‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 61 sur 89 · V.-J.-FEL'BIITELN · texte numérisé non relu

V.-J.-FEL'BIITELN

JignzcdbyGoOglc

L'Inventaire des biens de Charles-Louis Duvernoy, homme de loi.

Description de la pièce analysée. — La famille Duvernoy de Montbéliard. — Son origine. — Ses biographes. — Duvernoy, Juge de paix. — Son savoir , ses travaux et son activité. — Les Éphémérides du Comté de Montbéliard.

Le cahier que nous allons examiner maintenant est un in-folio de belle écriture, de cent cinquante pages. Il se divise en trente chapitres et a pour titre :

Inventaire, Reconnaissance et Description des Biens, Meubles et Immeubles, A'oms, Droits et Actions dépendant de l'Hoirie et succession de Monsieur Charles-Louis Duvernoy, homme de foi, réaidant à Montbéliard, décédé le 19 Août 1808, dressé par Charles- Léopold ■Ebebbard Duvernoy, homme de loi au dit lieu son fils, à la participation et présence de Frédérique-Clémence Elisabeth Duvernoy ('), de Louise-Françoise Duvernoy et de Georges-Frédéric faconte [*), mari et légitime administrateur des biens de cette dernière, ces trois ]>rcmiers, (ils et filles légitimes du sieur C.-L. Duvernoy.

Il) Frédèrique-Clémenee-Etitabeth Duvernoy, épouse du D' Morel, est décidée A MoDtbéliHrd a un âge avancé, en 1866. Elle n'a eu qu'une tille, M" Rose Leconte, donl la descendance, fixée à Paris, porte les nom» de Ruber, Grinct, Rirille, Thierry Mieg.

il) Georges- Frédéric Leeonte, né en 1778, mort en 1811, en laissant six

JignzcdbyGoOglc

Le papier employé, de bonne qualité, est de fabrication mont béliardaise. Plusieurs filigranes le décorent : C'est, en écriture cursive : Molitor à Glay, puis aussi le nom du même fabricant en caractères romains. Sur d'autres feuilles, l'influence delà Révolution se fait sentir, on lit : ProPairia. Enfin, surquelquesunes plus artistement décorées, c'est une belle couronne de lauriers, traversée par un faisceau de licteurs surmonté du bonnet phrygien et accompagné des plateaux égalilaires d'une balance. Montée en 1663, la papeterie de Glay fonctionnait encore en 1830.

La famille Duvernoy , de Montbéliard, dont quelquefois le nom s'écrivait Du Vernoy, né vient pas, dit-on, comme on pourrait le croire, du petit village Le Vernoy (Doubs), peuplé en grande partie de personnes portant, en un mot, le nom de Duvernoy. Elles descendrait, d'après certains biographes, de Claude Duvernoy, originaire de Basse-Bourgogne, qui s'expatria en 1560 pour cause de religion et vint se fixer au Pays de Montbéliard.

Une indication contraire à celle-ci et qui mérite, croyonsnous, plus de créance, est fournie par un arbre généalogique dressé par Werner eu 17H9.

D'après Werner, qui parait avoir travaillé sur des documents sérieux, un Duvernoy né en 1440, aurait eu trois fils nommés : Hory, GuUlaume-Gaudinet et le troisième Guillaume le jeune, tous trois affranchis par les Abbés de Belchamp, affranchissement confirmé par S. A. le comte Henri, de Wurtemberg et Montbé liarà. Guillaume le jeune, en particulier, aurait été passé (■) bourgeois de Montbéliard l'an 1489.

Quoi qu'il en soit de l'origine de cette famille, qui aurait ainsi plus de quatre cents ans de bourgeoisie, — ce que seraient incapables de prouver beaucoup de gens faisant montre de leurs titres, — il est certain que , parmi un grand nombre de noms honorables, elle compte plusieurs hommes distingués.

Dans la France Protestante de MM. Evg. et Km. Haag, les Du-

□rphellns. Il était Bis de. Léopuld - Frédéric Leeonte, gros négociant de Montbéliard qui avait une épicerie a l'angle de la place de l'Enclos et du Faubourg. Aux Neufs Moulins , ce niéme. négociant fabriquait du Ubac C'est lui qui Ht construire, rue de Saint Hlppolyte, la grande et belle maison habllco jusqu'à ces dernières années par M, Julien Leeonte, doublement son nrrlerc-

pctunis.

(I| Anciennement un disait : se passer bourgeois.

JigrizcdbyGoOgle

vernoy n'occupent pas moins de douze colonnes. Ces auteurs s'attachent principalement à une quinzaine d'entre eux: ce sont des savants et des théologiens.

Larou*se, qu'il est presque indispensable de consulter sur un sujet d'histoire comme sur d'autres matières, donne toute une série de Duternoy d'origine montbéliardaise , dont les frères Haag ne parlent pas. Ici, ce sont des musiciens dont la carrière s'est écoulée à Paris. L'un d'eux, Henri Duternoy est principalement connu de nos concitoyens : C'est lui qui, vers 1847, avec son oncle Georges Kukn, a fait, ou parfois simplement revu la musique de la plupart de nos Psaumes el Cantiques encore en usage.

Enfin, dans l'ouvrage intitulé : Hommes connut dans le monde savant, publié en 1864, par M. G. Goguel, on trouve deux biographies particulièrement détaillées de Duvernoy. L'une a laquelle nous nous attacherons surtout, concerne précisément le rédacteur de l'inventaire qui va être examiné.

Afin de le distinguer de trop nombreux homonymes ayant parfois les mêmes prénoms, on le désigne de deux façons : Soit Duvernoy juge de paix, fonctions qu'il exerça pour le canton d'Audincourt jusqu'en 1832, époque à laquelle il prit sa retraite pour aller se fixer à Besançon, soit, — en raison de cette circonstance — Duvernoy de Besançon. C'est même de celte façon qu'il est le plus connu. Ajoutons : lorsqu'il est connu. Car, malgré sa valeur, hors de la Franche-Comté, on n'en parle pas I S'il avait habité Paris, son sort sous ce rapport eut été fort différent, assurément il aurait été très remarqué.

Notre Duvernoy était appelé au chef-lieu de la province pour y diriger le classement des archives. Choix heureux, car ses qualités, son savoir et ses connaissances linguistiques, — ayant comme la plupart de nos Montbéliardais cultivés d'alors, fait une partie de ses études en Allemagne, — le rendaient éminemment propre à mener à bien un travail aussi long, délicat et minutieux que celui là. II s'en acquitta avec zèle et mourut à Besançon en 1830, âgé de 76 ans.

On doit à Duvernoy une infinité de notices, les unes manuscrites, — de mêmes que ses livres elles sout déposées à la bibliothèque de Besançon, — les autres imprimées. Sous cette forme, elles ont paru dans différents recueils. — En ouvrant un volume ayant passé par les mains de Duvernoy, souvent

DlglIlzadbyGOOgle

on trouve à la feuille de garde, soit quelque remarque utile sur l'auteur du livre, soit sur sod contenu : observations toujours pleines d'intérêt et d'érudition.

Sa compétence pour tout ce qui regarde l'histoire du moyeaâge et celle de sa province était grande. L'ouvrage de M. Duvernoy le plus étendu est bien connu. Il a pour titre : Ephéméridex du Comté de Montbétiard. Ce travail consciencieux est une mine inépuisable de renseignements, à laquelle on a souvent recours, malgré le plan des plus défecteux qu'a suivi l'auteur.

Sur son père, Charles Louis Duvernoy, les données que nous possédons sont moins abondantes. Ou sait qu'il était licencié es lois, avocat et secrétaire au Conseil de Régence de Montbéliard et bourgeois de cette ville. Il avait épousé Françoise -Catherine-Eberhardiru tieorgii {') d'une famille Montbéliardaise bien en vue. Nous nous efforcerons dans les lignes que nous allons tracer de pénétrer dans son intimité.

