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,de faciliter à ta ville la création d'un collège qu'elle projetait d'établir. Plusieurs citoyens lui Tirent au même moment et pour le même objet des libéralités plus ou moins importantes. On a toujours encouragé l'instruction à Montbéliard. Ainsi, beaucoup plus tard, lorsqu'en 1875, eut lieu la construction, rue de Velotte, du nouveau collège, ce sont des souscriptions particulières qui, en grande partie, assurèrent le succès de l'entreprise.
En réalité, et ceci est à l'honneur de nos ancêtres, le bâtiment des Halles est ici l'objet d'une donation fort bien définie faite au profit de l'instruction. Aussitôt qu'elle fut en possession des Halles, la ville songea a en tirer parti : Par l'entremise de trois administrateurs de l'immeuble qu'elle avaitchoisiet qui étaient : Georges- Frédéric- Joseph Rossel, maire, Jacques- Frédéric Ferrand, négociant, et Pierre- Frédéric Morel, aussi négociant, elle passa une série de baux. Ces directeurs étaient tous des Frideri. C'est ainsi que se prononçait (par corruption du nom allemand Friederick), ce nom de Frédéric, qu'une portion très notable des habitants de la ville portait à cette époque, en l'honneur de nos pri nces.
Différentes salles du premier étage ainsi que de vastes greniers sont donc loués : à Jacques Dubois, menuisier, à Martin Sauerbeck, charpentier, à Jean-Léonard Homard, sellier, à Jacques Gros, menuisier, a Pierre-Christopto Quailot, marchand. Puis, — oubliant ses protestations indignées d'autrefois contre la remise en vigueur d'un droit féodal, — la ville loue a Georges-Frédéric Çacun, cordonnier et à Joseph-Frédéric Cacun, son fils, tourneur sur métaux, le fameux local de dessous des Halles, pour 530 francs annuellement. A Jacques-Frédéric Goguel , fils de Pierre, marchand, elle donne de même à bail VEminage. ou marché aux grains pour 1190 francs.
En somme, la municipalité ne semble pas tirer des locaux amodiés plus de deux mille francs, qui ne sont peut-être pas même atteints, chiffre qu'il est piquant de mettre en regard de celui de douze mille francs que rapporte aujourd'hui à lui seul une partie du rez-de-chaussée de cet immeuble.
Actuellement, l'aile du levant toute entière ainsi que l'étage sont occupés par les écoles publiques. Il n'y a d'exception, dans l'aile du couchant, que pour la Société d'Emulation qui, elle aussi, est un agent d'instruction. Cette compagnie y a installé son Musée dans d'assez vastes salles. On peut donc dire que
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les intentions des donateurs des Halles ont été scrupuleusement respectées et ceci d'autant plus qu'actuellement lu ville consacre des sommes bien plus importantes pour l'instruction.
Quelques mots encore avant de quitter ce vieux et large bâtiment qui , dans le cours des siècles, sous son épaisse toiture, a tant abrité de choses.
. En effet, l'hôtel de-ville, bâti par les bourgeois, lieu de leurs délibérations; les églises où chaque dimanche au moins on entendait la parole de Dieu, et les Halles dont nous indiquons la destination, voilà où se concentrait anciennement la vie de la cité.
En ce qui concerne ce dernier édifice, depuis une époque très reculée nos bourgeois y faisaient commerce; en temps de foire et de marché, lorsque la campagne et les environs envahissaient la ville , c'était là qu'ils établissaient la succursale de leurs très modestes boutiques.
Le règlement de la Chonfle des Merciers, dressée sur leurs demande, en 1491 , par Marc de la Pierre ou von Stein, seigneur de Florimont et de Délie, chevalier et conseiller de Mgr le comte de Wurtemberg et son bailli au comté de Montbéliard, nous permet de préciser. A l'article 18 il porte : « Vous promettez de non faire deux bancs de mercerye dettoubl Lai le, si non. un banc d'espkerye el l'aultre de mercerye, sur peine de une livre de cire au proffit de la dite bourse, a
Comme il n'était pas encore question en ce temps là de struggle for life, c'est le souci du maintien d'une louable égalité qui avait inspiré celte prescription.
Lorsque, en ifi26, de nouvelles règles furent accordées par le duc Louis à la même corporation , l'article suivant, touchant la réglementation des bancs, fut formulé :
« Est de même prohibé et detTeudu a tous la dite chonfle -de vendre es même banc ou boutique, des espices et aultres mer cerie — avec des chandelles, suif, oing, lard ou aultres graisses, Ains si quelqu'un^ à quy i) sera permis de vendre des dilles danréessen veult meller, il debvra faire séparément, aftiu que par la confusion et meslange de telles damées , les dites espieeries ne soient sallies, gaslées et détérioiées, ains tenues nettes selon qu'il appartient, le tout à peine d'ung franc applicquable à la dite chonlle. »
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Assu'rêm*tit la mesure d'ordre que nous venons de transcrire psi louable, elle n'était assurément pas superflue a une époque où la propreté n'était pas fort en honneur.
En voici un aulre, prise dans les statuts primitifs, et qui se rapporte aux veuves : « Vous l'y aiderez à faire son banc et l'y ayderez à se trouver mari. »
L'y aiderez à se trouver mari ! Cette simple phrase en dit long. Ce n'est pas une invitation banale à la galanterie, c'est pour nous, la constatation de la nécessité pressante d'alors, pour la femme veuve, de retrouver promptemenl : appui, aide et protection. En un mot, il s'agit du pain de chaque jour.
Le Recueil Mémorable du boulanger Hugues Boits-de-Che'ne contient ce qui suit en date de 1623 :
(i Le 15 Mars est arrivé un médecin à Montbéliard, nommé Orace, qui a publié ses vertus sur un théâtre dressé devant le logis de la Couronne devant les Hasles, en iouant des farces avec instrument , lequel fil plusieurs belles cures et a guéri le Sr Jean Dermineur des escrouelles. »
Rien n'est changé ! Aujourd'hui, c'est chaque jour, dans les journaux, à toutes les pages, qu'en wimnl îles farces arec instrument, le charlatan Orace guérit des écrouelles le crédule et éternel Jean Dermineur.
Nous trouvons aussi dans le même chroniqueur dont le style rapide, bien qu'incorrect, n'est pas sans saveur, ce qui suit :
h Le 29 de Juin 1622, l'on a crié a son de trompe deuant les hasles de Montbéliard , ceux qui voudront aller en garnison à Orbourg et Reichuiller (') pour son Altesse, qu'ils s'adressent auprès du préuost et on leur donnera de l'argent. Tellement que l'on a treuué jusques environ ISO nmsqualaires, qu'on a euuoyé à Orbourg qui a esté pillé par les soldats de Léopuld, par auant y estre arriuez. '»
On le voit, la place des Halles, déjà a cette époque, était le principal lieu de rassemblement de la ville.
Jetons un coup d'œil rapide à la fin du seizième siècle à l'intérieur du bâtiment dont nous avons- gravi les degiés ondulés déjà écrits.
Prenant jour sur la façade, ce sont : les locaux de l'administration, les archives, la justice avec la salle de délibération du
(1) Horbourg cl Hli[ucwitir, soi^ncurics du prince ri turcs en Alsace.
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Conseil. Dans l'aile orientale est 'l'imprimerie de. Jacques Foillet de Tarare, notre premier imprimeur.
Fendant trente-trois ans, cet homme énergique y imprima, sans relâche et avec soin, en allemand, en français et en latin (1587 à 1619), un nombre considérable d'ouvrages ayant trait à la théologie, aux sciences et aux lettres; quelques-uns de ses livres sont ornés de planches. Foillet fut donc un grand travailleur qui, dans l'exercice de son art, rencontra nombre de difficultés.
Celles-ci était d'abord matérielles : Il avait besoin assurément de caractères bien fondus, mais tout autant de bon papier. Or, a cette époque, cette marchandise n'était pas toujours facile à trouver, à Montbéliard comme ailleurs , en qualité et en quantité suffisantes. Aussi, notre imprimeur, aidé du trésorier llinninger et du marchand Jean Maire, créa-t-il, non sans difficultés, une papeterie sur le Doubs, vis-à-vis des moulins de Belchamp, établissement dont il ne reste plus trace aujourd'hui.
Les livres terminés, Foillet devait les vendre.
