l'hôpital Saint-Louis. En 1832, il y obtint une médaille d'or en récompense de son dévouement à soigner les cholériques. Reçu docteur cette même année, il prit pour sujet de sa thèse : « De la saignée dans les fluxions de poitrine ». C'est alors

qu'il vint exercer à Luzy où, pendant sa longue carrière médicale, il se montra toujours bon praUcien et dévoué aux devoirs de sa profession. Il laisse à Luzy les meilleurs souvenirs, et nous tenons à honneur d'affirmer avec lui et les siens nos bien affectueuses relations de famille et d'amitié.

Le docteur Bricard a eu trois fils, dont l'aîné, Edmond, notre vieil ami, marié à Elise Gudin, de Lormes, mourut en 1867, pharmacien à Donzy ; le second, Louis, fut brusquement enlevé à Paris, par une cruelle maladie, alors qu'il y étudiait la médecine ; le troisième, Philippe, notre ami, époux de Marie Gudin, est en ce moment caissier de la caisse d'épargne de Luzy ; son fils Paul, ancien élève de l'Ecole centrale, est actuellement chimiste au laboratoire municipal de Paris.

Gros (Antoine-Philippe), docteur en médecine de la Faculté de Paris, né à Millay le '^ nôvembrb 1S1^> fils de Gilbert et d'Elisabeth Bonneau, décédé à Luzy le 25 janvier 1887, à Tûge de soix^^te-et-onze ans, avait épousé Madeleine Blondeau, d'une famille bien connue à Luzy, dont il n'eut qu'une fille, morte au couvent. Le docteur Gros était un bon praticien qui a laissé un bon souvenir.

Bertrand (Louis), docteur en médecine de la Faculté de Strasbourg, est né en 1832 à Larochemillay où son père, Paul, était notaire. Il est mort à Luzy, le 31 juillet 1887, dans toute la force de Tâge, emporté par une cruelle maladie . Il exerça d'abord la médecine à Larochemillay, berceau de sa famille, puis vint se fixer à Luzy en 1868.

Le docteur Bertrand a été trop mon ami pour que je puisse dire de lui, de sa douce simplicité, de son amitié si dévouée tout le bien que j'en pense et que j'ai eu le douloureux devoir de dire sur sa tombe. Il était marié à Clémentine Daviot, d'une famille bien connue dans notre pays, et en a eu deux fils, Paul, qui bientôt sera notaire, et Hubert, aujourd'hui médecin à Luzy, sur lesquels nous aimons à reporter toute l'affection que nous avions pour leur père. Bertrand fut mon collègue comme adjoint au maire de Luzy et subit comme nous, au 24 mai 1873 et au 16 mai 1876, le sort commun aux administrateurs républicains.

Il succéda ensuite comme maire à notre ami Garenne, fut président du conseil d'arrondissement de Chàteau-Chinon et suppléant de la justice de paix.

Je ne puis mieux payer mon tribut de reconnaissance à sa mémoire qu'en rappelant ici le souvenir de sa famille si aimée, si respectée à Larochemillay et des deux frères pour lesquels il avait une si profonde et si tendre affection.

L'aîné, Léopold, avait succédé à leur père, Paul, comme notaire. Depuis quatre générations cette charge se transmettait de père en fils dans la famille. Bertrand Léopold la tenait de son père Paul, celui-ci d'Edouard, qui avait lui-même succédé à René. Elle y serait encore si Léopold avait eu un fils, mais il n'eut que des filles dont l'une est mariée aujourd'hui à M. Cognet Ferdinand, maire de Larochemillay, l'autre à M. Cognet Joseph, avoué à Autun, et la troisième à M. Gaillard, médecin-major dans un régiment d'infanterie. Toutes les trois ont conservé les traditions de bonté, de douceur et d'amabilité de la famille Bertrand.