{() tieorgii. Famille actuellement éteinte à Montbéllard, mais qui à encore des représentants a Stuttgard. Elle semble être d'origine wurlembergeolse. En effet dans \\Ajtres-Hac-h ou Annuaire de 1749 du Wurtemberg , nous rôle vons, tant a Slutlgard qu'a Blaubeuren, Haulbronn, Tubingen, Urach et Montbéllard, toute une série do Georgil occupant des positions honorlllqu.es. Ce volume, qui donne seize a dix-sept cents noms de personnes pourvues do charges, depuis le service de bouche de Son Altesse Sérénisslme, les danseurs et danseuses de l'Opéra, les chasseurs, ics médecins, jusqu'aux magistrats, ecclésiastiques et l'étal militaire, présente ceci de particulier que tout ce qui a trait à Montbéllard est rédigé en français.

A Stuttgard se trouvent également des Duvernoy, dont l'origine Montbéliardaise est évidente. L'un d'eux est lieu tenant colonel attaché au grand Etatmnjor a Berlin.

JigrizcdbyGoOg.C

Parties intéressantes du document. — La livre et le franc. — La maison d'habitation de Charles-Louis Duvernoy. — Son

IMPORTANCE. — Sa DESTINATION ACTUELLE. — La COUPE D'Or. —

Bibliothèque et collections particulières de Duvernoy. — Ses vues a ce sujet. — Le lieu ou elles se trouvent actuellement. — Diverses collections ayant échappé a Montbéliard. — Un autographe de J. Bauhin. — La fondation pieuse des Virot. — Chapitre des tableaux , gravures et bustes. — Vieux portraits. — Leçon d'humilité qu'ils nous donnent. — La famille Binninger. — Les Brisechoux. — Les tabatières de Duvernoy et les accessoires de sa toilette. — Une garderobe bien fournie. — Les miroirs et leur valeur. — Meubles

ET PORCELAINES. — Le JAPON DÉPRÉCIÉ. — VlN DE Là CHAUX ET DE VaLENTIGNBY. — PRIX DU VlN ET SALAIRE DES VIGNERONS. —

Association du capital et du travail. — Les messes et les

VIGNES DE MaNDEURE. — Le VIGNOBLE DE La CHAUX. — RÉCA- PITULATION GÉNÉRALE DE L'INVENTAIRE.

Il n'entre pas dans ma pensée de procéder à l'analyse méthodique et complète d'un inventaire, fort bien fait du reste, mais qui comprend un millier d'articles. Je me propose seulement de mettre en relief ce qui, dans ce travail, semble offrir un intérêt spécial.

Disons d'abord que les comptes y sont encore tenus en livres. — Mais quelle en était alors la valeur? — Cinquante livres douze sols six deniers, nous est-il répondu à propos d'un paiement fait à un percepteur, font cinquante francs. — Donc à ce moment, la livre, à peu de chose près, se confondait avec le franc.

L'importance des divers postes de ce document est très variable : elle oscille entre cinq sols et cinquante mille livres. Ce dernier chiffre représente la valeur d'estimation du domaine ■

JigrizcdbyGoOgle

d'Exincourt, dont nous nous occuperons quand le moment sera venu.

Parlons d'abord de la maison d'habitation de Charles-Louis Duveraoy. Elle porte aujourd'hui, dans la rue des Granges, le N»15. „,

La façade de cet antique immeuble, .dont |e rez-de chaussée a été transformé ces dernières années et qui sert aujourd'hui de café ou de taverne , présente cependant encore, avec ses fenêtres a meneaux, un certain, caractère.

Comme propriété de ville, la profondeur du terrain ayant permis l'édification de deux corps de logis, c'était assez vaste. L'appartement de derrière donnait sur la place des Halles; il était relié au bâtiment principal, au premier comme au secoqd étage, par des galeries, celles ci placées au-dessus d'une cour ou jardinet garni, dans la belle saison, de caisses de fleurs. Le tout n'est estimé qu'à 8,300 livres.

Une propriété presque contiguè à celle-ci, présentait également cette particularité d'accès sur deux rues parallèles, nous voulons parler de la Coupe d'Or dont l'entrée principale était Place des Halles. C'est là que se trouve actuellement l'étude de M* Besson, notaire. Dans son Voyaycen France, fait en l'an 1663, par Jean-Gaspard Dolfuss (Mulhouse 1881 ) , cet auteur parle du séjour qu'il y lit, mais par suite d'une double traduction l'auberge de la Coupe d'Or, ici, est devenue le Gobelet d'Or. Les écuries et dépendances de la Coupe d'Or, donnaient sur la rue des Granges.

Revenons à notre sujet.

La bibliothèque et les collections formées ou agrandies par Charles-Louis Duveraoy, lui tenaient particulièrement à cœur. Voici ce que son fils, confident de sa pensée , nous dit à ce propos :

« 11 existe un catalogue particulier des livres qui composent la bibliothèque de notre père défunt, m

« Le nombre des volumes s'élève approximativement à trois mille. Le nombre des médailles peut être fixé à ce même chiffre. »

n Les antiquités, la plupart venant de Mandeure, ainsi que le cabjnet d'histoire naturelle très incomplet et imparfait, sont de petite valeur. u

JigrizcdbyGoOgle

« La plupart des pièces sont antiques, le surplus se compose de médailles ou de monnaies modernes. »

« A l'exception de cinq petites médailles en or et d'environ quatre cents qui sont en argent, elles sont en bronze, en cuivre ou en étain. »

« D'après les intentions de notre père défunt, qui , dans chaque occasion, a déclaré qu'il destinait sa bibliothèque et son cabinet à son lils à l'exclusion de ses filles, ces dernières ainsi que le co soussigné Leconte, mari de la cadette, ont dès le principe renoncé à leur droit de co-propriété de cette collection au moyen d'une modique somme d'argent que leur dit frère a consenti à rapporter à la masse. Cette somme a été iixée a deux mille livres tournois et il a été convenu, d'après ses otlres, que Duvernoy verserait une somme de cinquante livres dans la caisse de la FoTidatitm pieuse des Virot ('). »

Qu'est il advenu de ces livres, de ce cabinet de médailles, de ces trouvailles faites à Mandeure, toutes choses ayant, malgré l'affirmation précédente, une assez grande valeur? C'est Be, sançon, dernier domicile de l'acquéreur, qui en a bénéficié.

Une autre collection d'antiquités , se rapportant à ce pays, au moins aussi importante , a pris, il y a- une cinquantaine d'années, de Montbéliard, la même direction : nous voulons parler du cabinet de M. Morel-M acier (*), aujourd'hui encore un des attraits du musée de Besançon.

(1) Au sujet de la Fondation pieuse des Viral destinée a l'entretien de jeunes orphelins, dont Duvernoy était régisseur aux appointements de vingt livres par an, on peui consulter dans le XXI* volume des Mémoires de lu Socitlé d'Emulation de Monlbêliard , pages 91 et suivantes, le très intéressant article que M. Ch. Godard a consacré a cette institution charitable.

(S) M. Moret Macier a publié en 1817, un ouvrage estimé sur les Antiquités de Mandeure. Comme architecte, c'est sous sa direction que plusieurs églises de nos villages ont été construites. On reconnaît son œuvre à ce détail que leurs clochers, contrairement ace qui se voit d'habitude, ont une toiture presque plate. Cesl sous son Inspiration également qu'avait été élevée au milieu de la Place d'Armes, a Montbéliard, une fontaine monumentale inspiréede l'antique et accusant les meilleures in tentions. Quand elle eut assez duré, vers l£iu, on prit le parti fort sage de la démolir. En effet, en 1818. on avait remarqué qu'elle formait obstacle et avait gêné singulièrement, lors des revues, les évolutions de la garde nationale. Ce corps d'élite se rnmissait sur cette placn parce que le champ de foire, situé de l'autre côté de la rivière, était trop éloigné et qu'on y rencontrait des ciilloux qui , dans les marches rapides, pouvaient blesser les pieds.

