I. — Le Premier Novembre. — La Nait du Jugement
Debout dans la tempête, au milieu des ténèbres,
A la pointe du Raz, les yeux sur TOccident
Plein de doute, d'horreur et de rumeurs funèbres,
Myrdhinn, les bras tendus, mêlant son souffle ardent
Au tumulte effréné des vagues en furie
Qui meurent à ses pieds, sublimes, en grondant,
— Tandis que l'Océan mystérieux charrie Les nocturnes oiseaux et les âmes des morts.
Et que vers son néant le gouffre dolent crie, —
Seul, les cheveux au vent, sans terreur ni remords,
Sur l'Enfer du Plogoff inclinant sa poitrine,
Semblant d'un geste auguste, imposer, comme un mors,
Sa maîtrise magique à la fougue marine, Et dompter du regard le tourbillon qui bout, Noir coursier dont l'écume effleure sa narine.
(1) Poème qui a obtenu le premier prix au concours de la Société La Pomme^ en 1891.
Myrdhinn, le grand Prophète et l'Enchanteur, au bout De l'Armor où Tespoir de tout au-delà sombre, Saisit sa harpe d'or, — le nimbe au front, — debout.
Lors, conscient du deuil qui remplit son cœur d*ombre Et des spectres cruels qui viennent le hanter, Il chante son angoisse amère à la nuit sombre,
Et l'abîme se tait et l'écoute chanter.