CHAPITRE XIII
Fiançailles.
Repas de Noces et d'Enterrements.
Réglementation à leur sujet.
Dès le seizième siècle, si ce n'est avant, on prit soin, chez nous, de légiférer h ce sujet, ainsi qu'on va le voir par la pièce suivante :
« Comme il soit notoire — dit en 1584, le prince Frédérict — que les fiançailles, nopces , ont esté jusques à présent faites avec grande et supperflue despence, pour à ce obvier et prévenir le désordre et la confusion qui s'ensuit, ensemble la ruyne de nos bourgeois et subiects, ordonnons que à ceux de nosd. Bourgeois et subiectz qui cy après ce voudront marier et par l'advis et délibération de leur père et mère, tuteur et curateur, solemniser leurs nopces, pourront faire festins et banquets modestes, le tout en la manière qui s'ensuyt : »
« Assavoir sera loisible aux futurs espoux d'inviter leurs pères, mères, grand pères, grand'mères des deux costés et autres parents de la ligne ascendante, comme aussi les frères et les sœurs de leursd. pères et mères avec leurs enfants, de mesmes les propres enfants desd. mariez s'ils en avoyent et aussi les frères et sœurs des prédits mariez avec leurs enfants , pourveu que de la ligne colatérale n'y ait plus de huict personnes, à peine, par chacunes personnes qu'ainsi sera, outre le nombre des susd. priez d'assister aux nopces, d'une libvre que payeront ceux qui les auront invitez , applicable , la moitié à nostre profit et l'autre moitié à la bouette des pauvres. »>
a Mais si les futurs espoux estoyent de nos serviteurs domestiques ou autres étrangers n'ayant leurs pères, mères grand-pères et grandmères ou aultres parents en ce lieu , sera loisible à iceux , d'inviter
deux tables d'hommes, une table de femmes et filles» et une table de jeunes filz, ou cinq tables pour le plus et non davantage,... moyennant aussi qu'en chacune table ne soyent assis plus de huict personnes. »
« Et si quelqu'un ou plusieurs désireroient solenniser leurs nopces au jour du dimenche, il leur sera permis et loisible, mais ils ne pourront inviter au dit jour de dimenche plus d'une table de gens... »
« Aux fiançailles ne seront invitez que les plus proches parons des parties et médiateurs du mariage, à peine que dessus. »
En nous permettant de constater cette manie de nos anciennes législations, de vouloir faire le bonheur des gens malgré eux, ainsi que ce besoin d'intervenir dans les plus petits détails de leur vie privée, habitudes dont nous sommes fort loin d'être guéris, cette ordonnance est curieuse en outre, en nous montrant comment, à cette époque, on plaçait les convives : chaque table de la noce devant être de huit personnes au plus, les unes destinées aux hommes, d'autres aux femmes, une autre enfin pour les «jeunes filz ». Ce sont donc des repas par petites tables, comme il s'en fait encore dans le grand monde. Toutefois aujourd'hui, on a soin de mélanger les sexes, car autrement, comment la galanterie pourrait-elle s'exercer !
L'influence de la Réforme s'affirme en ces ordonnances.
Un tout autre esprit avait présidé à la réglementation, le 6 Novembre 1543, de la cérémonie des noces, à Ribeauvillé, de Georges de Ribeaupierre et d'Elisabeth de Hel/fstetten.
En voici les opulents détails :
« Après la messe, les cors sonnèrent à table et le maître de cérémonies avec sa baguette blanche, assigna aux convives les places qu'ils devaient occuper. »
« Les dames occupaient sept tables dans une salle séparée ; dans la grande salle du château siégeaient à neuf tables les seigneurs et les nobles ; les prêtres et les députations en remplissaient douze autres dans la grande salle d'été ; dans le grand corridor, les écuyers et les gens de la suite garnissaient six tables; la salle de la chancellerie était occupée par les employés et par les serviteurs et la cuisine avait été réservée à la domesticité féminine , ils tenaient quinze tables ; Total quarante -huit tables ■> (').
(1) Gérard. L'Alsace à Table,
« Cependant, à Montbéliard, on alla plus loin encore que nous ne l'avons indiqué dans la voie restrictive.
« Le 15 Feburier 1631 l'on a fait une ordonnance de n'estre que 12 personnes aux nopces et de ne la point faire chez l'hoste » (').
Mais lorsqu'il s'agissait de personnes de qualité, ces prescriptions étaient éludées.
Ainsi le 18 Juillet 1626, avaient eu lieu les noces d'Albert tiinninger, fils du châtelain de Blamont. Il fut assisté de deux cent dix-huit personnes. L'autorité ne sévit poiut.