C'est à partir de 1594 qu'on eut à Montbéliard, la préoccupatioo de conserver au pays les objets recueillis à Mandeure. Auparavant, tout partait directement pour Stuttgard. A cette époque, Jean Bauhin, premier médecin de Frédéric, duc de Wurtemberg et comte de Montbéliard, engagea ce prince à ordonner des fouilles sur l'emplacement de la cité romaine. Tout ce qu'on y trouva jusqu'en 1598 fut déposé au château de Montbéliard.

Transcrivons ici une petite note manuscrite du célèbre Jean Bauhin, revêtue du visa du prince, curieuse, non en raison des objets décrits, mais par leur estimation : (')

Médailles que moy J. Bauhin ay acheté pour Son. Altesse de Wurtemberg qu'on a apporté de Mandeure et Matha : (')

Une médaille d'or $0 gros

Une Hadrianus d'argent 9 gros

Deux d'argent et une , . . . 9 gros

Une belle grande cuivre Maximinus 4 gros

Trois médailles de cuivre 3 gros

Cinq médailles et aultres pièces de cuivre 8 gros

Summa Cinq francs sept gros.

1598 Janvier 11. Friderich.

Et plus bas :

J'ai receu de M. Hector Carré, Vice-Chancelier, la susdite somme de cinq francs sept gros.

J. Bauhin D. M.

Ainsi donc pour environ cinq francs et demi, monnaie du temps, on a pu se procurer une vingtaine de monnaies romaine, dont une est en or et quatre sont en argent.

Assurément, depuis cette époque nous avons parcouru du chemin. Si l'on a continué à faire des découvertes souvent fort

(t) Pièce faisant partie de la collection particulière de l'auteur.

|2| Mathay (Doutai.

|3| On trouve dans différents ouvrais , en particulier dans Curiosités de l'Histoire de Montbéliard par P.-E. Ttiefferd, travail paru dans la Revue d'Alsace, et dans l'Histoire de la Réforme dans le Paya de Montbéliard, de M. John Viénot, des renseignements précis sur les anciennes mesures et monnaies de Montbéliard.

Le franc fort de Montbéliard valait 20 sous tournois. Il se divisait également en 12 gros forts, qui se subdivisaient chacun en quatre blancs loris, valant chacun cinq deniers tournois.

JignzcdbyGoOglc

intéressantes à Mandeure, en statuettes de bronze principalement , si on y a mis au jour toute une série de pesants lingots d'argent provenant d'une fonte hâtive de monnaies, on n'apporte plus rien de Mandeure. Il faut soi-même s'y transporter. Et le détenteur de la trouvaille, qui ne vous la montre qu'avec mystère, ne sait quel prix vous en demander lorsque vous manifestez quelque désir de l'acheter.

Cependant ne nous attardons pas trop sur ce sujet, qui n'est pas à traiter particulièrement, et poursuivons l'examen com mencé.

Un chapitre tout aussi intéressant de l'inventaire nous attend. Il est intitulé : Tableaux, Gravures et Bustes.

En apprenant de quelle façon un homme s'y est pris pour orner sa demeure, ne l'a t on pas pénétré quelque peu? Ce sont : ses goûts, ses facultés intellectuelles, ses prétentions parfois aussi dont nous aurons la jauge; quelques-unes de ses pensées intimes même, qui se sont révélées à nous.

Dans cette division, sans parler de nombreuses gravures qui ornent les murs et auxquelles nous ne nous arrêterons pas, on trouvera, détaillés, une vingtaine de tableaux peints à l'huile.

Les évaluations auxquelles ils donnent lieu sont très réduites et ne montent un peu que pour « un petit paysage peint sur cuivre, dans un large cadre doré, estimé trente six livres. »

Voici les sujets de ces peintures toutes anonymes, au moins pour nous. Ce sont : des paysages, des tètes, les quatre saisons, les quatre âges de la vie, une vestale attisant le feu sacré , un festin peint sur bois, des fêtes villageoises, des portraits de princes et de princesses d'Allemagne, des fleurs et des fruits, ces derniers tableaux sont en broderie. Point de peintures d'histoire, rien d'émouvant, encore moins de scènes religieuses, le symbolisme suffit et nous ne sommes pas chez un pasteur. Par contre, sur des piédesteaux de marbre trônent les bustes en bronze de Voltaire et de Rousseau , estimés ensemble trente livres.

Nous sommes arrivés au point où la dépréciation de l'objet d'art va atteindre son maximum. Il s'agit des portraits de famille dont voici rénumération :

n Le portrait peint à l'huile , sur toile de notre cher père défunt, dans un large cadre d'or de forme ovale. »

« Le portrait de notre grand-père Duvernoy, dans un cadre d'or de forme carrée, n

JigrizcdbyGoOgle

« Le portrait de notre bisayeul D.-N. Rosse), dans un cadre d'or de forme carrée. »

» Le portrait du médecin Léopold -Emmanuel Binninger ('), bisaïeul de notre mère défunte, peint à l'huile, sans cadre. »

« Le portrait de notre bisaïeul Georges Brisechoux (*), Conseiller de Régence, peint à l'huile , dans un cadre d'or ovale de forme antique. »

(Il Binninger, famille dp médecins de Montbéliard, anoblie en 1573 par l'empereur Maxim i lien II. Lire dans la France Protestante l'article qui lui est consacré. Voir aussi dans un chapitre précédent ce que noua disons de l.-S. Binninger, père de celui dont il est ici question. La dernière personne qui, ft notre connaissance se soit nommée ainsi a Hontbéliard, est M"' Fanny ou Françoise- Ch h r lolte Binninger, nom qu'on prononçait Biningre. Celait une aimable vieille dame, bienveillante et la correction même, dans sa toilette, sa tenue, comme dans son langage. En elle, semblait s'élre incarnée la finesse d'une race. Elle est morte a Montbéliard en 1888, a l'âge de quatrevingt-treize ans.

En H n mentionnons, dans les Mémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard, {année 1856| , l'étude sur le médecin Jean-Nicolas Binninger (1638- 1692) de M. le D' Tucllerd Bis.

(£1 Voici la copie d'une note manuscrite, un peu longue peut-être, de H. Duvernoy, placée en tête de l'un des ouvrages de Guyon Brisechoux, à la bibliothèque de Montbéliard ; elle fournit des renseignements sur cette famille, éteinte dans sa ligne masculine, mais dont bien des descendants existent cependant dans notre pays.

« Brisechoux iGnyonJ, savant pédagogue, parait être le Dis de Jean Girard dit Brlscctiolz, originaire de Mo ni joie, qui fui reçu bourgeois de Montbéliard en 1377. »

h La même Incertitude règne sur le lieu et l'époque de sa naissance, qui n'est pas rapportée dans les registres de l'état civil de celte ville. Cependant il est probable qu'il vit le jour dans l'intervalle des années 1588 à 1590, puisqu'après avoir (ait ses éludes préparatoires à Montbéliard, H fut reçu, en 1601, au séminaire de Tubingue. Il avait sollicité son admission dans cet établissement, célèbre parmi beaucoup d'autres, par une requête on vers latins, adressée au Duc Frédéric de Wurtemberg, et la Régence avait accompagné sa demande d'un avis bien propre à lu faire accueillir. »

« Brisechoux passa sept ans au séminaire, pendant lesquels il obtint le degré de Maître és-Arls. Il lit son cours de théologie avec tant de succès que, quoique jeune encore, Il fut considéré comme l'un des ornements de nos églises, cl qu'en 1613, on le trouva seul capable d'en défendre avec succès les principes au Colloque de Durlach, où devaient disputer des Jésuites envoyés par le duc de Lorraine. »

« En 1614, époque de son retour de l'Université, il fut mis a la tète des écoles latines de Montbéliard avec le litre de Recteur. » v Son mérite incontesté, et particulièrement sa connaissance profonde des

JigrizcdbyGoOgle

Puis, dans les deux antichambres carrelées, où sont placées également de grandes armoires : cinq portraits , ceux-ci paraissant plus anciens que les premiers. On ne sait plus que vaguement qui ils représentent. Au surplus, pour les portraits l'antichambre n'est-elle pas la dernière étape qui précède l'ensevelissement au galetas, d'où parfois une nouvelle génération les retire pour les faire remettre à neuf ?

