DE QUELQUES ARCHITECTES A NEVERS
ar délibération du 3 décembre 1765, le conseil municipal décide la construction d'une caserne et vote un crédit de 150 mille livres, pour loger les troupes, dit la délibération c qu'il plaît à Sa Majesté le Roi d'en envoyer. >
Antérieurement, le 27 novembre 1762, par une autre délibération, prise à l'unanimité, on avait chargé les maires, échevins et procureurs du Roi, de chercher l'emplacement convenable pour cette caserne. Le projet de cette construction fut confié à l'ingénieur du Roi à Moulins : Leclerc; c'était l'ingénieur de la généralité.
En effet, ces fonctionnaires furent chargés du pont de Loire, de ses quais, qu'on créait alors ; ils furent architectes de l'arc de triomphe élevé en l'honneur de la victoire de Fontenoy, appelé aujourd'hui Porte de Paris.
L'ingénieur Leclerc remit ses plans et devis à la ville le 6 septembre 1766. L'ensemble des dépenses s'élevait à 582,184 livres 15 sols 4 deniers ; l'intendant trouva les locaux trop importants. Divers projets furent proposés, et finalement on ne garda qu'une partie du projet Leclerc. L'exécution fut adjugée le 12 avril 1767, pour la somme de 129 mille livres, à J.-B. Maraudât, sans qu'on lui donne même son titre d'entrepreneur.
Mais au moment de commencer les travaux, l'ingénieur Desveaux remplaça Leclerc à Moulins. Desveaux n'exécuta pas le projet Leclerc puisque un nouveau fut approuvé, suivant la délibération a d'une voix unanime pour être exécuté selon sa forme et sa teneur ; » il s'élève à 233 mille livres.
Le 10 août 1768, on en pose la première pierre et on enferme une feuille de cuivre gravée d'une inscription dans laquelle nous détachons : Architecto Petro Lenoir Desveaux. L'ingénieur construisait avec le titre d'architecte. Mais voici un extrait du procès-verbal de la fête inscrit au registre municipal : « Les échevins étaient assemblés à l'hôtel de
(1) Lu à Paris, hémicycle de l'Ecole des Beaux-Arts, public in extenso par le Ministère des Beaux- Arts, sous le numéro XXXV de son compte-rendu, volume de 1806.
ville, les deux huissiers porte-masse, les quatre clercs de ville, les quatre-vingts sergents de quartier, tambours, fifres et violons de ville et le casernier, et après avoir pris nos robes ordinaires de cérémonie et les avoir ornées de rubans sur la manche nous serions
sortis accompagnés de maître Maraudât, architecte-entrepreneur des ouvrages du
Roy. »
Voici donc le titre d'architecte donné pour la première fois dans les pièces administratives précédé de maître à rcntrepreneur-adjudicataire.
C'est Tcxplication du Code civil aux articles 1792 et suivants, lesquels confondent si facilement l'œuvre de l'industriel-exécutant avec celle de l'artiste créateur des projets. Mais ce point indiqué, suivons les écbevins parcourant les rues aux sons de la musique et faisant solennellement la pose de la première pierre, puis assistant h un souper de trente couverts auquel ils ont invité « plusieurs personnes de considération. »
Le présent sujet nous donnerait ample matière, si nous voulions le traiter, car les devis et les pièces administratives existent encore ; n'en retenons qu'une chose, la qualification de V architecte-entrepreneur précédée du qualificatif de maître.
Pourtant, disons aussi que la beauté artistique de la caserne n'avait d'égale que le style et la beauté douteuse de l'arc de triomphe.
Mais remontons à une époque plus ancienne, à celle des quatorzième et quinzième siècles; ici nous sommes à une date moins connue et par cela môme curieuse.
Les comptes de la ville de Ne vers, dont les premiei*s datent de l'année 1394, nous révèlent quelques-unes des missions de l'architecte, c'est-à dire du maître de Vœnvre.
