DANS TOUS LES MÉTIERS
Dans toutes sortes d'états, d'emplois, arts, métiers et charges, il y a de la friponnerie; je vais en rapporter seulement quelques exemples, ne voulant pas m'attirer la haine et les vengeances de ceux qui, plus élevés en charges, veulent passer pour honnêtes gens, consciencieux, charitables et de grande probité et qui cependant sont tous fripons, soit par leur grande avarice et intérêt particulier ou pour celui de leur famille, parents et amis, soit par présents, soit par employés ou sollicitations d'une femme ou dame pour se faire des amis et pour s'en servir en temps et lieux pour euxmêmes ou pour autrui.
Tromperies dans les métiers. — Un maçon peut tromper dans les murs qu'il fait et dans les fondations en ne les faisant pas stables et assez profondes en terre comme aussi en ne garnissant pas bien les murs de pierres, de manière que toutes les pierres soient bien liées et jointes les unes aux autres avec de bon mortier dans le dedans des murailles, il arrive alors que les murs se trouvent creux par le dedans ; quelques fois ils mettent en dedans seulement de la pierre sèche.
Il faut que les maçons aient de bonnes pierres de la largeur du mur, qu'ils en mettent une sur chaque bout de leur mur et plusieurs dans le milieu, suivant la longueur, môme dans les écarries afin de les bien lier ; dans le milieu, ces grandes pierres doivent bien traverser les murs pour empêcher qu'ils ne se séparent comme on le voit trop souvent. La moitié d'un mur tombe et l'autre reste, ce qui prouve que le mur est creux en dedans, que les pierres ne sont pas bien liées les unes entre les autres avec de longues pierres qui traversent dans plusieurs endroits.
Il faut toujours faire attention à faire de bons fondements et bien profonds pour qu'ils ne puissent ginguer ni évaser par le devant, notamment dans les endroits où il y a des vallées proches de murs et de mauvais terrains.
qu*il fricasse dans du beurre ou de la graisse et dont il se sert pour couvrir quand il travaille à prix fait ; souvent il les revend aux particuliers pour couvrir dans leurs b&timents.
Le tisserand vous rapportera de la toile qu'il vient de faire et de sortir de dessous le métier ; il la laissera coucher à terre la veille qu'il vous la portera et, si vous dit^s que vous devez en avoir davantage, il vous répondra de la peser et qu'on y trouvera le même poids qu'on lui a donné en fil.
On pourrait lui répondre qu'avant de la peser, il faut d'abord la laver et la bien faire sécher pour ôter le chat qui est dedans et l'humidité qu'elle a.
Pour en ourdir davantage, ils ne la mettent pas en compte, ce qui fait qu'elle est claire ; pour en faire plus d'aunes, ils ne la mettent pas en compte et ne la font pas aussi large, ce qui fait qu'il y en a plus long.
Le peigneur de chanvre. - Pour que son embesche pèse davantage, il ne la peigne pas bien et il renfermera dans les étoupons et regresches tout ce qui tombera sous les fers en les peignant et frottant, il y mettra môme quelques fois jusqu'au j9ou««ot et à la crasse de chanvre.
J'ai fait accommoder chez moi soixante-quinze livres de femelle, partie bonne, partie mauvaise, qui, bien accommodées, m'ont rendu vingt-huit livres de plein et trente-six d'étoupe dont il y avait trois de regresche. Je payais un sou par livre et nourrissais le peigneur. Un homme seul me les a accommodées en sept Jours. Il y en a eu quatorze de chat sur les soixante-quinze.
J'ai connu un soldat de mes amis qui, dans toutes les garnisons, faisait des bas à l'aiguille pour toutes les personnes qui lui en donnaient à faire, pour les bourgeois» artisans. Il était Flamand de nation et tricottait si habilement qu'il faisait un bas de grosse laine par jour. Il me dit un jour : « On croirait qu'on ne peut faire de friponnerie en faisant des bas, mais il y en a dans toutes sortes de métiers ; pour moi, si on me donne une livre de laine pour faire une paire do bas, j'en prendrai bien un demiquarteron sans qu'on y connaisse rien et quand je porterai les bas à celui qui m'a donné la laine, il y trouvera sa livre de laine. »
En faisant ses. bas, il ne se servait point d'autre mouchoir que des bas qu'il tricottait, il se mouchait dedans et, après s'être mouché, frottait bien ses bas pour faire entrer la morve dedans. Tous les jours, il jettait son bas et la laine sous son lit sur la torre humide pour en recevoir l'humidité et paf ce moyen gagner un peu de poids.