Disons donc que ces dix toiles, dont fait partie la face du h cher père » sont estimées modestement par la famille douze livres, ce qui fait, — si nous comptons bien, — vingt-quatre sous par tête 1 Les cadres vides ont, il est vrai, plus de valeur, attendu qu'on en voit portés au même inventaire, à trois livres pièce: Leçon d'humilité que les morts, ici, son chargés de donner aux vivants. — Vieux portraits, qu'êtes- vous devenus ? Vous seriez si bien à votre place dans notre salle du vieux Montbéliard!

Charles-Louis Davernoy étant veuf, on ne trouve dans son inventaire, sauf une paire de boucles d'oreilles, aucun bijou de femme. Pour son usage, il avait une montre à botte d'argent, estimée quatre-vingts livres, et deux chaînes de montre, en or,

langues l'avaient fait préférer h tous ses concurrents pour un emploi qui no le dispensa pas de laire souvent valoir, dans la chaire, son talent comme orateur sacré. Il l'a exerce sans Interruption l'espace de vingt-quatre ans cl jusqu'il sa mort prématurée, n

(i II périt le ti Juillet 1633, victime de la peste qui décimait alors la population de Montbéliard , emportant dans la tombe la conscience du bien qu'il avait opéré comme pédagogue et les regrets de ses concitoyens. »

a Ses traités élémentaires pour l'usage des écoliers ont été imprimés sous les titres suivants :

Praeceptorum rhetharicae brevis apta et pertpicua methndw. — Mvntesbelg iet3, petit in-**.

Institua puerorum in lingua tatina Montbelg 46Î3. — in-fi*.

Logica peripatitica ancta t'ti hoc vttima édition? Tractas de canna rt rawwi/o, subjecla et accidente ex M. logica GvyonU Urixch : exctrpto, Montbelg tt«9 tn-S*. n

u Marié a Françoise, Dite de Perrin Cette, de Montbéliard, laquelle ne lui survécut que d'un mois, Brisechoux laissa une nombreuse famille, a

b L'alné de ses fils Jean-Kicolas , mardi» sur ses traces et devint, comme lui, recteur au gymnase de Montbéliard. Samvfl fui greffier en chef, puis membre du Conseil de Régence et mourut en KjHfi. »

— 11 est sans doute le père de l'ancêtre de Duvernoy qui nous a Fourni l'occasion d'insérer cette noie.

JignzcdbyGoOglc

valant ensemble quatre-vingt-cinq livres; un certain nombre de boucles d'argent, tant de souliers que de jarretières, garnies de cailloux du Rhin ; deux joncs à pommes d'ivoire; un portefeuille en maroquin rouge; une bourse en velours vert; enfin une demi-douzaine de tabatières en ivoire, en écaille, l'une avec paysage en miniature, estimée à trente-six livres et une autre, plus belle encore, ronde, en or, qui pouvait bien être la reconnaissance d'un service honnêtement rendu , valant deux cents livres. On trouve également chez lui une épée à poignée d'acier avec un nœud de ruban d'argent. C'était là le complément nécessaire d'une toilette soignée convenant à un homme de sa qualité.

Sa garde-robe est bien garnie, comme on va le voir.

Elle se compose de :

Trois habits de drap noir.

Deux paires de culottes avec vestes de drap noir.

Un habit et une culotte de soye, couleur maron, avec une veste en tafetas blanc brodé en soye.

Un habit et un gilet de gros drap de Tours, avec une culotte en satin noir.

Un habit avec culotte de serge, couleur puce , le tout galonné d'argent.

Une veste et culottes, peau de poule, également galonnées d'argent.

Trois habits de drap bleu ou de couleur noisette.

Un habit-frac de drap bleu.

Un autre de casimir gris.

Deux vestes de satin blanc brodées de soye.

Une veste de soye brochée d'or.

Un gilet de soye cramoisi.

Un habit et une veste de piqué blanc.

Une robe de chambre d'indienne doublée de laine.

Deux houppelandes brunes et vertes, ainsi qu'un manteau de drap bleu. Ce dernier fort beau, car son estimation va jusqu'à trente-six livres dix sols.

Sans doute, à ce moment, nombre de ces vêlements ne sont plus ni battant neufs ni fort à la mode, il en est d'entièrement usés, conserves peut être depuis longtemps; les estimations, |iarfois très réduites, nous le font suffisamment voir. Mais avec une garde robe aussi complète et aussi variée, com-

JigrizcdbyGoOgle

ment, en son beau temps, M. l'avocat au Conseil de Régence Duvernoy, n'aurait-il pas fait ligure dans la ville ainsi qu'au château d'Elupes? En un tiroir était une robe de soie de couleur chair, décousue, encore fort belle, échue après limitation a Louise, pour cinquante livres. C'était apparemment un souvenir de la mère défunte qu'on avait conservé. Il lui écltoit encore un batisoir {sic} également couleur chair, en grosse étoffe garnie de dentelles d'argent, estimée 24 livres. — Que faut-il entendre par bàtisoir? Sans doute une robe superbe dont on revêtait les enfants pour qu'ils soient bien beaux, parés comme une chasse, quand on les présentait au saint baptême.

Passons au chapitre du linge de ménage, nous serons en présence de quelques évaluations intéressantes : la toile de chanvre par exemple , à deux francs l'aune , la paire de rideaux en simple percale, à cinquante livres; ceux de colonne, bleu et blanc ou vert et blanc, en étoffe moins fine, qui se tissait à Héricourt chez les Boigeol ou chez Méquillet et à Monlbéliard chez Rau, ne montent guère qu'à la moitié de ce prix. Une couverture de coton blanchie, piquée, pour une seule personne, vaut le haut prix de quarante-huit livres.

Prétons quelque attention à la rubrique des miroirs : leur prix élevé peut également surprendre. Tant à Montbéliard qu'à Exincourt, il ne s'en trouve pas moins de quinze, valant ensemble cinq cent vingt-six livres.

Parmi les meubles, il en est d'intéressants: des commodes, des toilettes garnies, un bureau à cylindre, le tout en marqueterie ou en bois de Cayenne, puis des consoles avec tables de marbre. N'oublions pas le piano forte de Deux-Ponts sur lequel M110 Duvernoy interprétait avec plus ou moins de bonheur les chefsd'œuvre de Mozart. Cet instrument est estimé cent livres.

Sur les meubles sont placés des pendules , des chandeliers d'argent, de cuivre, et quelques vases.

Au chapitre des porcelaines se voit une seule tasse de Dresde, estimée trois livres, pendant qu'une quarantaine de pièces de porcelaine du Japon ne se montent qu'à seize livres dix sols ! Beau temps passé et qu'on ne reverra plus , pour les collectionneurs de Japon ! Cent quatre vingt dix pièces de fayence ne valent ensemble que vingt-quatre livres.

A la cave se trouve une centaine de bouteilles de vin fin : c'est du Bourgogne et du muscat, à dix-huit et vingt sols la bouteille. Mais ce qu'on y voit surtout en y pénétrant, ce sont six ton-

JigrizcdbyGoOgle

neaux de diverses grosseurs, pleins des crus de Valentigncy et de La Cltaux, des dernières années.

