LES ABSIDES OPPOSÉES
A LA CATHÉDRALE ROMANE DE NEVERS d)
'une des questions les plus curieusement étudiées et suivies est, sans contredit,
^celle des parties romanes de notre cathédrale. C'est celle qui passionne encore,
qui intrigue le plus les visiteurs ; en la traitant, je ne suis pas assuré de ne pas
raviver un brasier mal éteint.
Bien que des archéologues de mérite s'en soient occupés, j'ai pensé qu'il restait
encore à rectifier, à mettre en lumière des documents à l'appui de vues qui ne se sont
pas encore produites jusqu'à ce jour.
Mais il faut dire que, pendant de longues années, j'ai eu l'avantage de faire fouiller les murs, retourner le sol, enlever les enduits et les badigeons. Passionnément attaché aux travaux de la restauration, je ne me contentais pas de suivre ces travaux au jour le jour, je les suivais heure par heure. Cherchant pour ne rien compromettre ni commettre d'hérésie dans la restitution des parties pour lesquelles on me laissait liberté complète, j'ai dû voir de plus près et plus souvent. C'est le résultat de ces recherches dont profitera ce travail.
Que reste-t-il de la cathédrale romane, aujourd'hui? Le transept entier, l'abside occidentale, une absidiole à l'orient, vers l'extrémité nord du transept ; une amorce de la nef
(1) Mémoire lu au Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, en 18D3. (Voir Bulletin archéologique, 1893, n» 1, p. 43).
centrale, aux deux côtés de laquelle se trouve une nef plus étroite ; les cintres en sont encore enclavés dans des maçonneries plus récentes; deux piliers monocylindriques, au milieu du transept, en prolongement de la nef centrale, dont les bases jadis en moellons enduits indiquaient un déchaussement du sol. C'est donc à tort qu'on les a revêtues en pierre de taille dans le style du XV" siècle.
Puis, à côté de l'abside, derrière le mur du transept dont il bouche les croisées, une construction romane indépendante du transept , accolée et portée sur des arcs de décharge; au-dessous de l'abside, une crypt« communiquant sous les deux annexes postérieures. Voilà pour le plan. (Voir fig. 1, 3, 8 et 9).
L'élé^'ation offre dans le transept les corbeaux en pierre portant les liemes qui recevaient une charpente apparente ; dans laner, aucune voûte n'a existé. A la croisée du transept et de la nef, une tour carrée, plus élevée que les toits environnants, ayant au moins, sur trois faces, deux croisées, dont les claveaux et les pieds-droits, encore maçonnés de nos jours, en fournissent les preuves évi- (Fjg. ]) dentés, (Voir fig. 2, 8 et 9).
Aucune trace de voûtes, ici non plus, la disposition ne pouvant les contrebuter, mais une simple charpente apparente.
Au nord-est du transept, au-dessus de l'absidiole (aujourd'hui les fonts- baptismaux), une amorce de la tour qui a été détruite par le feu. L'abside et l'absidiole sont voûtées en moellons et enduites en mortier; sous l'abside existe une remarquable fresque (voir fig. 6), la plus ancienne de France, C'est tout ce qui reste de la cathédrale romane.
Si l'on regarde de près les parties romanes de la cathédrale, on dislingue sans difficulté plusieurs époques. La taille elle-même en indique au moins quatre distinctes :
Dans la première, le taillant de l'outil est mal affûté et l'ouvrier malhabile ; il s'ensuit que la pierre n'est pas coupée mais écrasée, avec de nombreux arrachements formant des trous ou taches que le tailleur de pierre a laissé apparents (1). Ce manque d'habitude se reconnaît surtout dans la manière de tenir l'outil, avec lequel il taille sans méthode, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, des arêtes et des parements mal dressés. Nous sommes loin de cette taille romane, à arêtes de poisson, du XII'' siècle, si régulière, dont il existe des échantillons dans les annexes, à côté de l'abside, annexes qui bouchent les croisées du transept.
(1) DoDS les réceates fouilles d'une villa eoHo-romainc, à fiéard, la taille cal identique.
k» (MV»"»)^ ♦^S'viw* M Itx-alis^ ilîins les deux piliers enfermés dans les colonnettes >*v< \m' Mv\'t».\ ^ fîM^tv \Ha iw( et du transept (voir flg. 10), ainsi que dans les parties iMwaM <V fiKbxMsttt^ vi -^ l'au^W »»>.t-ou»st du transept.
