‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 16 sur 66 · OF · texte numérisé non relu

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d'eau fraîche. Chacun à sa guise eu portait le bord à ses lèvres. Hors des repas, on se désaltérait en se servant du bassin de cuivre plongeant, à la cuisine, dans un baquet.

Autour de l'âtre, au-dessus duquel était suspendu la crameye ou crémaillère, on voyait, noircies de fumée, des chaudières, des marmites en fonte, une ou plusieurs poêles à frire, quelques pots de terre ou d'étain.

Les cuillers, remisées dans un tiroir, étaient en fer ; mais celles à longs manches, en usage pour faire la soupe, écraser les pommes de terre, ou pour roussir la farine, par contre, étaient de bois tendre. Il y en avait de différentes tailles. On nommait, en patois, ces instruments: poutires. La poudre, terminée par un cran ou crochet permettant de la suspendre au mur, près de la cheminée, était à la campagne , l'emblème de la débilité: d'un homme malade, sans forces, sans énergie, incapable de manier les outils de culture , on avait coutume .de dire : E n'a bon que pou teni lai poutire. Dans cette expression, il y avait un mélange de mépris et de pitié, en effet, les sociétés primitives n'ont de considération que pour la force physique.

Ayant parlé des verres, c'est le cas de rappeler certaines règles de la politesse campagnarde. Si vous arriviez dans une maison où le maître vous fit la grâce de vous offrir le rafraîchissement d'un verre de vin , on devait avoir grand soin de ne pas le vider complètement. Au contraire, la bienséance commandait, afin de témoigner qu'on avait suffisamment reçu, que sans souci des règles de la propreté, on répandit les dernières gouttes. C'était un geste noble. Agir autrement vous aurait exposé à passer pour ivrogne ou gourmand.

De même, à table, avant de porter la coupe à ses lèvres, il fallait chaque fois trinquer, puis ne la vider qu'à moitié. Cette dernière règle était absolue. Si tôt après, le maître de la maison, s'il savait vivre, devait s'empresser de versera nouveau. Ne le faisant point, il passait pour retenant, manquait à toutes les bienséances, ou montrait qu'il ignorait de quelle façon on devait se conduire !

Michel Montaigne, en 1580, voyageant dans nos environs, et se trouvant à Bâle, dit que la plupart se servent d'assiettes en bois et de pots en bois aussi nets et blancs que possible. Sur ces assiettes, ils en ajoutent d'autres en étain. jusqu'au fruit. Il ne

s'agit plus ici du paysan, mais du bourgeois. De même chez nous, longtemps dût-on faire usage d'assiettes et de plats en bois. Mais ces ustensiles ne pouvant aller au feu, la poterie doit être au moins aussi ancienne.

A Montbéliard, les potiers exerçaient leur industrie dans une rue qui se nomme encore la rue des Potiers. Ces artisans recouvraient leurs produits de dessins capricieux , tant par l'arrangement des lignes que par le choix et le mélange des émaux. Les jours de foire et de marché , ils exposaient leur marchandise sur le sol des places. La ville de Porrentruy nous envoyait ses produits. Cette poterie présentait, paralt-il, une telle résistance que les dames de Montbéliard , au siècle dernier, en avaient fait un symbole. Voulant vanter les qualités solides d'une amie , elles disaient simplement : C'est de la terre de Porrentruy. — Aucun éloge ne valait celui-là !

Au château existaient anciennement, pour le service de la table, quelques pièces d'orfèvrerie ; c'étaient des plats, coupes, aiguières et gobelets , cadeaux que les princes échangeaient entre eux ou présents que les bourgeois , dans des occasions solennelles, avaient faits à leur seigneur. Mais cette vaisselle se trouvait parfois in partibus infidelium , comme nous l'apprend l'entrefilet suivant de Perdrix.

Le 16 Octobre 1662, le S7 Barbaut envoya son oncle le boucher, à Bàle, avec une aiguière d'or et un plat à bassin d'or, plus fin que la pistole, pesant huit livres et une once et, en retour, il en apporta pour le prince, six mille quarts d'écus. »

Les objets donnés en gage avaient une valeur notablement supérieure. Cependant les finances de ce même prince, le duc Georges, se relevèrent. En 1680, il devait posséder d'assez nombreux gobelets d'argent, puisqu'Anne de Coligny, son épouse, dans son testament , en dispose en faveur de personnes attachées à son service, en ces termes :

« Quaterine et Madelaine se partagerons mes vieux abis et mon linge vieux qui ser à ma personne. Je supplie S. A. S. Monsieur, de leur faire donner aussi à chaqune un gobelet d'argen de ceux d'Orbour (Horbourg). »

Dans le même testament, Anne fait don encore de deux autres gobelets.