Ces fûts contiennent trente-six Unes, estimées de sept à dix livres la Une , soit de quatorze à vingt centimes de notre monnaie le litre. Avec des prix pareils et le climat sujet à de brusques variations de notre contrée, compromettant souvent la récolte, on peut se faire une idée du peu de bien-être réservé aux vignerons de ce temps.

La vigne se cultivait à cette époque, A moitra*, mots patois qui signifient à moitié. C'était un bel exemple d'association du capital et du travail que nos anciens, cependant peu versés dans la science économique, donnaient là. Le propriétaire fournissait la vigne, dont il payait les impositions foncières, le vigneron donnait son travail et ses soins, la fumure se faisait a frais communs. Enfin le produit était partagé par moitié.

Plus tard, la main-d'œuvre devenant plus exigeante, la fumure fut entièrement mise au compte du propriétaire, qui dut aussi participer aux frais de récolte.

Malgré ces concessions successives, ce genre d'association théoriquement si beau, dut prendre fin : on ne rencontra plus de vignerons. De mauvaises récoltes les avaient dégoûtés, et d'ailleurs, depuis l'introduction de l'industrie dans notre contrée, les hommes et les femmes trouvaient aisément, en dehors de la culture, des gains plus élevés et une rémunération mieux assurée, plus régulière aussi, de leurs efforts, soit en allant à l'usine, soit en travaillant à domicile à quelque pièce détachée.

La théorie avait eu tort et suivant un mot qui a fait son chemin dans un autre ordre d'idées : Ceci avait tué cela !

C'est peu à peu, non subitement, que le phénomène s'était [iroduit.

Cependant, déjà en 1817, le déclin, nous en avons la preuve, (ut marqué au village de Mandeuie. Sous forme de grande diminution dans le revenu des vignes, le capilal qu'elles représentaient était atleinl. Mais comme, dans ce que nous allons rapporter, il s'agit d'une affaire spéciale, ayant trait aux droits des morts et aux intérêts des vivanls, nous préférons laisser la parole à un théologien : M. l'abbé Houehey.

Voici comment, en IHfil, il s'exprime, à ce sujet, dans un ouvrage couronné par l'académie de Besançon [').

(lj Recherches historique* sur ta ville, ta principauté et ta république

JigrizcdbyGoOgle

« Une autre chose très sérieuse restait à faire : c'était le règlement des nombreuses fondations de messes établies dans l'église de Mandeure et hypothéquées, les unes sur des capitaux de rente, les autres sur des pièces de terre. »

« M. Lambert dressa un tableau comparatif des revenus et des charges de ces fondations; les frais de culture de vingt-cinq ouvrées de vignes (') mis en balance avec les revenus, ne laissaient, en bénéfice, qu'une somme de cent soixante onze francs cinquante centimes pour seule et unique rétribution de cent cinquante messes, tant grandes que basses, d'une vingtaine de bénédictions du saint sacrement et d'une douzaine de processions du Rosaire. »

« Or, la plupart des fondations ne rapportaient pas le prix affecté aux services qui en faisaient l'objet, suivant le tarif arrêté par le règlement de l'évéque de Strasbourg du 1(1 Vendémiaire an XIV (2 Octobre 1805). Les pièces de terre étaient d'ailleurs grevées d'impositions que les fondations n'avaient pas prévues; plusieurs étaient tombées en friche ou perdues par suite d'éboulemenl ; enfin le prix des objets de première nécessité était augmenté de plus de moitié. Il était donc injuste d'obliger le curé a acquitter toutes les fondations anciennes. Les lois civiles et ecclésiastiques autorisant dès lors une réduction jusqu'à concurrence du tarif. »

« Appuyé sur ces principes et présumant de l'intention des fondateurs, le conseil de fabrique se réunit ex Lraordinai rement le 8 juin 1817 et rédigea , sous la direction du curé , une liste approximative des messes de fondatiou demeurant obligatoires. Ces messes furent réduites à quatre-vingt-dix huit, dont vingtquatre hautes et soixante-quatorze basses.... »

Comme conclusion, agissant au nom des morts, on signe aux vivants un concordat : le nombre des messes auxquelles ils avaient droit est notablement réduit.

Les vignes, si communes autrefois chez nous, ne se voient plus aujourd'hui qu'à l'état d'exception au Pays de Montbéliard. Celles de Valentigney, de La Chaux et de Mandeure ne sont, pour les personnes âgées, qu'un lointain souvenir. L'abolition

de Mandeure (Epomanduodurum). Origines et histoire abrégée de l'a comté de Montbéliard.

(I) Environ soUaole-dix-nuit ares.

JigrizcdbyGoOglC

du cercle de douanes qui nous entouraient et le bon marché actuel des moyens de transport ont produit ce résultat. M. P.-E. Tuefferd, dans ses Curiosités de l'histoire de Montbéliard parle de nos vignobles sans enthousiasme. « Le plus mauvais cru, dit-il, est celui de la citadelle de Montbéliard : c'est un vrai tordboyaux; aussi dit-on qu'il faut quatre personnes pour en boire un verre, n

Terminons ce sujet en disant comment, dans les Epliéméridts (page 18), M. Duvernoy relate l'établissement, en 1579, des vignes de La Chaux :

« 11 existait aux environs et en partie sur le territoire de Montbéliard un coteau inculte quoique parfaitement exposé pour un vignoble ; on l'appelait la Montagnette de La Chaux. L'idée vint au comte Frédéric, pendant le séjour qu'il fit dans cette ville, de changer en un pampre fertile les broussailles dont ce coteau était couvert... »

Le pampre fertile des vignes de Valentigney datait a peu près de la même époque. Celles de Bélieu avaient été plantées en 1585.

Mais revenant a l'inventaire, abrégeons l'examen détaillé que nous avons entrepris. Nous allons nous trouver en présence d'une récapitulation, retardée par notre longue causerie :

JigrizcdbyGoOgle

RECAPITULATION

Lilret. Sol*.

Or et argent monnoyé 2,439 19

Or, joyaux, bijoux, argenterie 1,082 5

Argent haché, acier, (erbianc et tôle vernissée 216 1

Etain 176 2

Pendules et Baromètres 118 10

Porcelaine, fayence, terre de pipe, verrerie. . 320 16

Cuivre, laiton, matière de cloche ...... 108 13

Fonte, 1er et lerraille 243 6

Ferblanc, tôle 22 19

Tableaux, gravures, bustes et plâtres. < . . 312 17

Miroirs , . . . . 325 —

Meubles de bois 1,883 8

Paniers, corbeilles 7 9

Tonneaux, cuveaux, baquets 261 17

Vins 374 18

Lits, couvertures, matelas 660 7

Tapis 24 13

Habits et habillements d'homme 329 12

Linge de corps 198 4

Linge de ménage 1,008 11

Voiture, harnais, cordeaux 203 13

Provisions de ménage 436 3

Lauriers et grenadiers 33 16

Bibliothèque et cabinet de médailles. . . . 2,000 —

Total Livres . . . 12,998 19 Auxquels s'ajoutent les immeubles et fruits

d'iceux 71,226 —

Ainsi que les dettes actives pour .... 24,932 14

Ensemble Livres . . . 109,157 13

montant, pour les enfants Duvernoy, de l'héritage de leurs père et mère.

En déduisant les dettes passives de 7,193 livres 5 sols, l'hoirie nette est de lOf ,964 livres 9 sols.

JigrizcdbyGoOgle

Le chapitre des dettes passives. — Derniers mois de la vie de Duvernoy. — Comment il se nsND a Lux eu r.. — Visites de

MÉDECINS. — SUSCEPTIBILITÉS. — l'.NE SOMME RONDE. — GeoIIGES-

Louis Duvernoy. — Claude Flamand. — Les Berijot. — Mort de Duvernoy. — Inhumation a Montbéliard. — Règlements de comptes. — Libéralités.

