TROIS CENT ET SEIZE ANS
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A MONTBELIARD.
Par Iaqves Foillet.
Titre des Franchises lie 1600, aux deux tiers de sa grandeur réelle.
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Les livres imprimés par J. Foillet.
Nous avons catalogué 143 ouvrages sortis des presses de Jacques Foillet ; sur ce nombre, une cinquantaine sont en français, autant en allemand, el les autres sont en latin, à part 3 ou 4 écrits en deux ou plusieurs langues; en particulier, le fia/athée de La Case (N" 13.1) est écrit en cinq langues : latin, français, allemand, italien, espagnol, ce qui dénote un certain mérite de la part du compositeur. Au point de vue de leur contenu, ils peuvent se diviser naturellement en trois catégories. ,
Dans la première, nous rangeons ceux qu'il imprima en tant que Montbéliardais, ouvrages intéressant ses concitoyens, sermons funèbres et autres, écrits de controverse religieuse el d'édification, mémoires relatifs au gouvernement ou aux droits des princes de Montbéliard, ordonnances, franchises, etc.; traités scientifiques des savants montbéliardais contemporains tels que Jean Bauhin, Cl. Flamand, D. Vesseaux, etc. Tous ces ouvrages, sauf peut-être les derniers, étaient destinés à la vente locale el sans doute tirés à un petit nombre d'exemplaires; nous n'avons pas de données précises sur ce dernier point.
Une deuxième classe pourra comprendre ceux que Foillet, imprimeur à la fois français et allemand, échappant aux sévérités de la censure de l'église romaine, était particulièrement bien placé pour éditer. Ce sont des ouvrages mis à l'index tels que les traités de Machiavel ou les Vindiciœ contra tyrannos d'Hubert Languet, ceux dus à la plume de protestants français, mais en petit nombre, les presses de Genève étant plus particulièrement utilisées par les huguenots ; du reste la censure montbéliardaise n'aurait pas autorisé Foillet à imprimer des pamphlets calvinistes auxquels les luthériens auraient de suite trouvé à redire; enfin ceux qu'il éditait à ses frais pour la vente au dehors. Nous citerons entre autres différents traités scientifiques : la traduction française de la Chirurgie de Paracelse et autres ouvrages du médecin Dariot de Beaune, l'histoire de
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France d'Henri II à Henri III de Jean de Serres, une édition de Rabelais, Y Apologie pour Hérodote d'Henri Estieiine. qui offre cette particularité de porter sur le titre comme lieu d'impression les seuls mots : SVR LES HASLES ; le Guide des fortification* de Flamand et le Théâtre mécanique de Jacques Besson traduits en allemand ; des recueils de modèles de dentelles et de point à l'aiguille.
En outre Foillet sut se créer en pays allemand une clientèle de libraires qui lui confièrent l'impression d'ouvrages édités par eux et à leurs frais. Cette dernière classe comprend surtout des traductions allemandes d'ouvrages français, quelques livres latins, aucun en français.
Pour Lazare Zetzner, libraire à Strasbourg, il imprima en latin les nombreux écrits de Melchior Junius, professeur à l'académie de Wittemberg, le De occultis liuerarum jiotis du napolitain Porta, les Colloques de Matliurin Cordier, etc. Le .libraire L. Kœnig de Bâle lui commanda les traductions allemandes des traites de Machiavel et de Jean de Billon sur l'art militaire. L'interminable suite des volumes de l'histoire d'Ainadis de la Gaule fut traduite en allemand et imprimée pour Feyerabend de Francfort. Citons encore, pour être à peu près complets : la traduction allemande de la République de Bodin pour Bassaeus à Bale('); celle de VAcadenùa Gatlica de La Primaudaye et de la Tactique de Guillaume de Bellay faites pour Pierre Fischer; enfin le De juribus et jtritilegiis de Peregrinus et VAslrée de d'Urfé traduite en allemand pour P. Lederlz.
Sur un certain nombre de ces ouvrages Foillet a mis son nom comme imprimeur à coté de celui de l'éditeur. Sur d'autres, au contraire, il n'y figure pas et la provenance moutbéliardaise, quand l'indication du lieu d'impression manque aussi, ne peut se reconnaître que par les signes typographiques dislinctifs, caractères, lettres ornées, fleurons, employés d'ordinaire par notre imprimeur.
Ceci nous amène à parler de l'apparence extérieure de ses livres. Nous avons vu que Foillet fabriquait autant que possible lui-même son papier qui est de qualité assez médiocre, jaunâtre, irrégulier comme épaisseur; il est très difficile d'apercevoir les filigranes et par conséquent de distinguer les papiers montbéliardaisdeceux du dehors. M. Gauthier (*) nous
(1) Voir la reproduction du titre p. 32. (S) Mém. Soc. d'Emul., T. XXVI.
