‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 79 sur 89 · MONTBÉLIARD ET DANS LES ENVIRONS · texte numérisé non relu

MONTBÉLIARD ET DANS LES ENVIRONS

(Sote ht? à la réunion générale du 29 Juin 1Ù05)

U. Léon BERNARD

Si la constitution générale de la flore dune région, délermi née par l'altitude ou la latitude . la température et l'humidité , est restée a peu près constante depuis les dernières époques géologiques, des causes secondaires contribuent à la modifier dans quelques-uns de ses détaris. Ainsi les vents, les eaux courantes transportent des graines qui, par leur petitesse ou par les aigrettes dont elles sont pourvues, vont à de grandes distances se lixer sur un sol propre à leur germination. La navigation joue le même rôle : des fragments de plantes très vivaces, lixés à la carène des na très, viennent se déposer sur un nouveau littoral et y prennent racine. Je citerai, dans ce cas, YElodea Canademi*, plante du Canada, qui, après avoir obstrué les canaux de la Hollande, de la Belgique, de l'Allemagne du Nord, il y a cinquante ans environ , a continué son invasion en France, pullule actuel'ement dans le canal du Ithone au Khin, dans nos bassins de l'Allan, de la Savoureuse, de la Luzine, el sur quelques rives du Uoubs.

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Les animaux, surtout les oiseaux, concourent mécaniquement au transport des graines par les fruits dont ils se nourrissent; et l'homme, par les modifications qu'il fait subir au sol en transportant des matériaux qui contiennent des graines ou des débris de plantes vivantes, sur un nouveau terrain, en desséchant des marécages, amène ainsi un autre genre de végétation aux dépens des plantes autochtones ; ou d'une manière plus directe, il transporte au loin, sous d'autres climats, les végétaux qu'il cultive pour ses besoins el l'ornementation. Certaines espèces nuisibles ou indillé rentes le suivent, pour ainsi dire à son insu, et si ces plantes trouvent dans le nouveau pays où elles viennent d'être jetées des conditions favorables, elles se développent en telle abondance qu'elles modifient l'aspect général de la végétation. Ainsi VErigeron Cavadenxis s'est tellement multipliée en France qu'elle compte au nombre des espèces les plus communes; le Mouron des oiseaux, l'Ortie dioique, venant d'Europe, sont des plantes acclimatées dans l'Amérique méridionale où elles étaient inconnues; de même le Grand- Plantain s'est répandu aux Etats-Unis et y a été appelé par les Indiens la Trace de l'homme pâle.

A la suite de la publication en 1891 , par la Société d'Emulation, de sa i» Revue de la Flore de Muntbéliard », notre éminent collègue, M. Contejean, avait continué à se tenir au courant des changements que les années apportent à notre flore , soit par introduction ou perte d'espèces, nu par la découverte de plantes indigènes qui avaient échappé aux observations des botanistes. En faisant paraître une étude très complète sur les Herbiers du Musée en 189.'}, M. Contejean l'avait fait suivre d'un état des plantes nouvelles ou disparues, et en 1902, il donnait, disait-il, son dernier mot dans les Mémoires de la Société. On pouvait encore espérer que ce n'était pas son dernier mot ; mais il avait lixé définitivement son séjour à Paris, loin des lieux qu'il aimait a parcourir de son pas décidé; il fallut se rendre à l'évidence.

C'est pourquoi, en vue de donner communication à la Société des faits nouveaux ou intéressants qui sont venus à ma connaissance, je me permets de prendre aujourd'hui cette place qu'il occupait avec tant d'autorité.

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