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CHAPITRE II

La vie mondaine de Louis Eugène

La vie parisienne de Louis Eugène fut d'ailleurs coupée par quelques déplacements que lui imposait le métier militaire ; le 27 mai 1750 le conseiller Rossel prévient le conseil de Régence que le Prince va partir pour se rendre à Jonvelle en Franche- Comté, près de Luxeuil, où se trouve le quartier général de son régiment. De là il passera par Montbéliard pour se rendre à Stutlgart (*). Un mois plus tard en effet Louis-Eugène s'arrêtait quelques jours à Montbéliard : « Le magistrat ayant été informé le 24 juin 1750 que S. A. Mgr. le prince Louis, frère de S. A. S. notre gracieux souverain devoit arriver dans peu de jours dans la ville de Montbéliard, Monsieur le maître bourgeois en chef Pierre Abram Bernard étant au château auprès de S. E. Mrde Gemmingen.... pour lui demander la permission de faire monter une garde bourgeoise au château pour rendre leurs devoirs et marquer leur respectueuse soumission à S. A. Mgr le prince Louis, sa demande lui fut gracieusement accordée par S. E. mondit s' le gouverneur. »

On forma trois compagnies de 36 hommes sous le commandement de Georges Richardot, notaire ; la première avait pour capitaine J. F. Morel, chaudronnier, pour lieutenant Joseph Morel, potier d'étain et pour enseigne J. F. Verenet. A la tète de la seconde compagnie se trouvaient f^éopold Emile Surleau, Jacques Goguel et J. G. Verenet ; à la tête de la troisième, Isaac Fallot, tanneur, L. F. Verenet et Jean Georges Fallot, tanneur.

Le prince Louis arriva à 10 heures du soir par la porte neuve du faubourg ; les flambeaux l'escortèrent jusqu'au château où il passa la nuit. Le 27 juin les députés de chaque corps et le maître bourgeois montèrent complimenter S A. qui les reçut fort gra-

(I) Arch. Nal. K. 17^3.

cieusement, « puis répoodit en termes pathétiques : Messieurs, continuez moi votre amité et affection pour l'avenir comme du passé et je tâcherai toujours de la mériter. » Le même jour, après avoir passé en revue la garde bourgeoise rangée dans la cour du château, le prince reprit son carrosse pour se rendre à Stuttgart.

Avec ses plus vifs remerciements, M. deGemmingen « donna ensuite ordre au s^ receveur des domaines... de faire distribuer une somme de 40 livres pour MM. les ofliciers et à chaque fonctionnaire qui avait monté la garde durant les dits trois jours, à chacun d'eux une pièce de douze sols pour boire à la santé de S. A. Mgr. le prince Louis. » Les compagnies vinrent déposer leurs enseignes et reçurent à l'Hôtel de Ville les félicitations des magistrats. « Cela fini, chacun se retira et on se sépara fort agréablement » (*).

Ces petits changements d'air n'étaient pas inutiles à Louis Eugène qui menait dans la capitale une vie assez désordonnée, où les (( travaux de Mars » devaient céder le pas aux a campagnes de Vénus ». Sa santé même s'altéra suffisamment en 1749 pour nécessiter quelques soins assidus ; au lieu de prendre un homme de l'art, le prince eut le tort de se confier à son premier valet de chambre nommé Bastide (') ; à cette époque on trouvait dans toutes les maisons riches un valet de chambre chirurgien dont la principale occupation consistait à pratiquer des saignées. Les remèdes de Bastide furent plus compliqués, mais ne réussirent pas et le prince furieux Taccusa d'avoir voulu l'empoisonner deux fois. Le châtiment ne se fit pas attendre et le 14 octobre 1749 le baron d'UxkûU écrivait de Fontainebleau à Duval, secrétaire du lieutenant de police :

« Monsieur,

Mgr. le prince Louis de Wurttemberg trouvant nécessaire de faire arrêter incessamment son valet de chambre nommé Bastide à cause de certaines mauvaises actions qu'il a commis, me charge Monsieur de vous en prier de sa part de vouloir bien donner vos ordres là-dessus. En attendant qui puisse en parler

(1) Arch commun, de Montbéliard. BB2 (Nolaux 1579 à 1763) f« 496-4%.

(2) Voir sur cette affaire : G. Capon : Vestris, 1903, in-16, p 135.

On a souvent confondu dans celle ayenture Louis-Eugène et son frère Charles-Eugène. Les textes ne laissent aucun doute.