Nous avons pu les suivre de 1394 à 1422 et nous allons essayer de les commenter pendant ce temps, en les groupant : 1® du titre de l'architecte ; 2» de ses émoluments; 3® de ses attributions ; 4« des marchés passés.
Aux chapitres émoluments sur lesquels sont payés les architectes se trouve ce titre :
€ Gaiges des officiers. » Ainsi dans la société du quatorzième siècle, le maître de l'œuvre avait titre d'officier.
Mais n'exagérons pas cet office ni ce titre commun à bien d'autres fonctionnaires.
Les comptes de ville de 1414 les appellent € les maistres des ouvraiges de la ville, d c'est le titre porté par Reygnaut des Colons et Laurent Flament ; plus loin nous verrons que Laurent Flament a titre de c maître des œuvres de la ville. »
Au titre de c charges d'officiers, :» nous l'avons dit dans le compte de 1394, il donne € gaiges » à Régnant Le Court pour « visiter les ponts de la ville et autres choses appartenant à l'édifice des dits ponts » et à Guillaume de Percy t à visiter les ponts de la dite ville et vérifier les ouvrages d'iceux. »
Ce document donne aussi à ces officiers le nom de clert; ainsi Jehan Tissier, clert,
pour ses gages desservis « à vérifier les ponts de la dite ville et ouvrages d'iceux. » Cette désignation de clert est bien donnée à rarchitecte ; ce qui le prouve, c'est que Jehan Tissier remplace — substitue — dit le compte et finit Tannée commencée par Guillaume de Percy, et cela du 22 septembre au i-^ mai, début et fin de Tannée des comptes de la ville.
Cette désignation de clert ou clerc n'est pourtant pas unique, car nous la trouvons reproduite pour désigner Colinet Vauchelet en 1412 ; il est vrai que le document dit ; clerc de Laurent Flament. » Voici le passage : « à Colinet Vauchelez, clerc de Laurent Flament, la somme de trente sols pour les despenses faites chez le dit Lorent pour les Quatre.... et pour bailler le marché de la tour et bastardeaul... trattée en un foillet de papier, etc.. »
Or Lorent Flament est bien maître des œuvres ; c*est le tilre formel que lui donne le chapitre d'un compte de 1414, dans Tentôte même de ce chapitre (1) :
Les comptes de 1394 donnent encore un autre nom à Tarchitecte, celui de « commis sur les ouvraiges de la ville ; » tels les deux maîtres de Tœuvre ayant édifié la porte militaire principale du Groux : Odenet Gendrat et Jehan de la Forest, car Lorent Flament (2) a édifié, en 1414, Tavant-porte.
Le titre de commis est encore porté dans le compte de 1398 pour Odenet de Varie, faisant vérification des comptes du maçon, il y est dit : « Esleu commis sur les ouvrages de la ville; » le titre est môme plus catégorique ici.
Au résumé, nous avons, en 1394, Odenet Gendrat et Jehan de la Forest ayant titre de commis : sont commis à... (sans doute).
En 1396, cette dénomination est conservée à celui qui vérifie les ouvrages à la poite du Croux de l'entrepreneur Jehan des Amognes.
En 1398, c'est Odenet de Varie qui est « esleu commis ; » et sur les comptes de 1394, Régnant le Court, Guillaume de Percy et Jehan Tissier sont pour « vérifier les ouvrages des ponts et ouvrages d'iceux. »
En 1412 (9 avril), maistre Huguenet, maçon, est maistre des œuvres de Monseigneur le comte de Nevers. » Lorent Flament est, en 1414 « maistre des œuvres de la ville de Nevers » et Vauchelez a titre de clerc de Lorent Flament.
C'est encore la même année que Régnant des Colons et Lorent Flament sont « maistres des œuvres de la ville, i
Tous ces architectes de titres divers sur les comptes, en ont un unique, celui d'officier : tenant un office, une charge.