Sans douté la bouticle située au rez-de chaussée des Halles, que nous nous figurons dirigée par Mma Foillet aux jupes de laquelle plusieurs marmots sont accrochés, était d'un utile service. Mais Montbéliard constituait un marché par trop étroit. Foillet donc, à cette époque, était déjà victime d'une de ces crises de surproduction aujourd'hui si communes. Il dut nouer des relations avec l'extérieur, s'adressant en particulier à Baie et à Francfort. Pour les libraires de ces villes, il fit dès le commencement de son entreprise, des éditions, dont les prix de façon lui étaient strictement comptés.
Enfin notre industriel eut affaire également avec la censure, parfois fort gênante du comté.
Les ouvrages de Foillet sont parfois décorés d'une vignette représentant un cerf courant au travers d'un bois feuillu. Nous n'en indiquons qu'un, et ceci seulement en raison de la façon dont le Heu d'impression est donné comme suit : Sur les Hasles I 'an m dc vu sans aucun nom d'imprimerie.
Il s'agit de l1 'Introduction an traité de la conformité des merveilles anciennes arec le* modernes de Henri listienne, titre singulier
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d'un ouvrage assez répandu qui, dans différentes villes, a eu des éditions. On y trouve nombre d'anecdotes fort libres, mais c'est surtout une critique amère des mœurs des gens d'église de l'époque.
Nous ne parlerons pas de l'auteur qui est célèbre, dont la vie est connue et qui eut des difficultés non seulement avec les catholiques, mais aussi avec les protestants.
Les successeurs de Foillet, dont le premier tut son fils Samuel, continuèrent à imprimer, en jouissant du local des Halles et cette faveur fut maintenue aux imprimeurs jusqu'au milieu du dix-huitième siècle.
Quittons l'imprimerie et parlons maintenant d'un (ait d'assez grande importance pour la cité et qui émut fort ses directeurs : En 1670, l'administration française s'empare des archives du comté déposées aux Halles.
La Chronique du conseiller Perdrix mentionne cette occupation, nous l'apprend en ces termes :
« Le 21 Avril 1679, lendemain de Pasques S. N. à neuf heures du soir, le S' de lieaulieu fit mettre un corps-de-garde sur les basles, pour garder les papiers de la régistrature de S. À. S. qui y estaient, disant avoir receu ordre expresse du Roy de ce faire, et le lendemain 22, le S' Gotard, secrétaire de M. Chauvelin, inlendans pour S. M. T. C. à Besançon, avec quelques personnes disans soy estre advocats et procureurs, enlevèrent neuf grandes caisses des dits papiers, qu'ils emmenèrent à Besançon le veadredy ensuite 23 du dit mois de may.
L'on dit que c estait pour avoir les papiers concernant Héri court, Chastellot, Blamont et Clémont. » (')
Assurément c'était bien là le but de la visite ; Perdrix , accablé, exprime ainsi son effroi :
« 0 Dieu quœ tempora nobis reserwtti. »
Franchissons maintenant un espace de plus de cent ans. Nous arrivons à la Révolution.
Une des salles du bâtiment des Halles est alors affectée aux réunions de la Société Populaire dont les séances primitivement avaient eu lieu au château. M. E.-F.-P. lieaulieu, dans une conférence faite au théâtre de Montbéliard, en 1893, lors des
(i.i Selgnenries dépendant du Comté de MoDtbélitird sur lesquelles la franco venait de mettre la main.
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fêtes du centenaire de lai réunion à la Fiance, nous dit à ce propos : : i ,.i ■ ,.
« Bernard voulait initier les nouveaux Français aux idées jacobines, pétrit' leurs âmes et, de tout Montbéliardais, faire un Français selon son cœur. Hommes et femmes fréquentaient ces réunions. Rernard y prenait souvent la parole pour sermonner . ses ouailles, leur tracer la .voie, régler l'ardeur des uns, exciter ' la paresse et la timidité des autres. Cette petite chapelle jacobine fut fort en vogue, mais peu à peu la Société Populaire perdit son caractère sérieux. Seuls les exaltés furent asssidus, les autres n'y venaient plus que par curiosité. » On s'y -donna des rendez-vous, on y fit même de grosses farces telles que celle qui consista à coudre l'habit du citoyen Cordienne ci-devant curé à Moulbéliard, à la robe de la citoyenne K, sa voisine, pour laquelle il avait une sympathie non déguisée.
En des temps plus calmes relativement, de 1798 à 1805, c'està-dire ceux qui précédèrent la réorganisation du collège, on travailla plus sérieusement aux Halles. Une école secondaire nommée Institut y fut en eilel établie.
Puis on y vit les écoles primaires dé garçons et de filles. A l'origine, — nous élions encore bien loin dé l'obligation scolaire, — les classes n'occupaient qu'un nombre restreint de salles, ceci d'autant plus que la ville était peu importante. L'école des garçons se nommait La Lancastre, par la raison, ignorée de beaucoup, qu'on y appliquait la méthode, fort en honneur à un moment où on manquait de maîtres, de l'instruction mutuelle. C'est à Joseph Lancaster, anglais, fils de ses œuvres, qu'on est redevable du système. -A la Lancastre, le pupitre élevé du maître se nommait la Cathèdre.
Lorsqu'on 18,'i6 la salle de spectacle des Halles fut démolie, ; on y transporta la bibliothèque de la ville, d'abord installée au vieux collège.
F, n 187i>, un autre local lui est assigné dans le même bâtiment : celui, occupé depuis 18iu jusqu'à ce moment, parle Cercle, société bourgeoise, mal vue d'une partie de la population comme étant aristocratique, car il y a toujours quelqu'un, pour qui on est l'aristocrate. Cette société, pendant les trente ans qu'elle a été locataire de la ville aux Halles a fait en maçonnerie et plus encore en menuiserie, lambrissages, parquets, de grands travaux dans l'immeuble. On lui doit en particulier l'escalier en pierre de l'aile du levant.
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Tout dernière 10 ent la bibiothèque, véritable Juif Errant, a son tour a du réder l'emplacement qu'elle ocupail. devant la nécessité qui s'était fart sentir d'agrandir les écoles publiques. Elle est placée maintenant, espérons que c'est pour longtemps, , dans tout un étage de l'ancien hôpital, institution qui n'a que trop longtemps vécu dans un espace trop exigu pour elle, au ' milieu de la cité. .,,
Le fonds de la bibliothèque de Montbéliard, doit il esta propos de dire ici de jx mots, est constitué par les livres de l'ancien collège. Beaucoup de volumes portent l'estampille: « Hililioihèqne du Collège. » Sur un certain nombre des plus anciens et : des plus précieux, se trouve l'indication : « Abbaye de Bellelay. » Ils ont dû arrivera Montbéliard, — nous ne savons de quelle façon, — à l'époque de la Révolution. A ce moment y sont entrés aussi plusieurs livres venant du château. Quelques-uns sont reliés aux armes des princes, l'un même fort beau avec portrait dans un médaillon
La partie la plus intéressante du fonds est celle qui renferme les ouvrages dus à des Monlbèliardais et la collection, malheureusement encore très incomplète , des ouvrages sortis des presses de nos anciens imprimeurs de Montbéliard.
Enfin la bibliothèque possède deux cents manuscrits. Le catalogue en a été fait par M. J. Gauthier, archiviste du Doubs; il a été publié par l'Imprimerie Nationale dans le catalogue général des manuscrits des départements.
Les Halles ont également servi de ljeu de culte aux Israélites, , , Voici les renseignements que nous avons pu nous procurer à ce sujet :
En 1823, la population juive qui se réunissait à Montbéliard chez un nommé Springer , était de vingt-neuf personnes. Le quinze Mars 1826, le Préfet du Doubs l'autorisa à célébrer son culte dans le lieu qu'elle trouverait convenable, à condition que ce fut avec l'agrément de l'autorité municipale.
Le 30 Octobre 1811, MM. Alexandre Muni et Mathias Ulmantt, marchands tous deux, louèrent pour une période de six ans à la municipalité, moyennant une modeste redevance de cent:' frani-s par an, une salle à l'angle occidental du bâtiment des Halles, prenant jour par huit feuétres , dont quatre sjr la rue derrière les Halles et quatre sur la rue du Lion -Bouge. La redevance fut payée jusqu'en 184-7, époque à laquelle le local fut
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laissé gratuitement à la communauté Israélite par le Conseil municipal. Elle le conserva dans ces conditions, jusqu'à l'édification de la Synagogue des Fossés, qui (ut inaugurée au mois de Décembre 1888.