à Son Excellence Monsieur d'Argenson qui l'approuvera sûrement.

Le secrétaire de Mgr. le Prince, M' Méglin aura Thonneur. Monsieur, de vous dire où il se trouve, Mgr. le Prince n'auroit pas manqué devons en écrire lui-même, mais il étoit justement engagé à la cour où il ne pouvoit pas quitter. Cela me prouve l'honneur de vous assurer de mes respects avec lesquels j'ai celui d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur ; D'Uxkull » (*).

Le IS octobre d'Argenson donne Tordre d'arrestation qui est exécuté le 28 ; Bastide est conduit au For l'Evêque ; le 3 décembre il est transféré à Bicêtre et pendant deux ans nous n'entendons plus parler de lui. En 1751 le prince écrivit lui même au lieutenant de police la lettre suivante :

(( à Paris le 19 août 1751.

Monsieur,

Je souhaite de faire sortir le nommé Bastide de l'endroit où il a été jusqu'ici pour être transporté aux Isles. Vous me ferez plaisir, Monsieur de le faire et d'être persuadé que je suis très parfaitement Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur Louis duc de Wirtemberg » (*).

Ainsi prit fin cette affaire un peu mystérieuse où il nous est impossible de démêler le véritable rôle du valet de chambre (*).

Tous les documents concernant la vie privée du prince Louis Eugène doivent être examinés de très près, parce qu'on est tenté de lui attribuer les faits et gestes de ses cousins de Sponeck ou de Coligny l'Espérance. C'est ainsi qu'on trouve dans des Notes sur différentes maisons de jeux en 1749 le dossier suivant :

« Le Prince de Montbelliard, rue S^Honoréprès les Jacobins.

Le S' de S^-Ysès y tient la banque et taille pour le s* Brissaut en société avec lui.

Ce dernier demeure rue S^-Honoré au café qui fait le coin de la

(1) (2) fiibl. Arsenal. Arch. Bastille, 11663.

(3) Le prince eut plus d'une fois recours aux hommes de l'art, On trouve dans le Mercure de France (juillet 1765. II. 1\B) l'annonce suivante : Discours ou Histoire abrégée de l'Antimoine et particulièrement de sa fabrication, par M. Jacquet, ci-devant chirurgien de S. A. S. le prince Louis de Wirtemberg.

rue d'Orléans au second avec une prétendue nièce qui eslsa maîtresse.

Il était autrefois tailleur de corps pour femme et a quitté son métier pour tailler à Thôtel de Soissons... Brissaut fait les fonds » (*).

Il ne peut être question ici de Louis-Eugène qui n'a jamais porté le titre de prince de Montbéliard et qui ne fréquentait pas un monde aussi douteux. La note s'applique très probablement à Georges-Léopold de Sponeck, fils du comte de Sponeck et d'Eléonore-Charlotte de Sandersleben, qui avait repris à la mort de son père le titre de prince héréditaire de Montbéliard. Ce qui fortifie cette hypothèse, c'est que le croupier S^-Ysès venait de l'hôtel de Soissons où le prince de Carignan mourut en 1741 après avoir tenu un véritable tripot. La famille de Sponeck était fort liée avec les Carignan ; quand le comte Georges abjura le protestantisme le 31 août 1731 dans la chapelle de l'archevêché de Paris, il eut pour parrain le duc de Luynes et pour marraine la princesse de Carignan.

A la mort de sa veuve Eléonore-Charlotte, survenue le il octobre 1773, on trouva entre autres dans son luxueux mobilier (( deux tableaux dans leurs bordures dorées, l'un représentant la défïunle, l'autre M^^® la princesse de Carignan » (*). Le jeune comte de Sponeck mena d'ailleurs une vie si désordonnée qu'on obtint contre lui deux sentences d'interdiction en 1759 et 1769 {*) ; il avait un frère, Georges-Frédéric, qui fut également pourvu d'un conseil judiciaire ! Ces deux personnages, un peu plus âgés que Louis-Eugène, vivaient à Paris à la même époque, avaient souvent les mêmes relations que lui, mais rien ne nous permet d'afUrmer qu'ils se soient connus.