Léopold Bertrand fut le maire aimé de Larochemillay jusqu'à sa mort. Il était profondément dévoué à la République et c'est par son exemple, par sa droiture, sa probité qu'il y a amené tout le pays.

Hippolyte, le plus jeune des frères du docteur Bertrand, entré en 1850 à l'Ecole navale, devint rapidement lieutenant de vaisseau. Il prit part aux campagnes d'Italie, du Mexique, de Terre-Neuve, et fit deux fois le tour de notre globe. En 1870, il commandait un navire sur les côtes du Sénégal quand il fut rappelé en France pour être attaché à l'armée du Nord.

Placé à la tête d'une batterie d'artillerie, il fut très dangereusement blessé au combat de Dury-les-A miens. Ne voulant pas rester aux mains des ennemis, il se sauva à Abbeville où il mourut des suites de ses blessures. On cite de lui plus d'un fait qui l'honore et entre autres celui-ci : Un de ses matelots étant tombé à la mer pendant une tempête, Bertrand s'y précipite à son tour et l'arrache à une mort certaine. Bertrand était officier de la Légion d'honneur. Il était appelé à parvenir aux plus hauts grades de la marin# et sa mort fut non seulement une perte pour notre pays dont il était un des plus illustres enfants, mais pour sa patrie qu'il aimait de tout son cœur et qu'il servit avec tout ce dévouement chevaleresque que nous lui avons connu. Faut-il ajouter qu'il était avec tout cela d'une exquise simplicité et qu'à un courage à toute épreuve il joignait une modestie et un véritable cœur d'enfant.

En ce moment Luzy possède trois jeunes docteurs en médecine, MM. Favelier, Nuguet et Bertrand, fils de Louis, qui suivent dignement les traces de leurs prédécesseurs. Certain d'avance que ceux qui continueront, ainsi que nous en avons l'espérance, l'histoire de notre Luzy auront plaisir à enregistrer leur biographie et à en dire tout le bien que nous en pensons, nous nous contenterons de rappeler leurs noms et de leur offrir l'assurance de nos plus affectueuses sympathies.

Le docteur Favelier (Aristide), de la Faculté de Lyon, est né à Bévy (Côte-d'Or), le 27 décembre 1858. Il est fils d'Etienne et d'Elisabeth Cornu. Il a épousé en 1889 Louise- Eugénie Michon, de Marly-sous-Issy (Saône et-Loire). Il est docteur en médecine du 25 février 1887.

Nuguet (Eugène), fils de Michel et de Jeanne Chrétien, docteur en médecine de la Faculté de Lyon, est né à Montceau-les-Mines, le 15 janvier 1857 et a épousé Héloïse Duvoisin. Sa thèse est intitulée : Du traitement des fractures de l'extrémité inférieure du radius vicieusement consolidées. Il est en ce moment adjoint au maire de Luzy et a été récemment élu conseiller d'arrondissement.

Bertrand (Hubert), né à Larochemillay le 4 mars 1867, fils de Louis, dont nous avons parlé précédemment, et de Clémentine Daviot, docteur en médecine de la Faculté de Paris du 20 juillet 1893. Sa thèse a pour titre : Du tampon vaginal antiseptique. Suit dignement les traces de son père .

Joignons à cette liste les noms de médecins qui, nés ou morts à Luzy nous appartiennent de plein droit bien que n'ayant pas exercé officiellement leur art chez nous.

