‹ MemoiresChapitre 36 sur 93 · LE PALAIS ACTUEL · texte numérisé non relu

LE PALAIS ACTUEL

Mais ces temps ne sont plus : le grand vent populaire A passé sur les murs abritant les heureux ; Quatre-vingt-neuf vainqueur, déchaînant sa colère, A brisé les écus des fils des anciens preux.

(1) Le comtô de Nevers futôrigô en duché-pairie eu 1538, en faveur de la maison allemande de Clèves^ dont l'une des filles rapp«irta en mariage dans la famille des Gonzagiie, ducs do Mantoue,

(2) Adam-Billauf , le menuisior-poùte nivcrnais, eut pour protectrice la princesse itfari^d^ iVec^r^, à qui il dôdia la plupart de ses poôoies.

Sur le riant séjour ont fondu les orages

De ces longs mois de haine et de troubles sanglants ;

Ses sveltes ornements ont subi des outrages

Qui pour hdter leur fm ont fait plus que les ans.

Puis sont venus les jours des deuils et des alarmes, Et le palais a dû sacrifier au pays Ses fers si gracieux, dont on forgea des armes Pour défendre la France et ses champs envahis.

Enfin, après la nuit des tourmentes humaines, Le soleil est venu redorer l'horizon ; Le fils des Mancini, recouvrant ses domaines, A pu voir de nouveau resplendir son blason.

Mais bientôt de nos ducs la belle et noble tige. Se flétrissant soudain sous des souffles advers, A vu s'anéantir son suprême vestige Et s'éteindre à jamais le grand nom de Nevers.

Et le dernier des fils de leur race altiôre, Laissant le souvenir vivace et glorieux D'un poète charmant et d'une âme fière.

S'en est allô dormir auprès de ses aïeux (1).

Aujourd'hui, succédant aux gracieux trouvères. L'inflexible Thémis règne sur le chAteau ; Sur les vieux écussons aux devises sévères, Elle étend son hermine et son pesant manteau.

Dans la salle où jadis brillèrent tant de fêtes Viennent choir maintenant les secrètes douleurs. Et, sous les hauts plafonds s'élevant jusqu'aux faites. On n'entend plus, hélas I que sanglots et que pleurs.

Mais l'aspect et le nom de l'antique demeure Rappellent à l'esprit les temps du vieux palais. Et suffisent encor pour que jamais ne meure Son noble souvenir au cœur des Nivernais.

Achille Delà val.

(1) MMicini-Majtarinij dernier duc de Noyers, était un poète distingué et fut élu académicien à 27 ans. C'était aussi un caractère doux, généreux et plein de patriotisme. Il refusa, sous la Révolution, de s*expatrier, et fut emprisonné par ordre de Chaumette. Rendu à la liberté, il vécut quelques années encore, et mourut »4Maft«ÉaiHi4 en 1798,

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