‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 83 sur 89 · M. DE FABER · texte numérisé non relu

M. DE FABER

Ooaieiller de 8. A. S. M. la Duo régnant de Wurtemberg et ion plénipotentiaire à la, Cour Impériale de Vienne

Du 2- may 174S.

Monsieur,

Je suis très sensible a la grâce i|ue me fait votre Excellence de nie choisir pour son correspondant a l'absence future du cher M. Sckmidlin , je m'estimerai fort heureux si je puis vous être de quelque utilité dans notre petit paîs, en y attendant votre retour tant désiré, et je serais au comble de mes vœux, si je pouvais répondre, d'une manière qui vous soit agréable, à la confiance dont votre Excellence veut bien m'honorer, je m'efforcerai à m'en rendre digne , et a vous prouver dans toutes les occasions, que je serai, toute ma vie, avec un respect inlini et le sentiment d'une parfaite reconnaissance,

De votre Excellence, Le très humble et très obéissant serviteur. L. B.

A Monsieur, Monsr de Paber, conseiller d'Etat privé de S. A. S. Monseigneur le Duc Régnant de Wirtemberg et son plénipotentiaire à la Cour Impériale à Vienne.

Du 20 mai 1748.

Monsieur,

Je profite de la liberté que votre Excellence m'a accordée de lui écrire, mais je la supplie de vouloir bien, par préliminaire, m'excuser, si, en remplaçant le cher Mr Sriimidlin dans les fonctions d'un écrivain hebdomadaire, je ne lui succède que dans l'attachement inviolable à votre chère personne, et nulle ment dans la beauté et netteté du style.

Ce cher ami partit d'ici vendiedi dernier 17* du fourrant à midi, messieurs les Ministres allemands, M. l'avocat Uazernoy, M. tolance, M. Pierre Duvtrrtoy, mon épouse et moi, sans oublier mon Charles qui lui servait de postillon , ont été ceux qui lui ont donné la conduite jusqu'à Belfort ; Le S' Diacre Vallet (') et moi, restâmes avec lui jusqu'au lendemain , pour ne le pas exposer , la première nuit de son voyeage , à l'ennui de la solitude. Il se mit dans le carrosse de Strasbourg à 4 heures et demi du malin, il y a trouvé une fort bonne compagnie jusqu'à Strasbourg. Nous le regrettons infiniment, et ne l'avons quitté qu'avec larmes.

Un moment avant son départ d'ici, il reçut une lettre extrêmement obligeante de M. le Grand Ecuyer qui lui lit beaucoup de plaisir.

Enfin M. de Tkielle doit avoir surmonté tous les obstacles qui s'opposaient à son avancement puisqu'on m'assura hier, que, malgré toutes les représentations d'ici , il doit avoir été confirmé par un rescrit arrivé le 17 et adressé à S. E. Monsr de (ieorgii; Je crois qu'il doit un beau cierge à Monsr de la clémence ordinaire, qui a jusqu'à présent protégé son mérite.

Mons» Charles Thet. (*) doit être présentement à Paris chargé de recommandations de capucins et de jésuites de Pou rentrai (■) et de Besançon, au confesseur de Madame la Dauphine. pour l'engager, s'il est possible, à lui faire obtenir la charge de grandveneur des seigneuries, pour prix de sa conversion.

|t) Georges-Etienne Vallet de» Barres, diacre ou deuxième pasteur de l'église allemande à Montbellard de 1716 a 1787. Il devint plus tard surintendant a Hiqucwlnr.

(!| Théteuot.

[3] Porrentruy, canton de Berne.

JigrizcdbyGoOgle

S. E. Monsr de Grorgii (') nous régala hier à dîner de l'agréable nouvelle qu'il venait de recevoir, que nos affaires étaient entièrement terminées, mais il ne nous dit rien du Modwt; il lit chanter à ce sujet en l'église allemande (*) le cantique (sey Lob und Ehr dem lUichsten Gut, etc.} ce qui nous lit augurer que les conditions devaient être favorables. Dieu le veuille.

Nos Messieurs seront dans peu de jours ici, suivant ce que sad. Excellence nous le fit entendre ; elle me lit aussi l'honneur de ine dire , qu'elle vous écrirait par cet ordinaire, et que si je voulais lui remettre une lettre pour votre Excellence, qu'il l'envoyerait avec la sienne, j'ai profité de son offre obligeante.

Je suis sur mon départ pour Florimont, Monsr de Florimont se trouve incommodé par une suite de l'émotion qu'il a eue la semaine dernière de voir sa grange incendiée; une servante est restée dans le feu, avec son carrosse et ses charriots.

Mon épouse prend la liberté de vous assurer avec moy de son parfait respect également que Madame, Mademoiselle Vollmann et Monsf Votre frère. J'ay l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur, De votre Excellence, Le très h., etc.

Du 27 May 1748. (•) Monsieur,

Rien ne pouvait métré plus agréable que la lettre dont votre Excellence m'a honoré, je m'efforcerai dans toutes les occasions à mériter sa confiance et sa bienveillance à mon égard.

J'ay été charmé d'apprendre que Madame soit quitte des douleurs qu'elle ressentait à ses joues et au dedans de sa bouche, quant à l'enflure qui subsiste encore à la joue gauche, aux gencives et au palais, je n'en connais d'autre cause que 1° un relâchement du tonus des fibres des vaisseaux et des glandes. 2° des obstructions qui se sont formées dans ces parties par la viciosité des humeurs et particulièrement de la lymphe qui y croupit. L'usage des eaux minérales aigrettes sur la lin de juin

il) M. Georgil ou Georgi avait construit la maison Jordan, place do l'Enclos. <ï| L'Eglise Sl-Maimbœuf ou du château.

(3) La lettre ci-contre a été envoyée a Vienne sous le couvert de M. Knebel, conseiller du consistoire et Prélat d'AIplrspacb à Sloulgard.

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el au commencement de juillet ne peut que lui être fort salutaire pour remédier à ces iuconveniens, enlraulres celles de Srhwalhach, premièrement pur le vitriol de mars qu'elles con tiennent, elles sont très propres à rendre le tonus aux libres relâchées, a lever les obstructions en déchiquetant le sang el la lymphe el à tempérer les humeurs en les rendant fluides, en second lieu, comme elles sont diurétiques et laxatives, elles peuvent entraîner par la voie des urines el des selles les parties grossières et visqueuses (fui forment ces obstructions. D'autres pourraient produire les mêmes effets ou les surpasser, mais comme elles ne sont point de ma couuoissance, je ne les conseille pas par cette seule raison, Votre Excellence pourra faire choix de celles qui sont le plus eu réputation. J'ay entendu beaucoup louer celles d'Eyra.

11 sera bon que Madame continue de temps en tems l'usage de ses pillules de swcîno, et qu'elle se donne du mouvement. PI ut a Dieu qu'elle puisse en prendre sur notre route deSochaux encore cet été.

J'ay remis les deux incluses à leurs adresses ; Monsr Pierre Durernoy m'envoie dans ce moment celle-ci jointe pour la faire parvenir à voire Excellence.

Il parait que le S1 Rayot après avoir tracassé par tout l'univers el joué différents rôles se fixera enfin dans quelque petite maison pour y concentrer ses folles imaginations. Je ne romprais pas comment sou père ne se lasse pas de fournir aux moyens de promener par le monde les idées creuses et ambitieuses de sou fils au préjudice de ses autres enfants.

Nos Messieurs ne sont pas encore arrivés, on nous flatte qu'ils pourront être de retour ici la semaine prochaine, Nous n'avons encore rien de nouveau. J'aurai l'honneur de donner incessamment avis à votre Excellence de leur arrivée et de ce qu'elle produira, Monsieur de Thielle attend le rétablissement de M. (iropp qui est indisposé depuis III jouis d'une blessure a la jambe, pour se faire présenter au conseil. Si M. le Prou, lien. (') arrive bientôt, il sera peut être charmé de faire cette fonction.

M. le conseiller Durernoy donna mercredi dernier à diner à S. E. Mr de ficorgi et à Messieurs les Conseillers dans sa maison

(l] M. Roasel.

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d'Exincourt ('), j'étais invité a cette fête, mais comme j'étais alors à Florimont et a Morvillars, je ne pus pas y assister; ou dit qu'on y lut splendidement régalé.

J'envoie aussi à votre Excellence deux pièces eu vers concernant le mariage de M. Knehel, qui me turent hier communiquées au château, peut-être feront-elles rire Madame, surtout la lettre attribuée à M. Jaquin (') de Lyon (il sollicitait toujours M. Oxiander de lui procurer Mademoiselle sa sœur en mariage, ce qui éclaircira le 3'' couplet également que la goutte dont il est détenu.

M' Osiandfrena envoyé samedi dernier une douzaine d'exemplaires à Stoutgart, après les avoir fait imprimer chez Hiber. J'espère que votre Excellence aura reçu celle que j'eus l'honneur de lui écrire sous le couvert de Monsr de (leorgi, le 20 du courant ; j'adresserai à Monsr le Prélat Knehel toutes celles que j'aurai l'honneur de vous écrire.

Monsieur le Maître- bourgeois en chef Richard a paru fort sensible à l'honneur de votre souvenir.

Mons' le Ministre Duvernoy (*} , mou épouse et moy prient votre Excellence d'agréer avec Madame, Mademoiselle Volhnan et Mons* votre frère l'assurance de notre parfait respect. J'ay l'honneur d'être inviolablement, Mons', etc.

Montbeillard ce 27 : mav 17W.

Du 3' de Juin 1748, Monsieur,

J'espère que la lettre que j'ay eu l'honneur d'écrire à votre Excellence le 27' du mois passé lui sera parvenue avec les pièces incluses par la voie qu'elle m'a indiquée.

Je souhaiterais fort de pouvoir lui annoncer dans la présente l'arrivée de nos Mess" du Pari», mais nuus sommes encore dans

(I) Le n château » d'Exincourt est encore aujourd'hui la propriété de la famille Duvernoy.

(2] La famille Jacquin possédai! la maison <|ui est aujourd'hui la Sous- Préfecture.

|3| J.-J. Duvernoy, pasteur de l'église allemande à Monlbéiiard depuis 1148,

JignzcdbyGoOglc

— lit) —

l'attente de ce jour tant désiré, Monsr de Georgi me fit l'honneur de médire hier qu'il vous avait écrit la veille et qu'il avait joint a sa lettre une copie de la dernière qu'il avoit reçeue de Mr de K-, ainsi j'espère que votre excellence saura présentement mieux que moi le temps de leur arrivée qu'où nous fait espérer devoir ètic pendant le courant de cette semaine.

Le 30 du passé Mr de Georgi régala à Exincourt dans la maison de M. le conseiller Pitvernoy à l'occasion du mariage de M. Kvehel. Mess" les conseillers Gropp, Ihirernoy, Ministre allemand Puwrnoy, les deux Jaquin, liregcntzer, l'avocat Duvernay, le eu ié de Chatenoy, Laude, Falloi l'arpenteur et moy; les santés qu'on but à cette fête, celles de votre Excellence et de madame furent des premières portées par M. de Oeorgi, la matinée fut employée à visiter la prairie d'Eltipes et à examiner les différents plans du canal qu'on doit y construire.

Cet établissement parait tenir fort à cœur à Monsr de Georgi.