En 1648, furent célébrées les noces du prince Georges. Les convives furent très nombreux.
Dans notre premier chapitre, il a été déjà question de ce prince, fort studieux, qui, suivant un de ses panégyristes, lisait tous les jours soixante chapitres de la Bible, récitait douze prières et chantait plusieurs cantiques; qui eut des démêlés très sérieux avec son épouse, mise en quelque sorte dans l'obligation de se convertir au luthéranisme, seul conforme à la parole de Dieu.
La dite princesse, fervente calviniste, ne lui en garda cependant pas rancune car, dans son testament , elle l'institua son légataire universel.
En butte aux vexations du roi de France, qui s'attaquait non seulement à ses biens, à sa souveraineté, mais chose qui paraît autrement odieuse à notre conscience moderne, par des persécutions, aux croyances religieuses de ses sujets, le pauvre comte Georges , fort entêté du reste, passa presque tout son règne hors de ses Etats.
(1) Recueil Mémorable de Hugues Bois do Chesnc.
(2) Ne nous étonnons pas de voir ici la signature du prince tracée en caractère français. S'il parlait l'allemand, il s'exprimait et écrivait plus volontiers en français.
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Pour le moment, on était tout à la joie; les noces en question, qui durèrent trois jours entiers, eurent lieu à l'hôtel-de ville de Montbéliard.
L'épousée était Anne de Coligny, fille de la maréchale de Cha tillon, alors fixée à Belfort chez son gendre, le comte de La Suzey où Georges avait eu l'occasion de faire sa connaissance. M110 de Coligny était de fort bonne noblesse, mais non de race souveraine, de sorte que le mariage ne s'était pas conclu sans peine. Le prince de Montbéliard, très vivement épris, pour venir à bout des résistances de la Cour, avait fait le voyage de Stuttgard afin d'exposer que des raisons d'ordre intime existaient pour régulariser cette union. Le chef de la famille céda.
La mariée vint à Montbéliard assistée de sa mère, de sa sœur aînée, la fameuse comtesse de la Suze, aussi célèbre par sa .vie licencieuse que par ses poésies, et de son beau-frère, le comte de La Suze. « C'est un homme, — dit Tallemant, — où jamais il n'y a eu ni rime ni raison. »
Avaient été priés également les représentants de la noblesse des environs. Â leur suite, s'assirent modestement les fonctionnaires du comté, le maire et les Neuf-Bourgeois. Ces derniers n'étaient pas arrivés les mains vides : comme parrains du marié ('), ils firent don aux nouveaux époux de deux pièces d'argenterie : un plat long et une aiguière en vermeil.
Le prince Georges, dit Duvernoy, fit, aussitôt après sa prise en possession du comté de Montbéliard pour les gens de sa maison, un curieux règlement :
Après leur avoir recommandé de fréquents exercices religieux et la lecture de bons livres , il prescrit à ses domestiques mâles de ne point converser avec les filles; à celles-ci de ne point écouter leurs sornettes ; à son maître d'hôtel, de tenir la serviette sous le bras quand il annonce que la table est sertie et de veiller à ce que la prière se fasse, devant et après les repas ; à toute sa domesticité haute et basse, de porter honneur à Son Altesse et à Madame et de leur faire, à chaque rencontre, quatre révérences à l'espagnole. Les jurements et les mensonges sont sévè-
(1) 11 élait né il Montbéliard le 3 Octobre 1626. Son père était le duc Louis- Frédéric de Wurtemberg.
rements interdits, et, dans sa pieuse sollicitude pour le salut de l'àme de ses pages, ce prince recommande qu'ils soient examinés à l'issue de chaque prêche, et que si quelqu'un d'eux n'a rien retenu, il soit envoyé auprès du ministre pour en être repris et demander pardon à la souveraine majesté de Dieu.
Franchissons un espace de vingt-trois ans et demandons au journal manuscrit de ce même prince, le récit de la cérémonie des fiançailles de l'une de ses filles et du festin qui eut lieu en cette occasion. Il s'exprime ainsi :
« En 1671, le prince Silvius de Wurtemberg -Oels envoya un député à Montbéliard pour passer son contrat de mariage avec la princesse Eléonore. 11 fit sa harangue au prince, qui lui répondit et parla ensuite à sa fille. Celle-ci ayant répondu à son père , le député lui donna la main et elle s'avança auprès de lui. Le député remercia par une harangue et le prince fit un souhait.