Dans un ordre d'idées bien différent , parlons un peu de la Salle de spectacles des Halles, dont la date d'établissement ne nous est pas connue.
C'était une vaste enceinte rectangulaire munie de gradins dans le fond, meublée de simples banquettes. Elle n'avait qu'une seule porte, qui donnait au fond d'un long couloir et par laquelle devaient passer les artistes et le public. Un incendie s'y déclarant aurait pu faire de nombreuses victimes.
Etant tout enfant, nous nous souvenons d'avoir vu dans ce local, les automates qu'un artisan de MoDtbéliard, nommé Pfister, avait confectionnés. La jeunesse s'en montra ravie bien que ce fut assurément moins ingénieux que les jouets vendus aujourd'hui quinze sous dans tous les bazars. — A ce moment on n'était pas difficile !
D'autrefois, c'étaient des artistes renommés en tournée qui s'y faisaient entendre. Ainsi M "° Georges y parut dans Hernani. Des violonistes célèbres y jouèrent aussi.
Cette salle, remplacée par un vrai théâtre, fut abandonnée en 1836. C'est le bâtiment derrière l'hôtel -de-ville qui lui a succédé. Lorsqu'on le voit aujourd'hui dans son état de vétusté, on ne peut se figurer combien coquette était dans sa fraîcheur, la bonbonnière qu'avait décorée Cambon, l'artiste de Paris. On y donna à ce moment toute une série de bals fort jolis et très animés. Beaucoup de dames, — le luxe n'était pas grand à ce moment-là, — ne portaient que de simples robes de tarlatane.
Un almanach de Montbéliard de 1894, que nous avons sous les yeux, contient un dessin représentant les Halles, telles qu'elles étaient avant la démolition, en 1856, des échoppes qui, depuis une époque fort ancienne, que nous ne pouvons autrement préciser, masquaient le bas de leur façade. Un vieux cliché que nous faisons reproduire donne également cette vue. Mais ce n'est que neuf ans plus tard, en 1875, que le Conseil municipal se décida à mettre à exécution un projet ayant vu le jour il y avait longtemps, celui de pratiquer, dans la façade des Halles, de larges ouvertures permettant d'y installer de vastes et beaux -
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magasins et d'utiliser ainsi complètement lexez déchaussée. A Montbéliard où l'on trouve facilement des motifs de regrets pour tous les vestiges du passé qui disparaissent, personne ne versa de pleurs sur les échoppes défuntes. Elles ne pouvaient en effet avoir d'attraits que pour les amateurs de pittoresque quand même.
Ces locaux minuscules, verrues grotesques léguées par un autre âge, étaient surtout occupés par les coiffeurs de la ville et, pour l'étranger particulièrement, c'était, à Montbéliard, un spectacle peu ordinaire que celui qu'offraient chaque jour nos concitoyens, qui, sans crainte du ridicule, la face barbouillée d'un épais savon , aux yeux du public, se faisaient faire pour deux sous la barbe par Figaro ou par son experte épouse.
Dans les échoppes des Halles, on voyait aussi, à leur petite devanture, sur des rayons, bien alignées, des têtes de bois ornées de tours en cheveux, confectionnés par l'artiste dans les moments où le client le laissait libre. Ici, une explication est nécessaire :
Nos grand'mères se coiffaient toutes de bonnets de baptiste ornés de rubans généralement noirs et , lorsque les cheveux blancs faisaient leur apparition, la mode exigeait qu'on ne les fit pas voir. Aussi, à ce moment, priaient-elles le coiffeur de passer chez elles pour faire l'acquisition d'un tour, formé de bandeaux plats, terminés par un certain nombre de petites boucles. Dès lors ainsi encadrés, leurs visages ridés, décolorés, prenaient une apparence de dureté fort peu seyante. Il y a une cinquantaine d'années que les tours ont cessé d'être portés. Les dames Israélites, par prescriptions scriptural l'es, ont été les dernières à en faire usage.
Mais revenons aux magasins actuels. Leur établissement a eu pour effet une affectation nouvelle du fameux dessous des Halles : résultat heureux de toute évidence. Ce sombre local n'était pas respecté, il était — disons-le — infect, malsain, et de plus, servait de refuge ordinaire à certains gens désœuvrés et fainéants, vulgairement nommés officiers des Haltes, toujours en quête d'une légère occupation temporaire, afin de se procurer quelque pièce de monnaie, qu'ils allaient aussitôt convertir en alcool de toute dénomination dans une des auberges mal famées et aujourd'hui fermées, de la cour des Halles.
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Nous ne voulons pas dire que la race des dits officiers {'} ait disparu de Montbélianï, elle s'est peut-être transportée dans un autre quartier; mais ce milieu de culture spécial du vice et de la paresse au centre de la ville, est supprimé. C'est déjà quelque chose : la place y a gagné, les Halles aussi, et, comme vieux Montbéliardais, nous y applaudissons doublement.
(1) A Monlbéliard, dans le langage populaire, le terme d'officier des Halles est la marque du mépris le plus absolu.
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Le Parc des Princes; la ferme de la Grange-la-Dame ; Frédéric Japy.
Situation et description do parc. — Son étendue. — Ses portes.
— La Grange-la-Dame. — Repas de chasseurs. — Le gibier du parc. — Les fêtes de Stuttgard en 1764. — Historique de la Grange. — Les anabaptistes. — Leur genre de vie et leur caractère. — Frédéric Japy, gendre du fermier Amstutz. — Son séjour au Locle. — Les débuts de son industrie a Beaucourt et a la Grange. — Naissance de ses premiers enfants.
— Un contrat d'apprentissage. — Constructions de Japy a Beaucourt. — L'oeuvre de Japy. — L'homme et son caractère.
— Jacobine - Angélique. — La Grange vendue comme bien national. — Transmissions de la propriété. — Vente du parc
A LA RÉVOLUTION. — Le RAPPORT DE LAURENT. — ADJUDICATION AU PROFIT DE P. -F. DORIAN. — EXPLOITATION ET DÉFRICHEMENT DE LA FORÊT. — NOMBREUSES TRANSMISSIONS DES PARTS DE PRO- PRIÉTÉS. — Cessation de l'indivision. — Les fontaines du parc
LAISSÉES GRACIEUSEMENT A LA DISPOSITION DE LA VILLE. — Le PARC COMME LIEU DE PROMENADE.
Au levant de la ville, occupant un terrain passablement accidenté, l'ancien parc des princes de Montbéliard était tout entouré de murs dont les derniers vestiges, très reconnaissables, dessinent partout ses contours.
Il se composait de deux parties entièrement boisées, séparées par une combe ou pré arrosé par un petit ruisseau venant de la prairie de Grand-Charmont, village dont on aperçoit le clo-
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cher. Chacune d'elle était à peu près de même contenance.' Au midi, c'était l'ancien parc, qui s'étendait jusqu'à la vieille route de Charmont, au nord, le nouveau, jusqu'au ravin que commande le cimetière abandonné de Bethoncourt.
Le tout formait une propriété seigneuriale de deux kilomètres de longueur, contenant cent cinquante arpents ou soixanteseize hectares.
Sept portes donnaient accès au parc. La plus fréquentée était celle au levant, communiquant avec la Grange4a-Dame , belle ferme contiguë dont nous allons parler, accompagnée de grandes salles au rez de-chaussée , comme au premier.
C'est à la Grange que se faisait le rassemblement des chasseurs, c'était aussi pour eux un refuge en cas de mauvais temps.
De même qu'en tous pays, ces chasses furent parfois l'occasion de fêtes pantagruéliques. M. Duvernoy a retrouvé les menus de quatre repas qui furent servis à la Grange les 3 et 4 Novembre 1783.
A part le saumon et les huîtres, servies crues et grillées, et qui, à cette époque, n'ont pu arriver là dans un grand état de fraîcheur, rien de particulier à signaler dans la composition de ces menus, si ce n'est leur longueur interminable.
Cependant, comme il faut se ménager pour la chasse, le premier jour on ne sert que : trois grands plats, huit entrées, quatre plats de rôts et huit entremets. Mais le lendemain, la liste s'allonge, c'est : quatre terrines, huit plats ronds, trentedeux entrées, huit grosses pièces, quatorze plats de rôts, le tout accompagné de quarante entremets de toute nature.
