‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 81 sur 89 · COMMENCEMENTS DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LA RÉVOLUTION

Tout le monde a pu lire dans le « Uiairi » du mois de Décembre 1904, l'histoire d'une soi-disant prise de Monlbéliard par la jeunesse du déparlement de Saône et-Lnire. Cette anecdote est tirée de l'ouvrage intitulé » Voyage doits les départements de la France » par une Société d'artistes.

l'our l'intelligence de ce qui va suivre, il ne semble pas inutile de reproduire in extenso le récit que fait J. La Vallée, ancien capitaine au W* régiment, dans le fascicule relatif au département du Haut-Rhin (pages 21 et suivantes' :

<( La mode des principautés en avait fondé une par hasard, dans ce département: c'est Montbéliard. Celte principauté, dans la France, est à peu près comme l'oiseaumouche sur les branches d'un chêne. Quoiqu'il en soit, le prince dé Monlbéliard se croit bien plus, à lui seul, que toute une nation.

l'n jeune homme du département de Saune et Loire a trouvé plaisant, depuis la Révolution, de faire, sans sabre, ni pistolet, ni fusil, une guerre à outrance à ce prince redoutable.

Mailli-Cliateaurenaud , secrétaire d'un directoire, dont son père, aujourd'hui membre de la Convention nationale . était président, se met en têle de faire une compagnie de volontaires. Connu et aimé dans sa ville, bientôt 3(1 à Wl guerriers dont le plus vieux avait seize ans, se rassemblent autour du conquérant

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de dix huit ans : on le passe au scrutin, et mon Mailli est colonel par l'absolue majorité. C'est peu que d'être colonel aujourd'hui, il faut se battre; autrefois, c'était peu que de se battre, c'était beaucoup que d'être colonel. Mais, comment se battre ? Point de fusils, et la commune n'en peut fournir. Nos guerriers se ressouviennent qu'a vingt lieues de la existe un prince de Montbéliard dont l'armée peut bien, sur le pied de guerre, se montera vingt hommes.

Vingt hommesl c'est toujours vingt fusils si par hasard les arsenaux ont été bien fournis. On demande une commission secrète, on l'obtient, les sacs se font, l'on part, et grâce à une marche forcée, on arrive au pied de Montbéliard. Un ne s'amuse pas à ouvrir la tranchée, ce n'est pas comme cela que les soldats de la liberté se battent à quinze ans ; leurs pères, dans les armées, de Montesquiou et de Dumouriez , ne leur oui pas donné cet exemple,

Quoi qu'il en soit, voila nos jeunes conquérants devant .Montbéliard, sans munitions, sans équipages, sans tentes, sans armes. Qu'importe ! ils avaient leur courage et pour des Français, c'est tout avoir.

Siège formé, trompette envoyé, sommation , tout ce qu'une armée commune met quinze jours à faire, nos jeunes héros le font en quinze minutes. Le gouverneur élonné demande à capituler. On lui accorde les honneurs de la guerre.

Nos braves entrent ; ils élaient venus sans armes, ils s'en retournent chacun avec un fusil, et un poste vraiment important, une citadelle faile pour soutenir ce qui s'appelle un siège dans les formes, s'humilie devant des enfants; mais ces entants sont des Français et la liberté planait sur leurs têtes. Château renaud revient avec son bataillon dans ses foyers, où les palmes l'attendaient avec ses camarades. Rien n'est étonnant dans tout cela, que le silence que l'on a gardé jusqu'ici sur ce fait héroïque. »

Silence bien surprenant, en effet, puisqu'il n'est relaie dans aucun ouvrage sérieux postérieur à cette époque 1

M. Meunier, au courant de mon innocente manie des recherches historiques, m'incita à prendre à son origine cet épisode de l'histoire locale de Montbéliard, à voir dans quelles conditions celle aventure a pu se présenter, et à faire part à la Société d'Emulation du résultat de mon étude.

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Je me suis alors proposé de rechercher :

1° Si l'auteur du « Voyage dans les déparlements de la France » était digne de foi ; et quel fonds il y avait lieu de faire de sa relation .

2" Si le jeune Mailli Chateaurenaud avait réellement exislé el s'il était vraisemblable qu'il put être le personnage principal du récit de La Vallée.