Le chapitre des dettes passives, peu importantes du reste, va nous permettre de reconstituer les dernières semaines de la vie de Duvernoy.

Atteint, nous ne savons de quelle maladie organique , il doit faire usage de différentes eaux minérales. C'est ce que nous avons constaté en procédant à l'inventaire de la cave. Puis, on décide le malade à entreprendre, à quelque distance, une cure.

En compagnie de sa fille Frédérique, dans sa berline, il se rend à Luxeui). Il y loue pour quelques semaines un appartement. Pour ce voyage , on paie au laboureur Georges-lAntis Maitrot, qui a fourni les chevaux et qui, revêtu de ses plus beaux habits de droguet, a conduit les voyageurs, une somme de trentesix livres.

Contrairement aux prévisions, le mal se montre rebelle à l'action sédative des eaux. Il s'aggrave. On a de grandes inquiétudes. Aussi teconte, que sa belle-sœur tient fidèlement au courant de l'état du malade, accourt auprès de son beau-père, se faisant accompagner par un jeune parent, le médecin Duzernoij (').

(I| Il s'agit de Gforgett-Isnti* Dvvtrnoy plus tard naturaliste et professeur an Muséum, membre de l'Institut, Dis de Jean-Georges Du Vcrnov, pasteur m Montbéliard, né dans celte ville le T Août 1777, mort a Paris le I" Mars ftiSô. Suivant son désir, son corps fut ramené dans sa thèrt ville natale, M" Jules Peugeot d'Hérlmoncourl était sa fille.

JignzcdbyGoOglc

Plus tard, un autre homme de l'art, le médecin Flamand (') est appelé auprès du malade Nous voyous qu'il lui est alloué une somme de 72 livres. (>. chiflre, aujourd'hui, habitués comme nous le sommes dès l'enfance au système décimal, a quelque chose d'étrange, mais autrefois 72 livres étaient une somme ronde qui se composait d'une douzaine de beaux écus de six livres.

Malgré tant de sollicitude, Durernoy s'affaiblit et dépérit de plus en plus. Il meurt à Luxeuil le 19 Août 1808, âgé de 61 ans seulement. Le lendemain, sans aucune des formalités aujourd'hui obligatoires, le corps est ramené a Montbéliard où de nombreux amis l'accompagnent au cimetière.

Après un certain délai la famille éplorée dut s'occuper du règlement des comptes :

Le médecin Berdot (') qui a refusé de toucher, cette fois, son abonnement annuel, — peut-être s'est il trouvé froissé de l'intervention de deux collègues, — reçoit un service d'argent, payé vingt-six livres à l'orfèvre Beurnier auquel on a déjà eu recours pour l'évaluation de la poterie d'étain.

On destine au parent Duvernoy, qui de même que Berdot, n'a pas voulu toucher d'honoraires, le beau microscope avec tous ses accessoires, du défunt.

|1) Nous n'avons pas trouvé de renseignements au sujet du médecin dont il esl ici parlé. La famille Flamand est originaire de Savoyeux (H'*-Sacne]. Elle decesnd de Claude Flamand, Ingénieur et architecte des princes de Montbéliard.

Les oeuvres de celui-ci, imprimées en 1611 a Montbéliard par Jacques Foillet , avec figures et portrait de l'auteur, ont formé les volumes, aujourd'hui recherchés par les bibliophiles qui ont pour titre :

La guide des fortifications et conduite utilitaire.

Le» mathématiques et géométrie.

La practique et usage d'arpenter.

Ces mêmes ouvrages , traduits en allemand, sont également sortis des presses de Fuillet en 1616. Voir, au sujet de Claude Flamand et de son fils Jean, les notices de M. Duvernoy dans l'annuaire du Doubs de 1837.

(3} Berdot. Le volume de l'année dernière de ta Sotiiti d'Emulation île Montbéliard renferme une monographie complète île cette Famille, travail auquel nous renvoyons le lecteur. Celui dont il s'agit Ici est Chartes-Lèopold Vernier-Berdot, né en 1773 a Monlbéliard.

Après avoir suivi l'armée du Rhin en qualité de médecin, Il exerça quelque temps a Honlbéliard, puis alla s'établir a Calmar, où il mourut en 1830. Son Gis et son petit-flls ont successivement exercé la médecine dans cette dernière ville.

JigrizcdbyGoOgle

Il est payé pour étoiles de deuil et fournitures diverses s'y rapportant, au sieur Jean-David Sahler ('), cent quatre-vingt-dixsept livres. A l'apothicaire Ponnier dix-neuf livres huit sols, à son confrère Kerenet vingt-cinq livres six sols. On n'a pas épargné les remèdes 1

Les libéralités suivantes sont laites :

Les gages d'un an, soit cent vingt-cinq livres, sont complétés à Catherine Seiger, et, sur la même base, soixante-quinze livres sont remises à Catherine Bertrand, seconde servante. En fait de gages, cette dernière touchait donc environ six livres par mois.

Les pauvres ne sont pas oubliés.

Deux cents livres sont données à la Fondation pieuse des Virot et cent livres k l'Hospice Civil.

(I) Dans la Généalogie Sakier il porte le N' 3B.

JigrizcdbyGoOgle

jES placements, autrefois et aujourd'hui. — Eternité des anciennes dettes. — Gène des habitants de la contrée. — Leurs causes. — La société des tailleurs. — Une créance en assignats. — Un jardin aux Graviers. — Les prés de Breuvières

ET LES LOCATAIRES DE BaVANS. — VENTE A CRÉDIT DE BETAIL. —

Le domaine d'Exincourt. — Rapport et avantages de cette propriété. — Son morcellement. — Ses propriétaires successifs. — Une vie heureuse. — Retours inévitables.

Ed raison de ce fait que les obstacles rencontrés par dos anciens ne se présentent plus pour nous de la même façon, un effort, nous est nécessaire pour les comprendre.

Ainsi aujourd'hui, en ce qui regarde nos épargnes, qu'elles soient petites ou grandes, rien de plus simple que d'en trouver le placement, même, si nous le voulons, avec une entière sécurité. Pour cela on va a la Caisse d'Epargne. La ressource des emprunts de villes ou d'Etats peut se trouver à point. Les guichets des gares, pour d'autres solides valeurs, nous sont égalements ouverts.

La difficulté aujourd'hui n'étant plus le placement de l'épargne, reste celle, plus sérieuse, de sa création, qui elle n'a pas diminué, bien au contraire. Si, incontestablement, on gagne plus aisément qu'autrefois, on dépense plus facilement : les besoins ayant cru beaucoup plus vite encore que les possibilités d'y donner satisfaction. C'est là la caractéristique d'une époque où l'équilibre est rompu, et où personne, du bas au haut de l'échelle sociale, n'est satisfait. N'avons-nous pas vu tout dernièrement, des archi millionnaires se livrer à de colossales combinaisons pour devenir plus puissants? Loin de réussir, ils ont sombré misérablement en amoncelant les ruines autour d'eux.

Quant à ceux, et ils sont nombreux , qui souffrent de privations, l'instruction, aujourd'hui répandue, a eu pour premier

JigrizcdbyGoOgle

effet de les leur rendre plus sensibles. Il faudrait une grande force d'âme et la notre est en train d'agoniser. L'éducation moderne telle qu'elle est comprise, sans contrepoids, place l'homme en face de ses appétits.

Après ces observations, ouvrons le chapitre des dettes actives de Charles -Louis Duvernoy. Il ne s'agit pas là de grosses sommes, mais elles nous fourniront l'occasion de faire d'utiles remarques.

L'énumération de ces créances se poursuit jusqu'au chiffre de 73 : c'est de l'argent prêté à des habitants de la ville ou de la campagne, cela parfois depuis des temps infinis. A moins qu'on n'acheta des terres ou des maisons, si on n'était pas boutiquier, telle était alors la seule manière de placer ses épargnes. Un prêt, même pour une somme minime, donnait lieu à acte notarié.