Le Magistrat fait travailler fortement à élever le pavé de la rue Surleau et à tirer cette rue de ses anciennes ordures : dans plusieurs endroits le pavé est de deux pieds 1/2 plus haut qu'il n'étoit, ce qui rend préseutemeut celte rue fort jolie, et fait honneur à Mr le maître -bourgeois en chef Richard qui emploie tous ses soins à faire de nouveaux établissemens avantageux et à oroer la ville. 11 fait travailler à deux statues pour mettre sur nos deux fontaines, celle de la place devant les balles aura cinq pieds de haut, et celle sur S Martin 4 pieds et demi ; elles représenteront la justice.

Mons* de Thielle fut présenté au conseil par M. le conseiller Gropp le 27 du passé comme conseiller auscultant, personne ne lui lit compliment sur l'emploi dont ses oreilles venaient d'être revêtues, à l'exclusion de sa langue , si par malheur pour lui il devenoit sourd ne serait-il pas émérite et réduit à la moitié du gage qu'il n'a point, ou à servir de statue sur une des nouvelles fontaines, mais je crois qu'il n'a rien à craindre de ce coté la, parce que les gens de sa capacité ont de bonnes oreilles et même a revendre. Un de ces Mess" me dit ces jours passés que le rescrit qui conlirmoit le premier avait été accompagné d'une mercuriale à ces mess" qui avaient fait des représentations au sujet du premier rescrit, et qu'on leur ordonne de respecter dans la suite tous les brevets qui leur seront adressés ex speciali resohttione sans se mêler de faire des représentations con-" traires.

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- fil -

Si nos messieurs arrivent, j'aurai l'honneur de le marquer à. votre Excellence parle premier ordinaire.

Mens1 Duvernoy, mon épouse et moy prennent la liberté de présenter nos très humbles respects à votre Excellence à Madame, a Mademoiselle votre chère nièce et à M. votre frère.

J'ay reçu une lettre du cher M. Srhinidlin datée le 26 ; il me marque qu'il n'a voit pas encore parlé a Monsr le Grand Ecuyer, mais que M. Biilfinger le présenterait le lendemain.

J'ay l'honneur d'être avec tout le respect et la considération possible, ■

Monsr, De Votre Excellence, Le très b , etc.

Monsieur,

Du Ml' de Juin 1748.

Je ne puis encore rien marquer à Votre Excellence de l'arrivée de nos Messieurs de Paris : on les attend tous les jours, et ils n'arrivent jamais. M . de Oeorgi nous dit vendredi passé, qu'il n'avoit point reçu de lettre deux, dès la huitaine précédente, mais que, par contre, il y avait des lettres qui les attendoient ici et même un rescrit pour, If' de K. ('}. S'ils sont en route, il faut que le poids de leurs expéditions les oblige de marcher à petites journées. On ne peut être plus impatient qu'on l'est ici sur leur arrivée. Madame Châtel qui avait la direction de l'œconomie de Mons'de lleorgi, accusée de quelques irrégularités dans ses comptes, fut remerciée de ses services mercredi dernier; c'est un coup des plus mortifiant pour elle et qui ne fait pas plaisir à ceux qui l'avaient introduit et qui s'intéressaient en sa faveur, ce même jour Mons' de Oeorgi était invité à un grand festin chez M. le conseiller Boulhenot; mais ne se trouvait pas bien ce jour là ; il se lit excuser et j'eus l'honneur de diner avec lui avec mon beaufrère Uuxemay; nous y passâmes agréablement la journée n'étant qu'a trois, Monsr Osiander fut du festin avec Messieurs du conseil et aulies. Actuellement chez Guyot sont chargés des emplettes avec le cuisinier Meizger.

Le curé de Thavel étant mort, il y a environ deux mois, l'ar-

il.i M. de Keller.

chevêque de Besançon le remplaça d'abord par un autre ; mais comme S. A. a droit de nomination à ce poste, le conseil en nomma un autre samedi dernier qui est originaire de Oranges et (ils d'un bon et ancien officier de la maison. Ces deux messieurs n'ont maintenant qu'a débattre leurs droits et a voir qui emportera ce morceau,

Le secrétariat d'ici n'est point encore remplacé, on croit ce pendant que ce sera le cadet des fils de feu M. le conseiller Jeanmaire qui l'obtiendra.

Le prix du grain diminue considérablement ici, il n'y a que quelques semaines qu'il se vendait J? 4 n 10 a 15 sols. Actuellement on peut en avoir autant qu'on en veut à Jï 3. — L'approche d'une moisson qui parait vouloir être abondante, joint à la paix, peuvent être la cause d'une si prompte diminution.

Le maire Louis d'Audincourt, fameux chicaneur, vient d'essuîer une catastrophe des plus tristes pour lui , mais qui peut être nommée le mérite recompensé: il était depuis quelques années en procès à Besançon avec son neveu ; celui-là avait fait ériger un petit jour inutile dans sa maison pour empêcher celui-ci, son voisin, de bâtir sur un chésal qu'il avait acheté avec la maison joignante; à la veille d'être condamné le maire Louis, volant que les frais et dépens du procès se montaient déjà à plus de douze mille livres par les différons tours et détours dont il s'était servi, y ayant eu quantité de volages et de commissions de la justice de Baume à ce sujet, il s'avisa de faire un faux billet au nom d'un homme qu'il n'avait pu gagner pour ce fait et qui avait vendu déjà depuis longtems la maison et le chésal joignant à son neveu; par ce billet il est dit qu'il avait vendu et cédé aud. Louis le droit de construire ce jour. Mais comme le led. prétendu cédant est encore vivant, il a été entendu et a constamment nié qu'il eut jamais fait cette cession et a déclaré l'écrit faux également que sa prétendue signature, malgré qu'il fût appuyé du témoignage de sept hommes qui ont affirmé par serment led. billet. La fausseté a été cependant reconnue et avouée par le Lieutenant criminel également que sur les faux témoins pour être poursuivis criminellement se relira ici croyant être en sûreté, mais comme on obtint ici également la permission de le faire saisir pour le livrer à Besançon, il s'est sauvé en Suisse ; quatre de ses faux témoins qui sont partie des sujets des seigneuries, partie des comtois, furent

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saisis et conduits dans les prisons de Baume , d'où on compte qu'ils iront voguer la galère à Marseille. On a découvert qu'ils avaient tous été gagnés par argent , promesses, donations de fonds et autres manières. Ce qu'il y a de curieux et qui a montré la fausseté diid. billet, c'est qu'un des témoins qui l'a signé était à peine né lorsque le prétendu acte fut fait. Les lils du maire Louis se sont déjà engagés de païer a leur adverse partie tous les frais et dépens pour arrêter ces poursuites si infamantes pour leur père.

J'ay l'honneur de me recommander liés humblement à la continuation de la bienveillance de Votre Excellence, en la suppliant de recevoir ici avec Madame, Mademoiselle votre nièce et Monsieur votre frère, l'assurance du parfait respect de mon épouse, et de celui qui sera toute sa vie, avec une assurance parfaite,

Mous', De vostre Excellence,

Le très humble et très obéissant -serviteur,

Du 17 Juin 1748 à la pointe du jour et même de foire. Monsieur,

Votre Excellence excusei-a pour cette fois la brièveté de ma lettre, la longueur du repas de S. E. Monsieur de Georgi en est la cause : sur les nouvelles agréables de la définition tolale de notre grande a lia ire , il m'a fait l'honneur de m'inviter hier à diner avec Messieurs du conseil et autres ; on n'a pas trouvé à sa table le séjour si long que celui de nos messieurs a Paris, on y a passé la journée entière ; la santé de votre Excellence y a été bue à la ronde à grands verres, ensuite avec une couple de bons amis nous avons cullalionné non des pièces d'écriture, mais des bouteilles et des verres dans la loge de M. le conseiller Dutmioy. Messieurs les conseillers Ihiremoy, lloutltrnot, ministre Dutcrnoy et Jaquin, de Lyon, sont de là venus à la veillée cWk moi encore après minuit avec une bouteille de vin grec qui y a été passée par la retorse, et ne font que de quitter dans ce moment où le guet crie deux heures du matin, tems cependant que j'ay choisi pour encore écrire à votre Excellence,

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crainte que les différentes rasades des vins de Bourgogne et de Grèce ne m'endorment pour le teins que le postillon partira, qui est à huit heures du malin. Monsieur de Oeorgi nous a annoncé la nouvelle satisfaisante qu'on venait de lui envoïer la copie des lettres patentes du Roy concernant notre restitution, lesquelles il nous a communiquées et en fait rendre hier matin des actions de grâces solennelles à Dieu en l'église allemande. L'ayant prié de ine permettre d'en lirer copie pour l'envoler a votre Excellence, il m'a fait l'honneur de me dire qu'il voulait lui-inéme vous écrire à ce sujet par cet ordinaire et vous faire part de toutes ces agréables nouvelles en vous envoïant lad. copie desd. lettres patentes lui même et que je devais lui remettre ma lettre pour la faire parvenir avec la sienne à votre Excellence, grâce que je n'ay osé refuser. Nos Messieurs marquent qu'ils partiront de Paris le 20ou 21 de ce mois et qu'ils pourront être ici environ le 2't. Nous les attendons comme les juifs le messie, mais xat cito si sat liene. A leur arrivée je ne manquerai pas de matériaux pour mes lettres à votre Excellence, et je les doublerai et triplerai même par semaine suivant lesoccurences.

Mous' Schmidlin me marque qu'on fait imprimer à Stoutgard la seconde édition de la lettre poétique de M. Jacquin à M. Knebel au sujet de son mariage, j'espère que votre Excellence aura reçu l'exemplaire de la première édition que j'eus l'honneur de lui envoïer.

Le panégyriste du Roy (M. Ifinnijtger) est arrivé ici depuis quelques jours pour mettre son bel esprit en vacance.

J'ai l'honneur de vous envoier ci joint une lettre qui vous est adressée de Raume , laquelle m'a été remise par Messieurs du Conseil qui m'ont chargé très particulièrement de vous assurer de leurs respects aussi bien que mon épouse qui vous prieavec moi d'agréer les siens avec Madame , Mad,le votre nièce et M' votre frère.

J'ay l'honneur délie, avec une singulière considération et un parfait dévoùment,

Monsr, De votre Excellence, etc.

JigrizcdbyGoOgle

Du 20 Juin 1748.

Monsieur,

J'ay été fort surpris d 'apprendre par la lettre de votre Excellence, du 8 du courant, qu'elle n'a reçu aucune de mes lettres, dès celle du 20 may. Elle devait cependant au moins en avoir reçu une du 23 may, adressée à Mo»sc le Prélat Kitehtl a qui j'en ay adressé encore deux postérieures sous les dates du 3, du IU et enfin une en date du lt du courant que Monsr de Georgi a eu la bonté de mettre dans son paquet : comme les nouvelles de ce paîs étaient jusqu'à présent fort stériles , je n'écrivois à votre Excellence que tous les lundis. Mais à présent qu'elles vont devenir plus abondantes, j'aurai l'honneur d'expédier une relation de ce qu'il s'y passera de remarquable régulièrement tous les lundis et jeudis. J'ay adressé la présente à Mess'" les frères Ocfa qui m'ont fait parvenir celle de votre Excellence; ils m'ont invité poliment à leur envoler la réponce pour vous l'expédier sûrement, peut-être le feront-ils avec plus de prointitude qu'on n'a fait mes précédentes. Je continuerai cependant dans la suite à les envoler suivant vos ordres à Stoutgard jusqu'à ce que votre Excellence me fera connaître si je dois connuer de la sorte ou les adresser à Mess™ Ocki.