Com me on peut s'y attendre, le gibier entre pour une très large part dans la composition de cesagapes ; on l'accommode de toutes façons, on le sert à tous états, mais ni le daim, ni le chevreuil, ni le faisan ne sont nommés ; aussi pouvons-nous supposer que ces animaux, que l'on rencontrait cependant alors dans les forêts d'Allemagne, aux environs de Stuttgart par exemple, ne se trouvaient ni dans nos forêts ni même au parc. (')
{1) Dans un ancien petit livre, doré sur tranches, élégamment relié en maroquin rouge, portant le titre suivant : Description de» Fête» données à l'occasion du jour de naissance de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc Régnant de Wurtemberg et Teck, etc. etc.. le onze Féerier MDCCLXIY par H. Urlot, Bibliothécaire de S. À. S. Stongard MDCCLIIY, a
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Les chasseurs et les domestiques auxquels on fait évidemment fête après la chasse du premier jour, ont été plus simplement servis que les maîtres, car ils n'ont eu que du bœuf, du veau, des jambons, des andouilles, des pâtés, du lièvre, des dindons, des poulets, du mouton, du cerf, du sanglier, des tourtes aux amandes, aux pommes et aux confitures, des biscuits et du fromage. Il y a là cependant de quoi calmer les ardeurs d'un robuste appétit. •
La Grange-ta-Dame on Grange-Madame, — lieu où se faisaient ces ripailles, arrosées sans doute d'une quantité de bouteilles dont on ne nous fournit pas le détail, mais qui devait être considérable, — était une ferme, créée en 1587, par le comte Frédéric de Montbéliard, qui acheta des héritiers Virot le domaine de Charmontey, au prix de 8,300 livres pour en faire don à son épouse, de là le nom du lieu.
Le but du prince était de faire, de cette ferme, un établisse
l'indication du gibier qui avait été rassemblé et qui défila devant les chasseurs le sixième jour de ces fêles brillantes de Stutlgard. Cette nomenclature ne sera peut-être pas dépourvue d'intérêt pour le lecteur, surtout s'il est chasseur.
Nous copions textuellement :
« Cent trente Cerfs. »
m Vingt-cinq Daims, a
n Cent quatre-vingt-neuf Chevreuils. »
« Trois mille neul cents Lièvres. »
« Quaranle-el-un Sangliers Solitaires et Qulntanniers. »
« Cent trente Quartanniers, Ragots et Laves. »
u Cinquante -quatre Bètcs de Compagnie, s
a Cent vingt-neuf Bléreaux ou Tafssons. »
•i Trois cents Renards, »
« Cent onze Faisans, a
« Trois cent quarante neul Perdrix, a
* Vingt-sept Canards sauvages. »
a En tout : Cinq mille trois cent soixante-seize pièces, n
n Après la table, — dit l'auteur, — Son Excellence Monseigneur le Grand- Veneur, les Officiers et les Chasseurs de sa suite, traversèrent l'Etang dans huit Gondoles pour aller faire sortir toutes les espèces de Gibier qui étaient rassemblées dans les remises. Ce fui un Spectacle bien agréable de voir plusieurs milliers d'Animaux sortir du Sommet du Triangle qui (ormalt l'Amphithéâtre, errer et courir dans l'espère Immense fermé par ses Cotés, et traverser ensuite a la nage l'Etang qui lui servait de Base pour passer dans l'Esplanade ou la Cour devoil prendre le plaisir de tirer, »
n Alors quantité de Chasseurs occupés continuellement a charger des Fusils et des Carabines, en présentèrent à tous les Etrangers et aux principaux
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ment modèle destiné à opérer l'amélioration des espèces bovines et ovines, ainsi qu'à propager parmi nous les meilleures méthodes de culture.
Dans ce but, pour les fixer au pays, il avait fait venir de la Suisse allemande et de la Souabe (') où ils étaient persécutés, nombre d'Anabaptistes.
Ces familles, dont nous allons dire deux mots, se distinguent encore aujourd'hui par certains traits : On voit rarement les Anabaptistes renoncer à leur profession d'agriculteurs. Ils se marient entre eux. A côté du français qu'ils ont acquis, l'usage de leur langue maternelle a été maintenue. Leur culte évangélique se fait souvent en allemand, parce que les personnes âgées le comprennent mieux que le français. Les Anabaptistes nous fournissent un exemple assurément intéressant d'église vivant depuis plusieurs centaines d'années, uniquement de sa vie propre, sans clergé salarié et sans aucune attache avec l'Etat. Pour qu'il en ait été ainsi, il a fallu, à ces agriculteurs.
de Ih Cour, qui tous turent libres de choisir entre (ouïes les espèces de Gibiers qui passoient devant eux. ■
• Quand on eut assez tiré dans l'Esplanade , on donna successivement la liberté A différentes sortes d'Oiseaux dont le vol rapide et élevé fut l'objet et la preuve de l'adresse des Seigneurs qui tlroient. »
« Après la Chasse, Monsieur le Grand-Veneur Ht taire a la Meute de Son Altessse Sérénïssimc l'exercice de ta Curée. Quoique la place semblât rendre cet exercice impossible pur ta quantité de Gibier qui venoil d'y être tué c' par l'inconvénient inévitable du vent qui portoit au nez des Chiens, cette Meute nombreuse est si parfaitement dressée, qu'elle obéit avec ta dernière précision a tout ce qui lui fut commandé, soit par la voix de Monsieur le Grand-Veneur, soll par le son des Cors des Plqueurs; et ce Spectacle aussi agréable que surprenant, couronna dignement la Fête. »
— Tout cela, certes, est tort beau ! — Mais le paysan, forcé de vivre dans un pays si giboyeux : que devenaient ses récolles?... — C'est un coté de la question que noire auleur néglige tout naturellement , cela n'a a ses yeux aucune importance. S'en préoccuper serait le fuit d'un petit esprit. Laissonsle donc a son admiration! — Au pays de M ont bel lard, d'après M. Boy, un trop nombreux gibier dévastait les bois et ruinai! la plus grande partie des récoltes sur pird. — Aujourd'hui, par contre, c'eslde l'absence de gibier dont tout chasseur se plaint.
il.i Tout près du Pare en se dirigeant du celé de la ville, se trouvent les terres d'une ferme nommée anciennement lu Souabtrir. Les bâtiments d'exploitation, qui étalent en ville, rue de Velolte, furent, après Incendie, transportés sur les terres mêmes. Celle propriété porlc aujourd'hui le nom, plus loti, mais assurément moins historique de La Combe avx Biche*.
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dès l'origine, des principes arrêtés, une foi positive avec une instruction assurément remarquable pour leur état et pour l'époque.
Au point de vue de l'habillement, il n'y a pas longtemps qu'on ne les distingue plus à quelque détail particulier. Ainsi autrefois, comme protestation contre le luxe, ils ne portaient pas de boutons, qui étaient remplacés par des lacets ou de simples agraires. La face toujours rasée, ils n'avaient qu'un collier de barbe.
Comme caractère, l'anabaptiste a d'habitude, la réputation d'être honnête, véridique, travailleur, sobre, économe. On le voit généralement à l'aise, ayant comme occupation la culture, champ de travail infini, jamais encombré, où le plus souvent au contraire la main-d'œuvre fait défaut ; pour lui même, peu de besoins; il ne comprend rien à ce qu'on nomme aujourd'hui les revendications sociales , il les juge sévèrement et n'en voit que le côté critiquable.
Les familles anabaptistes, le plus souvent, sont nombreuses. Fidèles aux principes évangéliques , elles sont à la fois ennemies des contestations et du métier des armes. Aussi pour éviter les effets des lois sur le recrutement de l'aimée, les pères et mères ont souvent encouragé leurs fils atteints par l'âge, à s'expatrier en Amérique. Toutefois, cet état d'esprit tend à se modifier, on se résigne maintenant le plus souvent à porter les armes, mais en protestant intérieurement.