3° Quel pouvait être le lieu de départ de l'expédition.

i" Si le fail est vrai absolument, et, à défaut de documents précis, ce que l'on pouvait conclure de l'anecdote rapportée.

De ce qu'aucun ouvrage traitant de Montbéliard, pas même les Ephéméridcs de Duvernoy, ne relatent les fails de notre au leur, faut-il conclure qu'ils sont apocryphes? Evidemment, non.

Le manque de documents est k mon avis la seule cause de notre ignorance. Il est avéré qu'au moment du départ des princes de Montbéliard et à la suite des dilTéreutes occupations de la ville par les troupes françaises — car il y eu a eu d'autres avant celle qui a été racontée plus haut et avant la prise de possession définitive de Bernard de Saintes — tous les documents et pièces historiques ont été transportées à Stutlgard.

Les auteurs se plaignent amèrement d'une pareille disette, si j'en juge par cette note de la page 883 des Recherches historiques sur Mandeure, par l'abbé Bouchey :

« Maigre toutes nos recherches, nous n'avons pu savoir ce que sont devenues les archives du district de Montbéliard. »

Il convient donc de ne pas rejeter, a priori, le témoignage de La Vallée d'autant que son ouvrage a eu les honneurs de la Convention et semble avoir été lu par nombre de personnes. On voit, en effet, dans le Moniteur universel du Jeudi 12 Avril 1792, 4" année de la Liberté j Bulletin de l'Assemblée nationale législative. Séance du Mercredi II Avril :

« On annonce de la part d'une société d'artistes et de gens de lettres l'hommage d'un ouvrage intitulé : Voyages dans les Dé. parlements de la France, enrichi de cartes et de tableaux.

L'Assemblée agrée cet hommage, en ordonne mention hono rable au procès verbal el renvoie l'ouvrage au Comité de lins traction publique, »

Sous la rubrique « Livres nouveaux », le Moniteur universel

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«les £t Mai . 29 Juillet et 7 Novembre 1792 annonce successivement l'apparition des 9 premiers fascicules ; les H* el 9* cahiers ayant trait aux départements du Bas Rhin et du Haut Rhin, je n'ai pas cru devoir pousser plus loin mes investigations.

Dans la crainte de paraître fastidieux , je ne vais citer qu'une seule de ces réclames, celle qui ligure au supplément à la Gazette nationale du S9 Juillet ; elle fera voir que la Géographie de 1-a Vallée était considérée comme un livre très sérieux :

« Litre* nouveaux, — Voyages dans let départements de la Franee. \-, "f. (i- et 7" livraisons contenant les départements de la Seine- Inférieure, de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord.

Cet ouvrage intéressant continue à se distribuer par cahiers, dont chacun contient un département; le texte de chaque cahier est de £i pages et porte une carte exécutée avec la plus grande netteté, sur laquelle sont marquées les roules ; les estampes en manière de lavis d'un effet piquant, tirées sur papier velin. forment une collection très agréable; le texte explicatif qui les accompagne est écrit rapidement et avec chaleur. Ces deux qualités entraînent un peu d'incorrection, mais on les pardonne aisément a M. La Vallée en faveur du patriotisme éclairé, des anecdotes agréables ou intéressantes, et de la saine philosophie qu'il a répandue dans ce voyage, écrit en forme de lettre. »

J'ajoute que le prix de chaque livre était de 50 sous pour Paris et de 3 livres franc de port par la poste.

L'auteur du compte rendu précédent fait allusion a la chaleur avec laquelle La Vallée écrit ses anecdotes; il faut donc nous attendre à quelque exagération de sa part et le récit de la prise de Montbéliard.lel qu'il est fait, en est la preuve; mais il n'est pas douteux qu'il repose sur un fond assez solide, et j'essaierai tout à l'heure d'en dégager la vérité ou ce qui en approchera le plus, a mou sens.

Mais campons d'abord le personnage de Mailli - Chateaurenaud :

Au premier abord, je ne savais |>as trop à quel saint me vouer quand je me suis décidé un beau jour — cela date du mois de Novembre dernier — à consulter le Botlin pour la ville de Maçon. Je m'aperçois qu'il existe dans cette ville une académie, et sans référence d'aucune sorte, je m'adresse au Secrétaire de la Société de l'Hôtel Senecé, à qui je demande si j'ai des chances

de trouver dans les archives de Saône et Loire des renseigne menls sur Maîlly.