Tout est dans la joïe dans la ville et dans le Paîs. M. de Georgi fit connaître lundi dernier à M. le M'" Bourgeois en chef que Son Altesse Monseigr le Duc pourrait bien arriver ici pendant le courant de la semaine prochaine ou la suivante ; d'abord le magistral (') a pris des arrangement pour sa réception ; ils ont fait la levée de deux cents hommes choisis qui formeront trois compagnies, Mess" Mariât, chir: , Morel, chaudronnier, et Parrot, Procureur, en seront les capitaines; M. Rickardoi est major, ils s'exerceront déjà ce soir sur la place. Il y aura, outre ces deux cent hommes, 24 cavaliers composés d'avocats, procureurs et autres gens de distinction en uniforme rouge, parc mens jaunes, et vestes jaunes; ils serviront de garde du corps. J'apprens que M. l'avocat Durernoy en est le capitaine. M. .la quin, de la Forge, lieutenant, et Mr N. N. cornette. Les jeunes garçons de la ville, dès l'âge de 10 à 14 ans, forment aussi une

(!) C'est à dire le Couse» de la Ville.

JigrizcdbyGoOgle

compagnie qu'on excercera ce soir et les jours suivans. On va faire revivre le tems carillonneur de la prestation de serment sous votre Excellence. On fait sabler les rues, le tems étant trop court pour mettre le pavé en état meilleur.

Nos Mess" de Paris arriveront sûrement ici le 23 ou 24 du courant.

M. Schmidlin expédia dès ici les lettres de votre Excellence adressées à M. de Keller à Paris.

Mons* le Duc de Bandon était avant hier , à Blamont ; Mess" les conseillers Gfopp et Duremioy furent députés pour y aller le complimenter.

Je fus hier chez Mf le M'™ Bourgeois en chef Richard, il m'assura encore que la voix unanime des 3 corps et de la Bourgeoisie était pour demander à S. A. S. la grâce du rappel de leur bon concitolen en question. Je lui disquej'attendois aux premiers jours de votre Excellenre une réponse à sa lettre ; le conforleur est également très bien porté pour cette affaire. (')

Si vox populi est znx Dei, je ne doute nullement que dans peu nous ne volons nos Espérances couronnées.

Monsr le Ministre Ditrervoy, M. Rkliard et mon épouse prient votre Excellence de recevoir ici avec Madame et toute la chère maison l'assurance de leur parfait respect; je les prie de vouloir bien aussi agréer ceux de celui qui a l'honneur d'être, avec la plus parfaite considération,

Monsr, De votre Excellence, etc.

Je remis le même jour à M. de (leorgi la lettre que votre Excellence lui adressoit dans sa lettre du l" juin. Des compliments de chez MM. Lecomte, Rosse I et Dodelan. La présente adressée à Mess" les frères Ochs, banquiers à

De Florimont, le 22 juin 1748.

Je viens de recevoir par un exprès de Montbéliard la lettre de voire Excellence avec les incluses. Je me trouve a Florimont

II; Il s'agll kl ilu ri- (our à MonlholiariJ de M. de Kwber lui môme.

JigrizcdbyGoOgle

où j'ay été appelle la nuit passée, pour une indisposition de Mons* le chevalier de Fcrrette. Toute sa maison , également que M. de Florimont ont bu re jour à votre santé, et me chargent de faire à votre Excellence mille cumplimens de leur part; et de vous prier de les honorer de votre souvenir; ils souhaitent fort avec nous, de vous revoir bientôt dans ce pais.

Comme je ne pourrai quitter Florimont qu'à 8 heures du matin, j'envoie la présente par le retour de l'exprès qui me précédera de quelques heures pour profiter de la poste d'aujourd'hui. J'ay reçu en même temps une lettre de mon beau frère Durent»/ dont voici l'extrait.: h Moutbeill: ce il juin 17W, « Monsieur, nous vous donnons avis par ces deux mots que « S. A. S. vient d'arriver dans ce moment à midi et quart, en « voiture, avec S. E. Monsr le Grand Ecuyer et deux autres ca- « valiers : Et nous aprenons par les lettres arrivées aujourd'hui « de Paris, que n< s Mess" de la légation arriveront ici ce soir ii ou demain matin, etc. »

On ne s'attendait point du tout à cette arrivée si promte de notre S. S. Duc, et tout le monde aura été surpris puisqu'on croîoit qu'il n'arriverait que la semaine prochaine. J'aurai l'hon neur, s'il est possible de voir M. de Keller , de lui remettre la lettre de V. E. encore aujourd'hui. Je ne manquerai pas d'écrire à V. E par l'ordinaire du 2i, ce qui se sera passé de nouveau. Je souhaite que les eaux de Spa fassent à Madame tout le bon elTet qu'elle peut désirer. Je me recommande à la continuation des attentions de V. E. à mon égard dans les circonstances présentes, et j'ay l'honneur d'être, également qu'à Madame, avec tout le respect posssible,

Monsr, De votre excellence,

I>e, etc.

Florimonl. ce 2:2 juin à 1 heure

du matin et fort las.

Mille pardons si je vous écris si mal,

c'est avec une espèce de curedents;

tout le monde étanl couché, je n'ay

point de plume.

JigrizcdbyGoOgle

Montbélianl, du 24 juin 1748.

Monsieur,

N'aîant qu'un moment de teins pour écrire a V. E., elle m'excusera si je lui écris la présente si confusément et sans ordre ; l'ordinaire prochain, je détaillerai d'avantage les particularités du séjour de son Altesse dans cette ville.

Son Altesse y arriva vendredi comme j'ai eu l'honneur de l'écrire samedi du 22 courant.

Samedi à midi S. A. donna audiance à Mess" les conseillers, à la noblesse, au ministère, aux trois corps de ville, et au barreau.

Samedi soir, à 7 heures, nos Mess™ de Paris arrivèrent ici, mais ils ne disent encore rien qui ait transpiré au public, iîs paraissent contents, cela suffit.

J'ay eu l'honneur d'être présenté à S. A. hier à midi par Mans* de Georgi n'aiant pu avoir l'honneur de le voirie jour précédent, à cause que j'ay été obligé de retourner à Florf mont le même jour que j'en étais de retour.

S. E. Mons' de Georgi ma présenté dune manière fort obligeante à Monsr le grand Ecuïer et à Mons* de Keller, à qui je remis la lettre de votre Excellence. La ville est illuminée tous les soirs ; il y eut un feu de joïe hier soir en la poudrerie.

S. A. occupe vosapartemens deVAmbikams, et il mange dans le grand poile rouge du Donjon ; elle doit partir cet après midi pour Paris avec toute sa suite qui consiste en Mons' le grand Ecuyer de Hceder, M. le (iénéral major du Cercle le comte de Wittgeuxtcin, M. le Comte de l'appenheim, M. le lieutenant colonel de Vxkul, Mons' le chambellan de Schaaek, Mess" les deux pages, le comte de Sponeck et Baron de Boeder. Mons' le conseiller Steinlteil, M. ttellair, chirurgien major et M. Herlickoffcr, confesseur de S. A., deux coureurs, deux heidurs, etc.

On ne sait pas encore si Son Altesse repassera ici en revenant de Paris, on dit que son séjour n'y sera pas long.

Mons' de Keller, M' de Georgi et M. Hossel iront après demain à Besançon pour, suivant toute aparence, entamer les conférences.

Comme la poste va partir, il ne me reste que le temps de

JigrizcdbyGoOgle

pouvoir encore cacheter ma lettre, et d'assurer V. E. et Madame, que je ne cesserai jamais d'être, avec tout le respect possible, Mons', De V. E.

P. S. On dit que M. de Gemmingen (') doit venir ici en qualité de gouverneur.

Florimont, re 27 Juin 1748.

Monsieur,

Je suis obligé cl écrire de nouveau à votre Excellence dès Florimont, où je me telrouve appelle dès a vanillier pour M1 de Ferretle: on vient de m'y envoyer dans ce moment une lettre du cher Mr Sckmidlitt. je profite de l'exprès pour remettre la présente à la poste, afin qu'elle puisse partir par l'ordinaire de demain. Voici l'extrait d'une partie de sa lettre :

Stoutgardl, le 19 de juin.

h On vient de m'appeller chez Mf le grand Ecuyer pour aller « diner chez lui, j'en son présentement. Mon séjour ne durera n plus guère , je compte d'être traîné à Tubingue dans 2 ou 3 « jours. Je ne verrai plus S. E. avant que d'y aller, puisqu'elle n part ce soir pour Louisbourg, et fera un volage avec monsei- « gneur le Duc, on dit pour Hobentwell, et pour voir ensuite les n Haras. C'est une question s'il n'y a pas un volage caché des « sous. I.e teins nous en érlaircira, si vous apprenez quelque (i chose avant moi, ayez la bouté de me le marquer. Ne dites « rien de ce passage à personne, crainte qu'on n'en tire de ii fausses conséquences.

Votre Excellence peut juger si on ne doit pas tirer une fausse conséquence de la lettre du cher SchmUtlin, qui lorsque mon seigneur le Duc vient voir ses sujets de Montbéliard. il croit que c'est visiter ses Haras; n'est ce pas prendre les gens de notre pais pour des bétes d'une nature cabaline, mais je lui pardonne; bien d'autres que lui le croyent de même.

Sans continuer la narration des circonstances du séjour de S. A dans ce pats, laquelle je remets à l'ordinaire de samedi

II) M. de GemmlDfffîn devint en effet gouverneur et eut M. de Fulicr pour

JignzcdbyGoOglC

- 7rt -

prochain, faute de teins à pouvoir le faire par relui de demain, a cause du prompt retour de l'exprès, votre Excellence me pardonnera si je me restreins à lui marquer que S. A. S. est repartie d'ici avant hier, jour de lundi, précisément à midi, avec toute sa suite, qui doit l'avoir suivie de six en six heures, elle est passée par Héricourt, accompagnée dans sa voiture, de M* le grand Ecuyer, M' de Pappenlirim, et de M» ReUecomhe son homme de chambre, avec trois domestiques à cheval, il va joindre la route de l'aris, sans passer à Belfort. t'n moment avant le départ de S. A., elle a lait connaître mais tacite, qu'elle serait de retour dans noire pais, au plus tard dans 3 semaines. Dieu le veuille, et que son séjour à Paris ne soit pas aussi long que celui de M. Rossel.

W Jeanmaire le jeune est fait secrétaire sur le même pied qu'était M. SekmùtUn, son brevet doit lui a voir été expédié avant le départ de S. A. de Montbéliard. Votre Excellence me pardonnera, si je suis obligé de finir présentement, je n'ai pas plus de tems à moy, et quoy que mon papier soit meilleur que le précédent, la plume n'est pas meilleure.

Les deux maisons de Mess" de Ferrette et de Fhrimont vous assurent avec madame, de leurs respects, aussi bien que celui qui a l'honneur d'être, à tout jamais, avec une affection à toute épreuve,

Mons', De Votre Excellence, Le très h...