C'est à la Grange la Dame que sont nés les premiers des seize enfants de Frédéric Japy, le fondateur des établissements de Beaucourt. Voici, d'après M. le D' Muston, s Histoire d'un Village, » dans quelles circonstances :
A dix huit ans, Japy, fils du ma réchal-f errant de Beaucourt, n'ayant que l'instruction élémentaire qui se donnait au village, commença un appientissage d'horlogerie au Locle. 11 y passa plusieurs années, se perfectionnant dans cet arl qui y florissail. De retour, en 1772, è Beaucourt, il monta chez son père, en formant quelques élèves, un petit atelier. Chaque mois, le jeune homme, dont l'esprit était fort ouvert, transportait ses ébauches de montres à La Chaux-de-Fonds et les vendait avantageusement.
L'année suivante , âgé de vingt quatre ans , Frédéric Japy voulut s'établir. 11 courtisa et épousa Catherine - Marguerite
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Amstutz, de Dainpierre les Bois, fille de Michel Amstut: , anabaptiste très à l'aise, qui fut choisi peu après cet événement par le prince pour être son fermier à la (îrange-la-Dame.
Est-ce la proximité de la ville de Monlbéliard ou la présence à la Grange de locaux plus vastes que ceux qu'offraient les modestes maisons de Beaucourt qui décida le Jeune industriel à s'y transporter ? — Nous ne savons, mais cette dernière alternative est surtout acceptable. Toujours est il que le gendre suivit son beau-père et passa à la Grange les années 1773 a 1777. (')
(I) Voici un contrat d'apprentissage bien » sa place Ici, datant dp, l'époque de ce séjour a la Grange. Nous le donnons sans y ajouter aucun commentaire.
« Furent préscntR Georget-Frédéric Siegler, tailleur d'habits, bourgeois de Monlbéliard, lequel a par les présentes loué et afferme Jeun Siegler, son Dis, auprès de Frédéric Japy , horloger de Bocourt, demeurant actuellement a la G range -lu -Du me. Ici présent, l'acceptant pour le temps et terme de quatre années et demie qui ont déjà pris leur commencement au premier Juin de l'année dernière mil sept cent soixante treize, et Uniront l'année, au mois de Décembre, de l'année que l'on comptera, aidant Dieu, mil sept cent «optante sept, pour lui montrer et enseigner l'art et métier de l'horlogerie au petit volume, sans lui en rien cacher, celer ni retenir, circonstances et dépendances, et ce, sous tes conditions suivantes :
*■ Le dit apprentlf s'acquittera de son devoir envers son maître avec toute la fidélité possible et requise, a quoi son père tiendra la main.
f Ne sera rien payé pour le dit apprentissage, les parties étant ainsi convenues.
S* Le père du dit apprentlf promet de nourrir, coucher et entretenir son dit (Ils pendant le terme de quatre années et demie, A la réserve que pendant l'hiver 11 couchera chez son maître.
4' Ne sera le dit apprentlf employé a d'autre travail que celui concernant sa profession.
.>■ Ne sera non plus le dit apprentlf commandé par d'autres que par son maître.
S* Le dit apprentlf sera tenu de racheter le temps qu'il pourra perdre par sa négligence, sous la réserve toutefois qu'il aura lu faculté d'aller pour se taire instruire pour ta communion, sans que le temps qu'il y emploiera puisse lui être imputé sur celui à refaire.
ï* Promet le dit Japy maître, de traiter, conduire convenablement et humainement, le dit Jean-Georges Siegler son apprentif.
S" Enfin H a été convenu qu'au cas où II y survienne quelque contestation entre les parties, elles les feront appeler et choiseront trois martres horlogers pour en décider.
Promettant au surplus les dites parties, d'avoir les présentes pour agréables, fermes et stables, de n'y contrevenir ni permettre qu'il y soit conlre-
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c JAPY
aktie ai Pais ii
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Au moyen des bénéfices réalisés à chaque voyage et soigneusement mis en réserve, grâce aussi a l'appui fourni par Amstutz, Japy put faire élever dans le courant de l'année 1777, dans la partie haute de Beaucourt, pour lui servir d'atelier et d'habitation, une solide construction.
Aujourd'hui, faisant partie de l'usine, elle se trouve complètement noyée dans de plus importantes, mais est encore aisément reconnaissante par ce fait qu'on l'a surmontée d'un petit clocher.
Certes, ce n'était pas considérable , quoique, pour l'époque, ce fut spacieux. Le bâtiment se présentait, à ce moment, flanqué d'une grange accompagnée de deux écuries, annexes qui ne tardèrent pas a être démolies ou modifiées pour être utilisées comme nouveaux locaux d'usine. C'est donc a cet endroit que l'industrie de la cité naissante prit son premier développement sous l'impulsion puissante d'un homme, personnalité marquante de notre pays. Dans l'histoire de son développement économique, personne ne tient une place semblable à la sienne, nous devons donc ici nous occuper de lui.
Le premier, dans une contrée purement vouée avant lui à l'agriculture et k l'élève du bétail , il a apporté un nouvel
venu, sous quoique cause ou prétexte que ce soit, à peine de Irais et dépens dommages et intérêts, sous l'obligation de tous et un chacun de leurs biens, meubles et immeubles, noms, droits et actions, présents et A venir, qu'elles ont pour ce respectivement soumises et hypothéquées en larme de droit aux rigueurs et contraintes de toutes cours et Juridictions qu'il appartiendra et renonçant pour cet effet à toutes choses , lois et exceptions qui pourraient être contraires aux présentes, qui furent faites, lues et passées A Montbéliard par devant moi Charles-Frédéric Surleati, procureur en la Cour et Chancellerie de Montbéllard, en ma qualité de notaire juré au dit Heu, l'avantmidi du huitième Janvier mil sept cent septante quatre, en présence du S* Pierre Grosrenaud, de Roche, étudiant en Phytologle, demeurant actuellement en celte ville, et de Jean-Pierre Siegler, tailleur d'habits, bourgeois au dit lieu, témoins requis et soussignés.
Suivent les signatures : G. -F. Zieolir,
Pridcrich Japt.
Pierre Grosrenai'd.
Jean-Pierre Ziiqlkh.
Surliav, notaire.
Faisons ici une remarque qui tend b montrer avec quelle facilité l'orthographe des noms de famille peut changer : Le notaire écrit Siegler et les comparants signent Ziegler, ce qui est la véritable manière d'écrire leur-nom, d'origine germanique.
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élément de gain : le travail industriel. Ce travail, dans l'espace de cent vingt ans a transformé notre contrée. Pauvre au début, elle est riche aujourd'hui : Agriculture, commerce, industrie, travail â la ville et a la campagne, tout a bénéficié a cette transformation.
Sans besoins personnels, n'attachant en particulier aucune importance à sa mise, toujours des plus simples, très dur pour lui-même , Japy croyait pouvoir beaucoup demander aux autres, à commencer par ses enfants, aussi le faisait-il. — Ainsi, de bonne heure , ses (ils durent se rendre adroits de leurs mains. Il leur inculqua a ce point le sentiment de l'obligation du travail , que ce trait de caractère subsista dans les générations suivantes. Quant à ses filles, il tes fit se livrer jusqu'au jour de leur mariage aux travaux, même les plus pénibles d'un très gros ménage, car beaucoup d'ouvriers étaient nourris à la maison. (')
(1) Pour faire suite au contrat d'apprentissage que omis avons reproduit, donnons Ici copie d'un traité fait par Japy avec un ouvrier naehanl fondre, forger et limer. La pièce sa présente bien comme calligraphia mais est assez fantaisiste comme orthographe ; on va en Juger :
« Marche! et convention a étet fait entre les parties sy après nommés Jran Henry Dodillet , de Courlelary, et Frederick Japy, de Beaucourt, horloger, dont le dit Dodillet s'engage de travailler l'ouvrage qui luy serat commande!, savoir pour fondre, soit pour forget, soit pour limez ou soit pour quelques autre ouvrage pour la dllte fabrique....
Sont convenu tics dittes parties que Jean-Henri Dodillet s'oblige el s'engage a servir Qdcllement le nommé Fréderlch Japy le lems cl termede trois années commençant le premier du moy de May prochain et flnlsent en pareil terme, et c'est de la profession de fondeur el forgez et limez ou pour quelque autre ouvrage due pour ladltte fabrique, promettant d'élrc, pendant le courent de trois années A être portez pour le profit et l'avancement et le bien-être de Japy et a'acquiler de son devoir autant qu'il luy sera possible. Son travail sera ce qu'il lui sera commandé. Si en cas le dit Dodillet vient à perdre du lems dans le terme spéculez sy dessus. Il sera obligez de le refaire au bout du teins au dit Japy.