Uuw h* «NViKh» «»(\<<4tt«. l'oulil (la '*>») ^st mieux aiguisé, la taille plus franche, les -«'i*.'h.w«v4tt» uwnw »K>mtwHx. los («ffmonls plus droits et les tailles à l'envers moins fréquentes; l'ouvrier est plus maître de son outil. Ce serait le fait des tailles des deux piliers cylindriques et des deux arcs qu'ils portent du côté du chœur, les deux autres étant plus récents, comme nous le verrons.
Dans la troisième époque, les tailles sontrégulièrementdonnéesd'unseulcôté; plus de coups à l'envers, les arêtes et les parements sont dressés et les arrachements sont insignifiants. Les ares portés sur les deux piliers ronds du transept, du côté de l'abside, ceux des bas-côtés semblent appartenir à cette époque du travail,
La quatrième et dernière période est celle des cintres de croisées du transept, de l'abside, à re.\térieur et à l'intérieur, dont les deux parements sont en pierre et de la crypte sous l'abside; enfin, des consoles portant les liemes de la charpente.
Les deux annexes ne sont que de la fm du XII" siècle ; elles n'ont rien de commun avec le plan primitif.
Ainsi, l'abside est d'une autre date que la nef, et, dans l'abside elle-même, les chapiteaux sculptés ontété rapportés après 1,1 t>nii«lriii'lluu di» wm nuira. La discordance de l'appareil de pierre le prouve (voir flg. 4). (l'mlliMir- t'iw ohiipitoiiux n'ont pas les traces d'incendie qui existent sur les fûts qui les l«ii(i>ii1 i>it mv loH pilier» nionocylindriques. Les arcs qui reposent sur ces deux piliers \\\\\ iMi^ ii>llilli« iipr^M l'incondio, du côté de l'abside, car la taille n'est ni rougie ni éclatée |Mi li< l\>ii, tHiiiiuio l'uutro côté ; elle est blanche et n'a aucun arrachement.
Lk quodllon do fait jugée, il reste la question de principe. La cathédrale romane H\Hll itllo itWillement deux absides opposées? Nous n'hésitons pas à dire que les deux iitwidiM o^lnlalont, et je suis amené & cette conclusion par l'orientation de toutes les itUliliM doH <)gliBes romanes immédiatement voisines ; je prétends même que ces dernières
Les cathédrales de Besancon, de Verdun, de Strasbourg, ont eu deux absides opposées d'occident à orient {i).
Rien n'empêche donc de dire que la cathédrale romane de Nevers avait aussi deux absides, c'est-à-dire un sanctuaire à l'orient, en lace de celle de Sainte-Julitte. Cette disposition est aujourd'hui encore unique en France.
L'hypothèse de la double abside n'est pas gratuite, au reste; des fouilles que j'ai faites dans la nef et les bas-cfltés m'ont révélé des substructions qui pourraient se rapporter à cette disposition primitive.
Cette disposition nous vient évidemment des bords du Rhin, de ta Prusse rhénane : Spire, Worms, Trêves, Mayence, Bamberg, Saint-Sébald il Nuremberg, l'abbaye de Saint- Laach, Nauembourg, Ulm, Sainte-Croix à Liège, ont des églises à absides opposées ; Verdun, Besançon, Strasbourg, Saint-Nomatius à Clerraont-Ferrand, La Marche, près de Nevers, en avaient. C'est donc un système adopté.
Les dates de ces églises rhénanes, sauf Nauembourg, Nuremberg et Ulm, qui sont du
XIII« au XV" siècle, seraient toutes entre les années 978 et 1061 . Or,
si la cathédrale de Nevers est de 1028 ou antérieure i cette date, il y
K^ a déjà accord. D'autre part, nous savons que les moines de Saint-
,f Benoit étaient les constinicteurs habituels de ces églises. Mais,
b depuis longtemps, ces moines étaient établis à Nevers, et l'un de
5 ces couvents y avait été fondé par saint Colomban en personne. Ce
t^ couvent était célèbre, renommé même par la richesse des parements
^ de ses murs. Il n'y avait, à ce moment, que l'Orient qui procédait
^ avec ces moyens, et les mosaïques extérieures des églises d'Auvergne
■S n'auraient elles-mêmes d'autres sources. Aujourd'hui, Saint-Etienne
1* occupe l'emplacement de ce couvent et cette église est cluniïienne.
Dans le cloître du XIII'^ au XIV« siècle, qui est à cûté, il y a des fûts
,p.| , ^, de colonnes dont les profils et le galbe antiques expriment bien cet
art. Ils sont certainement du V^ au VII° siècle et de la fondation de
Saint-Colomban,
Ce n'cât pas ta première fois que j'ai émis cette idée qui m'est personnelle. Toutefois,
retenons encore ce fait : aux moines de Saint-Benolt succèdent les moines de Cluny.