« Après cela le député mena la princesse dans son appartement, suivie de sa grand'mêre, de sa tante, de ses sœurs et d'une dame d'honneur. Deux maîtres d'hôtel allaient devant, et, étant dans l'appartement, le député fit des présents, et puis il se retira après que la princesse lui eut fait des présents pour son époux. Le Conseil et le Collège allèrent complimenter le député et après, la jeune fille. »
« La cérémonie de la recherche (cérémonie des fiançailles) se fit dans le poêle du prince, qui était debout en haut d'une table ; à son coté droit étaient les dames : grand'mêre, tante, cinq sœurs, une dame d'honneur; plus bas, à gauche, le Conseil, le ministre de la Cour et du Collège, le docteur Roemer et le médecin de Cour Binninger. »
« Les maîtres d'hôtel allèrent alors quérir les gens, et le député fut mené dans le poêle de derrière, et, en étant ressorti le premier, on le plaça à côté du prince , et la jeune princesse à côté du député. 11 y eut un beau diner et un beau souper. Le député et la jeune princesse (') étaient assis sous un riche dais et dans des fauteuils en broderie. »
(1) Saint-Simon, en 1699, nous parle de la dite princesse lorsque, dans son Age mûr, elle vint en France. — On sera peut-être curieux de savoir en quels termes :
« Il vint à Fontainebleau, du fond de la Silésie, une fille de la maison de Wirtemberg, d'une arrière-branche de Montbèliard-Eltz vOels), et c'est cette principauté d'Eltz qui est en Silésie. Elle avoit perdu son père il y avolt six mois, et, — sans savoir que M. de Chaulmes, avec l'héritière de Picquigny, sa mère, avaient tout donné au second fils de M. de Chevrcuse, s'il inouroit sans
« Au dîner assistèrent le Conseil, le pasteur et le Collège ; au souper assistèrent les daines. »
« Au dîner, on tira vingt-quatre boites à chaque santé. Au souper, il y eut un beau concert de musique, et l'après-dtner la jeunesse alla voir courir la bague, tirer du pistolet et faire d'autres exercices. »
Ce sont, nous semble t-ii, des fiançailles par procuration, faites suivant toutes les règles.
Chez le bourgeois, cette cérémonie revêtait également une sorte de solennité. C'étaient des promesses fermes échangées et, par un contrat, on stipulait les conditions du futur mariage.
Comme exemple, bien que sommaire, donnons un récit de fiançailles populaires de notre pays. Ici il ne sera question ni de cadeaux échangés, ni «de repas d'apparat , ni de dais et de fauteuils brodés. La scène se passe à Chagey, dans un modeste presbytère de campagne. C'est le pasteur Samuel Méquillet, que nous ne craignons pas de mettre en scène une dernière fois, qui va nous dire comment il fiance et marie l'une de ses filles.
« Le 9 Octobre 1734, — écrit-il, — après beaucoup d'opposition et de résistance que je fis au mariage de ma Climène, avec le fils du marteleur Malrage, n'en ayant absolument voulu d'autre, je les fiançois au soir, n'y ayant que le père et la mère. Après avoir écrit le traité, ils s'en allèrent sans boire un coup. »
C'était sérieux ! On voit ici des gens fâchés, car jamais il ne se traitait quoi que ce soit, sans que le vin fit son apparition. — Ce n'est pas de bonne grâce , pensent avec quelque apparence de raison, les Malrage, qu'on accorde Climène à notre fils. Parce qu'il écrit des livres et qu'il monte en chaire, le pasteur se croit d'un autre rang que nous! Il se trompe, nous sommes de braves gens, de bonne famille, ayant quelque bien, et avec ses qualités personnelles, son savoir faire, notre fils vaut bien sa fille.
