‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 3 sur 159 · PAR · texte numérisé non relu

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M. le pasteur B. MÉRIOT

Secrétaire Général.

Mesdames, Messieurs,

Durant Tannée écoulée, la Société d'Emulalion a poursuivi silencieusement le but que lui assignent ses statuts; elle s'est contentée d'ajouter quelques pierres bien taillées à l'édifice commencé il y a soixante et un ans. Je veux dire qu'elle a publié des mémoires soignés et intéressants et qu'elle a continué d'enrichir les collections de son musée.

Ces mémoires, vous les avez lus, ou du moins vous les avez parcourus. Vous avez dû être agréablement surpris en recevant trois volumes substantiels, bourrés de faits et de documents, et laissant aux mains des érudils une table analytique des matières dune utilité incontestable. Nous remercions M. Meunier, notre dévoué conservateur, du soin qu'il a apporté à

l'exécution de ce travail ingrat. Nous remercions MM. Nardin et Mauveaux de l'étude si complète qu'ils nous ont présentée et dont la publication honore la Société d'Emulation.

Vous aurez le plaisir de lire prochainement le volume de 1911 ; il vous parlera de Voltaire géologue, des dernières années de l'ancien régime à Montbéliard et de l'histoire de ce centenaire si vigoureux qui se nomme le collège Cuvier : les travaux de MM. Fallot, Sahleret Mannevilie viennent s'ajouter heureusement à ceux que nous avons publiés jusqu'à aujourd'hui, et à tous ceux qui, du dehors, enrichissent chaque année notre modeste bibliothèque.

En effet, de généreux donateurs nous remettent des souvenirs que nous acceptons avec reconnaissance. Nous devons à M. le pasteur Lutz le catalogue de la bibliothèque d'Armand Weiss; à M. Ferdinand Scheurer, plusieurs volumes de la Société d'Emulation de Belfort qui manquaient dans notre collection ; à M. le professeur Kiiian, une étude sur la Faune des couches à Hoplites dans le Sud-Est de la France; à M. Janet, plusieurs brochures sur la vie des insectes; à M. Jean Granier un ouvrage intitulé : Les actions de tramil, et qui est sa deuxième thèse de doclorat en droit ; à M. Jules Japy, un exemplaire de son ouvrage : Les lettres d'un soldat à sa mère; à M. Roger Roux, une brochure éditée par la Société industrielle de Mulhouse et relative aux fôtes célébrées par cette société dans cette ville en 1910; à M. Roger Roux encore un ensemble de Notes historiques fort intéressantes sur Vesoul ; à M. Février, de Dôle, une brochure qui est loin d'avoir passé inaperçue et qui est intitulée : Examen critique d'un récent travail historique sur Dôle; à l'Académie de Besançon, son dernier volume de Mémoires et Documents ; à la Société d'histoire de la Suisse romande, le tome IX<> de ses M moires et Documents; à M. Mauveaux, enfin, son remarquable ouvrage : Inventaire sommaire des archives communales de Montbéliard ant&ieurs à 1793, suivi de l'inventaire sommaire des archives hospitalières.

Permettez-moi de retenir un instant votre attention sur ce travail, vrai travail de bénédictin, clair, bien ordonné, reproduisant en fac-similé la Charte de franchûie de 1283 et la première page du Livre de bourgeoisie (1318), et, quand cela est nécessaire, donnant des extraits de pièces importantes ou des descriptions de sceaux. Ainsi nous lisons, page 2, série AA-3, ce curieux résumé (1787) : « Requête de la bougeoisie au

prince administrateur Charles-Eugène à la lin de confirmation (les franchises et sur divers chefs de religion et de police. Elle demande l'abolition du papier timbré et de l'impôt sur la bière introduits par M. de Tornaco; elle demande que 1 église Saint-Georges, bâtie par la seigneurie à la Ville-Neuve et non achevée soit gracieusement accordée aux bourgeois qui la finiront à leurs frais. Le duc promet de mettre l'église en état pour le service évangélique en langue française, à condition que les diacres, recteurs et corecteurs du gymnase feront les prédications et que les frais de celte mise en état et le paiement du chantre seront à la charge seule de la bourgeoisie ; il déclare ne pouvoir lui accorder le droit de nomination des ministres français de la ville; il ordonne au conseil de veiller à ce que le curé du Collège (qui enterre les morts avec ostentation et fait porter la croix à travers toute la ville, cérémonie qui ne s'est jamais faite) se contienne dans ses anciennes bornes, sans innovation à l'endroit des cérémonies du culte catholique )>.

ll'autre part, cette série AA est riche en sceaux princiers ; les amateurs de sigillographie la consulteront avec un plaisir évident et les fervents du blason y trouveront matière à publication.