Le dit Japy lui promet de payer et donner la somme de neuf cent livres pour les trois années. Savoir la première année deux cent livres el la deuxième année trois cent livres et la troisième année qualre cent livres, Bien entendu que le dit Dodillet sera noury a sa table et reblanchll. Les dittes parties se promette étendre la convention, l'un el l'autre. Le tout, fait double â Beaucourt le 1" Avril l"85, les parties se sont signet, h Lorsqu'il quilla Beaucourt, Dcdiltèl t'installa au martinet de Seppola, établissement qui avait appartenu a la maison l.alance de Monlbéliard. Il
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Madame Peugeot, l'une des aînées, avait conservé un tel sou venir de sa jeunesse austère et du travail ininterrompu auquel elle s'était livrée pendant des années, que bien longtemps après, souvent, à Audincourt, elle en entretenait ses petits.enfants.
Japy était un ardent patriote. H lit don au Conseil général de Belfort de trente fusils pour la défense de la patrie , sous la la condition qu'ils lui seraient rendus à la paix. Comme idées politiques, — se souvenant sans doute des difficultés qui lui avaient été autrefois créées par les corporations de Mootbéliard, auxquelles il semblait garder rancune, et se rendant compte en tous ras des entraves que ces institutions apportaient à toute initiative capable de se manifester, — Japy était d'opinions avancées. Un fait le montre: H donna à sa dernière fille, Mmc Tuef ferd, née en 1793, le prénom de Jacobine. Cependant M™* Japy, sainte femme, qui ne pouvait se résoudre à nommer ainsi son cher enfantelet, pour conjurer le mauvais sort obtint la désignation, par elle, d'un second prénom. Elle choisit Angélique et c'est ainsi que plus tard, la jeune fille fut connue. Jacobine-Angélique avait hérité, dit-on, plutôt des qualités d'énergie de son père que de l'aimable douceur de sa mère. Sans infirmités, MmsTuefferd, personne fort lucide, atteignit quatre-vingt-dix ans et mourut à Montbéliard, en 1883.
Japy vécut jusqu'en 1812. Ses facultés d'adaptation ont été remarquables. Ainsi, ayant réussi à produire mécaniquement la montre, il songea à employer la même méthode pour la fabrication de la pendule. Four cela, il éleva , non loin de Beaucourt, les ateliers de Badevel, village où se trouvait un petit cours d'edu.
Ce sont les procédés de fabrication inventés pat Japy pour le gros et pour le petit volume (') — qui, copiés, surtout par d'anciens contre-mal très , ont donné leur essor aux localités de Seloncourt, de Vandoncourt, de Sainte Suzanne. Ils ont été
paya une bonne partie de son matériel avec le produit de la revente avantageuse qu'il fil, de la pendule qu'il avait achetée a la vente du mobilier des châteaux. IVoir page Si.;
Lee bâtiments de Seppois appartiennent encore a ses descendants et c'est là qu'a été trouvé la convention qui vient d'être transcrite.
Il est d'autres ouvriers de Frédéric Japy que Dodillcl qui se sont établis pour leur compte. Citons : llfiirnier a Seloncourt et A. L'Epéc a Sic-Suzanne.
(I) C'est-a-dlrc pour la pendule et pour la montre.
également importés à Montbéliord et à Hérîcourt. Disons-le en passant, ce n'est qu'en 1793 que Laurend Mégevand, genevois d'origine, mais vivant au Locie, introduisit l'horlogerie à Besancon. Le mérite de Mégevand, à Besançon, comme celui de Frédéric Japy, à Beaucourt, dit M. Albert Roux, dans ses Actes sur l'horlogerie à Montbéliard, est d'avoir industrialisé ce métier en renonçant aux procédés des anciens maîtres qui construisaient patiemment leurs horloges ou leurs montres à la main, depuis le commencement jusqu'à la fin. Ces deux novateurs ont fait les premiers pas dans la voie de l'industrie moderne en perfectionnant l'outillage et les procédés de fabrication et en fractionnant la main-d'œuvre, condition essentielle pour arrivera une production rapide et économique.
Fabricant des vis pour ses mouvements d'horlogerie, Japy tout naturellement, songea, en augmentant les diamètres, à faire la vis pour menuiserie. Etant encore enfant, il voyait son père confectionner péniblement des serrures. 11 perfectionna le travail en employant la machine. Mariant sa fille, M™ Maillard- Salins, il lui donna comme dot , l'exploitation du brevet qu'il venait de prendre pour sa machine à découper les dents de scies. C'est ainsi que cette fabrication, si puissamment développée depuis par MM. Peugeot frères, fut introduite à Valentigney (')- Son esprit était toujours en éveil, aussi, lorsqu'en 1799 fut promulgué la loi relative aux brevetsd'invention, il fit enregistrer dix brevets à la fois, tous relatifs a des machines propres à l'exécution des différentes pièces composant sa fabrication. Japy est donc en quelque sorte le père de notre industrie de ce pays de Montbéliard, où l'aisance est si généralemeht répartie aujourd'hui, où on vit plus facilement qu'autrefois. Ce pays a, envers la mémoire de cet homme, sorti de ses entrailles, une dette de reconnaissance. (*)
ll| A Valentlgney, Maillard Salins avait pour associa ou. collaborateur, son beau (rire, gendre- comme lui de Frédéric Japy: Prtdtrit-Loui» Catame, horloger, originaire de Suisse.
|S| Puisque nous parlons de l'établissement de l'industrie dans le pays, rappelons que tes Forges d'Aud incourt , propriété du prince, fonctionnaient depuis une époque fort ancienne, et, pour ce qui a trait A l'Industrie textile, ainsi que nous l'avons établi dans a I. 'Induttrif eottmnftre au pay» de Mont bétiard » . que c'est Jtaii-Chhtlopht Picard qui, en 17*0, fit venir d'Allemagne des ouvriers, avec le concours desquels il établi! une manufacture
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Ses inventions, son travail, son savoir-faire, sa volonté puissante lui avaient procuré la fortune, même une grosse fortune, ce qui, pour les novateurs, estasses rare. Néanmoins on peut dire de son œuvre, qu'elle fut démocratique. Si Le Locle et La Cbaux de Fonds l'avaient précédé dans la voie en l'instruisant, c'est Japyqui, le premier, contribua à faire de la montre, objet de luxe jusque la , par son bas prix le meuble utile , mis à la portée de tous, que nous connaissons.
A Beaucourt, la rue où il monta sa fabrique, porte le nom de rue Frédéric- Japy. Un autre honneur lui a été rendu : A Paris, dans le XIme arrondissement, se trouve la rue Japy.
Nous voici à cent lieues de la ferme dont nous écrivons l'histoire, il est temps d'y revenir.
Il ne nous a pas été possible de connaître d'une façon certaine la date de la vente de la Grange-Ut-Dame comme bien national {'), ni le nom du premier acquéreur. D'après M. G. Goguel, M. IAopold- Frédéric- Jacques Berdot , ancien colonel au service de la France, l'aurait acquise le 1 Fructidor an VI de M. Frédéric- Charles Goguel. En tout cas, cette propriété est restée dans la famille Berdot jusqu'à la mort de Mma Jules Beurnier, née Berdot. Depuis, elle a passé par héritage entre les mains de M. le Dr Louis Beurnier de Paris.
Revenons maintenant au parc.
En l'an V, il est exposé aux enchères à titre de bien national. Comme à ce moment Montbéliard était rattaché à la Haute Saône, l'adjudication eut lieu à Vesoul le vingt-huit Ventôse.
Beaucoup de Montbéliardais, — les enchères en fournissent la preuve, — s'étaient rendus au chef-lieu pour assister a cette opération.
La mise en vente avait été précédée, comme toujours , d'une expertise, celle-ci faite par Laurent, architecte de Vesoul. Sui-
d'éloflea de fil et de coton a Hérlcourt, fabrique qui occupa , tant pour Dior a la main que pour le tissage, un grand nombre d'ouvriers. Elle subsiste encore aujourd'hui, entièrement transformée a plusieurs reprises.
(1) Les propriétés prlocières furent aliénées en 179* et les années suivantes. On vendit entre autre», celle du Mont-Chevi*, celles des Goutte», de la Sovaberit, de la Petite Hollande. d'Etapes, de Clèmont, de MarchtlavUters, etc., etc.