enfants, — elle venait recueillir la succession d'Ailly dont elle avoit eu une mère. Elle éloil dans un deuil à faire peur, et ne marchoil que dans un carrosse drapé comme en ont les veuves et sans armes, et ses chevaux caparaçonnés et croisés de blanc jusqu'à terre, ses gens, des manteaux longs cl des crêpes traînants : on lui demanda de qui un si grand deuil? « Hélas ! dit-elle en sanglotant ou faisant semblant, c'est de monseigneur mon papa. » Cela parut si plaisant que chacun lui lit la même question pour donner lieu à la •réponse, et voilà comme sont les Français..,. »
Cependant Méquillet, auquel pour ce mariage , il a été fait plus ou moins de violence, ne garde pas rancune :
« Le lendemain, — poursuit-il, — je donnai, à souper bien, à toute la famille. Elle eut un beau trosset (trousseau), bien habillée et sa vache cadeau habituel des parents à une fille de la campagne à l'occasion de sou mariage). »
« On fit les noces le 2 Novembre, chez le marteleur et on fut joyeux. Puis chacun vint souper chez moi. »
« J'avois de ma part : le ministre de Blamont, (son fils aîné), qui vint le Lundi au soir, ma sœur qui vint le Vendredi devant, la femme Chàtel (fille de Méquillet) avec sa petite, qui vint le Mardi , Charles , la Dieudonné, Nanon Panchot, Babet Crémet, sœur de ma femme, et Madame, moi, mon Georges, Babeli (Elisabeth) et Juliane, c'est-à-dire les trois plus jeunes enfants du ménage). »
« On fit le lendemain ! La neige vint tout le jour. Celles d'Héricourt s'en retournèrent. On envoya le cheval à Madame Vallet (personne de distinction, dans la famille de laquelle Méquillet avait été précepteur avant son mariage, et où il avait « profité très considérablement dans les manières de bien vivre »), qui fut demeurée sans cela, et le reste soupa encore chez moi. »
« Le lendemain on y dîna encore tous, le marteleur et les nouveaux mariés, et, après dîner, l'ancien les ramena sur son chariot, par son fils, à Héricourt, parmi une neige continuelle. »
Méquillet conclut de la façon suivante :
« Je fus fort harrassé et eu beaucoup de frais, puisqu'en étoffes, denrées et autres, j'en fus pour cent trente livres. »
La vache qu'on avait élevée et le linge qui avait été peu à peu préparé dans le ménage, n'étaient sans doute pas compris dans cette évaluation. — La noce avait duré trois jours.
Voici, d'après sa Chronique , un court récit du mariage du conseiller Perdrix, antérieur au précédent :
Le 6 Novembre 1666, le jeune homme marchande « son festin de nopees au cousin Jecm- Guillaume Wild et lui donne par teste, 24 batz le jour et 23 batz le lendemain ».
La fête eut lieu le 26 du dit mois et y assistèrent cent personnes le premier jour et quarante-trois le lendemain.
« On y a dansé deux ou trois rondeaux, pourquoi S. A. S. (le duc.
Léopold-Frédéric) a été tellement indignée qu'elle menace de punir exemplairement ceux et celles qui y ont dansé. Le bou Dieu le veuille adoucir. »
C'est ce qui eut lieu en effet, car Perdrix en fut quitte pour se présenter en personne avec sa femme Alexandrine Perrerion, « sur les Hasles, devant M. le Procureur, pour entendre un calenge au sujet de ces danses de son festin de nopee ».
La punition ne fut pas terrible.
Le lecteur éprouve-t-il quelque ennui ? Ou consent il au contraire à nous suivre encore, d'après M. ./. Viénot, dans la Vie Ecclésiastique au XVIIIe siècle, lorsque cet auteur emprunte au journal manuscrit d'un des pasteurs de l'Eglise Saint Martin le récit de son mariage :
* En 1770, dit Georges Dvvernoy , mois de Janvier , le Seigneur me donna pne nouvelle marque bien sensible de sa Providence en m'unissait par les liens du mariage avec ma très chère cousine demoiselle Lotrm-Etisabelh Duvernoy , fille de mon cousin germain Monsieur le GanserHer Léepold-Frëdéric Doretnoy et de dame C.-E. Briserhoux, son i\mnm. *
« Le S Janvier, lundi, je demandai la dispense de parenté et de deux bans, laquelle- me fut aussitôt accordée en Conseil...
Le 18" Janvier, Jeudi, on apporta le trousseau , j'eus pour la première fois la douceur de voir ma très chère amie chez moi, où je l'avais mot même couduite avec sa chère mère , Monsieur l'avocat sou frère y conduisit aussi sa sœur, demoiselle Clémence et sa cousine, demoiselle Marianne Duvernoy. De mon côté il se trouva ma mère, mes deux sœurs, mon beau frère Macler, notaire et procureur postulant, ma tante Cucuel, veuve du sieur Georges-Frédéric Cucuel , greffier de la Chancellerie, et ma chère nièce Nanette Duvernoy pour faire politesse à cette aimable compagnie.
Le 19*r Janvier, vendredi, mon beau-frère Macler écrivit mon contrat de mariage dans l'appartement de ma chère amie, qui regarde dans la rue des Granges au second étage et qui est joignant la maison de M. le conseiller Routhenot ; contrat qui fut signé par Mr le Conseiller et M*' la Conseillère Duvernoy. M* l'avocat son fils, Mr Charles- Frédéric Duvernoy, premier ministre de l'Eglise du Faubourg, M'G. F. Cucuel, avocat et greffier de la Chancellerie, mon parrain, et par les deux parties les plus intéressées, — après quoi toute la compagnie, où l'on doit comprendre ma mère, mes sœurs et ma belle-sœur Clémence, — dina ensemble dans le poêle à côté.
