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CHAPITRE n

OBSERVATIONS GÉNÉRALES A UN MAITRE A L*ÉGARD DE SES MÉTAYERS, LOCATAIRES,

ENTRAOERS, CHEPTELLIERS.

Un maître se transportera tous les trois mois chez le métayer qui tient de lui des bestiaux, il les verra tous et en prendra un état détaillé sur un petit livre exprès, parce qu'il y a des métayers qui mangent leurs porcs ou brebis et qui môme vendent une taurie ou une vache à Tinsu du maître et lui disent que c'est le loup qui les a mangées ou qu'elles sont crevées de maladie. J'ai eu deux métayers que j'ai surpris mangeant mes porcs et mes brebis et les dépeçant pendant la nuit.

n faut surtout faire attention avant et après les fêtes de la paroisse ou bien quand il se fait un mariage. Si on leur en donne une, ils en tuent deux.

J'ai connu un métayer qui a vendu une taure de deux ans à un étranger, mais son maître ayant remarqué cette taure et la demandant, le métayer répondit que les loups l'avaient mangée pendant la nuit. Le maître s'en fit payer sa moitié, attendu que, suivant la coutume, tout cheptellier est obligé à la garde du cheptel et en est responsable. Il lui arrivera encore de troquer une bonne bête à cornes contre une mauvaise en gardant le retour pour lui.

Si le maître ne prend pas garde à ces friponneries ils vendront un ou deux des plus beaux porcs ou des plus belles brebis et garderont Targent pour eux.

Souvent un métayer ehartonnard (qui fait des charrois) est sujet à faire gâter ses bœufs en voiturant de grosses voitures et ne s'en vante pas. Il le cache ainsi que ses voisins, car les paysans se cachent et se supportent les uns aux autres. Si le maître s'aperçoit de quelque chose, on lui dira que l'accident est arrivé en labourant, d'autres fois en allant à l'abreuvoir, en sautant et cabriolant avec les autres, ou bien que la bête est tombée sur la glace ou même en conduisant une voiture au maître. Jamais un bœuf ne se fait de mal en labourant paisiblement.

Si un métayer a une jument, ce sera souvent une jument de patache (1) servant non seulement au métayer mais à tous les voisins pour aller au moulin ou autres endroits.

Je ne souffre pas qu'un métayer mène ses juments aux moulins ni les prête à quelqu'un, parce que cela les tue, les ruine, notamment pendant l'hiver où il reste la moitié d'une journée au moulin. Pendant ce temps, la bête meurt de faim aussi bien que son poulain.

(i) On nommait patache une sorte de Toiture publique senrant au transport des personnes et des choses*

SouvoDt le métayer les fait coucher pendant Thiver dans une étable et ne leur tienne rien à manger. Il vaudrait mieux les faire coucher dehors en tout temps.

Il ne fait pas bon jeter dehors, quand il y a de la rosée blanche, une bête qui vient d'accoucher à l'étable, notamment lorsqu'elle n'a pas bien déjeûné. En mangeant dans (*ette rosée ou dans la neige, cela lui donne des ventrées. Si elle est pleine, cela peut la faire avorter.

Si un paysan conduit sa fournée au moulin avec sa jument, il monte toujours sur son ou ses sacs et ne va jamais à pied. Aussi je ne souffre pas qu'il mène sa jument au moulin, et, si il la menait malgré moi, je lui ferais faire sommation par huissier. Je veux qu'il prenne ses bœufs, car un métayer a plus de soin de ses bœufs que de sa jument et il peut mener sur sa charrette deux ou trois fournées et du foin avec pour ses bœufs.

Une jument bien nourrie doit faire un poulain tous les ans. Neuf à dix jours après avoir fait son poulain, on la fera saillir.

On peut sevrer un poulain au bout do six mois en lui donnant du grain écrasé au moulin et de l'eau blanche.

Il faut qu'il y ait pour les juments et les poulains une écurie où les autres bestiaux n'aillent pas et qu'elle soit pourvue d'une mangeoire et d'un bon râtelier à travers les barreaux duquel les chevaux ne puissent point passer la tôte, car ils pourraient s'étrangler; il faut qu'il n'y ait rien qui puisse leur faire du mal.

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