P. S. j'espère que V. E. aura reçu mes lettres du ai, 22 et 24 du courant.

.Montbéliard, ce 1" de Juillet 1748.

Monsieur.

J'envoie ici à la hâte à votre Excellence un détail de ce qui s'est passé ici pendant le séjour de S. A. J'ay été encore & Florimont où j'ay resté dès le 24 juin jusqu'à ce matin, n'étant arrivé que depuis une heure, je l'emploie tout de suite à charbouiller la présente, pardonnez moy, s'il vous plait.

Le samedi 22 juin, après que S. A. eût reçu tes complimens des différens magistrats etc. ; elle fit rester à diner à sa table de 11) couverts, Mous' le comte de Sponeck, M. de Tliécenot, Mons» le

JigrizcdbyGoOgle

conseiller liropp, M. le surintendant Macler, M. le maître bourgeois en chei Richard, M. Satller fils, et M. le conseiller l'erivnoi de Besancon, qui s'était trouvé ici la veille, à dessein d'y rencontrer nos mess" de Paris, et lequel a continué de manger à la table de S. A. les jours suivans. Dans la seconde table servie dans le vieux apartement de vos domestiques, étaient d'autres cavaliers. M. Sirebon, baillif d'Héricourt, le confesseur de S. A. Mr liellair etc.; pendant le diner on fit plusieurs décharges de canon au cbAleau , aussi bien que du canon et de la mousqueterie de la maison de ville. A six heures du soir, S. A. monta à cheval et se promena par toutes les rues de la ville et le faubourg acclamante populo ; S. A. alla ensuite visiter la forge d'Audincourt , accompagné de M. le grand Ecuyer, M' de Georgi, M. le comte de Wittgenstein. M. de Roedrr page ; M. le grand forestier Sattler fils, et Bregentzer oflicier. Lorsque S. A. passa vers la boucherie, la fille du serrurier llrurt ayant chargé un petit canon, tenant la mèche à la main, lorsque 8. A. fut près de sa maison, elle y mil le feu, en criant Vive Charles, et jetant son calot en l'air et qui tomba dans la rivière, ce qui fil plaisir a S. A. ; elle en fil de même à son retour, S. A. lui fit remettre un louis d'or, également qu'a une autre tille du commun, qui lui présenta un bouquet d'une grandeur énorme, sur la chaussée devant le pont; S. A. le partagea à toute sa suite, après qu'il en eût mis une partie sur son chapeau, et à la bride de son cheval , ce qu'elle lit aussi (aire a toute la compagnie. S. A. avait monté la jument du défunt Jacques de Tkéreriot.

A son retour de la Forge, après avoir soupe légèrement, elle lit retirer la compagnie, et s'en fut promener à pied jusqu'à onze heures par toute la ville, accompagnée seulement de Mr le comte de Pappenheim ; Elle examina les illuminations de toute la ville. La servante de M. Fallût, le marchand, ayant rencontré S. A. devant les Halles, sans domestique, elle lui proposa de le conduire au château avec sa lanterne, cequeS.A. accepta, et pour ses peines lui donna deux écus de six francs.

Le lendemain matin, jour de Dimanche, S. A. entendit la inesse à huis clos dans l'appartement que Votre Excellence occupait près du neuf escalier de i'Amptfiaiisx. Ensuite elle recul encore les complimens de quelques personnes, entr autres de la bourgeoisie d'Uéricourt. (parlant d'Héricourt, le bailli

JigrizcdbyGoOgle

ayant a pris le vendredi l'arrivée du Duc à Muntbélîard, il ordonna des illuminations par tout Héricourl, et fit faire des décharges de quelques pétards, pour faire paraître extérieurement un zèle pour S. A. qui n'a jamais été dans son intérieur.) Le Duc se transporta à midi au Donjon, pour le diner, Messieurs du Conseil, excepté le S* de Thielte, eurent l'honneur de manger avec lui. On lit après midi parader l'infanterie bourgeoise qui était au nombre de 300 hommes. La cavalerie au nombre de i'i, ayant le S' Dupuis pour trompette, et tous ensemble en habits uniformes rouges et chapeaux bordés en or : et l'infanterie de la ville au nombre de 30 jeunes garçons; le tout se passa fort bien. Le duc s'amusa a jouer au billard avec Mr le comte de Pappenheim, Mr de Sehaack, et M. Sattler fils, jusqu'à six heures du soir; elle monta ensuite à cheval, accompagnée des mêmes cavaliers que le soir précédent, et alla ensuite entre Audincourt et Valentigney pour voir pêcher et plonger les Sircoulomb : Toute la compagnie de cavalerie l'accompagna jusqu'hors de ville, le Duc n'ayant pas voulu qu'ils allassent plus loin, crainte de la poussière qui l'aurait incommodé en chemin. La suite l'ordinaire prochain, la poste va partir.

Leurs Excellences messieurs de Keller et de tieorgt avec Mons' le Procureur général Itossel, M' Osiander, et les deux mess" qui étaient à Paris avec M. de Keller, partirent pour Besançon, mercredi dernier, d'où ils se rendirent hier soir à Passavant pour prendre aujourd'hui possession de cette seigneurie : Ces messieurs envolèrent hier un exprès à Mess" le conseiller Duvemoy et grand forestier Sattler pour les y aller joindre aujourd'hui. De là ils passeront à Clerval, Châtelot, et Granges, etc. pour en prendre également possession : Mais on se tait toujours sur les conditions de la restitution.

Madame la conseillère (ïoguel accoucha vendredi passé d'une fille, qui fut balisée le jour suivant. Leurs exe. Mess" de Keller et (ieorgi, M. le procureur général, ont été choisis pour parrains, représentés par M' le conseiller Duvemoy ; Madame Dodelan (') a été marraine.

(i, La famille de la Chaume de Dodelan était originaire de Picardie. Elle s'était réfugiée à HoDtbéliard pour cause de religion. Elle s'éteint en 1731. Ils «valent une sépulture a Clairegoutte.

JignzcdbyGoOglc

Toute ma famille avec M. Ducernoy mon beaufrère baisent 1res humblement les mains à Madame , à son Excellence, etc. ; et j'ai l'honneur d'être avec un parfait respect.

Monsf, De votre Excellence, etc.

J'espère que mes lettres du 20, 22, 24 et 27 juin seront parvenues à votre Excellence.

Florimont, 4 Juillet 1748.

Monsieur,

Pour continuer à votre Excellence la relation de ce qui s'est passé pendant le séjour de son Altesse dans cette ville, je commencerai par quelques circonstances qui m'étaient échappées dans mes précédentes, et que je me suis rappelées du depuis à loisir; elles serviront de supplément. Monsieur le ministre d'Etat de tieorgi reçut il y a quelque temps une lettre de Stuttgart, par laquelle on lui assura que Monseigneur le Duc arriverait sur la fin de juin à Montbéliard; mais dans le temps qu'on était occupé à laire des préparatifs pour le recevoir, arriva le 21 juin un courrier de grand malin, qui annonça que M' le grand écuyer arriverait ce jour là à midi avec une personne qu'on ne nommait pas. En effet à midi et quart arriva un ca rosse de poste, dans lequel était S. A. S., Mr le grand écuyer, Mr le comte de l'appeulieim et le S- Beltecombe : on leur servit d'abord à dîner , après quoi ils se mirent sur le grabat, parcequ'ils avaient couru nuit et jour étant parlis le 19 au soir de Stuttganl. S. A. fut donc invisible ce jour là, et on n'osa faire aucun éclat, par bonheur pour la bourgeoisie qui n'avait pas encore mis un monde sur pied pour la parade ; le Magistrat envoya seulement une garde à la hâte de 20 ou 30 hommes au château pour la personne du Duc.

Le lendemain 22, S. A. reçut les hommages et compliments de tous les corps en leur répondant elle même en françois avec beaucoup de bonté. Sa réponse au Magistral fut : h M", je suis sensible aux vœux que vous faites à mon arrivée dans ce pays, et vous devez être persuadés que toutes les occasions me seront chères où je pourrai faire voir que je suis moins le souverain que le père de mes sujets. »

JigrizcdbyGoOgle

Le même jour S. A., à son retour d'Audîncourt, fui escorté jusqu'au château par une cohue de peuple et surtout de femmes qui criaient, vive Charles, et jetaient leurs calots eu l'air, lesquels retombaient comme la grêle sur la personne et sur le cheval du Duc. Comme H se divertissait de ce fracas, il voulut que celte joyeuse canaille eut la permission d'entrer au château et de le voir souper.

Le lendemain 23, jour de dimanche, la parade monta au château : la cour assista au service divin dans l'église allemande, excepté le Duc qui resta dans sa chambre avec son aumônier ('). A dîner , toute la ville et une partie du pays et des seigneuries coururent en foule voir manger le Duc. Le château était rempli de monde, S. A. ayant ordonné qu'on laissât entrer un chacun indifféremment. Le canon du château ronfla beaucoup, également que celui de l'hôtel de ville. Il est à noter que le Magistrat en a acheté cinq petits en fonte depuis quelques mois, qui sont fort jolis. Les compagnies d'infanterie bourgeoise paradèrent autour du château et se postèrent vers la porte Si-Pierre, où ils firent plusieurs décharges. La compagnie de cavalerie du Barreau fit la même chose. A 4 heures après midi le Duc fit couler 20 thinnes de vin moitié rouge, moitié blanc, devant les Halles, et jetter 300 micheltes de pain pour le peuple. Sur le soir, le Duc étant monté à cheval pour aller voir la poche du Doubs, a son retour, même escorte, mêmes huées.

Le Magistrat avait fait tapisser la porte St-Pierre en dedans et en dehors de verdure de sapin, et parsemer d'oranges et de citrons, mais auxquels on ne pouvait mordre, car ils étoient en bois et ornés de tableaux qui représentaient différentes vertus ; on pratiqua artistement quantité de lampions parmi cette verdure, lesquels, lorsqu'ils furent allumés pendant la nuit, formèrent un joli coup d'reil pour le château.

Le Magistrat fit aussi ériger un feu de joie en la poudrerie, joignant le jardin d'Eberlé. Le 23, à 8 heures du soir, tous les trois corps assemblés en l'hôtel de ville, en habits et manteaux noirs, allèrent en cétéinouie deux à deux, précédés d'un détachement de cavalerie et d'infanterie et suivis également de pareils détachement, les premiers de chaque corps ayant chacun à leur côté deux trabans avec de grands flambeaux allumés. Ils

(il Le duc, on s'en souvient, était catholique.

JignzcdbyGoOglc

allèrent, dis je, en cet ordre allumer le feu de joie et s'en retournèrent quelque temps après, dans le même ordre qu'ils étaient venus, en l'hôtel de ville. Il y eut illumination par toute la ville jusqu'aux fenêtres des moindres savetiers.