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apprend que le papier fait aux Graviers avait comme marque les armoiries de Wurtemberg- Mon tbéliard et les initiales J F entourant un quatre de chiffre ; un filigrane analogue est employé à Belchamp avec les initiales G. M. F. (Gcrson, Maire, Foillet).
La dimension des papiers varie peu ; un exemplaire non rogné des Franchises in-folio de 1600 a 33 centimètres sur 22. Les in-quarto tels que les ouvrages de Bauliin qu'on rencontre toujours rognés ont environ vingt centimètres sur quinze et les in-S" quinze à seize sur dix ou douze.
Le Colloque, premier livre imprimé à Montbéliard, est un in-8", un peu plus grand; son papier provient de la papeterie de Courceltes et est de plus belle qualité que celui des ouvrages imprimés ensuite.
Au verso du titre se trouvent les armoiries du duc Frédéric que nous reproduisons ci-dessous.
Elles portent simplement écaitelé de Wurtemberg et de Montbéliard; ce type, le plus fréquemment employé au XV et
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XVIe siècle, (ut remplacé au commencement du XVII1' siècle, par les armes plus complètes dont nous donnons la description plus loin.
Les caractères français de Poiliet sont du type en vogue à son époque, intermédiaire entre le romain et l'elzévir actuel. 11 emploie très fréquemment, au commencement des livres ou des chapitres, des majuscules ornées, où la lettre ressort eu blanc dans un carré rempli de rinceaux et d'ornements. Il n'a qu'un nombre assez restreint de fleurons et de culs de lampe, sans grand caractère artistique; plusieurs d'entre eux sont d'un type très répandu et ne peuvent suffire à eux seuls à fixer l'origine montbéliardaise d'un ouvrage. (Nous possédons par exemple une édition des œuvres de Du Bartas, 3 vol. in-16°, 1601 à 1604 s. 1. Pour Jacques Cbouet; dans laquelle trois culs de lampe, rigoureusement identiques à ceux employés par Foillet sont répétés un grand nombre de fois; cependant rien ne nous autorise à affirmer que cette édition soit de Montbéliard, les bordures et lettres ornées ne se retrouvent pas dans d'autres ouvrages de la même provenance, il n'y a là à notre avis qu'une coïncidence fortuite).
Foillet emploie aussi fréquemment le caractère italique, certains de ses livres n'en comportent même pas d'autre. Ses caractères allemands sont lourds, compliqués, très noirs et peu lisibles, certaines parties de titres écrites entièrement en majuscules allemandes sont très difficilement déchi lira blés. L'encre est parfois de qualité médiocre et a roussi le papier. Quelques titres, surtout en allemand, -sunt imprimés en rouge et noir.
Foillet se servait, comme libraire-imprimeur, d'une marque dist inclive assez grossièrement gravée sur bois, représentant un cerf courant à droite entre des arbres, mais il ne l'a placée qu'au litre d'un très petit nombre des volumes sortis de ses presses. Les auteurs qu'il imprimait avaient la spécialité de titres extrêmement longs, et souvent l'espace lui a manqué pour placer sa marque. D'autre part presque tous les imprimés d'un
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caractère un peu officiel, ordonnances, franchises, sermons, portent sur le titre un écusson a l'allemande, entouré de lambrequins, sommé de trois casques, aux armes des comtes de Wurtemberg Montbéliard qui étaient au XVII' siècle: écartelé, au premier d'or à trois cornes de cerf mises en fasce (Wurtemberg) aii second losange d'or et de sable (Teck), au troisième d'azur a la bannière d'or chargée d'une aigle éployée de sable (dignité de porte étendard d'empire', au quatrième de gueules à deux bars adossés d'or mis en pal. (Montbéliard). On les trouvera reproduites sur la page de titre des Franchises (p. 26).
Les premiers ouvrages n'ont pas de marques; dans trois autres Foillet a utilisé trois marques différentes qu'on ne retrouve pas ailleurs. Aux ouvrages imprimés pour Lazare Zetzner était réservée une marque spéciale représentant une tète de Minerve de prolil a gauche sur un socle cubique avec la devise : « Scientia immutabilis ».
La marque du cerf dans la forêt n'apparaît a notre connaissance qu'en 1602 une première fois (N° 83) et ensuite en 1607, I.V 97;. Mus tard elle esl employée un peu plus fréquemment, mais nous n'avons eu entre les mains qu'une douzaine de livres où elle se trouve. Pendant plus d'un siècle après la mort de Foillet on la voit réapparaître de loin en loin chez ses successeurs. L'n certain nombre de pages de titres sont encadrées de bordures sur bois ; jamais Foillet n'a fait usage de faux titre.