En première ligne vient le docteur Jadioux, notre grand-oncle, qui fut, à coup sûr, une des célébrités médicales de notre époque. Jean Jadioux, né à Luzy le 16 décembre 1783, de Denis, marchand sellier, et de Marie Thollé, sœur de l'évoque constitutionnel de Nevers, après avoir fait de brillantes études de médecine à Paris, pendant lesquelles il obtint de nombreuses récompenses : prix d'anatomie, 1806 ; prix de médecine théorique et pratique, 1807, etc., s'y fixa définitivement, devint agrégé de la Faculté, puis succ^-

sivement médecin de l'hôpital Gochin, médecin en chef de l'Hôtei-Dieu, membre de l'Académie de Médecine, chevalier de la Légion d'honneur, etc. 11 était un des médecins les plus répandus de Paris à son époque et comptait dans sa clientèle nombre de nos célébrités parlementaires et militaires. Il n'en conserva pas moins pendant toute sa vie une extrême simplicité d'habitudes en même temps qu'une sorte de rudesse qu'on reprocha plus d'une fois à Dupuytren. Il n'en était pas moins fort bienveillant au fond. Il possédait une grande érudition et sa bibliothèque était citée à Paris comme une des plus riches en ouvrages de science et de médecine. Il ne fut pas marié. Chaque année il venait passer quelques jours de vacances à Luzy où il avait conservé un pied à terre chez son neveu, M. Perrin, et sa présence y était toujours attendue avec impatience par ses confrères, heureux d'avoir son avis sur certains cas pathologiques intéressants.

Quelques années avant sa mort, se trouvant éprouvé par l'âge et par une grave maladie, il se retira définitivement à Luzy et y vécut dans une profonde retraite, soigné jusqu'à sa dernière heure par le docteur Gueneau. Il mourut le 31 mai 1867 à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.

Le docteur Jadioux a laissé de nombreux travaux manuscrits qui ont été recueillis en partie par MM. les docteurs Michon et Seguin, ses élèves, et par M. Perrin, son neveu. Nous ne connaissons guère de lui d'ouvrage ayant été publié que sa brochure sur le choléra de 1832. Il a légué à l'hospice de Luzy une somme de dix mille francs pour la fondation d'un lit destiné aux pauvres malades de la commune.

Appartiennent encore à Luzy, Navault (Alphonse), médecin à Arleuf, né à Luzy le 1er juin 1813, et son frère, Navault (Hippolyte), pharmacien à Moulins Engilbert, tous deux fils de Jean-Paul, notre excellent oncle de bonne mémoire, et de Marie Imbart-Latour. Hippolyte a un fils, Ferdinand, docteur en médecine, qui exerce en ce moment à Vichy.

Robert (Philippe-Marie-Auguste), docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, notre oncle regretté, bien que né à Moulins-Engilbert en 1811, appartient également à Luzy à plus d'un titre. Resté, en effet, orphelin à l'âge de deux ans à peine, il fut élevé à Luzy avec notre mère chez notre arrière-grand- mère, Imbart-Latour, née Anceau, et c'est à Luzy qu'il venait passer toutes ses vacances, alors qu'il faisait ses études à Bourges. Il voulut bien ensuite remplacer notre père quand celui-ci dut s'absenter pour aller passer SCS examens du doctorat. Il a donc réellement exercé à Luzy.

C'est pendant qu'il faisait ses études de médecine à Montpellier qu'éclata le choléra qui, en 1832, épouvanta Marseille, Agde, Toulon et tout le Midi. Il s'y rendit comme médecin volontaire, prodigua partout son dévouement pendant cette terrible épidémie et reçut en récompense une médaille de bronze, — on n'était pas prodigue de récompenses alors. On lui conféra en même temps le titre de membre correspondant de l'Académie de Médecine de Marseille et du Cercle médical de Montpellier, à vie. Il s'établit ensuite à Bourbon-Lancy. Républicain aussi dévoué qu'excellent médecin, il fut maire de ce cheflieu de canton en 1848, et ne dut qu'au respect qu'inspirait son savoir, son dévouement et la loyauté de son caractère de n'être pas déporté lors du coup d'Etat. Je ne redirai pas tous les services qu'il rendit dans ce pays ni son dévouement lors des inondations qui emportèrent le pont suspendu du Port-du-Fourneau, près Bourbon, en 1856. Sans ce dévouement, nombre de personnes auraient péri alors. Un autre en fut récompensé.