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vant l'expert, il y avait là, trente arpents de futaie, de trente à quarante ans d'âge. Une autre parcelle de contenance égale, à ce moment même était exploitée par le citoyen Rocket, des Forges d'Audincourt. Quant au surplus, c'étaient de jeunes coupes, de un a huit ans.
« Ce bois, — dit Laurent, — n'a pas grande valeur, ayant été brouté par le gibier qu'on entretenait dans ce parc. Les murs de clôture sont de très mauvaise construction, brèches et ouverts en plusieurs endroits. Leur couverture en laves est absolument dégradée; en raison de leur position, ils n'ont aucune valeur. » « Au surplus, ajoute l'expert, d'après la loi pareille clôture ne doit plus exister. »
En fin de compte, — admirons la précision de Laurent , — il conclut a une valeur de Fr. 36,633.
Les enchères s'ouvrent sur une demande de cinquante mille francs. Successivement plusieurs feux sont allumés et, au quatrième, le citoyen P. -F. Dorian est adjudicataire au prix de cent six mille francs.
Dorian déclare aussitôt qu'il a pour associés, dans des proportions qu'il fait connaître: les sieurs P. -F. Goguel, Jacques Itinninger, Chrisloplie Leconte, Pierre-Conrad Berger, Georges- ConradFries, Charles Beurnier, Jacques Mord, Georges- Louis Jeanmaire et Jean-Baptiste Prêtre, tous comme lui, habitants de Montbéliard.
A la suite de cette opération, les bois exploitables furent cou pés et vendus, puis les terrains défrichés, à mesure qu'on pouvait en exploiter la superlicie.
Douze ansaprès, en vertu d'un acte en date du 5 Octobre 1809, la principale valeur c'est adiré les bois àcouper, n'existant plus, les acquéreurs font des parts pour sortir de l'indivision et les tirent au sort. Mais de nombreuses mutations sont survenues. Les propriétaires à ce moment sont: Jean-Jacques Goguel, L.-F. Leconte. Ch.-Josepk Beurnier, homme de loi, Léopold-Frêdêric Flamand, veuve Morhard née Ienney et P.-L. Sahler.
Ces parts nombreuses dans un même bien et ces changements fréquents, ne sont ils pas un signe de la timidité de certains acquéreurs de biens nationaux et des craintes qui les assiégeaient alors, redoutant sans doute d'être plus tard inquiétés à ce sujet ?
Dans les parties basses de la propriété, on rencontre plu-
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sieurs sources, dont l'une, au Nord, très importante, sort au pied des rochers dominant la voie ferrée. Il en est parlé dans cet acte du îi Octobre 1809, pour en faire un don gratuit à la ville de Montbéliard, cela dans les termes suivants :
La fontaine restera commune entre les propriétaires et sera à la disposition de la ville de Montbéliard pour fournir l'eau aux fontaines quand on jugera à propos de les rétablir.
Ainsi donc, au moment dont nous parlons, il n'y avait plus de fontaines coulantes en ville. Les nombreux puits qui s'y trouvaient, étaient seuls en état de fournir à la population, en qualité plus que douteuse, l'eau qui lui était nécessaire.
Bien que le parc saisi ait été vendu par l'Etat, en vertu de sa toute puissance, sans restriction, la ville cependant pouvait, même en l'absence du don dont nous venons de parler, faire valoir certains droits : En effet, à une époque assez reculée, en 1368, Georges de Franquemont, propriétaire du bois Thomas, — c'est ainsi qu'on nommait alors les terrains du nouveau parc qui furent réunis a l'ancien en 1581, — avait abandonné a la ville, sous certaines conditions , ta jouissance de cette fontaine naturelle. Mais au commencement du siècle dernier, on vivait sous l'impression que tout droit antérieur à la Révolution et a la conquête du pays, était caduc. Cependant c'est d'une façon très intermittente, pouvait-on dire aussi, que la ville avait utilisé les eaux mises à sa disposition. Ainsi en effet, par suite de l'incurie de la municipalité, les fontaines ne fournissaient plus d'eau depuis soixante-dix ans lorsque, le 28 Décembre 1747, elles recommencent a couler. (')
Quand, au siècle dernier, tout à nouveau, on rétablit les conduites , celles-ci, comme les anciennes, étaient en bois. Vers 1850 on y substitua des tuyaux en poterie ; cet essai fut malheureux. Ce n'est qu'après 1870 qu'on organisa le système actuel basé sur l'élévation des eaux du parc dans un grand réservoir, au moyen de pompes foulantes actionnées par un moteur à vapeur.
A la suite de cette attribution des parts dont nous avons parlé, en 1809, le citoyen /»,-/■,. Sahlcr, par des achats successifs, se rendit acquéreur de quantité d'entre elles et y bâtit une ferme encore aujourd'hui dans sa famille.
(1) Notice historique tur Montbéliard et *es monuments, par E. Tvefferd.
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C'est en raison de l'ombre fournie par un bouquet de bois d'une dizaine d'hectares soustrait au défrichement en raison de la forte déclivité du terrain, comme aussi de la vue vraiment belle et étendue dont on jouit dans la partie du midi, que le parc, situé loin de la poussière des grandes routes, doit d'être resté, pour le Montbéliardais, un but de promenade favori.
Il y a vingt ans, M"° Diemer-Dvperret de Montbéliard, voulant faire de la ville sa légataire universelle, eut un moment la pensée de lui offrir cette propriété, dont elle avait souvent joui dans sa jeunesse. Les circonstances ne se sont pas prêtées à la réalisation de ce projet d'achat.
Les renseignements que nous donnons ici sur le parc proviennent d'un dossier qui est entre nos mains.
Au sujet de nos sources d'informations, remercions ici sincè rement MM. A. Roux, président de la Société d'Emulation Viénot, professeur à la Faculté de Théologie à Paris, Besson notaire à Montbéliard , Meunier, bibliothécaire à Montbéliard. Mauveaux, archiviste à la mairie de Montbéliard, dont les indi cations, pour l'ensemble de ce travail, nous ont été des plus précieuses.
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Les Corporations de Montbéliard ; leur dissolution.
Corporations de Montbéliard supiumées par la Révolution. — dénombrement et ancienneté. — extraits de leurs statuts. — L'arrêté du 14 Nivôse An II. — Draps mortuaires et manteaux de deuil. — La fortune et les dettes des Sociétés dissoutes. — Supplique de la Société des Tailleurs. — Engagements PRIS PAR CES ARTISANS. — DISPUTES DE MÉDECINS , DE
Chirurgiens et d'Apothicaires. — Les Barbiers. — Supplique adressée au duc georges, en 1664. — règles de la société des Teinturiers de Montbéliard.
Les Corporations, Tribus ou Sociétés de Métiers, brisées par la Révolution comme portant atteinte a la liberté des citoyens, se sont, sous une autre forme, reconstituées de nos jours plus puissantes et autrement armées pour la lutte , sous le nom de Syndicats professionnels.
Nous n'avons pas à parler de ces sociétés nouvelles dont les buts sont divers, mais poursuivant notre travail, uniquement des associations de métiers que l'on nommait aussi Chauffes, existant à Montbéliard lors de la prise en possession du pays par la France.
11 y en avait vingt. Citons les, en nommant d'abord les plus anciennes et en donnant pour chacune quelques renseignements :
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Les Marchanda ou Merciers, Epiciers, Drapiers, Orfèvres, Joailliers, dont le chef était, au moment où nous sommes arrivés, Samuel Bernard. Nous avons déjà cité cette corporation à propos des Halles. Voici encore un article de ses statuts se rapportant aux déplacements ou voyages des marchands :
« Vous promettez que si un mercier va coucher dans la Maison-Dieu (c'est-à-dire à l'hôpital) et vous le savez qu'il a vaillant vingt-quatre sols ou au dessus, le ferez scavoir aux mestres et compagnons, afin de luy deftendre le dit mestier et de payer l'amende telle qu'il appartiendra, pourveu qu'il soit ouy en justice. »
Ainsi donc, avec vingt-quatre sols, on pouvait se mettre en voyage, coucher et se nourrir convenablement à l'auberge.
Il ne s'agissait du reste pas là de voyages de plaisir. Halbein, entre autres images, nous a laissé celle du mercier saisi par la mort. 11 est représenté sous les traits d'un homme encore jeune, pliant sous le poids d'une lourde hotte, de laquelle débordent toutes espèces de marchandises. Le mercier n'était doue pas uniquement sédentaire. 11 allait aux foires, se faisait souvent colporteur. Du reste il se déplaçait forcément pour ses achats.