Les œuvres de Claude Flamand, outre son portrait qui apparaît chaque fois sur les litres, comportent, ainsi que quelques autres, des figures sur bois assez grossièrement exécutées. Comme gravures en taille douce faites a Montbéliard nous ne connaissons que les vues perspectives de l'église Saint Martin el du vieux collège gravées par Schickardl (N™ &">). Les curieuses planches sur bois du Théâtre de J. Besson, ainsi que les quelques gravures du Missel de Mandeure et les superbes tableaux des (Entres de Miséricorde des de Bry sont bien certainement de provenance étrangère.
Foillet vendait ses livres, sauf les brochures de peu d'importance, reliés en vélin plein, avec et sans recouvrements; le titre en était souvent calligraphié à la main au dos. V,n petit nombre de ceux qui sont à la bibliothèque de Montbéliard sont plus luxueusement reliés en vélin à ornements dorés, les tranches ciselées et dorées.
Lesouvrages sortis des presses de Foillet sont très peu connus
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AMMoM. D. ÏCU La flespuMica de Bodln, type d'impression allemande de Foillet.
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des bibliographes; le Manuel du libraire de Brunet n'en cite que deux ou trois. On en rencontre parfois dans les anciens fonds de bibliothèques delà région, mais rarement; d'autre part les libraires d'Allemagne mettent de temps en temps en vente des exemplaires des éditions faites par Foiflet pour leurs prédécesseurs et la provenance montbéliardaise est toujours signalée comme une rareté.
Le comte Georges (') avait formé au château vers le milieu du XVIe siècle une bibliothèque qui gagna beaucoup en importance sous ses descendants Frédéric et Jean Frédéric ; malheureusement elle fut en partie dispersée pendant la guerre de Trente anset l'occupation française de 1676 à 1697. En 1733, bien amoindrie, elle fut transportée au gymnase.
Peu d'années avant la Révolution, le prince Frédéric- Eugène fit envoyer à Stuttgard ce qu'elle renfermait encore de précieux, sauf quelques épaves qui font aujourd'hui partie de la bibliothèque de la ville. Ou peut regretter, au point de vue de la conservation des éditions de Foillet, que cette bibliothèque, qui devait les contenir à peu près toutes, n'ait pas eu un sort moins mouvementé.
Nous n'avons pas de renseignements précis sur les prix de vente ni sur l'importance du tirage des livres de Foillet. Dans les comptes du chapitre de Saint Maimbeuf (') on trouve de fréquentes mentions d'acquisition chez Foillet, mais toujours sans ancun détail:
« 1616, Achats de livres chez Foillet pour la bibliothèque de « ce lieu 29 1. 1 s. 3 d. »
h 1614 15, à J. Foillet pour achat de livres destinés à la biblio- « thèque du Consistoire 20 1. »
« Au même pour l'impression de 17 feuilles de la « Responce « de la Fuilte honteuse » ouvrage qui ne nous est connu que u par cette mention^ 63 1. 15 s. »
Au même pour achat d'almanachs et 100 exemplaires des Prières de la princesse défunte (N° 130) Il l. 15 s., etc., etc.
Contrairement a la plupart des imprimeurs de ce temps, qui étaient souvent des érudits et des littérateurs, Foillet a personnellement peu écrit ; il n'a signé que quelques préfaces et dédi-
{!) Duv. Eph., p. 842
i.ïj Arch. du Doubs, G, 1636, 43, etc.
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caces. Aucune traduction sortie de ses presses ne peut lui être attribuée d'une façon certaine.
La période de plus grande activité de son imprimerie s'étend de 1590 à 1600; d'après les ouvrages qui nous ont été conservés et qui ne représentent sans doute pas toute sa production, on y composait à ce moment plus de 2500 pages en moyenne par an, en li»94 ce chiffre est presque doublé. Plus lard le travail ralentit et semble devenir plus irrégulier. Cependant apiès sa mort, survenue en 1619, son fils publia encore de temps en temps des ouvrages de réelle importance.
Bien que Foiliel ait beaucoup imprimé pour le dehors, ses concitoyens ne s'adressaient pas exclusivement à lui ; il avait de sérieux concurrents, en Wurtemberg et ailleurs; entre autres le libraire Grumpenbach de Tubingue, qui continua à imprimer pour Monlbéliard bien longtemps après que Foillet y fut installé.
» fleurons do Foillet
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