Numismate, bibliophile, archéologue des plus distingués, le docteur Robert a laissé de nombreuses notes sur l'histoire de Bourbon-Lancy, notes restées manuscrites à notre grand regret et pleines de précieux renseignements, de hautes pensées, que nous espérons bien, du reste, voir publier un jour par son fils, notre cousin Antoine Robert, avocat à Moulins (Allier), qui tiendra à honneur de ne pas laisser inutiles de si intéressants travaux. Le docteur Robert, soucieux jusqu'à la fin de son idée favorite, le développement de l'instniction primaire, a fait une donation à l'école pour la fondation d'un prix ; il a, de plus, légué à la ville la partie la plus intéressante de sa collection, et en particulier les objets trouvés par lui dans le canton et dans les environs de la ville, aux Thermes principalement et pouvant ser\'ir à éclairer les archéologues sur l'histoire du pays, en même temps qu'à donner à tous l'idée de rechercher et de conserver tout ce qui pouvait parler du passé.

La mémoire du docteur Robert ne sera pas oubliée de longtemps dans ce pays où il a fait tant de bien et où il est décédé le 27 décembre 1872. Pour nous, nous regardons comme un de nos meilleurs devoirs de redire l'élévation de son caractère, son dévouement à la chose publique, son désintéressement poussé jusqu'à Texccs, et de nous rappeler la si touchante amitié qu'il ne cessa de nous témoigner, les soins qu'il ne cessa de prodiguer à nous et aux nôtres. Il fut, avec notre père, notre meilleur maître, et avec nos frères notre meilleur ami.

GuENEAU (Louis -Auguste), fils du docteur Gucneau, dont nous venons de parler, docteur en médecine de la Faculté de Paris, aide-major de première classe aux ambulances du Mexique^ chevalier de la Légion d'honneur, membre de la Société de Médecine de Poitiers, etc., est né à Luzy le 27 février 1829. Nous ne ferons ici que résumer sa vie si bien remplie, nous réservant d'en donner une biographie plus complète en publiant quelques-unes de ses œuvres.

Après de brillantes études au Lycée de Moulins (Allier), il vint à Paris pour y étudier la médecine, fut externe à l'hôpital de Lourcine, où il se distingua par son zèle à soigner les cholériques, et reçut, à cet cflet, des lettres officielles de félicitations. En 1849, il entrait comme chirurgien-élève de deuxième division à l'hôpital d'instruction militaire de Strasbourg. Cette école ayant été supprimée en 1850, il revint à Paris et fut reçu docteur en médecine en 1852, alors qu'il avait à peine vingt-trois ans. La même année, il entrait comme stagiaire au Val-de-Gràce. En 1854, il était nommé aide-major au 10« chasseurs à cheval et fit avec ce régiment la campagne d'Italie en 1859. Il fit alors partie du corps d'occupation qui séjourna pendant un an dans ce pays et mit à profit le temps qu'il y passa pour étudier non seulement la langue italienne qu'il possédait parfaitement, de môme qu'il possédait déjà l'allemand, mais encore pour se lier avec plusieurs célébrités médicales d'Italie et étudier leur pratique. Il rapporta de ce séjour en Italie plusieurs traductions d'ouvrages médicaux des plus intéressantes. En 1860, se trouvant en garnison à Poitiers, il y étudia les maladies des yeux avec le docteur Guérineau, une des célébrités d'alors, et il avait commencé différentes études fort remarquables fur ces maladies, ainsi que sur la guérison de la rage, lorsqu'il fut envoyé au Mexique, en 1862, pour y diriger une ambulance du corps expéditionnaire. Sa brillante conduite pendant le siège de Puebla, et tout particulièrement pendant les attaques des 17, 18 et 10 avril, pendant lesquelles, dit le Monitetir de Vannée^ il se distingua par son activité et son dévouement, en soignant