(1) «Despenses sur la recopte devant dilte, et 1«"' divers baillés pour les ouvrages faitz tant à la tour nouvellement faites vers la porte du Croe au couleiz fait près do la dicte porte es mui*a touchant au chaffaut de la porte de Nyôvi-e tant en ceux qui sont faitz à la journée de la ville comme prisfait, et les fousscz baillez à n'cbtaient aparfondir à prisfait près de la porte da la Barro, des ponts de Loire, du pont Sain t-Arigle du paire comme es aullrcs pons, jiortes et lieux nécessaires à avoir fait ouvrage pour la dite ville par lequel tomps Regnault des Colons et Laurent Flament estoit-nt maistres des œuvres de la dite tille. » N'aurait-il été avant qu'employé d'architecte, que la désignation de clerc est déjà curieuse.
(2) Lorent est écrit aussi Laurent sur !c même compte.
Quels étaient les émoluments donnés à ces officiers? En 1394, il ne figure aucune somme ni pour Odenet Gendrat, ni pour Jehan de la Forest, et cependant, selon moi, ce sont les vrais maîtres de l'œuvre de la porte du Croux. Tandis que nous trouvons sur les mêmes comptes, au chapitre « gaiges des officiers, » ce qui suit : « A Régnant le Court pour ses gaiges à visiter les ponts de la ville et autres choses appartenant à Tédifice des dits ponts pour un an commençant le 1°' mai 1394, finissant celui jour 1395, dix livres tournois. »
€ A Guillaume de Percy, à visiter les ponts de la dite ville et vérifier les ouvrages diceux depuis le 1" mai au 22 septembre, à cent livres par an : quarante livres. »
« A Jehan Tissier, clert, pour ses gages desservis à vérifier les ponts de la ville et ouvrages diceux depuis le 22 septembre qu'il fut substitué au dit officier jusqu'au 1*^"^ mai 1395, à cent livres par an : cinquante livres tournois, cinq déniera. »
Pourquoi Guillaume de Percy et Jehan Tissier sont-ils taxés à cent livres par an, et Régnant le Court seulement à dix livres tournois ? Dix livres tournois c'était peu, puisque le guetteur de ville recevait sur ce même état, dix-neuf livres, trois sols, quatre deniers tournois.
En voici la raison : Régnant le Court est charpentier et il travaille pour la ville; chaque journée de travail exécutée par lui était payée quatre sols quatre deniers, alors que celle des autres ouvriers était de deux sols onze deniers.
Voici le texte de l'un des articles de cette année 1395 l'établissant : « La semaine de la Toussaint, le mardi et mercredi avant la dite feste. Régnant le Court, son frère, charpentiers, et le valet du dit Regnaut, pour tyrer et yguer des planches viez sur le pont de Loyre et mettre des neufves là où mestiez estoit ; a quatre sols quatre deniers la jornée du dit Regnaut et deux sols onze deniers la jornée de son frère et deux sols six deniers la jornée du valet du dit Regnaut ; valent dix-sept sols six deniers. »
L'avantage est réel pour Regnaut. Mais est-il maître des œuvres ou entrepreneur? Il est vraisemblable qu'il a les deux fonctions à la fois.
Le titre de maître de l'œuvre n'est pas contestable pour Guillaume de Percy ni pour Jehan Tissier.
Ils ne sont pas entrepreneurs et n'ayant aucun bénéfice, ils sont cotés cent livres par an. Rien n'indique comment sont payés Odenet Gendrat et Jehan de la Forest.
J'ai même dû me poser cette question : sont-ils Nivernais ?
Do mes recherches j'ai trouvé, en 1330, un Grégoire de la Forest, bourgeois de Nevers, vendant une vigne en Mouësse (un faubourg de Nevers) ; en 1336, un Jehan de la Forest qui habite une maison rue du Vieux-Chàteau, adossée aux vieux murs (ceux du cinquième siècle) ; en 1433, un autre Grégoire de la Forest, licencié en droit pour un bail de terre située à Varennes-les-Nevers. Ces mêmes prénoms de Grégoire et de Jean semblent indiquer la même famille de notre maître de l'œuvre. Gendrat n'a pas le même avantage et son nom ne serait-il pas plutôt bourguignon?