La réponse ne se lait pas attendre, et j'en remercie bien vivement M. Duréaull, le Secrétaire de l'Académie de Mâcon qui m'assure que Mailly avait été marquis de Chaleaurenaud . qu'il avait bien été membre de la Convention, et qu'au surplus ma propre lettre avait été envoyée par lui à M. Guillemaut, sénateur de Saune el-l^oire, descendant de la famille Mailly, qui se ferait un plaisir de me donner des détails très amples sur ce qui m'intéressait.

Je reçois, en effet, à la lin de Décembre, de M. le Sénateur Guillemaut, à qui je dois publiquement exprimer ma gratitude, les deux volumes de son histoire de la Révolutiou dans le Loulianuais, avec une lettre très aimable, dont je me permettrai de donner quelques extraits :

« Mailly-Chateaurenaud, dont vous parlez |k>ut le fait de Muntbéliard, dit il, était le fils de mon bisaïeul Antoine Maîlly, député à la Constituante pour Saône et-Loire. Le conventionnel Mailly a eu un grand nombre d'enfants (plus de vingt), et ma grand'- mère, Mmc Guillemaut, mère du Généra) tiuilleinaul, mon oncle décédé, en était une — pour préciser celui qui avait 18 ou 19 ans, il faudrait que j'aie certains documents entre les mains : ce doit être Charles. »

Sur quel fondement celle dernière assertion repose- 1 elle '.' Ouvrons Y Histoire de la Révolution dans le Louhannaîs, nous trouvons a la page 88 des détails précis sur le nombre d'enfants du conventionnel Mailly : « Il avait de sa première femme Alexandrins de Damas, neuf enfants dout nous verrons plusieurs se distinguer par plusieurs actes et avoir une lin glorieuse dans les armées de la République. Il en aura douze autres de sa seconde femme, Rosalie Receveur, qui mourut à Loubans en I Kit à l 'âge de 92 a ns . »

L'alné, Eugène Rossoline — spécifie le renvoi î de la même page — se trouvait dans la salle de la Convention lorsqu'elle fut envahie dans la journée du 1"r Prairial (21) Mai I7ftt|; il fut atteint de deux coups de feu en défendant l'Assemblée et reçut après la séance, l'accolade fraternelle du Président pour le conrage qu'il avait montré. (Décembre. Allonier. Dirtionnairr itr la Héroluiion française.)

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Le second Charles Axiopiste. jeune volontaire à qui le Conseil général de Saone-et Loire avait offert itneépéeen i792 (i sachant qu'il s'en servira pour repousser les ennemis de dos libertés et leur prouver que les Français mourront plutôt que de retomber dans l'esclavage », mourut a l'âge de 19 ans des suiles des blessures qu'il recul au siège de Mayence.

Pourquoi lui eut on otTert cette épée d'honneur, si le jeune Axiopiste n'avait pas accompli quelque action sortant du commun? Je m'imagine que c'est pour sou zèle à enrôler des volontaires, pour son patriotisme, pour son civisme et peut-être aussi pour sa conduite à Monlbéliard ; car l'expédition, si elle a eu lieu, s'est faite sûrement dans cette année 1792.

Tout porte donc à accepter le jeune Charles Mailly comme le chef de cette marche sur Montbéliard, de préférence à son frère Minerve qui pourrait tout aussi bien être le héros de l'aventure ; il n'y a guère plus d'une année de différence d'âge entre les deux jeunes gens, et il semble qu'ils étaient tous deux doués du même esprit aventureux, si j'en juge par ces documents puisés dans l'ouvrage de M. le Sénateur Cuillemaut : « Lettre de Mailly a son Itommc d'affaires Niffet, du 6 Mai 1793 : — J'ai mon fils alité avec moi, je suis occupé à panser ses blessures ; déjà six sont guéries, il ne lui en reste qu'une à l'épaule qui suppure encore, mais il ne sera pas estropié. Pour Charles, il est avec son bataillon dans les lignes de Wissembourg , en face des Prussiens ; il ine inarque qu'il coinptealler débarrasser son frère qui est enfermé et assiégé dans Mayence. Celui qui est à Mayence, c'est Mi verve: mais ils sont là 22,000 hommes, et ils pensent bien se défendre. »

On sait que la garnison de Mayence dut capituler le 23 Juillet et que les défenseurs en rentrant en France furent dirigés sur la Vendée.

