PREMIÈRE PARTIE
Qui ne connaît le pont d'Avignon et sa curieuse légende :
« Dieu apparut h un berger de douze ans du nom de Benezet, gardant les brebis de sa mère et lui dit : « Laisse-là les brebis que tu gardes, en ce moment, et construis-moi a un pont sur le Riiône. » (Ce pont a 920 mètres de long).
<( Mais, Seigneur, je n'ai que trois oboles, comment pourrais-je construire un pont « sur le Rhône ? »
«c Dieu lui répondit : f Va, aie confiance, je te renseignerai... » Il s'en allait, ne sachant où diriger ses pas, lorsqu'un ange vint le guider; sans prendre ni nourriture, ni boisson, et quoique le chemin fût de trois journées, il le fit entre la troisième et la sixième heure du jour...
«. Arrivé sur le bord du Rhône, Benezet tut saisi de crainte en voyant sa grande kirgeur; à ce moment, fange disparut en l'exhortant à continuer sa route et sa mission...
ft Cependant, une barque, dirigée par un Juif, était au bord ; le Juif ne voulut le
(1) ileWo éluilft fut outroprisek l'occasion do l'oiivrago posthume do M. Iccoiuledo Saint-Vcnanf. i^aitit Benezet^pitron des inijênieurs^ rétreminent publié par ses cufants. M. d^ Saiul- Venant, nicmbri? do rinstilul, ot non dos moins illustres, avait rempli à Clamecy les fonctions d'injîénieur.
C'est on 1S76 que, pour la promiôro fois, je manifestai mon opinion sui- la date du ponlSainl- Bonczet. En cela, j'étais on désaccord avec les* deux cents autours cités par M. de Saint-Venant, avc<r la commission des Monuments historiques, de savants ingénieurs dos ponts ot chaussées et mou rogrotlé maître Viollei-le-Duo.
Voici, à ce sujet, la lettre que m'écrivit, en 1890, M. le Directeur des Beaux-Arts :
« Monsieur,
« ... Le Comité a voté la lecture et l'impression de votre mémoire... Ouand vous abordez la « question historique, vous y apjiortez des éléments de discussion que le Comité a su apprécier... « 11 convient donc que votre communication porte sur les preuves que vous y avez groupées à « Tappui d'une thèse dont l'honneur vous revient, puisque vous êtes en désaccord, quant k la date.
€ avec des archéologues éminents.
€ Le Directeur des Beaux-Arts^ « Larrousiet. »
passer sans qu'il lui payât les trois oboles que possédait Benezet... Courageusement, l'enfant arrive dans une réunion où Tévêque prêchait à son peuple ; il l'interrompt en lui annonçant sa mission. L'évoque, mécontent, renvoie, par dérision, au viguier de la ville, pour qu'on écorche vif le coupable ou qu'on lui coupe les pieds et les mains.
« Mais notre intrépide enfant ne se décourage pas; il renouvelle sa mission devant le viguier; ce dernier, voulant le confondre, en face de la foule amassée, lui dit : « Le pont * que tu veux faire étant en pierre, je te donne celle qui est sur la place — et cette pierre était d'une étonnante grandeur, treize pieds de long sur sept pieds de large — si tu la a portes, je te croirai capable d'exécuter ton œuvre. » Benezet, devant Tévèque, le viguier et le peuple, plein de confiance, prend cette pierre (trente hommes n'auraient pu la mouvoir), il la porte aussi facilement que si c'eût été un caillou qu'on tient à la main, et la dépose au lieu où il devait fonder la première arche.
« A la vue de ce prodige, tous furent saisis d'admiration; le viguier baisa les mains et les pieds de Benezet et, le premier, le qualifia de saint.
« Et, aussitôt, Benoît recueillit cinq mille sous. » (1)
Le pont d'Avignon est-il réellement un de ces faits miraculeux, nés au milieu d'un peuple arriéré, n'ayant aucune notion de construction? C'est la thèse que soutient, avec une pieuse ardeur, M. de Saint- Venant, dans son ouvrage intitulé : Saint Benezet^ patron des ingénieurs. Ou bien est-ce une de ces œuvres écloses dans un milieu exercé, instruit et expérimenté?