-celés blessés et en allant les recueillir sous le feu de l'ennemi lui valut tout d'abord une citation à l'ordre de l'armée, puis la décoration de la Légion d'honneur. A peine le siège de Puebla est-il terminé qu'on envoie le docteur Gueneau à Mexico, puis de là à Montedcl-Real prendre le commandement d'une ambulance, et enfin à Pachuca. Là se trouvent plus de quatre-vingts malades, presque tous atteints du typhus. C'est à la tète de ce poste d'honneur, où il lutta pendant quatre mois, pour ainsi dire corps à corps avec le terrible fléau, cherchant à lui arracher nos braves soldats, qu'ayant perdu tour à tour ses infirmiers, son aide et ami le docteur Syéyès, et qu'atteint lui-même par TalTreuse épidémie, il tombe victime de son dévouement, à l'heure où il allait être rappelé en France comme médecinmajor.

Une fin si glorieuse était digne d'une vie aussi bien remplie. Aussi, à Pachuca, et nous en avons les témoignages les plus probants, officiers et soldats, Français et Mexicains, tous suivirent la dépouille mortelle du jeune médecin jusqu'à sa dernière demeure. Une voix amie, se faisant l'écho de la douleur commune, prononça alors un discours dont nous ne voulons rapporter que ces quelques mots qui le peignent tout entier :

« Tous ceux qui ont connu Gueneau garderont longtemps le souvenir de cette figure où se reflétaient toutes les qualités d'un grand cœur. — 11 n'avait aimé la vie que pour y prodiguer des consolations et des soins. 2>

Notre frère a laissé de nombreux mémoires, dont un certain nombre manuscrits ou inachevés auxquels il se proposait de mettre la dernière main à son retour du Mexique. En 1860, il faisait hommage à la Société Académique des Ilautcs-Pyrénées d'une traduction de l'ouvrage du docteur Melchiori, intitulé : Observations hygiéniques sur le filage de la soie à Novi. Il a publié dans les Bulletins de cette même Société plusieurs rapports des plus intéressants, tels que V Histoire dit Chevalier de Darhazon, etc.; dans les Annales de la Société de médecine et de chirurgie militaires, ainsi que dans celles de la Société de médecine de Saint-Etienne et de la Loire (1860-1861), plusieurs rapports et observations dont l'une intitulée Œdème alhumiyiuriqxce simulant une anémie de la papille, des plus curieuses, etc., etc. Mais ses plus intéressants travaux sont, à coup sûr, les lettres qu'il nous adressait du Mexique; non seulement elles traitent de tout ce qui peut nous intéresser au point de vue médical sur la façon dont le service de santé était organisé, mais elles contiennent des renseignements historiques qui prouvent que notre frère n'avait vu que trop juste sur les motifs inavouables de cette triste entreprise dans laquelle on avait, avec une insouciance sans pareille, engage l'honneur de la France, et qui devait se terminer d'une aussi lamentable façon. Ces lettres, si nous avons vie et santé pour quelque temps encore, nous les publierons un jour, car nous ne devons rien oublier de l'histoire de notre passé.

Pouvons nous dire que le nom de Gueneau, depuis longtemps connu dans la médecine, que Boileau a rendu immortel par ses satyres, et qu'ont illustré Gueneau de Monlbéliard le savant collaborateur de Buflon, les Gueneau de Mussy, si connus, et tout récemment encore, l'excellent docteur Gueneau, de Nolay, qui vient de mourir député de la Côted'Or, et dont nous tenons à honneur de défendre le souvenir, est encore porté aujourd'hui dans la médecine par le docteur Gueneau René, notre cousin et ami, fils d'Antoine, frère de notre père, médecin à Moulins (Allier), et né à Dccize (Nièvre). Le docteur Gueneau

est trop connu à Moulins depuis de longues années pour que nous ayons à faire son éloge. Aussi nous contentons-nous de lui adresser toute Texpression de notre vieille et bien constante amitié, en espérant que son fils Paul, étudiant en médecine, voudra bien ne pas oublier que nom oblige h l'égal de noblesse.