Minerve comptait parmi eux, et il fut blessé au cours d'une action par les Vendéens. Son père parle plusieurs fois de lui dans ses lettres à Niffet .

« Minerve est à la mort, à la suite de ses blessures, écrit-il le 23 Octobre 1793, il est à l'hôpital de Nantes, il ne peut plus écrire; son chirurgien m'écrit, il me mande que toutes espérances ne sont pas encore perdues, quoiqu'il ait la gangrène et des hémorragies fréquentes. Je ne sais, s'il en revient, s'il ne sera pas estropié, m

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il -

Et dans une autre lettre te ifi Novembre

« J'ai eu des nouvelles de mesenfants dernièrement. L'un est à Saverne; il écrivait du bivouac, au pied d'un chêne, il sa sœur, le £\ Octobre. L'autre est à l'hôpital de Nantes. 11 voudrait bien émigrer de cet hôpital , mais il y est encore au moins pour 4 ou ;i décades sans pouvoir sortir de son lit de douleurs. Elles seront bientôt oubliées.... »

Minerve Mailly survécut à ses blessures; il servit plusieurs années encore dans les armées de la République. Il devint capitaine d'état-major du général Berthier et mourut à l'âge de i\ ans au siège de St-Jean-d'Acre.

Ces détails biographiques fout voir qu'il ne serait pas impossible que Minerve aussi bien que Charles fut venu à Mont bëliard. Pourtant l'épée d'honneur fait pencher ta balance en faveur de Charles, et je me range absolument à l'avis de M. (iuillemaut.

Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est qu'on ne retrouve pas trace de la commission secrète donnée au jeune Mailly et dont parle La Vallée. Elle n'existe plus dans les papiers de famille, car M. (Iuillemaut a dû les chercher pendant son séjour à Louhans au mois de janvier dernier, et il m'avait douné l'assurance qu'il « serait heureux de me donner des renseignements plus précis encore que ceux que je trouverai dans son ouvrage. »

C'eût été un jalon excessivement précieux pour ma recherche de la vérité; — en outre la commission eut indiqué de façon précise la ville d'où l'expédition était partie.

I) est impossible que ce fût Louhans, qui est le pays d'origine de Mailly; car Louhans est à une bonne quarantaine de lieues de Montbéliard . et malgré les quelques incorrections qu'on peut reprocher à La Vallée, je suis convaincu qu'il ne s'est pas trompé du double sur une appréciation de distance.

Il faut donc chercher une autre ville qui se prête mieux au récit. Je ne sais pourquoi j'ai penSe à Dôle? Est-ce parce que Bernard de Saintes est venu ici en 175)3 avec le bataillon de Dole ? Je ne pourrais le dire, mais j'ai vu que la distance de cette ville à Montbéliard était à peu près d'une vingtaine de lieues et j'ai fait part de ma supposition à M. Guillemaut qui me répondit ceci :

(t En 1792 , après la Constituante, pendant la Législative,

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Mailly était Président du Directoire du département de Saôneet- Loire.

Mais une partie de sa famille habitait Dôle ; sa 1111e ainée certainement et tous ses fils du premier lit (Charles en était) étaient le plus souvent avec elle. C'est vraisemblablement de Dôle plutôt que de Maçon ou de Louhansque les jeunes gens sont partis.

Je dis Dole et non Vesoul , car quoique propriétaire du château de Franchevelle en Haute-Saône, pendant la période qui nous occupe, il était plutôt en Saône-et-Loire ou en Comté, Dôle étant assez rapproché de Chateaurenaud, dont Mailly était marquis sous l'ancien régime. »

D'ailleurs, il est bien certain que les fils de Mailly étaient à Dôle à cette époque. Je lis, en effet, dans l'Histoire de la Révolution, à la page 1*1, â° volume : Mailly avait alors 14 enfants, dont plusieurs parmi ceux qu'il avait eu de sa première femme à Dôle et à Franchevelle, en son ci devant château de la Haute- Saône, et les autres, ceux du second lit, très jeunes, étaient les uns à Paris, et les plus jeuues à Louhans et à Chateaurenaud.