L'aisance était chose si peu commune chez nous, la gêne des habitants, entretenue peut être par une certaine mollesse, si générale, que sur soixante cinq créances dont la moyenne ne dépasse pas 300 livres , il en est vingt-sept, qui originairement avait été souscrites au profit des grands parents, voir même d'une bisaïeule des héritiers.

Soyons justes cependant pour nos anciens et ne les rendons pas entièrement responsables d'un état économique dont ils étaient les premiers à souffrir. Les circonstances extérieures avaient été pour eux, aussi défavorables que possible ; elles les avaient profondément déprimés.

Lorsqu'on parcourt en effet nos chroniques locales de H. Bois de Cliéne (1443 à 1663} et celle de J.-G. Perdrix, qui embrasse la période de 1630 à 1680, on est frappé de la quantité de maux de toutes espèces que nos populations ont endurés. Et notre pitié est à son comble lorsqu'on a devant soi la relation des déprédations et des brigandages des troupes lorraines dans le comté de Mont béliarden 1588-1389.

Après les guerres qui provoquaient la famine, qui engendraient aussi la peste ; après tant de rançon nements, d'incendies, de pillages, de rapts, de cruautés; dans quelles conditions le pays pouvait-il encore subsister ? Les courages étaient brisés la situalion profondément atteinte, et pour longtemps!

Nous renvoyons le lecteur avide de détails à l'ouvrage publié par M. Alexandre Tuetey intitulé: Les Ecorckeurs m Francke-

JigrizcdbyGoOgle

Comté , travail qui fait partie des Mémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard (1882). (')

Donc notre pauvreté s'explique honorablement pour nous; pendant longtemps nous avons subi les effets néfastes résultant, tant de la position géographique de la contrée, que des querelles religieuses auxquelles nous nous trouvions mêlés.

Revenons à notre inventaire et, à titre d'exemple, présentons la créance qui porte le N° 30. Elle est de soixante-douze livres seulement, et comme âge, dépasse la cinquantaine, ce qui la rend pour ainsi dire vénérable.

11 s'agit de :

« Un titre obligatoire au profit de notregrand-père Duvemoy, sur Jean-Georges Jeandkur, de Champey et Frédérique-Sybille Valley, sa femme, solidairement, du capital de soixante douze livres, reçu de J. Feschotte notaire, le treize Février mil sept cent cinquante-trois, contrôlé le vingt-trois des dits mois et an 72 livres.

Intérêts du dit capital dus, dès le «Février 1806 au 19 Août 1808, font neuf livres, un sol, trois deniers 91.1s. 3 d. »

Pour les intérêts, on n'était donc pas à jour.

Parmi les créances dont nous parlons et dont le taux est généralement de 6 % l'an, un certain nombre sont laissées indivises par la raison « qu'elles sont de rentrée plus que douteuse» ou « parce que le titre est insolvable » ou encore « qu'il n'y a pas apparence de paiement. » Ce sont différentes formules pour indiquer une seule et même situation.

Notons particulièrement dans cette catégorie : un titre obligatoire de deux cents livres sur la Société des Tailleurs de la Ville de Montbéliard, reçue de Surleau, notaire au dit lieu, le 17 Avril 1788, avec la mention qui l'accompagne : « La corporation débi-

[1} Noua n'emprunterons A cet ouvrage qu'un seul trait : celui qui est relatif a Montécheroux ou, le quatre Janvier 1387, il y eut quarante-el-une maisons brûlées. On enleva tout ce qui put être découvert en froment, avoine, orge, boige, vesces, pois, lentilles, chenevia, enfin tout ee qui peut servir a l'entretien de l'homme. Les cuirs des tanneurs furent pris. On fit un feu de Joie des livres de Claude Galtrin, ministre et de ceux de Pierre Thuri» , maître d'eschole. Enfin on exigea des rançons. — Sans parler de tortures physiques endurées, i! en fut de même a des degrés divers, dans la plupart de dos malheureux villages.

JigrizcdbyGoOgle

trice ayant été supprimée par les lois de la Révolution, on ne rapporte ce titre que pour mémoire, »

Nous avons eu déjà l'occasion de parler longuement de cette créance, c'est pourquoi nous passons.

A citer également une cédule sur le sieur Louis C... demeurant à Seloncourt, sous date du trente Thermidor an II (17 Août 1791), de la somme de seize cents livres en monnoye de papier, laquelle somme, réduite en numéraire, de concert avec le débiteur, forme un capital de cinq cent soixante livres.

Huvernôy s'est montré prudent au moment où il stipula le taux de cette conversion à trente-cinq pour cent, car, en différant, il n'aurait rien retiré d'une créance en assignats.

D.'autres exemples de cet état de gène que nous signalons peuvent être encore donnés : on n'a que l'embarras du choix. Ainsi voici un acte notarié de la même époque relatif à une vente à crédit de bétail, qui ne concerne pas la succession Ouverpoy mais qui est à l'appui de notre thèse. Nous le reproduisons dans son intégrité : ., .,

« Furent présents, Jean Bourgoin du village de Courcetie$-tes- Mawkure et de son autorité, vouloir et consentement, Anne- Catherine Barbier sa femme, lesquels tant conjointement, solidairement que divisément, l'un pour l'autre, l'un d'eux seul pour le tout, renonçant au bénéfice de division, ordre de prévention et discussion de biens, spécialement la dite femme, de prédite autorité de son mari, à la loi Julia, au Senatus-consulte Velleie.n , aux Authenthiques sive a me et si qua mulirr et à tous autres droits moins favorables à son sexe ('), qu'elle a promis

(I) Ces ctauseï de style se rencontrent I l'époque dont il est toi question dans tous les actes portant engagement de la femme mariée. H. A. Mtvnié, notaire à Paris, que nous avons coneulti1, nous- écrit a ce sujet :

« La formule de la renonciation à la loi Julia et au Sénatus-Consulle Velleien, aux Authentiques, était 1res fréquente en France. La loi Julta et le" Séna lus-consul te Vellelen étalent tombés dans un oubli a peu près complet jusqu'il l'époque de la Renaissance du Droit Romain, c'est-a-dire Jusqu'au H" siècle, même dans le Midi de la France. A cette époque les Jurisconsultes essayèrent de faire pénétrer, non seulement dans le pays de droit écrit, mail encore dans le pays de coutume :

1' Le Sôna tus -consul te Velleien, qui interdisait aux lemmes de cautionner la dette d 'autrui,

S* Et la loi Julia, qui consacrait l'inaliénabitlté de l'immeuble dotal.

Mais ces jurisconsultes théoriciens se heurtèrent è-

JignzcdbyGoOglc

par serment prêté es mains du notaire juré soussigné, ne vouloir s'en servir ni les alléguer contre la teneur des présentes, toutefois après les lui avoir expliquées et données à entendre suffisamment, ont connu et confessé, connaissent et confessent, de devoir justement, réellement , à David Duroy, le jeune, de Colombier- Fontaine , une somme de deux cent quatre livres, argent, de France, icelle résultant du prix d'une paire de bœufs, l'un à poil rouge, l'autre fallot ('), de l'âge d'environ sept ans, que le créditeur vendit et délivra aux débiteurs à leur contentement le onzième Mai dernier, suivant qu'ils l'ont déclaré, .si bien qu'à ce moîen, iceux detteurs se sont tenus et tiennent pour bien contents et satisfaits de la prédite somme de deux cent quatre livres et en ont quitté et quittent les créditeurs et tous autres , avec promesse de la lui payer dans un an à compter du dit onzième Mai, sous l'obligation de tous et un chacun de leurs biens, meubles et immeubles, noms, droits et actions, présents et avenir, qu'ils ont pour ce, soumis et hypothéqués en forme de droit aux rigueurs et contraintes de toutes

gique de la parf. des praticiens el cette résistance se manifesta précisément au moyen d'une clause qui devint de style et que les notaires insérèrent dans leurs actes, par laquelle la femme renonçait aux bénéfices du Scnalusoonsntte Vellelen el de la loi Julia »

■ Les femme» parent doue désormais, sans aucune renonclaUon, cautionner la dette d'autrui, mais la force de l'habitude fut telle qu'un grand nombre de notaires matnUnt dans ses actes cette clause devenue cependant inutile. Elle se retrouve même encore de nos Jours, parait-il, dans certains actes de notaires de campagne. »

« Toutefois il faut remarquer que ces observations ne concernent que la France, el que le territoire de MoDtbéllard n'est devenu français qu'à partir de 1793. La clause de renonciation des femmes pouvait donc être restée très utile dans vos ragions, u .

fl) Fallot ou foiloL C'est ainsi que l'on désigne encore aujourd'hui, dans notre patois, un bœuf de la couleur blond Indécis propre à l'espèce fémcline, aujourd'hui remplacée presque complètement dans notre conlrée, par la race Uàntbélfarde, de création plus récente.