Au reste le prince était beaucoup plus attiré par le monde des théâtres que par celui des maisons de jeux ; il fréquenta de bonne heure les coulisses du Théâtre Français et de l'Opéra ; la chronique lui prêta bientôt de nombreuses aventures aux quelles son rang, sa jeunesse et sa prestance étaient faits pour donner du crédit. A la fin de 1748 on associe le nom du prince à celui de M^^^^ Gaussin. de la Comédie Française, a On assure

(1) Arch. Bastille, 10244.

(2) Arch Nat. Y 13787.

(S) Il eut comme curateur son oncle Charles-Léopold de Sandersleben- Coligny qui se qualifiait aussi prince de Montbéliard.

que le P^ de Wirtemberg est amoureux d'elle et que même il a commencé par lui faire un présent de 200 louis pour souper avec elle » (*).

Françoise-Catherine Gossem, dite Gaussin, née le 25 dé~ cembrelTll, avait débuté le 28 juillet 1731. Elle s'illustra surtout dans Z dire et dans A Izire ; Voltaire lui dédia les vers les plus galants et les plus flatteurs. C'est elle qui répondait naïvement, quand on lui reprochait son extrême facilité à l'amour : « Que voulez-vous ! cela leur fait tant de plaisir et cela me coûte si peu I » (*). Peut-être est-ce par M®^*® Gaussin que Louis-Eugène fit à cette époque la connaissance de Voltaire qu'il invitait à souper à Versailles après la première de « Sérniramis » (•). Voltaire s'y refusa, disant en termes assez vifs qu'il n'allait jamais faire sa cour au roi. — Cette liaison ne fut pas de longue durée ; à la fin de décembre 1749 le prince avait fait la conquête de M^^^« Guéant, qui venait de débuter le 25 septembre à la Comédie Française, où elle ne fut admise du reste qu'en 1754. Amie intime de la célèbre Clairon, M^ii® Guéant avait « un jeu noble, décent, une physionomie fort expressive, beaucoup de naïveté, de naturel et de grâces )) (*). Elle était entretenue par M. de Voyer, mais « il lui faisoît de fréquentes infidélités ; de s'imaginer qu'elle en fut en reste, c'est ce qu'on ne croit pas ; elle sut bien s'en indemniser et lui rendre le change avec le jeune prince Louis de Wurtemberg, les chevaliers de Monlézun, de Breteuil Villepinte et nombre d'autres qui la greluchonnèrent tour à tour » (*).

Après « les dames de la Comédie Française », Louis-Eugène se laissa séduire par « les filles d'Opéra » ; il ne paraît pas qu'il se soit intéressé aux a demoiselles du Théâtre Italien ». il eut une longue liaison avec M^i^^La Blotière, chanteuse à l'Opéra : «celleci logeoit chez la d^i^® Duplan, rue de Richelieu, qui lui fit faire des connaissances et des parties avec différents étrangers ; le

(1) Arch. BasUUe 10296 f ?85.

(2) Mlle Gaussin prit sa retraite Je 19 mars 1763 et mourut le 6 Juin 1767. Cf. Le Mazurier : Galerie historique du Théâtre Français, 1810. in-8^ II. d28-V43« ~ Campardon : Les comédiens du roi de la troupe française. 1879. in-8 . 111-116.

(3) Collé : Journal. Ed. Bonhomme. 186S. in-8*, I, 3 (26 août 1748).

(4) Le Mazurier. — Mlle Guéant mourut le 8 octobre 1768 à 4 ans.

(5) Arch Bastille. 1(^36, 877 etsuiv. — Ravaisson-MoUien : t. XII, p. 893. Rappelons que le mot a greluchon u désigne « l'amant de cœur ».

plus considérable a été le prince Louis de Wirlemberg qu'elle a vu jusqu'au jour de son départ » (*). Cette fois le rôle du prince était un peu différent, car le môme rapport de police nous apprend que M®^^® La Blotière (( avoit comme greluchon le petit Labbé, violon à l'opéra. »

A la même époque le prince obtenait les faveurs d'une des plus célèbres actrices de la Comédie Italienne : M^^^^ Coraline, alors entretenue par le duc de Valenlinois ('). Anne-Marie Véronèse, connue au théâtre sous le nom de Coraline, avait, au dire de Grimm, a d'assez beaux yeux, une belle peau, une fort belle gorge, mais en qualité d'actrice, un babil assez insipide » ('). Le spirituel Panard fit en son honneur le couplet suivant :

Cet objet enchanteur qu'on doit à l'Italie De trois divinités réunit les attraits :

Coraline offre sous ses traits Hébé, Terpsichore et Thalie.