Avant d'aller plus loin, il n'est pas hors de propos de consulter l'histoire locale ou la légende, car nous puiserons dans l'une et dans l'autre.
En 505, le roi Clovis crée, dit la légende, le premier siège de l'évêché de Nevers ; il
(I) VioM-Er-i-E-Duc, T. I, II. 209.
-aide Charles-le-Chauve, daté du 12 janvier 84i, l'organise. En 843, la nomination de l'évoque ne se fait plus par autorité royale, mais par l'élection du clergé de Nevers.
C'est à ce moment que l'évêque Hériman déclare t qu'il doit réparer les grandes pertes que son église a faites depuis un siècle, » mais il institue quarante chanoines à la cathédrale.
Déjà, le chapitre ne vit plus en commun avec soa évéque; chacun a son budget et l'administre.
En 887, Eumène, cet évéque guerrier, se fait confirmer, par Charles-le-Gros, devant Paris assiégé par les Normands, les donations et les privilèges. L'évêque devient grand seigneur; il a ses sujets, ses soldats, qu'il conduit au combat, la dague au poing. C'est un grand seigneur qu'il ne faut pas mécontenter! Un roi de France récompense ses services par de riches donations !
Voilà le moment propice aux constructions. Pourtant, en 908, lorsque l'évêque Alton monta sur le siège, l'église construite par Gérôme, nous dit-on, tombait en ruine, et il la fait restaurer; mais, ajoute-t-on, on avait bien d'autres ruines h réparer : celles que l'ignorance avait amoncelées au sein de son clergé. Aussi s'empressa-t-il d'appeler dans son diocèse un moine de Saint-Amand, du diocèse de Toumay, qui devient le magister ou écolâlre de son clergé.
Nous pourrions finir là nos citations sur l'administration diocésaine, si nous n'avions trouvé après l'an mille un fait curieux. Il donne la véritable physionomie des pouvoirs de l'évêque et de son chapitre. Si le chapitre était devenu -^ - ' riche, il n'en profitait pas toujours, car il avait donné
des pouvoirs étendus, trop étendus, à l'un des siens qui s'entendait bien mieux à dilapider les ressources qu'à les gérer. L'évoque Hugues-le-Grand lui-même était impuissant à ramener son homonyme et son parent à la raison et il déclara, lui aussi, avoir trouvé < des ruines matérielles et morales h réparer. »
Et c'était le prévôt Hugues qui était cause, en partie, de ces désordres. Pourtant, la grâce finit par le toucher, les remords lui font déplorer ses iniquités ; il se démet de ses fonctions, il donne enfin tout au chapitre de Nevers qui, de cette façon, recouvre tous ses 'droits.
C'était si inespéré que, spontanément, le chapitre, heureux de cette renonciation, donne à l'ancien prévôt, (Fi-,, 5) sa viedurant, l'église Saint-Trohé, ainsi que les terres
de Veninges et de Rossi.
Mais aussi MM. les chanoines, craignant de se trouver dans le même cas plus tard, s'empressent de jurer serment et de le faire jurer à tous les nouveaux. En voici le texte : < Jurez-vous sur les saints Evangiles que vous ne consentirez jamais à admettre dans ladite église de Nevers un prévôt général ou administrateur général, parce que, anciennement, il était d'usage d'avoir dans cette église un certain prévôt général qui recevait tout et distribuait le reste aux autres, au gré de ses caprices. »
Enfin, au sujet de Nevers et des églises des bords du Rhin, citons Viollet-le-Duc (1) : € Il entrait dans ces plans un élément étranger aux traditions latines, et cet élément avait été introduit dans l'Austrasie, dès l'époque de Charlemagne ; c'était, on n'en peut douter, le produit d'une influence orientale, comme un mélange de la basilique latine et du plan de Sainte-Sophie de Constantinople. >
Serait-ce le seul rapprochement entre l'art de l'orient ou Sainte-Sophie et la cathédrale de Nevers? Non. Les chapiteaux qui supportent les rangs de claveaux du bord de la calotte de l'abside feraient croire à une sculpture grecque de la belle époque; les lignes sont aussi hardies, aussi fines, aussi délicates. Les brindilles qui contournent le cône des chapiteaux ont une vigueur merveilleuse. Tout est grec dans le faire, la composition seule est byzantine (voir fig. 6).
