LE PALAIS DES DUCS
Les siècles ont passé depuis ces temps austères ; Le château qui, jadis, protégeait la cité N'est plus qu'un lourd anias de pierraille et de terres. Habité seulement par les oiseaux, l'été.
Près de ses pans ruinés envahis par les herbes, Se dresse fièrement, du sein de vastes cours. Un palais dont les murs, aux sculptures superbes. Elèvent leurs pignons entre deux hautes tours.
(1) Le château primitif de Nevers, qui s'élevait à l'emplacement de Thôtel de ville actuel, fut bâti par Pierre II de Courtenay et sa femme Yolande de Ilaynaut^ fille de Baudoin V, comte de Haynaut. Pierre, parti avec la troisième croisade, en 1195, fut appelé au trône de Constantinople, sur lequel sa famille régna ensuite i>cndanl longtemps.
C'est des ducs souverains la demeure altière, Car, héritier du temps, le rude Nivernais, Pour Tart et les plaisirs abandonnant la guerre, Sur le sombre manoir a bâti le palais.
Aussi Ton n'entend plus, dans les sonores salles, Le pas lourd des archers partant pour les combats ; L'acier des solerets ne heurte plus les dalles, Et pour jamais s'est tu le cri du branle-bas.
Maintenant, succédant aux belliqueux tapages. On entend sous la voûte, en échos amoureux.
Le doux son des rébecs maniés par les pages, Accompagnant les lieds des chanteurs langoureux.
Les splendides tournois, les fêtes ravissantes, Les soupers délicats qu'amène chaque jour, Les chasses à cheval au long des vertes sentes. Sont les plaisirs offerts en ce brillant séjour.
Les seigneurs de Billy, de Prunevaux, de Brèves, Les sires de Brinon, de Donzy, de Clameurs, Forment la noble cour de la maison de Clèves Et partagent entre eux ses puissantes faveurs.
Car le sceptre des Ducs, ne le cédant qu'au trône, S'étend des bords du Rhin à l'Adige charmant, Et leur blason unit, sous la triple couronne. L'aigle noir de Mantoue au blanc cygne allemand (1).
Quelques années encor, et, dans la cour joyeuse. Le menuisier-poète, à l'esprit plein d'humour. Evoquant pour Marie une muse rieuse.
Chantera dans ses vers et la grâce et l'amour (2).