Pendant que S. A. étoit à souper, Mma Rossel, Mllea Rossel, M™ les conseillères, y compris l'insultante Mino la capitaine Goguel, M*"™ Gropp, Guiger et autres de la ville , au nombre d'environ trente, montèrent au château pour faire leur révérence au Duc en habit de gala. Ma femme n'y fut point; elle était représentée par ses deux filles. Lorsque ces dames descendirent, Monseigneur le Duc conduisit par dessous le bras M1'11" Rossel et Raisin jusque chez elle, ensuite il alla encore se promener par la ville jusqu'à minuit. Enfin le 24 vers le midi, fut le départ de S. A. S. pour Paris. Comme il prit la route par Héricourt, l'infanterie bourgeoise alla se ranger en haie au grand jardin par où il passa : les chevaux légers furent prendre le Duc au château, la moitié de la compagnie marchant devant le carrosse du Duc, et le reste après. L'infanterie fit des saluts au passage du Duc, et la cavalerie l'accompagna au galop jusqu'aux bornes de la banlieue, sans oser aller plus loin, sic transit gloria mundi. Notre peuple qui est affamé de pain et de spectacle, semblable au peuple Romain qui ne demandait que panent et circemes , s'est vu tout à coup dans un grand vide. Pour surcroit, M™ de Relier, de tieorgi et Rossel partirent encore le surlendemain pour Besançon, pour travailler à l'exécution de leur négociation: ils doivent être actuellement à Clerval. sans qu'on sache ici de quoi il est précisément question. Ueus diem docebit. Notre Duc en passant par Héricourt a été honoré des acclamations du peuple et partout des filles et des femmes qui l'ont presque assommé de guirlandes et de bouquets. Le Seigneur conduise ses pas et bénisse ses bons desseins; et puisque nous ne pouvons pas le posséder ici , lui donne pour lieutenant chez nous sou digne et aimable ministre de la cour de Vienne, duquel tout ce qu'il y a de gens de bien ici aimeront et respecteront la personne et l'épouse jusqu'au delà du tombeau.

La bourgeoisie a résolu de demander à S. A. S. à son retour, le rappel de V. E. dans ce pays, comme une grâce; il n'a pas été possible, il le sait, de le faire au premier passage. M' t'ierrei

JigrizcdbyGoOgle

du Paipet (') , officier à la suite des mandians et une colonne antique de l'hôpital , tomba dernièrement en bas de l'escalier dudit hôpital, et se cassa la tête ; il se traîna dans son lit, où on l'a trouvé mort le lendemain ; il n'est pas encore remplacé. Mmo pourra se dispenser dans la suite de le faire saluer. Il est beaucoup regretté ; il était amusant.

Mr Hos.sel est à la prise de possession de laquelle nous n'avons aucune nouvelle. 11 a ramené de Paris une très belle voiture. L'abbé se porte bien et Stackkr se porte mal; il est toujours hémiplectique ; il fera bientôt usage des eaux de Plombières; il salue très humblement votre E. el Mad°. Peut-être partirai il pour la gloire. Climène est promise avec Mr Sckmidlin. Votre perroquet vit encore et attend avec la bourgeoisie votre E. avec impatience. M1 le conseiller Gropp m'a prié d'assurer votre E. de ses 1res humbles respects, aussi bien que M" et M«IIm rf« Ferretie et M' de Florimont. La lettre du 't± m'est fort bien parvenue avec l'incluse que j'aurai l'honneur de remettre k W de Ketler, au cas où il arrive comme on l'espère. J'en ai également reçu une précédente le 22 dilo. Ma plume, S. V. , ne veut plus aller. Je prie votre E. d'être persuadée avec Made que je ne cesserai d'être avec un profond respect, Mr, de votre Excellence le très humble serviteur.

Je n'ai plus de papier. Pardon S. V. P. et ma plume est revécue à son ordinaire ici. Ma dernière est du 1 Juin et celle-ci est du 23 dito à 11 heures et demi du soir, et mal à mon aise. J'espère que V. E. pardonnera tout.

15 Juillet 1748.

Monsieur,

Il m'a été impossible d'écrire à V. E. par l'ordinaire du 8 du courant, je me trouvais absent ayant encore été appelé à Florimont le 6, d'où je n'ai été de retour que le 1 1 au soir. Je fis prier mou beau frère Duvernay de marquer à V. E. par l'ordinaire du 1 1 ce qui s'est passé à la prise de possession des seigneuries, et il s'en est acquitté comme je l'ai appris à mon retour. Les lettres incluses dans les deux dernières du il et 29 Juin pour

(1) Surnom évident.

JignzcdbyGoOglc

M" B. de K. et de G. {'), leur ont été remises en main propre. J'ai appris avec un plaisir inexprimable que ni gouverneur, ni président, ni grand Bailli ne pourra faire changer de sentiment. On ne négligera donc rien ici de ce qui pourra concourir à l'heureuse réussite de ce que nous désirons avec tant d'empressement. 11 a été impossible, dans la briève audience publique qu'a eu le Magistrat et le court séjour de son A. de ne rien proposer k ce sujet. Ils m'ont assuré qu'ils le feraient à son retour dans le pays verbalement, si non scripte.

Le magistrat Bourgmestre en chef que j'avais flatté d'une réponse de V. K., me demande à chaque ordinaire si je ne l'ai point reçue. Je crois qu'elle ne serait pas inutile dans les circonstances. M' le maître Bourgeois Marc David Morel me pria avant hier d'assurer très particulièrement V. E. et Madr de son parfait respect. Je le remis de la peur que lui avoit causé les nuages qui paroissaient s'élever contre le projet.

Le 9 du courant M" les B. de K. et de G,, avec M1 le conseiller Oropp, furent établir Mr Sahlerb Longevelle. On fît chanter et prêcher en l'église nonobstant vives oppositions et protestations du curé. Le 10, Mr Rossel fut établir Tueffert à Chagey; il ne trouva point le curé, mais l'église étant ouverte par l'endroit qu'on la bâtit, il y fit chanter et faire la prière; comme il fut obligé de s'assoir pendant le service sur les grandes pierres, faute de bancs, le curé après leur départ, dans l'ardeur de son prétendu zèle et dans l'excès de sa rage, a fait briser entièrement ces pierres qui avoient servi de bancs au commissaire et autres personnes de sa suite. Le 11), Mr le conseiller Oropp fut à Olay pour y établir M. Méquillet le jeune. Le curé s'absenta après avoir fait fermer et barricader les portes de l'église. On fut obligé de crocheter la serrure et d'enlever quelques pièces de la porte pour y pouvoir entrer, sur le refus constant qu'on fit de donner les clefs et d'ouvrir la porte. On y fit le service public comme dans les autres endroits. Il établitaussi ce même jour là Mr Masson a Seloncourt , malgré les protestations des curés.

Le 1 1 M' de Kelter, W Gropp, Mr Rossel, etc. furent à Blamont pour prendre aussi possession de l'église, mais à leur arrivée ils trouvèrent qu'on avait redoublé les sentinelles aux portes de

■;ii Barons de Kelter et de Cconji.

JignzcdbyGoOglc

la ville, qu'on avait mis un sergent avec cinq sentinelles la bayonnette au bout du fusil à la porte de l'église, qui en empêchèrent non seulement l'entrée, mais même l'approche à une certaine distance. Mr de la Tour fit faire de vives menaces aux protestants qui s'attroupaient sur la rue. La domestique de M' Sattler qui s'entretenait avec le domestique de M' de Keller près de l'église, essuya d'un soldat zélé une sixaine de vives bourrades de fusil à son ventre vide.

Nos Mess" furent au château où Mr de la Tour les régala; mais il ne fut pas possible de vaincre les oppositions qu'on fit à la prise de possession de l'église. Mr de Keller lit venir le ministre et les maitres Bourgeois protestants dans le poêle d'audience de la ville ; il leur lut l'article du traité qui concerne le simultané que le Koi accorde dans les églises des seigneuries pour rassurer ces pauvres gens tout désolés de voir leurs espérances prélesà s'évanouir; il leur fit espérer que dans peu il y aurait un changement favorable. Ces Mess'8 avaient donné ordre au diacre allemand Valette {'} de se transporter avec eux pour l'établir ministre a Montécheroux ad intérim; mais eu égard aux grandes oppositions dont on était menacé, on ne trouva pas encore a propos d'y aller. Ces messieurs retournèrent le même jour à Montbéliard peu satisfaits de leur voyage. M1 le conseiller Duvernoy fut envoyé en poste à Besançon pour parler a Mr l'archevêque, mais on dit qu'il fut reçu assez cavalière inent et sans succès.

Les curés s'opposent du depuis vivement au culte que nos ministres veulent faire dans les églises desquelles ils font fermer exactement les portes. Nos mess" doivent avoir donné ordre partout que si on ne pouvait entrer dans les églises sans violences , qu'on ail en attendant à faire le service dans les endroits les plus propres des villages. Comme j'arrivais hier soir fort tard de Florimont où j'étais de nouveau dès le jour précédent, je n'ai pas encore pu m in foi mer au jusle de ce qui s'est passé hier au sujet de ces églises; tout ce que j'en ai appris est que les curés en avant fail fermer les portes, les ministres ont été obligés de faire le service divin sur les cimetières. Les curés protestent qu'ils se laisseront plutôt mettre en pièces que de souffrir l'exercice de la leligiou prolestante dans les églises, et

il.i Lire Valut des Barres.

JigrizcdbyGoOgle

que le Roi ne peut leur enlever des églises qui dépendent du Pape.

Votre Excellence jugera aifémenl par ce petit récit dans quel trouble et agitation par rapport à ces pauvres églises, qu'on ne pourra point peut être qu'avec grande peine arracher de la gueule de ces ioups garroux.

Mr de la Tour arriva avant hier matin à Montnéliard polir voir nos mess" qui lui donnèrent à dîner au château ; il repartit le soir. Cette nuit est arrivé le sieur Riegert en poste de Paris, d'où il doit être parti le 12 avec des lettres pour Mr le B. de Keller. Il s'en retournera déjà te soir à Paris. M* de Keller, M* de Georgi et M1 Rossel partiront demain pour prendre possession des seigneuries d'Alsace. Après quoi Mr de Keller, sans s'en retourner ici, partira de là pour Stultgard, et il n'y aura que Mr de Georgi qui retournera ici pour finir les affaires. On ne dit encore rien de positif sur le temps de l'arrivée de Mr de Gemmingen dans ce pays. Comme la poste est sur son départ, je finis en priant votre Excellence et Made, sans oublier M' votre frère et Mcll° votre nièce, d'agréer l'assurance du parfait respect de toute notre maison et dépendance ; et j'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite considération, M' de V. E-, etc.

Florimont, ce 18 juillet 1748.

Monsieur,

Je reçus de Monsr le Prélat Kwebel par l'ordinaire du i'ô, une lettre de votre Excellence adressée à Monsr de K. ('), laquelle lui fut remise incessamment.

La dernière que j'ay eu l'honneur de recevoir de votre Excellence est du 29 juin.

Leurs Exe: Mess" de K., et de Georgi, avec M. Rossel, M. Sckeffer, M. Franck, M. Vsiander, etc. partirent le lfi en poste pour prendre possession des Comté d'Horbourg et Seigneurie de Richevier; (■) le premier de ces Mess" ne reviendra point ici, également que Mess" Sckeffer et Franck, ils retourneront, dès là, en Allemagne. Les neuf bourgeois en corps furent la veille de son départ prendre congé de lui.