Mais cette composition n'est pas isolée, elle a des analogues dans les deux qui font face à la nef et dans plusieurs de ceux de l'intérieur de la môme abside. En comparant
ces sculptures avec celles de Sainte- Sophie, les chapiteaux de Nevers l'emportent par la pureté du style grec.
Nous avons déjà parlé des chapiteaux de l'église de Saint-Sauveur de Nevers représentant une église bysantine; dans la même église, il y a deux ans, j'ai eu la fortune de sauver du vandalisme du voyer municipal deux chapiteaux qu'on allait réduire en cailloux à empierrement, comme il venait d'être fait de trois autres.
Ces chapiteaux, aujourd'hui au musée de Nevers, offrent le môme style que ceux de la cathédrale, et ce qui fait leur mérite, c'est qu'ils ont des personnages, des scènes bibliques aussi curieuses que bien rendues.
Mais n'avons-nous pas déjà, ici même, dans une précédente communication, fait remarquer cette tendance dans les profils et dans les sculptures du portail de Jailly?
Les chapiteaux du portail de Garchizy, (Fig. 7) près Nevers, et certainement bien d'autres
églises de la région ne seraient que les sculptures de Saint-Pierre-le-Moûtier, de Donzy-le-Pré, de La Charité-sur-Loire, de Saint-Révérien ou de Semelay, ne manqueraient pas de donner encore une fois raison
par deux travées portées sur ua seul pilier par côté. Et, chose étrange, sauf la coupole qui n'existe pas à La Marche, nous avons la copie du chevet du plan de l'église grecque de Kapnicarea et de Sainte-Sophie. Ajoutons enfin que les patrons de la cathédrale sont non seulement originaires d'Orient, mais encore de la ville d'Icône en Grèce, dont les reliques auraient été apportées.
N'est-ce pas une preuve que de retrouver à côté ou dans la cathédrale de Nevers les deux principes déduits plus haut, savoir : les absides opposées et l'origine grecque?
Sainte-Sophie de Constantinople est évidemment le point de départ de la cathédrale de Nevers. Nous allons le prouver une fois de plus. Mais d'abord voyons les dates de celle-là.
En 335 et la vingtième année du règne de Constantin-le-Grand, l'église Sainte-Sophie est construite, et on l'appelait le nouveau temple de Salomon. En 404, un incendie la détruit ; Théodose la reconstruit. Second incendie survenu en janvier 535 ; Justinien la fait reconstruire. Et, dès le 22 février de la même année 535, elle s'élève sur un plan plus vaste ; l'église est finie en 538.
Vingt ans après, la grande coupole s'écroule; Justinien la rétablit et inaugure encore l'église le 24 décembre 568. Vers la fin du X« siècle, en 987, encore une fois, la coupole s'écroule en partie et se trouve rétablie.
Les légendes les plus extraordinaires avaient cours dans le public sur ce monument, surtout sur sa conception miraculeuse. On couronnait les monarques dans Sainte-Sophie, les triomphes et les mariages des princes, ainsi que toutes les grandes cérémonies des empereurs romains se célébraient là. Pour le public, c'était une merveille comme plan, comme construction, comme décors brillants. Il est naturel de la voir copier par tous ceux qui élevaient un temple à Dieu.
Ne voyons-nous pas depuis le XVI« siècle, Saint-Pierre de Rome servir de modèle à tous les Panthéons élevés, même assez récemment dans le monde entier? II est donc naturel, logique, qu'on ait copié depuis Constantin-le-Grand Sainte-Sophie, et que Nevers en soit le pâle reflet.
Mais Nevers a aussi une de ces jolies légendes, comme en fournissaient les temps anciens dont l'histoire a conservé le souvenir. Qu'on me permette de la reproduire ; elle pourra nous servir, appuyée d'une démonstration technique :
« Charlemagne fut fort effrayé d'un songe. Il était à la chasse quand, se trouvant seul et sans autres armes qu'une épée au fourreau, il voit tout à coup un sanglier furieux s'élancer sur lui; son aspect sauvage et menaçant le glace d'épouvante ; il se jette à genoux pour implorer la protection de Dieu; au même moment, un enfant nu lui apparaît monté sur le sanglier et lui dit : « Si tu me couvres d'un voile, je te sauve. »
L'enfant était saint Cyr, patron de la cathédrale de Nevers; le voile, sa cathédrale de Nevers, en ruine à ce moment. C'est ainsi, du moins, que, fort adroitement, saint Gérôme,
évéque de Nevers, l'expliqua à l'empereur qui le crut de préférence à tous les évèques de son empire qu'il avait réunis à l'effet d'expliquer ce songe.