CoGNY (Jean-Paul), né à Luzy en 1797, mort en 1881, docteur en médecine de la Faculté de Paris, ancien interne des hôpitaux, médecin du premier dispensaire de la Société philantropique de Paris, était fils de Jean-Baptiste, notaire et procureur à Luzy, et de Jeanne Berger. Ses parents le destinaient à la prêtrise; mais, ne se sentant pas une vocation suffisante pour entrer dans les ordres, il quitta la soutane avant d'avoir prononcé ses vœux et se fit étudiant en médecine. Ses rares qualités d'intelligence et de travail le firent bientôt remarquer. Après avoir été interne des hôpitaux, il soutint, en 1827, une très brillante thèse sur la pneumonie et la gastro-entérite des nouveaux-nés. Cédant aux instances de ses professeurs, il se fixa à Paris, où son savoir et la distinction de son esprit lui acquirent bientôt une brillante clientèle. C'est alors qu'il connut le prince de Talleyrand qui l'attacha à sa personne comme son médecin ordinaire. Le prince lui légua en mourant une pension viagère en récompense de ses bons services. Cogny, après avoir exercé encore un certain temps à Paris, revint à Luzy, où il vivait dans une retraite presque absolue. C'est là que nous Tavons connu et que nous nous plaisions, quand l'état de sa santé le permettait, à le faire causer des événciients dont il avait été témoin et des personnes qu'il avait connues près du prince de Talleyrand. Nous tenons de lui que tout ce qu'on a écrit sur la fin très chrétienne de ce haut personnage sans convictions était erroné et qu'il ne rétracta rien à son lit de mort, n'ayant, du reste, pas môme eu le temps de se confesser. Malgré toutes les habiletés de M. l'abbé Dupanloup, qu'on lui avait attaché comme aumônier, il remettait toujours la grande affaire au lendemain, ne voulant pas mourir, disait-il, comme un capucin. Quand l'heure fatale arriva, il était trop tard, et M. Dupanloup n'eut guère de lui qu'un dernier soupir. Cogny, qui était présent, avait, à cet égard, des souvenirs les plus précis.

Cogny mourut dans un voyage qu'il fit à Bourbon-Lancy, près d'un de ses neveux. Il était oncle d'Antony Duvivier et avait pour cette famille une profonde affection. Pour nous, nous conservons de lui le meilleur souvenir.

Renault (Paul), docteur en médecine, né à Luzy, le 5 juin 1815, mort à Paris en 1886, était fils de Renault Pascal-Etienne, et de Claudine Cogny, sœur du médecin dont nous venons de parler. Après d'excellentes études au collège d'Autun, il fut appelé à Paris par son oncle pour y faire ses études de médecine. En janvier 1839, il subit une thèse très remarquable sur les caractères botaniques des végétaux et les rapports entre ces caractères botaniques et leurs propriétés médicales. Peu après, il fut nommé inspecteur du Service des Enfants trouvés de la Nièvre, qui s'organisait alors, mais n'occupa que fort peu de temps ces fonctions. Cogny l'ayant mis en rapport avec le marquis de Castellane, neveu du prince de Talleyrand, celui-ci l'attacha h son service comme médecin particuHer et l'emmena en Italie où il séjourna un certain temps. Il voyagea dans le Midi et recueillit dans ces voyages de fort intéressantes notes qui sont restées manuscrites. l\ avait également amassé d'intéressants matériaux sur notre histoire, mais il ignorait luimême ce qu'ils étaient devenus. Après avoir quitté le prince de Castellane, il abandonna

la médecine et vécut, dès lors, dans une sorte d'indolence et de solitude dont il fut impossible de le faire sortir.