Nous nous proposons d'examiner ici la double thèse.
Dans un langage imagé et poétique, le chroniqueur Raoul Glaber s'exprime ainsi :
(( On aurait dit, au sortir de Tan mille, que le monde secouait les haillons de son antiquité pour revêtir une blanche robe d'église. » En 1177, ces constructions, d'abord simples et petites, sont devenues des chefs-d'œuvre de grandeur, de style, de difficultés vaincues, et cela d'un bout à l'autre de la France. Le Comtat Vcnaissin n'est pas resté étranger à ce mouvement.
Nous retrouvons ces témoins du dixième au douzième siècle, à Saint-Front de Périgueux, à Cluny, à Vézelay, à La Charité-sur-Loire, h Saint-Etienne de Nevers, à Notre- Dame-du-Port de Clermont, à la cathédrale même d'Avignon, h Saint-Victor de Marseille.
Avant la construction du pont d'Avignon, que d'églises, petites et grandes, dans tout le Midi, attestaient l'expérience consommée des maîtres fies œuvres ! sans parler des cathédrales de Paris, Laon, Saint-Denis, ni des plus petites églises comme Vienne, près Lyon, ni de Cavaillon ou du Thor, ces deux dernières dans Vauclusc même.
Mais à quoi bon chercher au loin un de ces chefs-d'œuvre incontestés? A Arles, l'église
(1) C'est le résumé consacré î»ar doux diartcs; run»?, la eharlo lalino avï//no>i>}</i.v6?. que les autours s*aceoriloiil à croire transcrite en 1275; l'autre, la charte lyonnaise, donnée vers 1245 et transcrite au XVI" siôclc. (rest cntrore le souvenir consacré e' a^iprouvé pour les ol'lices des quatre diocèses : Aviiznon, Nîmes, Viviera et SaiutnJean-de-Mauricnne, en supi>riniant, toutefois, les sévères menact^s «le Tevéque à Benezet.
Saint-Trophime, par sa façade, par son cloître, ne vient-elle pas victorieusement affirmer qu'il y avait des constructeurs et des artistes hors ligne ? Etait-ce donc plus difficile de construire un pont qu'une église ? Les églises ont des voûtes tout comme les ponts, seulement elles portent les voûtes h vingt-cinq ou trente mètres du sol sur des murs de faible épaisseur t tels Notre-Dame-du-Port, Saint-Etienne de Nevers, Vézelay, Le Thor, Cavaillon ; ou bien des parties de voûtes ou arcs doubleaux (c'est encore un genre de pont) portent des coupoles sphériques de onze mètres de diamètre toutes en pierre, ayant leurs couvertures en pierre, au-dessus desquelles se dressent encore d'autres coupoles ; c'est ainsi qu'est construit Saint-Front de Périgueux.
Ces coupoles ne sont portées que sur les axes des arcs doubleaux, pendant que les angles droits laissés par les vides sont supportés par dos pendenlils ou des trompes.
Le Périgord et la Normandie olTrent à chaque pas ce problème résolu avant le pont d'Avignon.
Au pont d'Avignon, il fallait satisfaire à deux conditions : bien asseoir les culées aux extrémités, et porter à chaque pile le centre de gravité dans le sol de cette pile. De nos jours mémo, cette dernière condition n'est pas toujours remplie.
Or, c'est à cette mesure observée qu'on doit la conservation dos quatre dernières travées.
f]n présence de ces éloquents « témoins de pierre » que nous venons de rappeler, est-il bien nécessaire de faire intervenir le miraculeux, le surhumain, pour expliquer la construction d'un pont? Est-il nécessaire d'y voir comme l'empreinte du doigt de Dieu, la manifestation de sa volonté, ce nutus divinus dont parlent les chroniques, recueillies, commentées, avec une pieuse minutie, par \î. de Saint- Venant '? — Ou bien serait-on fondé à prétendre que, dans un siècle sur lequel l'étonnante poésie de la plus justement vantée de nos gestes nationales et ces deux grandes figures, saint Bernard et Piern"! Abélard, ont jeté un si vif éclat, que les connaissances pratiques, l'art du constructeur, sont restés en arrière, surtout dans le Midi? Non, assurément ; ce serait oser plus qu'un paradoxe.