Notons enfin que les Archives de Montbéliard renferment des mémoires historiques très intéressants sur certains de nos villages.

Mais, Mesdames et Messieurs, je ne m'étendrai pas davantage sur les richesses que nous dévoile M. Mauveaux; toutMontbéliardais curieux du passé de son petit pays tiendra à parcourir ce vasle répertoire et remerciera avec moi notre collègue d'avoir su mener à bien un travail aussi long que difficile.

Je n'aurais pas à vous entretenir de nos acquisitions si M. Albert Roux n'avait eu l'amabilité de retenir pour le musée un petit bouc de bronze provenant de Mathay. Cet objet, d'appa rence fort modeste, pourra être l'occasion de dissertations savantes. Que représente t-il? Se ratlache-lil à la religion romaine? Ou bien devons-nous y voir un vestige de la pénétration des cultes orientaux à Rome et en Gaule? Autant de questions du plus haut intérêt, qui n'épuisent pas le sujet, car plus que jamais on cherche, aujourd'hui, à connaître les manifestations si intéressantes des religions primitives.

Puisque je viens de parler de Mathay, je vous dirai quelques mots d'un morceau de brique romaine qui m'a été remis dans

ce village et qui porte une insrriplion en partie conservée. Cette inscription est formée par les si^^les suivants : C Jou G) IMR (ou PR superposés). Or, il existe au Musée d'archéologie de Besançon un morceau de brique romaine provenant également d7i/'^man(/uorf/irî/m et portant la même inscription, mais intacte : LE(] (ou G) IMR (ou l^R). Des inscriptions identiques ont été découvertes autrefois à Augst; elles ont été étudiées par le célèbre Mommsen, qui y a vu une indication en faveur de l'établissement d'une légion romaine, la legio prima à Augusta Rauracornm., Si cette explication était démontrée par quelque texte latin, la question d' Epomanduodurum aurait fait un grand pas. Vous voyez donc combien il est important de surveiller et de noter les trouvailles que peuvent faire des particuliers à Mandeureetà Malhay.

Je dois ajouter que nous avons fondé un comité qui doit, sous la présidence de M. le professeur Viénot, à Paris, s'occuper du théâtre de Mandeure dans le but de déblayer et conserver ses fondations.

M. Strub, qui a déjà rendu de grands services à l'archéologie préhistorique et romaine, continue, quand ses loisirs le lui permettent, ses recherches, ses investigations à travers notre pays. Il avait pensé, me disait-il un jour, que les rochers que l'on aperçoit sur la rive droite du Doubs entre Bavans et Lougres, au lieu dit Sur les prés, devaient recouvrir des abris en partie comblés. Au mois d'octobre 1910, M. Strub commença à déblayer ces cavités et eut le plaisir de constater qu'il ne s'était pas trompé. Sous le principal abri, il découvrit, à 0™35 de profondeur, un vaste foyer renfermant des débris de poterie, des os brisés et une douzaine de silex. Il est juste d'ajouter que M. Strub avait déjà trouvé, en 1905, quelques couteaux et grattoirs en silex non loin de cet abri sous roche.

Cette découverte a son importance : elle nous apprend, une fois de plus, que la vallée du Doubs a connu, en des temps extrêmement lointains, une civilisation préhistorique — dite néolithique — marquant un progrès très considérable sur le genre de vie des hommes de la pierre taillée. De plus, je vois dans cette découverte une présomption en faveur de l'hypotèse que j'ai émise, à savoir que l'homme primitif se serait avancé dans nos parages en venant de l'Est, en suivant la Birse et le Doubs. En elTet, l'homme paléolithique n'a laissé des traces indéniables qu'aux environs de Delémont, à Roche-Dane et à

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