LE VIEUX MANOIR DE COURTENAY
Sur Nevers endormi la nuit étend ses voiles, Un silence profond règne tle toutes parts ; Seule, sous la clarté qui tombe des étoiles, La garde du château veille sur les remparts.
Au pied du noir donjon s'élançant au ciel sombre, Tout est paisible et calme, et, du milieu des eaux Remplissant les fossés, noyés au sein de l'ombre, S'élève un son plaintif : la chanson des roseaux.
Mais dans le corps-de-garde a commencé l'orgie ; Hommes d'armes, valets, se livrent au festin : Féconde fut la chasse, et la lame rougie N'est rentrée au fourreau que lasse de butin.
Aussi, dans le foyer où se consume un fiêne.
Tournent en grésillant les quartiers de chevreuils, Tandis que près de là, sur les dressoirs de chêne, S'entassent oies, gibiers et salmis d'écureuils.
Une rude gaité règne autour de la table;
Dans les pesants hanaps coulent les vins pourprés,
Et les Pouilly dorés, au bouquet délectable,
Dans Tamphore au long col brillent en tons diaprés.
Loin des chants et du bruit, au sein du doux mystère
D'un logis où sans cesse un souvenir renaît,
La châtelaine attend, pensive et solitaire.
Son maître et son seigneur, Pierre de Courtenay (1).
Elle écoute, rêvant, si le vent qui murmure Apporte vers Nevers le son des cors joyeux ; Mais rien ne vient troubler Técho sous la ramure, Et les bois d'alentour restent silencieux.
Ils resteront longtemps sans que l'écho renvoie Le son lointain du cor... Pierre ne viendra plus ; La Palestine sainte, où l'attira sa voie, En a fait un élu parmi tous les élus.
Mais bientôt, dédaignant sa modeste couronne, Yolande, qu'appelle un destin souriant.
S'en ira retrouver son époux sur un trône, Et le lion nivernais régnant sur TOrient.