Quoi qu'il en soit, le chapitre, en souvenir, porte dans ses armoiries un enlant nu (saint C>t), monté à califourchon sur un sanglier.
Admettons que la tradition se soit bien con5er\'ée et nous retrouvons déjà le plan à ahsides opposées comme à Saint-Gall et comme Sainte-Sophie. Mais Sainte-Sophie porte sa vaste coupole sur quatre arcs qui, d'une grande portée — 30 mètres, est-il dit, — reposent sur quatre piliers qui partent de fond, faisant point d'appui au sol. La cathédrale aussi avait quatre piliers à relier par un arc de douze mètres de diamètre ; l'un d'eux existe encore, celui de l'abside, et les trois autres ont un diamètre égal.
Comme stabilité, l'arc de l'abside était bien buté par les murs latéraux du transept ; il y est resté ; celui d'en face sur la nef était contrebuté par les bas-cOtés et les absidioles qui, non seulement ont de forts massifs, mais encore le tas de charge des tours. Il a dû résister et exister jusqu'au moment oii l'on a modifié l'église au XIII» siècle. Ceux en prolongement des nefs sur l'abside n'ont pas trouvé du cOté de l'abside la résistance voulue. La butée manquant, à la suite d'essais malheureux, on a dû diviser en deux la distance par les piliers monocylindriques qui sont dans l'axe du transept (voir fig. 9). Par
ce moyen, on diminuait le rayon et on abaissait aussi le point de résistance : c'est ce que nous avons avec une époque qui par le travail est plus près de nous que les autres points, et notamment que les deux piliers d'angle de la nef et du transept (voir fig. 10),
Cette analogie dans la construction de la cathédrale de Nevers avec Sainte-Sophie, qu'accusent la théorie de construction, les différences de travail, de taille et de système, ainsi que la décoration, est trop caractéristique pour qu'on puisse la nier.
Pif^trSiid;£t
Mais procédons par contre-épreuve, et prenons l'histoire ou la légende, et encadrons, expliquons les reconstructions. Si, en 505, Clovis institue révôché et une église, cette dernière n'a pu être, je pense, qu'une maison occupant peut-être l'emplacement de la cathédrale. Qu'en 795 cette maison fût devenue ruine, rien de plus naturel.
Au IXc siècle, sous Charlemagne, si l'on a reconstruit, c'est sûrement avec deux absides opposées comme à Saint-Gall, comme à La Marche. Les donations viennent en 841, 881, 885, 887.
En 908, l'église s'écroule par vice de construction des arcs insuffisamment butés audessus du transept, et la légende conserve le souvenir du chanoine Atton, sauvé au pied
de l'un des piliers existant encore et dissimulé entre les colonnettes du XIII^ siècle, angles du transept et de la nef (fig. 10).
On reconslruit, mais on ajoute les deux piliers monocylindriques pour diminuer la portée et rendre effective la poussée des arcs. En 1028, un incendie, dont les traces sont encore visibles de nos jours, détruit la nef et dévaste l'abside ; avait-elle ou non une crypte, cette abside? Rien ne le fait voir si ce n'est qu'elles marquent l'une et l'autre la même date, ainsi que les murs du transept à partir de deux à trois mètres de hauteur.
Pourtant, il est certain qu'aux pieds
des piliers il y a eu abaissement du sol de
m. 90 et que les deux balcons, construits depuis quelques années de chaque côté de
l'abside, n'ont jamais existé avant cette dernière date. C'est une invention de l'architecte
qui vient de restaurer.
Mais la dernière période du roman avait construit une église complète sur les ruines conservées.
Toutefois, après ce travail fini, on ajoute, ou mieux on remplace les chapiteaux de l'abside du devant et de l'entrée, et on refait les arcs les reliant aux piliers ronds.
Cependant, la cathédrale n'est pas couverte par une voûte, mais par une charpente apparente. Nouveau danger. En effet, en 1211, nouvel incendie, qui nous laisse de l'ancien monument ce que nous en voyons aujourd'hui, sauf qu'à la place de la grande tour du XVe siècle, il existait, comme au nord, une absidiole surmontée d'une tour romane (voir. fig. 11).
Nous avons démontré le caractère grec bysantin de la cathédrale avec ses origines ;
7*4ir*trn*\(i Xr'ftétuj
(Fig. 10)
MYRDHINN
Légende Bretonne (i)
La fascination du magicien échappe aux pesées vulgaires.
(Ern. Renan).