Nous pensons, au contraire, que l'œuvi'e de Benezet peut s'expliquer par des moyens naturels et humains. Allons plus loin. Nous nous proposons d'établir qu'il y a, entre le pont d'Avignon et le viaduc construit par Adrien, une telle parenté, que celui-ci semblera le modèle et l'autre la copie, si habile que puisse paraîti^e la copie.
M. de Saint- Venant lui-môme, malgré son culte fervent pour les pieuses légendes, semble incliner, à demi du moins, vei*s la première partie de notre thèse, loreiiu'il dit : « Le miraculeux, le nutus, ne servit qu'à déterminer le commencement de l'entreprise... Quant à l'exécution, tout porte à croire qu'elle s'opéra entièrement par des moyens naturels et humains. » Et défait, il est amené à considérer Benezet comme l'appareilleur, l'architecte, l'ingénieur, c'est-à-dire le maitre des œuvres qui conçoit et dirige le travail.
C'était là, d'ailleurs, pour Benezet, une tâche assez rude, un titre plus que suffisant à la glorieuse niention de la postérité, à cette ■ sanctification » même qui lui vint d'abord, il importe de le remarquer, par la voix du peuple.
Qu'était donc ce Benezet ? C'est ici, qu'à la suite de M. de Saint-Venant, il nous faut rappeler d'abord, mais rapidement, les chroniques.
Le premier chroniqueur, certainement contemporain de Benezet, qui ait parlé de lui, est le frère Robert d'Auxerre, d'abord chanoine de la cathédrale et ensuite moine prémontré de l'abbaye de Saint-Marien (1).
Année 1177. — En cette année vint, à Avignon, un adolescent appelé Benoit, se disant envoyé de Dieu pour construire un pont sur le Rhdne. On se moqua de lui, à cause de son défaut de ressources pour une pareille oeuvre, à laquelle la profondeur et la largeur de ce grand fleuve ôtaient tout espoir de possibilité. Mais il insista cependant avec hardiesse ; et au bout de peu de temps, les habitants de la ville, mcties par une manifestation de la volonté divine en faveur de sa parole, entreprirent à Venvi celte teuvre ; malgré les difficultés passant toute mesure, il construisit enfin un monument d'une étonnante somptuosité. Pour couvrir ces dépenses, ce jeune liomme, d'une vie saintement exemplaire, parcourut longtemps diverses provinces pour y recueillir les aumônes
^ des fidèles ; et l'on rapporte que aa mission
fi ;. ""f^/y^ fui appuyée par un grand nombre de mi-
, . .1 >■ , . -t ^ racle».
Année 1184. — En cette année-là, Benoit,
constructeur du pont d'Avignon, jeune homme d'une vie hautement sainte, mourut et fut inhumé, sept ans après le commencement de l'entreprise, sur ce pont merveilleux qui était déjà construit en grande partie.
Cinq autres chroniqueurs, presque contemporains, confirment le récit du moine Robert d'Auxerre.
Ce sont : 1" Piepre Goral, auteur de la Chronique de Saint-Martin de Limoges ;
2° L'illustre Vincent de Beauvais, l'une des gloires du treizième siècle, dans la partie historiate de la vaste et curieuse Encyclopédie des connaissances de l'époque ; 3" Martin le Polonais, qui fut archevêque de Gnesne, mort en 1278; 4" L'auteur de la Chronique de Tours (un chanoine de Saint-Martin) ; 5° Guillaume de Nantis, qui vivait soi:5 saint Louis, et qui est mort en 1302 (1) ;
De ces témoignages, que retenons-nous d'abord ?