H me parait incontestable que l'endroit d'où est partie l'expert itou de la jeunesse de Saône-et Loire est bien la ville de Dôle. La distance de cette ville à Montbéliard, la certitude que le jeune Mailly y a demeuré à l'époque probable de son équipée, tout concorde à donner à cette assertion l'apparence de l'absolue vérité.

Aussi, n'ai-je pas mis à exécution l'inteution que j'avais eue d'abord de me mettre en relations avec un chercheur du déparlement du Jura, car ma conviction est faite.

Je sais bien qu'elle n'est fondée sur aucun document authentique ; mais il faut considérer que les archives ont émigré à Stuttgard en 171*3 et que, fussent elles restées à Montbéliard, le Gouverneur se serait bien gardé sans doute d'enregistrer un acte de couardise. Et qui nous dit que c'est de la couardise plutôt qu'un acte de bonne politique ? J'imagine qu'en voyant arriver celte bande de gamins et de jeunes gens, le gouverneur de ta Place a dû s'enquérir de ce qu'on voulait. En somme, les volon la ire? manquaient de fusils en France , tous les directoires de district étaient en quête d'armes; j'en ai eu maintes preuves, au cours de mes lectures sur la Révolution. C'était donc des lusils qu'un demandait et, pour se débarrrasser de cet essaim

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turbulent de jeunes patriotes, le commandant du Château a cru prudent et sage d'en faire distribuer un nombre su disant pour contenter le jeuue Mailly et lui faire prendre la route du retour.

Je disais toutâ l'heure que c'était un acte de bonne politique, car c'était se concilier les intentions bienveillantes de la jeune République et retarder l'annexion du pays de Montbéliard à sa puissante voisine. Tous les petits Etats de l'Allemagne montraient une répugnance sensible à faire partie de la coalition dans laquelle les appelaient sans relâche l'Autriche et la Prusse; le Wurtemberg, eïi particulier, n'entrera dans la confédération qu'après l'exécution de Louis XVI ; même pendant le procès du roi, il évitera toute manifestation hostile à la France. On lit, en effet, dans la Gazette nationale du 23 Décembre 1792, les lignes suivantes écrites par un correspondant du Moniteur : « l'ami i les Etats de l'Empire qui n'ont pas envoyé d'instruction à leurs ambassadeurs à la Diète pour une guerre d'Empire, se trouve le Wirlemberg. »>

La République, il est vrai, fidèle à son principe de ne faire la guerre qu'aux tyrans et non aux peuples, et de ne porter les armes que sur le territoire des ennemis qui l'attaquaient, écartait tout conflit avec une extrême modération; c'est ainsi que malgré les velléités d'accaparement du département du Doubs, la petite république de Mandeure a pu subsister au milieu des populations républicaines de ce département, pendant les !S mois qui ont suivi la mort de l'archevêque de Besançon.

Il y a donc des présomptions, tout au moins, pour que la version que j'ai donnée précédemment soit plausible et très acceptable; les concitoyens de Mailly, surpris et flattés du succès d'un des leurs et ignorant les dessous de la politique et les raisons qui ont fait agir le Couverneur de Montbéliard, durent décider alors d'offrir une épée d'honneur à Charles Mailly- Chateaurenaud.

Toutes ces choses sont alors parvenues, en s'amplifiant, au capitaine La Vallée qui en a profité pour en faire le thème d'une anecdote a sensation et exaller son lyrisme patriotique, révolutionnaire et républicain.

C'est, je crois, sous cette face qu'il faut envisager l'épisode de la prétendue prise de Montbéliard par la jeunesse de Saoneet-Loire.

Les découvertes successives des preuves morales el toutes relatives qui m'ont permis de bâtir mon hypothèse m'ont valu du moins, si je me suis trompé, des joies qu'apprécieront surtout les dilettanti de recherches historiques.

Et la Société d'Emulation de Montbéliard y verra , j'en suis assuré, un témoignage de mon bon vouloir, de l'intérêt bien vif que je porte à son existence, à ses membres dont l'érudition est si variée, à ses travaux el à sa prospérité.

Avril 1903. V. Hiber.

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