(1} M. le baron de Keller.

ii) Rluuewihr

JigrizcdbyGoOgle

Monsr Reutlin qui vient de Paris où il s'est arrêté quelque teins avec nos SS. Princes, est parti d'ici dimanche passé pour les aller recevoir à Colmar.

M. Riegert est reparti d'ici en poste pour Paris, le 16, à 3 heures du matin.

M. le grand forestier Satiler est parti quelques heures avant ces mess"; il va voir en quel étal sont les forêts de nos seigneuries d'Alsace.

Il s'y est répandu un bruit général tant parmi le conseil, que parmi les bourgeois que votre Excellence arriverait ici encore avant la fin du mois, en qualité de grand chancelier; chacun me demande avec empressement, si cela est vrai, je dis à tout le monde que je n'en sais rien de positif, mais que je l'espère. Le receveur Lalance m'a même demandé un éclaircissement la dessus pour faire apprêter des chambres. Je lui ai répondu ut anle. Je crois que ce bruit vient 1° de l'empresssemeut qu'on a de revoir votre Excell: , et 2° de ce que M. Sckeffer a publié plusieurs fois que votre Excellence reviendrait ici avec M. de Gemmingen. Utinam cito.

Ce M. Sckeffer arriva ici en poste dès Passavant attaqué d'une fièvre double tierce qui le saisit au collet à Besançon ; il ne vouloît prendre aucun remède de médecin français, il a été rétabli ici dans l'espace de huit jours, et ce, par un médecin qui est, grâces à Dieu, bon allemand, et il est parti content.

On a été ici dans de grandes alarmes pendant la semaine dernière par l'endroit d'un loup enragé qui a mordu quantité de gens, de chevaux, bœufs, chiens, etc. dans les villages de Brevelier, Bussurel, Betoncourt, etc., il a même eu l'audace, en plein jour, de traverser le fauxbourg et de mordre la servante du cabaretier de la Couronne qui était assise sur son banc devant la maison. Elle en est fort malade. Il doit avoir blessé tant en ville que dans les villages onze personnes dont une partie le sont dangereusement et une quantité de chevaux, bœufs, chiens; on en fait même monter le nombre à près de cent pièces, quelques uns en sont déjà crevés : ce loup est disparu sans qu'on sache où il s'est relire ; on a souvent tiré dessus, mais inutilement.

Nos ministres des seigneuries continuent la plus part à faire le service divin sur les cimetières, d'autres dans des Granges. Les Eglises leur sont fermées, par tout excepté à Chagey où il

JigrizcdbyGoOgle

n'y a point encore de portes, les pauvres gens seraient bien à plaindre s'il fallait entendre à la lettre, hors de l'Eglise point de salut.

Le Diacre Vallel est missionnaire à Mon lèche roux , il falloit un homme de sa trempe pour faire peur au cure.

Monsr Rossel a fait parade de sa belle voiture à 3 places qu'il a eu de rencontre à Paris, elle lui a coulé 750 L. sans les équipages. Par malheur pour lui ses chevaux se trouvent trop petits et trop faibles pour la traîner, ce qui l'engagera nécessairement à une nouvelle dépense, malgré lui. Ses chevaux ne pouvant plus servir qu'a traîner son vieux tumereau.

Les officiers des seigneuries sont confirmés ad intérim.

V. Exe: agréera s. v. plait, avec Madame, l'assurance du parfait respect de celui qui est à toujours,

Monsr, De Votre Excel): etc.

A Florimont, ce 18 juillet 1748, à une heure du matin les yeux sablés.

Monbéliard, ce iù. juillet 1748.

J'ay reçu par l'ordinaire dernier la lettre de votre Excellence en date du G du courant. Jespère que mes précédentes l'auront déjà satisfait sur une bonne partie des questions qu'elle a la bonté de me former. J'ajoute ici ce que je peux avoir omis.

Mess" du conseil comparurent au château en épée. Monsr Uropp est le seul du conseil qui ait mangé à la table de Monseign. le Duc et cela le lendemain de son arrivée, avec Mess" de Sponeck, Thécenot, M. M acier et Richardot, etc:. Je me souviens d'avoir marqué à voire Excellence que, le Dimanche, surlendemain de l'arrivée de S. A. S., Mess" du conseil avaient eu l'honneur de manger à sa table. Mais j'étais mal informé puisqu'il n'y en eut aucun qui y mangea. Mons' ftossel même qui fut invité ù dîner ne mangea qu'à la seconde table. M' Sattler qui prenait a l'ordinaire ses repas au château n'a également jamais mangé qu'à la seconde table : les autres Mess" du conseil ont régulièrement mangé chacun chez soi. Comme on les a vu monter au château environ aux heures du repas de S. A. S. c'est ce qui lit croire qu'ils y mangeaient, et je n'ay pu d'abord "être informé du vrai, ayant été à peu près toujours absent pendant le séjour de S. A. S. dans cette ville.

JigrizcdbyGoOgle

Mons* le Grand Ecuyer occupait l'appartement de M' Knebet dans Vamptkauxs et la chambre joignante. Personne n'occuppait l'apartement de M1 votre frère; il y avait une table pour des gens de la suite du Prince. Mr de Keller occuppail les appartemens au dessus de la fontaine du Donjon. M. de Georgi ceux qu'occuppait autrefois voire Excellence au Donjon. M. le comte de Pappenheim logeait au dessus.

M' le comte de Wittgewstein occupait l'apartement de la Tournelle au dessus du Iteerheh.

M. Bellair étoit logé au dessus. Mess" à'Uxkuhl et de Schaak logeaient aussi au Donjon, mais je ne sais dans quels appartenions.

Les pages étaient logés chez M. Pries, les heyducs avec d'autres domestiques chez le Prince Beurnier.

Mess" de Sponeck et Thérenot montèrent au château séparément, mais ils se trouvèrent ensemble lorsque S. A. S. donna audience.

On ne parle point encore de raccommoder le vieux château.

M' de la Tout, ni aucun officier du voisinage n'est venu complimenter monseigneur le Duc; on croyait peut-être que son séjour ici serait plus long.

On m'a dit que M. le conseiller Perinot, de Besancon, sollicite vivement la charge de chancelier des seigneuries. M. rie Trétiley ('} , conseiller du Parlement de Besançon et frère de l'abbé L'atiron que votre Excellence a vu au chaleau, demande aussi cette charge à ce que j'ay appris. On ignore encore le retour de S. A. S. et s'il se fera par ce pals.

On croit que Mess" les Plénipotentiaires finiront dans peu de jours leur prise de possession des seigneuries d'Alsace et que MM. de Georgi, Rossel et Osiander pourront être de retour ici sur la Un de cette semaine.

Je n'ai pu faire les compliments de votre Excellence à ces Mess", ni m'ac (uilter de la commission envers M. de K. au sujet des œuvres du Cardinal de Cus:, ils étoient partis quelques jours avant la réception de la lettre.

M' l'avocat Duiervoy se marieia avec Mail11* Rossel l'aînée, de demain en huit, si M. Rossel est de retour pour ce tems là.

M. Fesck a écrit cette semaine à de uos Mess" qu'il ne pour-

lll M. doTrtvillers,

JigrizcdbyGoOgle

fait partir pour Moatbéliard avant le retour de Monseigneur le Duc, je ne sais ce qu'il entend par là.

Mods* Bregentzer, l'officier, est totalement tombé dans la disgrâce des Bourgeois sur ce qu'il doit avoir dit; ils l'accusent d'axoir dit dans une compagnie où il s'y rencontrait plusieurs ministres et des étrangers que tout ce que les Bourgeois avaient fait pour la réception de S. A. S. dans cette ville n'avait point été fait de bon cœur de leur part, que ce n'était que par hypocrisie; comme M' llregentzer n'avoue pas ces expressions, le magistrat a fait informer, et on a entendu plusieurs témoins. La populace était si fort irritée, que, si on ne l'avait empêchée, M. le Prévôt passant devant les halles aurait été maltraité par les femmes qui s'étaient attroupées et qui voulaient même le jeter dans la fontaine. On l'accusait ou plutôt on lui reprochait d'avoir inspiré ces senti mens à son gendre qui ne les aurait point sans cela.

M. le Prévôt a été obligé par crainte d'ultérieures insultes de la part de cette populace irritée et pour éviter une ablution dont il était menace, de présenter requête au conseil parla quelle il implore la protection du Prince; elle fut signiliée ou communiquée aux Bourgeois qui doivent y avoir repondu. Mais je crois que toute cette dispute et procédure est présentement étouffée pour raisons.

On attend sur la tin du mois M1 de Gcmmingen notre nouveau gouverneur; son rescrit doit être arrivé et Mess™ du conseil lui ont déjà écrit a ce que j'ay appris.

On (ut ici extrêmement frappé en apprenant la nouvelle de sa nomination par la seule crainte qu'elle ne fût préjudiciable au retour de votre Excellence dans ce pays , mais ses deux dernières lettres ont rétabli dans nos esprits craintifs le calme et l'espérance. Fasse le ciel qu'elle soit bientôt accomplie !

Les uns disetit ici que votre Excellence arrivera dans un mois, d'autres dans deux mois au plus tard , d'auties disent quelle est déjà à StoUtgard, d'autres en lin que ce ne sera qu'à la fin de l'automne qu'elle sera ici. On remarque parmi tous les Bourgeois un grand empressement de îevoir bien lui voire Excellence, je me tue de lépondre à ceux qui m'en demandent des nouvelles, que ce sera dans peu.

La Eberli, autrefois votre blanchisseuse, m'a prié de marquer à votre Excellence qu'elle attend avec impatience son retour, et

J.gnzcdby G00£>le

qu'elle la prie de vouloir bien en ce cas la reprendre à son service en quelle qualité que Madame souhaitera, soit comme blanchisseuse, cuisinière ou autrement; elle ne veut prendre aucun autre service en attendant.

M. Dmemtoy, et toute ma maison, jeunes et vieux, présentent à votre Excellence, a Madame, à Madll° Yollman et à Mr votre frère, l'assurance de leur partait respect.

J'ay l'honneur d'être, avec un attachement sincère et à toute épreuve,

Mons», De votre Excellence, etc.

Mes deux dernières lettres sont du lîi et du 18 du courant.

F. S. Si votre Excellence a occasion d'écrire à M. le Prélat Knebel, je la supplie de lui recommander le pauvre candidat Roy pour qu'il ne lui soit point fait de tord dans les remplace mens à faire des ministres dans les seigneuries; c'est un bon sujet qui a de la conduite, qui ei>t des seigneuries, il a dix ans d'académie, mais fort pauvre et sans protection, je m'intéresse pour lui parce que c'est un élève de feu mon père.

Florimont, ce 2i> juillet 1748.

Monsieur,

Quoique nous soions en pleine et abondante moisson, l'ordinaire d'aujourd'hui se trouve cependant fort stérile eu fait de nouvelles. Ainsi votre Excellence excusera la brièveté de ma lettre.

Nous attendons toujours le retour de Monseigneur le Duc, sans savoir, ni quand, ni s'il arrivera ici.

La bourgeoisie continue, nonobstant cette incertitude, de faire les préparatifs pour sa réception. Il y aura, outre 30 hommes de cavalerie eu uniforme rouge (la ville se charge du louage et de l'entretien des chevaux) et l'infanterie Bourgeoise, encore 30 hommes, ou plus, de grenadiers en bonnets jaunes à bords noirs.