Le manque de ressources et la difficulté de l'œuvre rendent les Avignonnais incrédules ; pour les ramener, il ne fallait rien moins qu'une « manifestation de la volonté divine, a M. de Saint-Venant souligne ces mots qui semblent avoir pour lui valeur
Q.lfi oleUCU] lie ^ 111]
d'argument. Faut-il bien leur attribuer une telle autorité? Ne sait-on pas que la légenda — aussi bien que l'éloquence des panégyristes — comporte certaines hardiesses, et qu'à cet égard, l'histoire et la critique sont fondées à se montrer parfois bien défiantes ? Nous nous appuyons ici de l'opinion d'un archéologue dont le sentiment en pareille matière ne peut être suspect ; « Ceux qui s'occupent de l'étude du moyen-age, dit l'abbé Crosnier,
(i) M. DE S.iisT-VEN.iNT, Saint Bcneiet, p. 9 et 10,
savent que les l^endes, quelque respectables qu'elles soient, ne méritent pas toutes le même degré de crédibilité. Il y a une époque & laquelle les actes des saints, leur vie. l'histoire de leur culte, étaient à peu près les seules matières sur lesquelles on exerçait l'intelligence des jeunes gens. De môme que de nos jours, pour habituer un jeune homme pendant son cours d'humanités à former son style et à déployer toutes les richesses de son imagination, son maître lui présente un sujet avec ses principaux détails, le chargeant de remplir le cadre ; de même, à l'époque dont nous parlons, on exposait aux élèves les principales circonstances de la vie d'un saint, leur laissant le soin de la développer et d'enrichir letableau... La collection de ces légendes forme une espèce de pieux roman... > Même en 1863, un panégyriste de Benezet, l'abbé Moutonnet, curé de l'église Saint- Didier, à Avignon, ne craignait pas de donner à un simple explétif d'une phrase de la légende la portée extraordinaire d'une prophétie, t Es facturas ^ mihi pontem ; » — « tu mi foras, » dit ) la version provençale ; «tumeferasun pont, > disait VHistoria de la charte avignonnaise — et le panégyriste découvre dans ce petit mot « mihi s l'annonce miraculeuse des destinées exceptionnelles d'Avignon qui allait déposséder , Rome et devenir, pour trois quarts de siècle, la capitale du monde chrétien.
Pour nous, nous ne voyons dans le nutu divino incitati du moine Robert ^J /■/ ^ d'Auxerre, qu'un tour poétique, une
- emphase imagée à la manière de Raoul
Glaber, pour traduire le pieux acharnement de Benezet à faire partager ses convictions et pour expliquer, d'autre part, le revirement soudain d'un peuple, d'abord moqueur, puis apportant son concours à une œuvre dont il avait jugé l'exécution impossible.
Le projet conçu, qu'est-ce en définitive que le faire exécuter, sinon faire passer sa propre conviction chez les autres t
Etait-ce difficile à Benezet sans assistance surhumaine ? Je ne le crois pas. Tout, au contraire, tout, autour de lui, témoignait en faveur de l'œuvre projetée. Dans tout ce qui l'entourait, il trouvait des arguments, et, j'espère le prouver, un véritable modèle. Avignon n'est-il pas situé dans cette même province où les Romains ont laissé les monuments les plus durables de leur occupation civilisatrice? A Arles, les théâtres et les arènes ; à Nimes, les arènes, les bains, les temples et la Maison carrée ; à Vaiaon, des débris précieux ; à Cavaillon et h Orange, de merveilleux arcs de triomphe et un théâtre ; à Sommières (Gard), un pont dont le voisinage est pour nous un argument, avec le fameux viaduc construit par Adrien, sur lequel, disons-nous, Benezet a calqué son exécution.
de saint Benezet. Les deux pilea, celle du quai et celle sou3 la chapelle, laissent toutes les deux sortir de l'eau des retombées; elles sont en amont du pont actuel et le parement extérieur correspond avec le pignon de la nef vers l'abside. Le pont était donc autrefois
entièrement en face de la chapelle, car avec le centre, en contre-bas du lit, un plein cintre arrive au niveau du sol de la chapelle. 11 est facile de se rendre compte de cette courbe sur le relevé géométral de Viollet-le-Duc (Diet., t. VII, p. 225). Malheureusement, ce niveau du tôlier est audessous des grandes crues.
Serait-ce là ce qui aurait contribué surtout à rendre nécessaire la reconstruction ?