Faut-il conclure que Tun d'eux était étranger à Nevers et qu'une convention donnait pour une somme fixe les honoraires de ces artistes ?
Aucune raison plausible n'obligeait le comptable de faire figurer en double cette dépense dans un compte de régie de la ville. Et ce ne serait pas le seul mode de payement des honoraires car, en 1412, nous voyons que si maître Huguenet, maçon, a le titre de « maistre des œuvres de Monseigneur le comte de Nevers, » il est consulté par les échevins sur ce qu'ils veulent faire aux remparts, où l'on veut construire une tour et un batardeau; on lui paye pour son « advis » vingt-deux sols six deniers tournois. Ce sont là évidemment des vacations que reçoit maître Huguenet. Car ce ne sera pas lui qui dirigera le travail ; ce dernier sera fait sur un projet de Lorent Flament qui tiendra compte de son avis sans doute. Voici la preuve :
« A Colinez Vauchelez, clerc de Lorent Flament, la somme de trente sols tournois pour despenses faites chez le dit Lorent pour les Quatre^ receveurs et contrôleur, Pierre le maçon, Thévenin de Nevers, Jacquet Rançon et aultres maçons, lesquels en avaient mandé pour bailler le marché de la tour et bastardeault que les dits Quatre avaient espérance de faire faire vers la porte de Croe, laquelle tour et bastardeault estoit trattée en un foillet de papier comme plus à plain est contenu au marché a eulx pour ce fait ou quel lieu fut par Pierre le maçon et Thévenin de Nevers et Jacquet Rançon mise à prix pour chacune toise ainsi que déclaré audit marché a six livres tournois pour chacune toise . — Gomme appert par mandement d'y ceulx QuatrCj donné le onze may la dessus dit et quittance pour ce : trente sols tournois. »
J'avoue ne pas bien saisir à quoi ont été employés ces trente sols, à moins que ce ne soit encore le prix de vacations.
Les émoluments des architectes entrepreneurs étaient donc par appointements, les uns combinés avec le travail qu'ils exécutaient directement, tel Regnaut le Court, recevant dix livres tournois par an et le prix de ses journées ; ou bien, lorsqu'ils n'étaient pas de métier, on rémunérait par des appointements fixes de cent livres tournois, équivalant aujourd'hui à 1,500 francs. Jehan Tissier et Guillaume de Percy sont payés de la sorte.
Mais on paye aussi par vacations, puisque l'avis donné par maître Huguenet est soldé la somme de vingt-deux sols six deniers tournois, et voici le texte : « 9 avril 1412. — A maistre Huguenet, maçon, maistre des œuvres de Monseigneur le comte de Nevers, a lui donné par la peine et salaire d'avoir esté avec les dits Quatre visiter les murs de la dite ville tout au lonc et avoir esté où les dits Quatre avaient espérance de faire une tour et bastardeau d'eau, es fossez de la porte de Croe, lequel en dit et devisa son advis es dits Quatre : si comme il appert pour mandement donné d'yceulx Quatre le neuvième jour d'avril l'an dessus dit pour 22 sols 6 deniers tournois. »
En dehors des vacations, je ne pense pas m'être aventuré en disant que Odenet Gendrat et Jehan de la Forest ont été payés sur un prix fait par marché spécial et ferme.
— so-
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Quelles furent exactement, h Nevers, les attributions des architectes ?
Une seule mention existe sur les documents dont nous nous occupons, c'est celle de 1412 pour Laurent Flament, au sujet de la tour et du batardeau pour lequel les échevins avaient pris Tavis du maître des œuvres de Monseigneur le comte de Nevers.
