II. — Ce qu'il dit à Fablme
Je suis plus vieux que le vieux chêne.
Mon heure suprême est prochaine ; Baie immense des Trépassés, Roule mon corps sous ton suaire, Prends-le dans ton vaste ossuaire.
Car n'ai-je pas souffert assez !
Gouffre infernal que rien n'apaise, Ma vie est trop longue et me pèse :
Viens, tu peux monter jusqu'à moi !
Puisque la tristesse m'accable, J'attends ta justice implacable, Samhan (*), mon âme est sans émoi !
Depuis que j'ai foulé la cime
Du saint Snowdon (2), le temps décime
Mes rêves éclos dans l'azur ;
Je n'y vois plus luire ce glaive
Plus beau que l'aube qui se lève,
L'Excalibar du grand Arthur.
Maudit soit ton désir infâme, Sylphe, qui ne voulus pour femme Qu'une sœur des vierges de Sein I Maudits l'incube et la vestale Qui n'a su, d'une main brutale, Etouffer son ôls en son sein !
(1) Juge des morts.
(2) Montagne sacrée dos bardes gallois.
Toutes les lèvres sont blasées. Toutes les amours épuisées ; Et les prêtres de l'idéal Ont, des larmes de l'adultère.
Souillé la coupe du mystère.
Le vase pur du Saint-Graal.
La route du sépulcre est dure ; Nulle joie ici-bas ne dure :
Tombes d'Yseult et de Tristan, Oïl sont vos roses embaumées ?
Où sont mes chimères aimées ?
Où sont mes beaux songes d'antan ?
Notre existence est éphémère,
Et du fond de la vie amère
Un glas jaillit, lugubre et sourd.
Pareil à ce tintement vague
Des cloches d'Ys qu'émeut la vague :
C'est le ressouvenir qui sourd.
ma Vivyan, 6 ma fée,
Hélas ! ma. vieillesse, assoiffée
De vérité, brame, aux abois !
Ta science était infinie ;
Où donc es-tu ? Qui t'a bannie ?
Pourquoi me fuir au fond des bois ?
Plus de talisman, ni de philtre I Plus de prestige I En moi s'infiltre Le terne ennui des jours défunts.
Ck)mme je dormirais à l'aise A l'ombre de cette falaise I Les varechs ont de doux parfums.