Le Magistrat a tait peindre les armes du Duc et de la future Duchesse, dans deux grands écussons ovales, chacun de 5 pieds de haut, pour les mettre au dessus de la porte de St-l'ierre.

JigrizcdbyGoOgle

On fail faire encore quantité de lampions et de Vire Chartes, pour les illuminations publiques et particulières. On pose présentement sur nos deux fontaines publiques les deux statues que le magistrat a fait faire, et des quelles j'ay eu l'honneur de faire mention à V. E. dans mes précédentes.

Les deux maisons de Florimont et de Ferrette m'ont chargé de faire mille complimens à V. E. et a Madame et de vous marquer qu'ils attendent leur retour dans notre paîs avec grande impatience.

Mess" de Ferrette ont fait raser entièrement leur vieille maison, et ils en bâtissent une nouvelle qui sera magnifique, mais qui leur coûtera plus de 40000 L.

Je suis de nouveau à Florimont dès lundi après midi, mais grâces à Dieu, les malades que j'y avais sont présentement con valescens, et j'espère d'être ci après plus sédentaire a Montbéliard. Leurs festins continuels m'ont plus lassé que leurs Louis, quoiqu'ils aient été à peu près aussi fréquens.

Je me rendrai à Montbéliard, à ce que j'espère, pour le diner d'aujourd'hui, et, s'il est possible, j'y serai avant le départ de la poste.

Je crois que l'ordinaire de lundi pourra me fournir plus de matière à écrire à V. E. que celui d'aujourd'hui.

Je prens la liberté de présenter à V. E. et à Madame , mes respects ordinaires, mais toujours sincères , en la suppliant de croire que je serai, à jamais, avec la considération la plus parfaite,

Monsr De Votre Excellence, etc.

Ce 25 juillet 1748.

Mes deux dernières sont du 18 et du 22 du courant.

P. S. Je viens d'arriver à Montbéliard. et j'appreos que les équipages de M. le gouverneur arrivèrent hier sur deux charriots, outre 4 chevaux de voiture et 4 chevaux de selle, et une voiture, dans laquelle il y avait une gouvernante et des domestiques.

Nos Mess" arriveront ce soir de leurs expéditions d'Alsace. A Montbéliard, ce 25dito, a 11 heures.

JigrizcdbyGoOgle

Montbéliard, ce 29 Juillet 1748.

Monsieur,

J'ay l'honneur de donner avis à votre Excellence que Monsieur de Georgi, M' Ronel, et Mr Osiander furent de retour dans cette ville avant hier 27 du courant, à onze heures du soir.

J'ay appris d'eux qu'ils se rendirent dès Montbéliard à Colmaroù ils ont séjourné quelques jours et où, à leur arrivée, ils ont reçu les coniplimens des officiers du Bai Mage el des magistrats et surintendant des seigneuries qui se rendirent à cet effet a Cohnar. Mess™ les Plénipotentiaires furent régalés par Mr le Président, M' le Préleur et M. Reutlin successivement. Dès là, sans passer dans les dites seigneuries, ils furent à Strasbourg, où, ayant conféré avec M. l'intendant, celui-ci leur laissa l'option de prendre soit un commissaire, ou un notaire royal, ou un huissier royal pour la prise de possession des seigneuries situées dans la province d'Alsace, ils se sont contentés d'un notaire royal à cet effet.

S. E. M. de KelUr sans s'être transporté dans les dites seigneuries, a quitté ces mess" mardi 23 , à Strasbourg , pour se rendre à Wilbade. (').

Mr de Georgi et ces autres mess" retournèrent le 24 à Colmar et dès là se rendirent le 25 à Reichenveir (') : ils prirent possession de cette seigneurie le même jour, ils y furent régalés splendidement par le magistrat. Il n'y avait que fêtes et festins dans ces seigneuries, grands et petits se régaloient, environ 300 hommes étoient sons les armes, une partie en uniforme vert avec des vestes jaunes, ils étaient précédés de toute sorte d'instrumens de musique , tout le monde avoit des cocardes noires et jaunes, les magistrats en distribuèrent même à M1 le Plénipotentiaire el à sa suite. 11 y avait de fort belles illuminations publiques et particulières avec quantité de Vite Charles; le magistrat avait fait peindre les armes de S. A. avec celle du Roy sur toutes les maisons publiques, on fit quantité de décharges de petits canon et de mousqueterie, pendant tout leur séjour à Reichenveir.

(I) Wlldbad, en Wurtemberg.

i.2, Rlqucwlbr.

JignzcdbyGoOglc

Le 26, ces mess™ prirent possession d'Horbourg, où il y eut même parade, mêmes décharges, même fêle et régal, également que dans tous les villages en dépeudans.

Mr de (leorgi se loue infiniment de la réception splendide qu'on lui a fait dans ces terres d'Alsace. Il en est enchanté et ne saurait assez exalter la beauté de ces deux seigneuries. II compte de s'en retourner dans le Wîrtemberg sur la fin de cette semaine, teins au quel on attend ici notre nouveau gouverneur, qui doit s'être marié avant son départ avec M1'0 de Berenfetd, âgée à ce qu'on dit d'environ 40 ans ; on m'a dit que ses appointetnens comme gouverneur se montent à 3000 florins outre l'iOO florins comme grand bailli avec la faculté de prendie des mtttralia pour la moitié de ses gages sur le pied de Stout gard. Il a, outre cela, le grand jardin et les autres dépendants du château.

Il achètera son bois, fourrages, etc: de la seigneurie , il a le grand et petit gibier franc, également que le poisson. On dit qu'il aura H chevaux. Mous' de Georgi, chez qui j'eus hier l'honneur de diuer avec Mess" les conseillers Rosxet et Gropp. but ii votre santé avec toute la compagnie; il m'a chargé de vous faire mille complimens de sa part et à Madame. On ne croit plus que le retour du Duc se fasse par ce pals, il passera par la Lorraine et par le Palatin;*!, Monsr de Georgi nous a dit à table qu'on pouvait cependant être assuré que S. A. S. reviendrait ici l'été prochain avec notre future Duchesse.

Tout le monde est empressé de savoir quel logement occupera votre Excellence à son retour dans ce pals, et sous quel caractère elle y sera. — Toujours sous celui d'honnête homme leur répondis je.

On m'a assuré aujourd'hui que Mr Fesch ne reviendra point ici, mais qu'avec une bonnette pension il doit se retirer à Basle avec le carractère de résident de 8. A. dans cette ville.

Mr notre gouverneur sera chargé de finir le reste des dilti cultes concernant ce Pats, avec les commissaires du Roy.

On s'oppose toujours a l'exercice public de la religion dans les Eglises des seigneuries, les ministres continuent défaire leur service sur les cimetières ou dans des granges lorsque le temps ne le permet pas autrement. On continuera ainsi jusqu'à ce qu'on aie des ordres ultérieurs de la cour.

Tous les officiers des seigneuries continuent leurs fonctions ad intérim, sur le même pied que du passé.

JigrizcdbyGoOgle

Mr te conseiller Durernoy est parti hier matin pour Besancon ou il achèvera de régler à l'intendance le restant des deniers du séquestre.

M' Heutlin vient d'être fait stettmeister de Colmar.

On va signifier a Mr le comte Ferdinand de Coligny ( ') un acte de déguerpisse ment pour sa seigneurie de Baldenheim.

Outre les assurances de respects ordinaires, j'ay l'honneur d'être, avec les sentimens de la plus parfaite considération. Monsr, De votre Excellence, etc.

La dernière lettre que j'ay reçue de votre Excellence est du 6 de juillet, je n'en ay reçu aucune postérieure. Mes deux dernières sont du ti et du 25 courant.

P. S. M. Metz, qui est à Paris, vient encore d'obtenir du Duc 1200 L. de gratification extraordinaire. Le Duc partira de Paris le 3 ou 4 du mois prochain.

Monlbéliard, ce I" d'août 1748.

Monsieur,

J'ay reçu par le dernier ordinaire la lettre de votre Excellence datée le 17 juillet dernier.

J'ai une vraie satisfaction d'y appercevoir que mon griffonnage contribue quelque fois à son amusement.

Quant aux différentes questions que votre Excellence a la bonté de me former dans sa lettre, j'ai l'honneur de lui marquer en réponse, Que :

Les fontaines coulent dès le commencement de l'année et que l'entreprise a très bien réussi. On les a peint la semaine dernière, et les statues sont posées actuellement : celle de devant les Halles représente la Justice, et celle sur Si-Martin l'Espérance, mais non pas celle qui est bannie du Païs.

Le vieux Sattler a fait sa révérence à S. A. S. seulement le dimanche; il n'y resta qu'une minute tout au plus, parce qu'on allait dîner. Il ne s'y présenta que cette seule fois, et cela comme un particulier et en habit brun. 11 a donné en fief à son

(1) L'n des fils naturels de Léopold-Eberbsrd.

JigrizcdbyGoOgle

lils. j'ignore sous quelle condition, son habit verd ferré d'or y compris tous les autres harnache mens qui en dépendent, et aven lesquels celui-ci a paradé pendant le séjour de S. A Mais je crois que le père exerce déjà le droit de retenue sur iceux. Je ne sais s'il ne serait pas acquitté de toutes les prestations nécessaires. 11 ne s'y est présenté personne de la part du Prince de Pourrentrui ('). peut-être attendait-il que le Duc comme son vassal, le prévienne. M. le conseiller (Sropp a été envolé à sa rour pour demander la levée du séquestre des revenus situés dans ses états, on la lui a d'abord accordée, il a été très bien reçu et ce qu'il y a de meilleur, c'est qu'il rapporta en beaux Louis les sommes qui se trouvaient dans ce séquestre, et qui se montaient à environ 23,000 L.

l.e Duc n'a point été au Parc.

Metzger qui fait la cuisine de MonsT de Georgi a aidé le cuisinier de S. A. S. Aucune autre personne ne s'en est meslée, chez (ittyot, continuent d'être les provensiers.

Les vassaux de Oranges également que tous les autres doivent reconnaître à ce qu'on croit le Duc comme leur seigneur direct.

Je crois que le comte Ferdinand de Coligny est tondu pour Baldenheim, il sera de Nirgendsheim.

On prétend que les Ministres établis dans les seigneuries y subsisteront malgré l'opposition des curés et de l'archevêque et qu'on aura la moitié des Eglises.

On marie M' l'avocat Duvernoy ce matin, à dix heures, en l'Eglise de St- Martin, avec Madl,e Fanchonnette. Les noces se font dans la maison de M. Rossel en la rue Surleau. J'en suis avec mes deux petites. S. E. M. de C. y est invité, mais je doute fort que ses occupations lui permettent de s'y rendre.

On n'a poiul voulu admettre nos Mess" à la prise de possession du village d'Osteim en Alsace et de ses dépendances. M' l'intendant de Strasbourg suppose que c'est une seigneurie séparée qui appartenait en propre à la Princesse Anne défunte et qui peut avoir des héritiers autres que le Duc. Mais on croit qu'il n'en sera rien parce que c'est une ancienne dépendance de Ueichenveir, et que la Princesse ne possédait ces terres qu'en apanage. On n'est pas bien inquiet sur cet article, également que

(1| Porrentruy.