Tant de charmes étaient bien faits pour séduire le sensible Louis Eugène ; l'aventurier Casanova qui faisait la cour à M«*^« Coraline pendant l'été de 1730, raconte de plaisante façon les ennuis que lui causait le prince. 11 avait fini par obtenir un rendez-vous et partait en fiacre avec sa belle, pour passer une journée à la campagne :

« Au moment defranchir la barrière, voilà un vis à vis à livrée étrangère et celui qui s'y trouvait se met à crier : Arrête, arrête !

C'était le chevalier de Wirtemberg qui sans même daigner m'honorer d'un regard, commence à dire des douceurs à Coraline, puis mettant toute sa tête dehors, il lui parle à l'oreille. Elle lui répond de la même façon, puis elle me dit en me prenant le main et d'un air riant : « J'ai une grande affaire avec ce prince : Allez à la Garenne, mon cher ami ; dinez-y, chassez, et

(1) Arch. RastiUe. 10236. fo 489.

(3) Fille du riche comédien Charles-Antoine Véronrse, dit Pantalon, elle était née yers IISO» débuta en 1744 et remplit jusqu'à sa retraite, en 1*^9, les rôles de Golombines et de Courtisanes. — Honoré-Camille-Léonor Gri* maldi était duc de Valentinois, et prince de Monaco depuis 1788. — Cf. Cam pardon : les comédiens du roi de la troupe italienne. 1880, in-8*, II. 187-197.

(3) Corresp, littéraire. Ed. Tourneux XIII, 148 (à propos de la retraite de Camille Véronèse, sœur de Coraline).

venez me voir demain ». En môme temps elle descend, monte dans le vis à vis, et me voilà resté comme la femme de Loth, mais non pas immobile... Le cabriolet me devint en horreur et je sautai en bas, en disant au cocher de s'en aller au diable » (M. Louis-Eugène eut souvent l'occasion de rencontrer Coraline chez le prince de Conti, chez le ducde Valentinois et le financier La Pouplinière à Passy ; au reste il tint peu de place dans la vie de cette aimable actrice qui s'éprenait quelques semaines plus tard d'un chanteur vénitien nommé Guadagni, « beau, savant dans son art et plein d'esprit », suivant l'opinion de Casanova.

Ces aventures séduisantes nous ont quelque peu éloigné de Charles-Eugène et de Frédéric-Eugène ; nous n avons pas à nous occuper de ce dernier dont la vie en Allemagne échappe à notre récit. Charles-Eugène au contraire avait subi très vivement l'influence de la cour et de la vie parisiennse et c'est avec raison qu'on a remarqué l'effet de ce séjour de trois semaines sur le développement artistique du Wurtemberg ('). Nous avons indiqué plus haut que le duc avait vu des opéras de Destouches et de Rameau, asssisté à de nombreux ballets. Peut-être avait-il fait quelque apparition aux séances de musique de chambre que donnaient régulièrement le prince d'Ardore, Madame de Lauraguais ou le comte de Clermont. D'ailleurs le printemps de 1748 avait vu la publication d'œuvres musicales intéressantes dont ou ne pouvait manquer de parler : c'étaient les pièces de clavecin avec accompagnement de violon, hautbois, violoncelle ou viole, de Luc Marchand, organiste de la Chapelle de S. M. ; un nouveau livre de pièces de clavecin de

(1) Mémoires. Ed. Flammarion, iii-16. t. II. p. S2\ I^ titre de chevalier est donné au hasard : les noms et les titres sont très flottants dans le texte si souvent remanié de Casanova. L'épisode ne saurait être mis en doute ; TexacUtude de ces mémoires apparaît chaque jour plus grande. Cf. préface d'Ed. Maynial : Casanova et son temps. Paris 1910. in-16.

Casanova et Coraline se proposaient d'aUer chasser au furet à la Garenne (probablement Ciichy-la-Garenne).

(2) H. Abert : JommeUi als Opernkomponist, Halle. 19. 8. in-8% p 63.