La vaisselle courante , au château , — de luxe chez le bour- # f geois, — était d'étain. Où rencontrait, à Montbéliard, plusieurs

; artisans qui, sans interruption et jusqu'à la Révolution, travail-

lèrent ce métal.

; M. Alexandre Tuetey, dans sa notice sur François Briot, nous

I donne, à ce sujet, de curieux renseignements qu'il est à propos

de rappeler :

« Le Pays de Montbéfiard, pendant la seconde moitié du XVI* siècle, — dit-il, — servit de lieu d'asile pour les protestants chassés de leurs foyers par les persécutions religieuses, il y eut un véritable courant j d'émigration, et durant cette période, on voit affluer de Franche-

■ Comté, de Bourgogne, de Lorraine et de Champagne, quantité d'arti-

[ sans exerçant des professions artistiques, surtout des peintres, des

y orfèvres , qui vinrent s'établir à Montbéliard et y fondèrent une véri-

table colonie. »

Puis il cite deux potiers d'étain venant de Lombardie et trois

Bisontins exerçant la même profession, pour arriver ensuite

I au plus illustre de tous, celui dont l'inscription au registre de

• la corporation de St-Eloi est mentionnée aux archives de Mont-

! béliard, en ces termes :

| if François Briot, potier d'estain de Dambellain, pays de Lorraine,

i a esté sacrez de la chonffe de mareschaux, le 12 d'Apvril 1580, par

I maistre Jehan Morel, maistre de la chonffe et Richard Jaloux, ser-

viteur de ladite chonfe. »

Briot, auquel l'art est redevable entre autres, d'une aiguière superbe, ne vécut pas fort heureux dans nos murs. Il devint graveur du prince et, en raison de sa situation difficile, dut paraître nombre de fois en justice, M. Tnetey nous parle de ses ennuis et fournit de curieux épisodes de la vie de cet artiste.

L'étain se fondait et, dans cet état, était versé dans des moules de cuivre.

Il existait, on le sait, plusieurs qualités de ce métal, poinçonné comme le sont actuellement l'or et l'argent : le plus commun tout d'abord; puis l'étain de deux marques et enfin, une qualité extrafine, celui de trois marques. De nos jours, l'étain a complètement disparu de notre service de table. Pour le retrouver, il faut visiter les collections publiques ou privées , ou encore se rendre au temple, berceau des traditions. La cruche

ancienne qui contient le vin pour la communion, ordinairement y est en étain. C'est une coutume dont nous voyons avec plaisir le maintien, en faisant la remarque que rétain n'a pas la propriété d'exciter la convoitise des voleurs d'églises.

Présentons maintenant quelques documents :

En Avril 1750, au décès du maître des hautes œuvres , Pierre Fleurs-de-Lys (*), l'inventaire mentionne les ustensiles suivants :

Deux chaudières de fonte.

Une grosse marmite.

Une poêle à frire,

Un petit pot.

Une pinte, une chopine et quatre assiettes en étain.

Deux assiettes de tayence.

Cinq assiettes et deux plats de terre.

Une cruche à eau de terre (*).

Cinq cuillers de fer et quatre fourchettes.

Quatre écuelles de terre.

Un bassin en cuivre (*).

Un pot de fer blanc à huile.

Un couteau propre à hacher les herbes.

Une racle à pâté.

(1) Fleur-de-Lys était un très pauvre homme, habitant hors ville sur la hauteur, à côté de la potence, du côté de Bethoncourt.

A son décès, on trouve : ses linges et vêtements usés, son habit de cérémonie en droguet, retourné, ses enfants Pierre et Catherine, demi -nus.

En fait d'animaux, il possédait un cheval hongre, qui du reste, ne tarde pas à crever, un coq plein de vie et sept poules.

Ses fonctions officielles de maître dos hautes œuvres ne lui rapportaient pas grand chose.

Il devait y joindre celles purement officieuses , bénévoles et peut-être plus lucraUves, d'équarisseur ; nous le voyons en compte avec urt tanneur de la ville, auquel il doit, pour avances faites, cent trente-six livres, créance irrécouvrable quand il meurt.

Au décès de Fleurs-de-Lys, le chantre de Bethoncourt reçoit douze sols pour avoir présidé à ses funérailles, qui se terminent comme nous le dirons plus loin, et comme c'était convenable en ce temps-là, par un petit repas.

(2 & 3) Au commencement de ce chapitre, nous avons déjà parlé de la cruche et du bassin.

En somme, c'est fort peu de chose.

Mais autrement considérable avait été, au siècle précédent, la liste des objets de ce genre possédés par un bon bourgeois, Jacques Foillet, maître imprimeur, d'après l'inventaire dressé à sa mort, en 1619.

Extrait de l'inventaire de Jacques Foillet (')

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