Mais dans cette reconstruction, plus d'un détail semble inexplicable, entre autres les escaliers qui, toutes les deux arches, arrivent sur les piles. La difficulté disparait, au contraire, si l'on admet que le pont ainsi conservé côte à côte et, en partie, dessous le nouveau, a servi de chantier à celui-ci. On comprend qu'en utilisant tous les claveaux, tous les moellons, la communication du pont supérieur ( celui que
^™ l'on construisait) à l'inférieur (celui
^i® que l'on remplaçait) devenait facile :
de là des trompes portant des esca- I 't ^ ? ^ liers toutes les deux piles, car cha- ' cune des arches avait accès. On
s'exphque aussi que le nouveau pont, comme l'ancien, ait ses claveaux juxtaposés et non liés entre eux. Pourquoi chercher un autre système? Mille ans d'existence qu'avait alors le viaduc du Gard, suiïisalent, je le pense, pour reproduire fidèlement l'ancienne construction. Tout au plus si, à ce moment, on a recoupé les saillies qui, comme au viaduc, portaient les cintres de construction.
Mais sans invoquer même la raison des crues pour expliquer la reconstruction, ne pourrait-on admettre que les arches du vieux pont n'existent plus, et que, depuis H77, les premières arches ont été reconstruites? Il n'y a là, selon nous, rien d'excessif. La
Ce serait devancer le temps que d'attribuer dès le douzième siècle au pont d'Avignon, la génératrice en tiers-point qui ne pourrait tout au plus être appliquée qu'au treizième.
D'autre part, les consoles d'encorbellement de l'escalier descendant à la chapelle ne seraient guère antérieures à la tour de l'abside ; elles indiqueraient les caractères du quatorzième siècle seulement.
Et maintenant, qui a été le maître des œuvres de ce pont de 1177 ? Un enfant? Un adolescent ? Un jeune homme ? car les chroniques varient. Qu'importe ? Laissons à d'autres cette matière conjecturale qui nous éloignerait de notre conclusion.
Notre conclusion, la voici :
Du premier pont, œuvre de Benezet, il ne reste, avec la chapelle, qu'une partie des piles ;
Quant au pont actuel, il est d'un maître des oeuvres dont le nom reste à trouver (1).
(1) Dans son bel ouvrage, Le Rhône (T. II, p. 389), M. Lentheric, Téminent ingénieur des ponts et chaussées, a écrit les lignes suivantes qui trouvent ici leur place : « Les reconstructions successives (le plusieurs arches du vieux pont ont eu lieu presque sur place et ont laissé des traces et des amorces qui permettent de reconstituer Thistoire de ses vicissitudes. Le pavé de la chapelle romane qui existe sur la troisième pile se trouve à un niveau inférieur de 4<» 50 environ par rapport à la voie charretière telle qu*elle existe aujourd'hui. On accédait à cette chapelle par un escalier élégant et pittoresque, qui partait du sommet de Tarche et aboutissait au couronnement de Tavant-bec servant de fondation, (le manière à ne gêner aucunement le passage sur le pont. Cette disposition, très ingénieuse, n'existe plus. Nous avons vu, en effet, que cent ans environ après la construction de Touvrage, les quatre premières arches furent reconstruites sur les mêmes fondations ; mais la naissance des voûtes fut alors placée à un niveau beaucoup plus élevé, tant pour faciliter la circulation sur le bas port du Rhône que pour assurer Taccès de la ville d'Avignon pendant les grandes crues. La chapelle primitive fût aussi surexhaussée. La nef supérieure, de style ogival, est postérieure à la partie inférieure, qui est du pur roman. La chapelle a été ainsi divisée en deux étages ; et la nef d'en bas, sorte de crypte, a conservé le caractère du onzième siècle. »
M. Lentheric nous a fait l'honneur, bien appréciable, venant d'un savant et d'un écrivain tel que lui, de nous citer et d'adopter nos conclusions. Nous lui sommes reconnaissant de son élogieuse mention. Qu'il nous permette cependant de lui exprimer un scrupule : nous ne voyons pas l'escalier pittoresque dont il parle qui n'existait pas encore au XII« mais date du XIV*' siècle, et nous ne trouvons pas à la chapelle inférieure le style pur du onzième siècle qu'on a trop caché sous des voûtes et des parements de murs du quinzième. — AjoutDus enfin, pour ne rien sacrifier de l'exactitude, que ce n'est pas aux Mémoires de la Société Académique, qui n avaient pas encore paru, mais bien à une brochure, publiée par moi en 1890, qu'appartiennent les passages de notre travail qu'il a bien voulu citer.