Nous pouvons encore compter comme appartenant à la grande famille des médecins de Luzy : Nonat (Auguste), officier de la Légion d'Honneur, né à Fontaines-Fourche (Seine-et-Marne), en 1804, mort à Paris le 8 janvier 18S9. Il s'était marié à Luzy à Annette Boulu, d'une famille les plus honorées do notre pays et qui a donné à Paris un médecin qui n'a pas manqué d'un certain renom, le docteur Boulu.

Nonat voulut reposer à Luzy près de sa compagne, décédée en 1885, et ses cendres y ont été transportées le 18 avril 1889. Il est donc bien des nôtres. Il était neveu du savant Thénard et fit ses études classiques aux collèges de Sens et de Troyes, puis vint h Paris faire ses études de médecine. Il y devint interne des hôpitaux dans le service de Dupuytren. Sa thèse sur la Métropéritonite pucrpuéraîe simple ou compliquée de lymphangite utérine attira sur lui l'attention du monde médical. Il devint rapidement médecin des hôpitaux, puis agrégé. Il a publié de nombreux ouvrages, et entre autres un traité pratique sur les maladies de Tutérus, qui est resté jusqu'il ce jour l'ouvrage le plus complet en ce genre.

Nonat venait passer le plus souvent ses vacances dans la famille de sa femme, sœur de notre excellent ami Gilbert Boulu, et c'est là que nous avons pu apprécier toute la bonté et l'élévation de son caractère. Il a laissé un fils qui habite Paris, mais est resté attaché à Luzy où il vient chaque année passer ses vacances dans une charmante villa qu'il s'y est fait construire.

A cette liste ajoutons encore Geoffroy Charles l'aîné, chirurgien h, Larochemillay, où il mourut le 29 septembre 1810. Il était marié à Marie Dubois et eut, entre autres enfants, Geoffroy Charles le jeune, qui lui succéda et épousa Françoise Guérin, fille de Joseph, huissier audit lieu, et de Anne Rebreget. Il mourut à Larochemillay en 1851. Avant d'exercer à Larochemillay, il avait servi dans les armées de la République.

Charles eut plusieui's enfants, dont Charles-Annet, qui épousa, le 21 novembre 1821, Françoise Bonneau, d'où le docteur Geoffroy Charles-Hubert, notre excellent ami, médecin major de première classe au 41* de ligne, chevalier de la Légion d'honneur, mort au Val de-Grâce le 5 août 1875. Geofl"roy avait passé plusieurs années de sa vie militaire en Afrique, aux heures où on y vivait durement encore. Il fit avec nous les campagnes d'Italie et d'Allemagne. Nous le comptions au nombre des meilleurs et des plus dévoués de nos amis. Il est de ceux, comme les Bertrand avec lesquels il était fraternellement lié, dont on ne saurait jamais dire trop de bien et qui honorèrent notre pays partout où ils passèrent.

En Geoffroy s'est éteinte une famille des plus honorables et des plus estimées de Larochemillay, qui avait compté dans son sein plusieurs générations de médecins.

CiiEURET (Antoine), chirurgien, exerçait à Millay en 1810. Famille bien connue à Luzy et qui vient de s'y éteindre tout dernièrement.

Pour clore cette liste déjà longue, nous citerons, comme ayant appartenu au canton de Luzy par leur famille, Dufraigne, chirurgien à Saint-Léger-sous-Beuvray, en 1804.

Le docteur Dufraigne, médecin à Meaux, ancien sénateur de Seine-et-Marne, issus

tous les deux d'une famille qui a compté plusieurs de ses membres à Luzy et à Larochemillay.

Le docteur Dufraigne, homme d'un caractère des plus élevés, n'a jamais oublié son pays d'origine, et ce n'est pas sans émotion que nous nous souvenons de l'accueil si cordial qu'il nous fit à Meaux, pendant que nous y tenions garnison.

Enfin, le docteur Taillefer, qui a pratiqué à Larochemillay pendant un certain temps.

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