JigrizcdbyGoOgle

sur relui de nos Ministres des seigneuries. M. de Gcorgi nous assure que dans [ieu de jours tous les obstacles seront levés, que nos affaires sont sur un liés boa pied à Paris. Il nous fait aussi espérer que votre Excellence pourrait revenir bientôt dans ce paîs, ce sont des espérances bien flatteuses pour nous. On ne négligera rien ici pour en procurer l'heureux et prompt accomplissement s'il est possible ; le teins ne fut pas favorable pour proposer la chose , l'audience que S. A. S. donna au magistrat fut publique et fort courte par l'endroit de l'aflluence de ceux qui se rencontraient là en même lems pour le même fait, et, à son départ, lorsque le magistrat moula au château avec les 3 corps, S. A. fît connaître qu'elle dispensait un chacun de lui faire la révérence et elle remit à tous, gracieusement, les complimens qu'on allait lui faire. Ainsi on ne put plus lui par- 1er ni proposer ce qu'on avait projeté.

Je viens de finir nos difficultés avec Madame Mégerlin ('), par l'achat que j'ay fait de ses biens fonds situés à Coutenans, Luze et Montbéliard pour la somme de huit mille livres, je dois lui faire toucher d'abord la moitié de cette somme et l'autre moitié sur la fin de celte année : Je crois que j'ai fait un fort bon marché ; il n'y a que les paîemens que je trouve mauvais pour un sujet aussi peu pénunieux que je le suis présentement. J'ai recours à la bourse de mes amis pour le premier terme, et pour le second Deux providebit. M. Jaqtiin, de Lyon, me fait le plaisir de me fournir une bonne lettre de change pour aider le premier paiement, avec la faculté de pouvoir le rembourcer par 5 ou 600 livres. Dieu lui rende (').

Monsr notre gouverneur arriva ici hier avec sa Dame à huit heures du soir, avec une berline et une chaise pour lui et sa suite; ilsétoient trainés par 3 chevaux de poste; personne ne les a encore vu à l'heure qu'il est, on montera seulement au château environ les II heures pour lui faire les salutations usitées. M. de Oeorgi me lit l'honneur de me dire avant hier qu'il lui

(1) Veuve d'un ancien recteur du Gymnase.

<£ Bcrdol s'attacha a son domaine de Coulhenans. Il y trouva en 1749 des sources d'eaux salées sur lesquelles il écrivit un mémoire intéressant qui élail entre les mains de Charles Duvernoy. Il découvrit aussi dans ce village une mine de houille et des couches d'ardoises. L'exploitation de la houille dura de 1768 H 1772 et donna de faibles résultais peut'étre parce que les moyens d'exploitation taisafcnl alors défaut.

JignzcdbyGoOglc

laisserait un jour pour recevoir les complimens, qu'ensuite 11 resterait le lendemain avec lui pour le mettre au fait des aflaires et qu'ensuite il se disposerait à partir pour Sloutgard. On croit que ce sera dimanche ou lundi au plus tard.

Madame la Comtesse de Sponeck vient de me faire demander l'adresse de V. E., je lui ai fait dire qu'elle n'avait qu'a in envoyer sa lettre que j'envoie ci joint avec une de M' Pierre Duvernoy pour M" sa sœur et un billet que je viens de recevoir de M. Lalance.

M. Osiander qui a jusqu'à présent fait les fonctions de M"" d'hôtel au château, partira avec M. de Georgi; il m'a prié de faire bien des complimens de sa part à votre Excellence et à Madame. M. Duiernoy et toute notre maison les prient aussi avec M. votre frère et Mademoiselle Vollmann de recevoir ici l'assurance de leurs 1res humbles respects, j'ay l'honneur d'être, avec toute la considération possible,

Monsr, De votre excellence, etc.

Mes deux dernières sont du 25 et 29 juillet.

Montbélia d, ce 3 d'aoust 17i8.

Monsieu r,

La lettre de votre Excellence du 24 du mois dernier, m'est fort bien parvenue, je souhaite que celles qui lui ont été adressées sous les dates des 1 1 , 15, 18, 22, 29 juillet et 1" août lui aient été remises; j'ay été surpris d'apprendre qu'à la date de sa dernière , elle n'ait point encore reçu celles du 11 et du 15, je ne sais d'où vient ce retard qui m'expose à un agréable reproche de la part de votre Excellence.

Le 3 du courant, à huit heures du soir, arriva ici un domestique de S. A. eu chaise de poste, venant de Paris; il apporta des dépêches à M. de Georgi, qui l'engagèrent à partir hier à 4 heures du soir avec M. Osiander, ils doivent joindre aujourd'hui S. A. S. à Strasbourg où elle est attendue pour ce temps là. Le conseil, le magistrat, le ministère, etc. furent hier matin lui souhaiter un heureux voyage. H me lit l'honneur de m'invitera dîner avec mon beau frère Duvernoy, M. ArbUleu, Mess" Rossel, Goguel, Satcler fils et ttregentzer.

JigrizcdbyGoOgle

- fl* -

Le 1" du courant le conseil , le ministère, le Magistrat, le corps des avocats, celui des médecins dont je formais la tète et la queue lurent complimenter Mr notre gouverneur sur son arrivée, H reçut tout le monde avec beaucoup de politesse, dans l'appartement au dessus du neuf escalier de Vampthauss; Madame son Epouse y était avec M. de Georgi, Mess" de Sponetk et Ttxeiiot y ont aussi été.

Le lendemain, Madame la gouv: envoya Guyol avec un domestique faire des coinpliinens de sa part à toutes nos Dames de la 1", 2" et 3° classe. Elles montèrent toutes au château l'a près midi, excepté madame la Comtesse, MadllB sa sœur et Mad||e Sattler qui y furent seulement hier. Elle a reçu ses visites dans la tournelle du Donjon. M. le Gouverneur et Madame ont toujours mangé à la table de M. Georgi dans le grand poile du Donjon près de la tournelle. Ils occupent tout les logemens de Yampthauss, Ils sont extrêmement affables et paraissent être tous deux deux d'un très bon caractère. M. de Gtorgi me lit la grâce de me recommander à eux très particulièrement , et il m'a fait espérer que mes intérêts ne seraient pas oubliés. Je remercie encore très humblement votre Excellence de la bonté qu'elle a eue de me si bien recommander à Mr de Georgi, qui m'a toujours comblé de politesses pendant son séjour ici.

MT notre gouverneur a une huitaine de domestiques tant valets de chambre, cocher, palefrenier, laquais que cuisinier. H a six chevaux de carrosse , outre ceux de monture. Après le départ de M. de Georgi, ils descendirent à lampt hauts où j'eus l'honneur de rester quelques heures seul avec eux. M. le gouverneur me fit l'honneur de me demander si votre Excellence ne serait pas fâchée de ce qu'il vous privait de vos appar-' temens de Vampthams. Je ne répondis à cette question que par mon silence. Il me lit connaître qu'il lui tardait beaucoup de vous voir ici.

M. Duvcmoy et mon épouse prient avec moy votre Excellence et madame d'agréer nos très humbles respects, et j'ai l'honneur d'être avec un parfait allacbement,

Mous», etc.

JigrizcdbyGoOgle

Mon Ibél tard, ce 8 d'août 1748.

Monsieur,

J'espère que votre Excellence aura régulièrement reçu deux lettres par semaine dès celle du 11 dupasse; j'écris régulièrement tous les Lundis et Jeudis, tant bien que mal ; je souhaiterais seulement pouvoir marquer à V. E. par cet ordinaire quelque nouvelle intéressante et agréable mais, à leur défaut, permettez que mon esprit agité de quantité de tristes réflexions sur notre état présent cherche un dénouement, une suite de mystères qui lui sont impénétrables quant à présent, et à bien d'autres, pour ce qui est de notre restitution. On a pris possession de l'utile et voilà tout, les officiers catholiques subsistent sans qu'on puisse espérer d'en voir établir d'autres. Les impositions et autres charges continuent. On va travailler plus fortement que jamais aux fortilica lions de Blamonl, les ordres en sont déjà expédiés a ce qu'on assure. M* de la Tour occupe toujouis le château de Blamont avec ses invalides et environ deux cent miliciens. L'exercice de la religion protestante n'est que sur le pied de simple tolérance de la part du Boy , et non sur celui d'une liberté dont on jouissait avant le séquestre. Nos Ministres des seigneuries prêchent dans les villages, comme les Missionnaires sur les cimetières, dans les granges et dans les écoles. Il n'y a, ni n'y aura aucun ministre suivant toute apparence pour toute la paroisse de SI Maurice composée de six villages et de 3 églises ; il n'y a pas même un seul maître d'école. Le Ministre de Blamont n'a encore fait aucun service dans la ville, il est toujours obligé de s'en tenir à celui qui se fait à Pierrefontaine. Les curés s'opposent même à ce qu'on enterre les morts sur les cimetières, on ne veut pas que le S. S. Duc puisse faire intéresser l'Empire ni autres lorsqu'il y aura des griefs concernant les seigneuries qui se trouvent confondues et sur le même pied que celles de Bourgogne.

11 n'est point encore question de l'évacuation du collège d'ici. Les fermiers, si onéreux aux sujets, subsistent sans qu'on sache encore jusqu'à quand. On trouve mauvais à la cour de France qu'on ail usé de violence, prétendue, dans les Eglises lorsqu'on a voulu se mettre en possession d'une partie d'icelles et cette cour ne dit rien sur ce que les curés ies ont ensuite (ait fermer

JigrizcdbyGoOgle

à la clé et cadenacer : toutes ces circonstances modèrent non seulement notre joye , mais nous font même craindre que nous n'ayons pas des meilleurs temps à espérer; Dieu veuille écarter ces tristes nuages.

M. le conseiller Duvernny n'est point encore de retour de sa commission à l'intendance de Besançon au sujet du restant des deniers séquestrés, je ne sais quels accroches il y rencontre.

Monsieur notre Gouverneur donna lundi dernier a manger au conseil excepté l'auscultant. J'eus l'honneur d'y diuerhier avec M. le surintendant, M. le Maire Lecomie, M. Sattler tils, Mess" les receveurs, Mr le Maître bourgeois en chef et mon beauf rère Duvernoy.

On a accordé à Monsr de K. (') une récompense de 20000 L.. outre une augmentation de cinq cents florins qui lui seront payés à vie annuellement au delà de ses appointements ordinaires.

On dit que M. de Ch: min. du Roy de Prusse à la cour de France aura aussi une gratification de notre Duc.

Toute notre maison prend la liberté de présenter ses très humbles obéissances à votre Excellence , à Madame et à tous ceux qui vous sont chers.

J'ay l'honneur d'être, avec les sentimens du plus parfait respect, Mons', De votre Excellence, etc.

Mes deux dernières lettres sont du iet et du 15 août.

P. S. On m'a demandés! sans heurter, choquer, M. le G., on pouvoit solliciter un rappel et comment la chose pourrait se ménager.

Montbéliard, ce 12 d'août 1748, Monsieur, Dès ma dernière du 8, il ne s'est rien passé qui mérite quelque attention, l'attention de votre Ejcellence, ainsi celle-ci ne sera que pour dire a votre Excellence qu'il n'y a absolument rien de nouveau, et que tout est encore au statu quo.

(1) M. de Kellet.

JigrizcdbyGoOgle

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