Ce travail ce était Iratté en un foillet de papier comme plus a plain est contenu au marché a eulx pour ce fait. »
Il semble évident que Tarchitecte a dressé un plan et un devis sur lequel on a passé le marché du maçon.
Si on lit attentivement les comptes, on est vite persuadé qu'à ce moment les travaux s'exécutaient en régie, presque chaque ouvrier de chaque corps d'état était payé par la ville et le rôle de l'architecte était déjà réduit à celui de l'un de nos maîtres compagnons. La comptabilité elle-même était tenue par un tiers, ne connaissant qu'imparfaitement les travaux; c'est l'impression ressentie à la lecture.
Malgré cela on devine, en parcourant, des faits et des actes de rigueur et quelquefois des irrégularités ou des comptes mal équilibrés.
Celui de 1394 nous apprend que Guillaume de Percy était maître des œuvres dans le commencement de l'année, mais qu'on lui substitue du 22 septembre au 1'^' mai Jehan Tissier. La cause de ce remplacement est inconnue. Mais voici qui est plus clair . Guillaume de Percy à qui il était dû 37 livres tournois, 6 sols 6 deniers, reçoit 40 livres tournois, soit un boni de 2 livres tournois 11 sols 6 deniers et on le congédie après quatre mois et demi.
Quant à Jehan Tissier, qui a sept mois et demi et à qui il serait dû 62 livres 5 sols C deniers, on ne lui paye que 50 livres tournois 5 deniers. Le compte portant réellement cent livres par an, que sont devenus les 9 livres tournois 11 sols 6 deniers?
La Cour des Comptes n'existait pas alors, et il était encore difficile de compter par livres, sols et deniers.
De l'examen des travaux, il est facile de reconnaître, à la porte du Croux, une certaine cohésion de style et de direction que les comptes sont loin d'avoir; d'après ces derniers, c'est à croire déjà que chaque échevin commande les ouvriers en dehors du maître des œuvres ; que chaque ouvrier exécute ce qu'il juge utile ; que l'anarchie s'accuse déjà dans la direction.
Cet esprit est surtout accusé dans les restes des transformations des remparts et dans les tours de la ville.
Jusque-là, en suivant les édifices de Nevers, les exécutions avaient été raisonnées, tracées d'une façon savante. La géométrie descriptive était une science connue à ces anciens maistres de V œuvre et faisait de ces modestes, dont les noms sont ignorés de nos jours, des hommes remarquables.
Mais lorsque tout le monde est architecte, il est naturel que personne ne le soit plus.
Comment se passaient les marchés ?
Les comptes nous fournissent quelques données : ce sont des prix faits.
Les marchés ne sont utilisés qu'en 1414, ils nous éclairent d'un jour particulier sur la direction d'un chantier par l'entrepreneur; nous y reviendrons.
L'étude des comptes, notamment ceux de la porte du Groux, nous dévoile le procédé de 1394 à 1422 . La ville achetait tous les matériaux et payait en régie la mise en œuvre.
Pour la pierre, par exemple, on l'achetait en carrière toute taillée, chaque fois que les tailles étaient courantes et faciles ; car dans ce cas le carrier sous-traitait cette taille à des ouvriers tâcherons ; ces tâcherons, pour faciliter leurs comptes, marquaient chacune de ces pierres d'un signe personnel : c'est ce que Ton voit de nos jours en exécution.
Le transport et la pose étaient payés à part ; le transport à la journée, la pose soit au cube ou à la surface.
Il en était de môme pour les bois, la tuile, etc., etc. Le plomb et le fer étaient comptés au poids (au millier).