Fallot; comme nom de famille est assez répandu chez nous. Il est porté par des personnes qu'aucun lien de parenté ne semble réunir. Nul doute qu'A l'origine on n'ait désigné de cette façon, un ou plusieurs hommes dont la barbe el les cheveux rappelaient la couleur que nous venons de spécifier. Donc entre les noms de Fallot, de Roux et de Leroux, pour ne prendre que ces exemples, Il n'y aurait qu'une question de nuance. Le I)' Jfugfon qui s'occupe de l'étymologie de nos noms, donne a Fallot une autre slgnillcfltion. Nous ne pouvons nous ranger a son avis.

JigrizcdbyGoOgle

cours et juridictions qu'il appartiendra, en renonçant pour cet effet à toutes choses, lois et exceptions qui pourraient être contraires aux présentes. Que furent faites, lues et passées à Mont* béliard, par devant moi Charles-Frédéric Surleau, procureur de la cour et chancellerie du dit Montbéliard, eu ma qualité de notaire juré soussigné, l'avant midi du sixième Juin de l'année mil sept cent septante-quatre, en présence des deux témoins soussignés, la codettrice Barbier illettrée, de ce enquise. » ' Pour une somme minime de deux cent quatre livres : que d'écritures, de précautions prises, de science déployée I

N'ayant plus a parler que des terres et des immeubles, nous approchons du terme.

La maison paternelle de la rue des Granges, comme on l'a dit déjà, est estimée 8,300 livres. La petite grangerie vis-à-vis 1,200 livres.

Un jardin aux Graviers de la contenance de quatre quartes à un prix qui semble fort élevé , de quatre mille livres. Un jardin aux Graviers I — Pour le Montbéliardais , c'était un luxe et le plaisir: Dans l'étroit l'enclos se trouvait le potager tout d'abord, puis un parterre de fleurs, où poussaient à la fois l'odorante violette, la tulipe, le lys, la pensée, l'iris, la rose et quelques unes de nos vieilles plantes ornementales. A la suite, un verger bien entretenu. Et, à l'extrémité de l'allée longitudinale partageant en deux parties égales cet Eden, au bord de la rivière, était une logette sommairement meublée, sur les bancs de laquelle les heureux propriétaires venaient les beaux jours, goûter un peu de calme en regardant nager quelques goujons ou en voyant le ciel se refléter dans l'eau , plus pure alors qu'elle ne l'est aujourd'hui. Plaisirs innocents auxquels on tenait d'autant plus à cette époque que les voyages d'agrément étaient inconnus.

Des prés au Heu dit : En Bretières, d'une étendue de quinze fauchées, sont à quatre mille cinq cents livres. Ils sont loués pour deux cents livres par an, solidairement à quatre habitants de Bavans, Jean Aicorf, Georges Beacler, fticolas Jodry et Georges Tourot, qui ne paient quel partiellement et après de coûteuses poursuites. A Bavans donc, distant de huit kilomètres de la ville , si l'habitant ne craignait pas la fatigue, il n'en était pas plus riche pour tout autant! La misère se montre ici collective, aussi point de place pour l'envie.

JigrizcdbyGoOgle

Une vigne de huit ouvrées en la Côte de Chaux est à cinq cents livres.

Une autre vigne , de même contenance, en la Cote de Yalenligitey , à mille livres. Aujourd'hui, ce dernier terrain n'a plus aucune valeur: il est en friche; on en a longuement donné plus haut la raison à propos de la cave de Duvernoy.

Enfin, nous louchons à l'objet principal du chapitre t

ic Un bien rural sur les images d'firincourf , Taillecourt et Etupes. » Il se compose de cinquante pièces de terre et est affermé pour neuf ans à Catherine Kreibuhler (') veuve Itolh et à ses enfants, moyennant douze cent livres par an en espèces , plus des redevances en nature estimées cinq cents livres, soit au total un revenu de 1,700 livres.

Ce bien est estimé, on l'a dit, cinquante mille livres. Mais son rapport direct n'est pas le seul avantage qui découle de sa possession, car il renferme une belle maison ou château, en parfait état d'entretien. Cette construction encore aujourd'hui se voit de loin, entourée de verdure elle domine la plaine. C'est là que Charles-Louis Duvernoy passait l'été, y respirant en pleine campagne, un meilleur air qu'à la rue des Granges, parfois encore ornée de fumiers il y a cinquante ans à peine.

Avant la Révolution, les fonctions du propriétaire l'appelaient souvent au château d' Etupes, dont il était un des hôtes assidus. Lors des fêtes, quand il fut question d'établir les jeunes prin cesses, Etupes regorgeant de visiteurs, Exincourt en a eu sa part. Il est même de tradition dans la famille que ce fut une lourde charge pour le propriétaire, mise en regard de la modicité de son traitement.

Le château d'Exincourt est situé dans la partie haute du village. N'ayant pas subi de modifications extérieures depuis son origine, il nous montre ce qu'était l'habitation de campagne de nos citadins au XVIIIe siècle. A l'entrée, c'est d'abord une vaste cour avec les communs. A gauche, l'habitation du fermier dans laquelle on pénètre en passant par la cuisine. A droite, les écuries et grangeries. Au fond de cette cour, un mur

fl| A Montbéliard, où on estropiait tous les noms ayant une c gi'rnmniijiie, kreibtililrr se prononçait kirbilevr , comme Scltur/frnstrin, nom d'un de nos vieux pasteurs, que nous avons eu l'occasion île citer, fiait devenu ChafricMine,

à hauteur d'appui au centre duquel se voit une haute porte en fer forgé. Ouvrons la, descendons quelques marches, nous serons au jardin. Ce sont de petits parterres rectilignes bordés de buîs taillé qui conduisent à l'entrée du château. Celui-ci de forme cubique est construit avec soin, la taille de la porte d'entrée est ouvragée, les fenêtres sont hautes et larges. En pénétrant dans l'intérieur, on voit que les pièces sont vastes, les plafonds élevés.

Les allées ombragées, les arbustes a fleurs qui se trouvaient derrière la construction , ne sont plus qu'un souvenir, ils ont fait place à un grand verger. Mais, ce qui n'a pas changé, c'est la vue étendue sur la chaîne des Vosges dont on jouit des fenêtres du premier étage.

L'architecte sur les plans duquel on a travaillé, ne nous est pas connu. Un simple entrepreneur a pu, à la rigueur, suffire a cette tache. Mais nous savons que c'est Urbain Satier, grand forestier du prince Louis Frédéric, qui les a faitdreBser.

■En effet, ces années dernières, en arrachant un vieux prunier sauvage qui follement, avait cru à l'angle sud-est de la maison, on a mis à découvert une pierre des fondations qui porte gravée l'inscription suivante :

Al

Page 1