Les Tailleurs el Moutonniers, sous la direction d'Isaac Béquillard.
Les règles de cette société, renouvellées en dernier lieu eu 1771, définissent comme suit le chef-d'œuvre à exécuter pour être reçu maître :
i< Le chef-d'œuvre pour homme sera un habit complet, savoir : just'aucorps, veste et culottes, avec un manteau que l'aspirant sera tenu seulement de dessiner, au lieu que non seulement il dessinera devant les mêmes maîtres l'habillement, mais le parachèvera en tous points de manière à être porté. Le chefd'œuvre pour femme sera un corps à baleine piqué, dont il pourra couper un modèle en présence des maîtres jurés et une robe, soit volante soit à ceinture, le tout suivant la mode qui se trouvera être la plus nouvelle. »
Les Chapeliers : Masson père était maître de cette corporation à la Révolution.
« Aucun du dit mestier, — disent leurs statuts, — n'useront, en exerçant leur métier, de poil de bœuf ne aultre, mais que seulement de laine. » — Que devenait à ce moment le poil des lapins?
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DilHi Les Bouchera, dont le chef était Nicolas Iennney ou Ienné,
IWiifoi. « Ceux qui vendront chair de brebis pour du mouton seront
~~ amendables de dix sols, » prescrivent leurs règles. « Us ne de-
l'dflfl vront trancher ny vendre de chair de veau qu'elle ne soit licite et que chacun quartier ne pèse dix livres, sous peine de trois gros. »
1600 S^-Ehy, groupant tous les ouvriers travaillant les métaux : Maréchaux, Serruriers, Horlogers, Couteliers, Eperonniers, Selliers, Corroyeurs, Potiers d'étain, Forgeurs de cuivre. Ces divers artistes avaient pour chef Georges-Frédéric Mégnin.
A l'article 14 il est dit : « Ne s'entremettront les serruriers, harquebusiers , esperonniers, horlogiers, pottiers d'estaing, comme aussi selliers ou ceulx appartenant auxdits mestiers, de prendre apprentifs pour luy apprendre leur praticque, qui ne soyentde léal mariage et de gens de bien, etdebvront apprendre les apprentifs le temps et terme de trois ans durant et non moings.... »
1500 Les Tanneurs improprement nommés aussi Escofliers : Frédéric Wetzel, leur maître.
« Les dits compagnons ne devront marchander nulles danrées lung sur l'autre. Ny aussy blasmer louvrage lung de lautre, à peine de vingt solz estevenants pour chacun des dits faicts, applicables aux pouvres passants du dit mestier, ou autres malades et nécessitez de la dite ChonfTe. »
« Quand aucun du dit mestier, soit homme ou femme iront de vie à trespas, les dit thanneurs seront tenus de poursuivre le corps dès le Heu où il trespassera, jusques au cimetière où il sera inhumé, pour ouyr la prédication, après, reconduire les prochains du trespassé jusque devant leur résidence pour les consoler suivant que de coustume, et ce à peine de cinq solz estevenants, applicables a la dite boite des povres. »
1613 Les Cordiers, commandés par Pameyer fils.
Ils doivent payer quatre florins d'or et une livre de cire pour être mai très et tenir boutique. Il leur est « deffendu de mettre la main et de tenir aucune chose infecte et deshonnéte. »
1666 Les Tisserands et Fitandiers. Le chef de la corporation était Georges-Frédéric Duperrel.
11 est dit à l'article 16. « Un compagnon du métier qui marquera sur des pièces d'ouvrage, de trélis ou (musse, toile ou
DigUizedbyGOOgle
Ditsdi autre travail de tisserand, passé une demi auDotte (') ou environ
mmuu- ^e pjug qu'elles ne contiendront effectivement, le fait étant re-
Annïu connu P5"* la société, il sera obligé de s'y laire réintégrer et
recevoir de nouveau, et au cas il vienne continuer et récidiver
dans cette espèce de fraude, il sera rejette entièrement de la
société outre la punition que nous pourrons lui faire infliger en
ce cas, comme nous nous en réservons expressément les droits. »
1661 La Grande Verge. Sous ce nom sont groupés les marchands
de chevaux et de bétail. Au moment dont nous parlons ils
étaient sous la direction de Pierre-Frédéric Goguel.
Pas besoin n'était d'exercer le métier de la corporation pour y être admis. M. Alexandre Tuetey cite l'illustre naturaliste Jean Hauhin, et le non moins illustre artiste François Briot, comme ayant fait partie de la Chonffe de la Grande-Verge de Montbéliard. Appartenir à une corporation constituait un honneur, de même que cela pouvait être, dans certains cas, une protection. « Tout compagnon achetant et revendant chevaux, bœufs, vaches, moutons, chèvres, porcs, karans, carpes, ou autres choses, devra être sacré et donnera 4 florins, — 25 sols Balois pour chaque florin. »
1676 Les Médecins, Chirurgiens, Apothicaires , dont nous nous proposons de parler quelque peu. C'est la corporation dont les archives sont les plus importantes. Le citoyen Morlot était maître au moment de la dissolution. Pour le moment nous poursuivons notre énumération.
1680 Les Charpentiers et Charrons, com mandés par Martin Saucrbeck. « Les maîtres ne devront tenir que deux apprentis. L'apprentissage sera de deux ans pour les Charpentiers et Tourneliers, de trois ans pour les Menuisiers et de un an pour les ïtouhiers. (*) »
<( Un compagnon charron qui aspirera à la maîtrise sera tenu de fabriquer et de montrer pour son chef d'oeuvre, un charriot et une charrue avec tout ce qui en dépend à l'exception des échelles, qu'il sera libre de ne pas faire. » 1585 Les Maçons, Jean-Frédéric Bouillon, chef.
Nous ne possédons pas de statuts de cette corporation.
(1| Soit un quart d'aune.
(2) C'est à-dire pour ceux qui ne taisaient que les roues,
' Les Tonneliers, qui avaient choisi pour maître en dernier lieu,
années Christophe-Henri Edefmann. Ils n'ont pas non plus laissé trace
1628 de leurs règles, ou au moins elles ne nous sont pas connues.
1646 Les Cordonniers, Selliers, Maroqueniers et Bourreliers avec Frédéric Vurpillot pour maître.
n Ils ne pourront avoir qu'un banc, afin que les pauvres compagnons puissent demeurer et gagner leur vie avec les autres plus riches. »
« Le maître ne pourra avoir plus de deux compagnons et un apprenti!. L'apprentissage est de trois ans. Ils ne hanteront, converseront, boiront, ne mangeront avec les bourreaux et escorcheurs, à peine de quatre francs au profit de la Société et d'un quartal de vin pour l'assemblée. »
n Le chef-d'œuvre sera : une paire de bottes molles dont les semelles et talons seront de cuir fort; l'empeigne des soulliers, les tiges et les grenouillères, de cuir de vache passé en huile. En plus des boites fortes : une paire de soulliers d'homme et une à usage de femme, à talons de bois, et autant à talons de de cuir. »
1726 Les Bonnetiers, détachés de la corporation des Merciers. Le citoyen Goguel, était leur maître lors de la dissolution.
Deux membres étaient établis pour faire la visite des bas, bonnets et mitaines. Les places dans les foires, se tiraient au sort. Un maître ne pouvait avoir plus de trois compagnons et un apprenti. Défense, sous peine d'amende . de mal parler de la société.
1741 Les Teinturiers : Jean-Georges Fesckotte était leur maître.
Il y a dans les statuts de cette corporation, tant de choses qui nous semblent être d'un intérêt général , concernant une industrie autrefois florissante dans la ville, mais qui aujourd'hui n'y existe plus, que plutôt que de faire des citations, nous donnons, à la suite de ce chapitre, malgré sa longueur, le document dans son intégrité.
1760 A celte date, les lUenuisiers, Vitriers, Tourneurs, se sont détachés de la société des Charpentiers. Georges-David Couleru les commandait.
Les statuts octroyés disent : « Le maître élu et le lieutenant doivent accepter leurs charges à peine de 3 livres, et du double en cas de second relus, et dans chaque cas 5 sols pour les pauvres , réservant à notre Conseil la connaissance d'un troisième refus. »
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