Nous avons parlé plus haut de compte à prix faits. Nous avons donné le marché pour la tour et lebatardeau près la porte du Groux, et voici celui de réparations et modifications aux remparts près la porte de Nièvre; compris comme nous venons de l'expliquer, il n'y a qu'un prix à façon, toutes fournitures à part :
8 juillet 1414 — « Pierre le maçon prisfait de haussier les murs qui commencent entour de la poterne au dessus de la porte de Nyèvre jusqu'à la double eschilTe doubles qui fait le coing du devers Saint-Troe; et est tenu de abattre les viez murs, là où il sera nécessité ; radouber rester à la largeur de six piedz, ou si les dits murs n'ont pas la largeur de six piez, ils seront hauciez de leur grousseur de six piez de haulteur plus qu'ils n'ont à présent; reslargis au rez des hallées jusqu'à la dite largeur de six piez par encorbellement de qui porteront les entablements des dits murs ; et doit lier corbeaux engrossies par dessous de deux doys au plus affin de moins tenir en maçonnerie; et porteront les tables du dit entablement fui les dits corbeaux, c'estassavoir chacune table sur deux corbeaulx ; et doit aliger à la hauteur des halécs les avant pis, lesquels auront près greneaux ; et arthiers et doit avoir d'un creneaul à aultres huit piez et ont deux créneaux une archère qu'aura deux piez et demi de monteur; et seront les dits avant pis de hauteur de six piez et entablis convenablement ; et doivent avoir les dits entablemens saillie raisonnable par dedans ; et auxi doit jouitoiez et pour ce faire toute la vieille maçonnerie ; et auxi la neuve dedans et dehors.
« Parmi ce que la dite ville doit fournir et aux sablons, clayes, engins, bois et tous afustements nécessaires, excepté eaux et service de manœuvres.
(c C'estassavoir chacune toyse dessus dite mur et avant pis, avant toutes comptés le vide pour plain : quinze sols tournois.
« Et au cas que les dits murs viez ne seront pas abattus ou ascorchiez de leur espesseur ; et qu'on asbattrait quelques parties esbochier, les deux toises ne seront comptées que pour une.
« Comme tout ce appert : dix livres tournois. »
Cette pittoresque description se divise en trois parties : l^ le système de construction expliqué; 2» les fournitures de la ville et celles du maçon; 3» de quelle manière se mesurera l'ouvrage.
Si avec nos documents nous avions trouvé une signature de maître de Tœuvre dans une construction, ou bien une inscription quelconque; si nous avions sur d'anciens dallages retrouvé quelque reste d'épuré gravée; si nos archives avaient conservé quelques dessins, nous aurions pu compléter nos études; mais à défaut de ces documents, il nous reste les constructions antérieures ; c'est par elles que nous avons pu donner quelques renseignements.
Du quatorzième au quinzième siècle, nous n'avons de certain que les transformations des remparts, c'est ce qui était le plus utile pendant ces temps troublés. La guerre des Armagnacs ne facilitait pas autre chose.
Pourtant des chapelles absidales et la sacristie de la cathédrale semblent de cette date.
Si nous tirons une conclusion de notre étude, elle nous ramène à ce que nous avons déjà énoncé : qu'après les maîtres du treizième siècle, si recommandables par leur exécution, où paraît une grande autorité, une grande science géométrique, nous arrivons à l'entrepreneur maître des œuvres^ ou commis aux ouvrages, ou clerc, paralysé dans sa direction, puis affaibli et envahi par chaque corps d'état.
Guy-Coquille, dans l'énumération des offices du seizième siècle, qu'il fait d'après les archives, ne mentionne même pas celui de maître de l'oeuvre ou de son similaire ; et pour cause.
Si nous arrivons au milieu du dix-huitième siècle, l'office y est moins encore, tandis que les fonctions d'architecte deviennent indécises, au point qu'un ingénieur prend le titre d'architecte pour diriger son adjudicataire, lequel a titre de maître et d'architecte-^ entrepreneur.
Massbllon Rouvet,
Correspondant du Comité des Sociétés des Beaux-Arts
des d^artements, à Nevers.
A M. d*Asis-Qaillissans.
Souvenir afftctueux
Mazoyir.