J. Sittard : Zur Geschichte der Musik und des'Theaters am Wûrttembergischen Hofe 2 v. Stuttgart, 1891. ln-8».

ïïerzog Karl Eugen... op. cit. I. (Das Thealer).

rniustre Mondonville dont on avait joué les motets chez M"^^ de Pompadour ; Tartini avait donné une sonate pour violon et basse et Pagin une sonate du même genre dédiée au prince Grimberghen, grand amateur de musique, qui entretenait luimême toute une troupe d'artistes (*). —

L'éducation musicale de Charles-Eugène avait été du reste préparée par son séjour à la cour de Berlin ; il avait subi les interminables solos de flûte de Frédéric II et Charles-Philippe- Emmanuel Bach lui avait dédié en 1744 six sonates pour clavecin qui sont une œuvre capitale dans révolution delà musique vers un style plus moderne ('). Mais Charles-Eugène avait toujours regardé Paris comme le centre artistique où il fallait chercher l'inspiration ; dans l'hiver de 1747-1748 il y avait envoyé, pour perfectionner leur éducation, Eberbard et Louis Malterre, violonistes, flis d'un maître de danse ; en 1749 ils continuèrent aux frais du prince leurs études en Italie. Quelques mois avant d'arriver en France Charles-Eugène avait écrit à Jean Stamitz (février 1748) pour lui ofirir la direction des concerts et de la chapelle à Stuttgart ; mais le grand musicien avait préféré rester au service de l'électeur palatin à Mannheim (').

Le duc s'était donc de bonne heure préoccupé de musique, mais le séjour à Paris le fit redoubler d'activité ; l'opéra de Stuttgart fut inauguré le 30 août 1750; en 1751 l'un desmeileurs symphonistes de Mannheim, Ignace Holzbauer, fut nomméOberkapellmeisler {*) ; en 1753 il fut remplacé dans les mômes fonctions par le célèbre Jommelli qui resta seize ans en Wurtemberg (•). De nombreux artistes — acteurs ou musiciens — poursuivirent leur carrière entre Paris et Stuttgart : tels furent les deux hautboïstes Jean-Baptiste et Joseph Pla, J. J. Rodolphe, le célèbre joueur de cor de chasse, Rozette Gourgaud dite M®^^® Dugazon et enfin le célèbre Vestris a le diou de la danse » qui fut engagé pour six ans le 27 avril 1761 («).

(1) D'après le Mercure de France : mai juillet 1748.

(T) Six sonates, op. 2. Wotquenne : Catalogue thématique de Ch. Ph. Emm. Bach, n* 49.

(3) Herzog Karl Eugen, I 493.

(4) Denkmàler deutscher Tonkunst, 1* série, t VIII, (1903), p. VI, XI.

(5) Denkm. d, Tonkunst, V série, t. XXXII, (l«07), p. V.

(6) Parmi les nombreux musiciens de cet entourage citons Ignaz von Beeke, capitaine au régiment de dragons du prince Frédéric de Wurtemberg qui publia plusieurs œuvres à Paris ; Louis -Eugène le recommanda à son gendre, le prince d'OEttingen-Wallerstein, et il devint directeur de la musique à Weilburg. Il fut en rapport avec Mozart en 1790.

En 1753 Charles Eugène fit un voyage en Italie ; mais il ne semble pas être revenu à Paris avant 1776 et ce dernier séjour nous est peu connu ; encore convient-il de le mentionner rapidement (*). Les goûts et les habitudes avaient beaucoup changé depuis 1748 ; l'influence de Rousseau avait fait son œuvre ; Rameau délaissé avait fait place à la gloire de Gluck ; au début de 1776 on avait donné Iphigénie en Aulide ; la première A'Alceste eut lieu le 23 avril et à la fin de Tannée on répétait à TOpéra V Olympiade de Sacchini. Aux spectacles de la foire avaient succédé de véritables opéras-comiques comme le Maître de musiqtte de Pergolèse et les Mariages Samnites de Grétry (aux Italiens). Au théâtre même Charles-Eugène se trouvait en pays de connaissance : on voyait alors le ballet de Médée et Jason de Vestris et des « Fragments où Ton remarquait surtout Apelle et Campaspe ou la générosité d'Alexandre ». de Noverre et Rodolphe, avec Vestris, Garde), M**^^*» Guimard, Heinel et Dorival (1 octobre).

Charles-Eugène vécut désormais loin de France jusqu'à sa mort ; il nous faut revenir à présent à son frère Louis qui, au contraire, avait rapidement conquis une place dans la haute société parisienne.

(1) Cf. Reysse Tagbuch von S. Caroli. Reysse durch Frankreich, Engelland und einen Theil der Osterreichischen Niederlande im J. 1776, aufgezeichnet von Joh. Frledr. Lebret, Professer und Bibliothekar. — Ms. de Stuttgart. F» 378.

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