Le 21 Janvier, dimanche, Mr le Ministre Sahler jeta nos bans la
châtre dé St Martin pendant le premier service. Le 23"' janvier, MT le Ministre Sahler bénit notre mariage entre onze heures et midi,... On fit la prière ordinaire, précédée du chant de la pause du psaume 84 et suivie du chant des 2 premiers versets du ps. 132. Seigneur Jésus serre toi-même et sanctifie de plus en plus nos liens. »
Voilà le récit d'un mariage où la partie matérielle ne tient pas trop de place. C'est une idylle! — En trouve ton le récit déplacé ici?
Parlons maintenant des repas d'enterrement. Ils étaient de règle. Perdrix nous dit dans sa Chronique : «J'eus l'honneur d'assister aux funérailles de S. A. S. (le duc Léopold-Frédéric, 1662) et de souper au château , où le peu d'ordre qu'il y avoit en rendit beaucoup de mécontents. »
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Les testateurs souvent mettaient à part une somme pour que leur festin d'enterrement fut digne de leur qualité. Les interdire à son décès était une marque d'originalité. C'est ce que fit* en 1614, Pierre de Bourdeilles, seigneur de Brantôme, l'illustre et naïf chroniqueur, souvent licencieux. « Je ne veux surtout — dit il, — qu'en mon enterrement se fassent, comme j'ay dit, aucune pompes ni magnificence funèbres et surtout ny festins, ni mangeailles, ni convoy... »
La Compagnie des Merciers de Paris décida, en 1669, « qu'il n'y auroit plus de repas à l'issue de l'enterrement de ses membres, parce que les festins qui se faisoient cy devant au retour des enterrements alloient à l'excès. »
Poursuivons, en parlant maintenant du festin, — si on peut employer ce mot pour une aussi maigre réception, — qui fut fait à l'issue de l'enterrement de Fleur de Lys, le maître des hautes œuvres, décédé en 17i"0, à Montbéliard, personnage que nous avons déjà cité.
Repas mortuaire de Fleur de Lys.
Pour le vin du repas L. 3.10 s.
Pour viande et choux 3. —
Pour pain du dit repas 2. —
Somme . . . L. 8.10 s.
Assurément ce fut modeste.
Nous de connaissons pas le nombre des convives, mais au moyen des prix de l'époque, on peut indiquer les quantités absorbées.
A ce moment, le vin blanc du pays valait 8 et 10 sols, le pot de 2 litres 30 centilitres. Celui de Riquewihr, très estimé, se payait 14 sols, mais il se trouvait surpassé par le vin vieux d'Ecurcey, qui se vendait jusqu'à 18 sols le pot.
A raison de dix sols le pot , on a dû boire , en cette occasion, seize litres.
La viande, au même moment valait; suivant qualité, de trois à quatre sols la livre, il a été possible d'en acheter quatorze.
Quand au pain, c'était deux sols la livre, ce qui a permis de s'en procurer seize.
Après d'autres ayant écrit sur la matière, donnons la note d'Isaac Surleau, hôte du Lion-Rouge, fournie à l'occasion du dîner fait chez lui, lors du décès d'un fonctionnaire d'un ordre plus relevé.
Il s'agit du repas mortuaire, le 10 Septembre 1780, de M. le baumestre balance, personnage chargé de la surveillance des bâtiments et constructions.
Dîner mortuaire de M. le Baumestre Lalanoe.
Orge avec la poule L. 1 . 10 s.
Choux-fleurs en sauce 1.10
Trois pigeonneaux avec mousserons. . i.—
Une truite en sauce 2.—
Un lièvre i.16
Une tourte de poulets 3.10
Un canard 1.4
Trois dindonneaux 3.12
Un plat d'écrevisses 1.4
Un plat de beignets de pormwes ... 1 . 10
Salade 0.10
Dessert 2.—
Pain 0.10
Un pot et wie bouteille de vin rouge. . t . 16
Un pot de vin bla m; . 1.—
On a dû boire beaucoup pfcis cy*» la note ne l'indique. Sans doute le vin provena&t de la cayedu défunt, manqua au dernier moment.
Ce qui peut frapper dans cette note* comme <fc»s toutes nos précédentes, c'est le bas prix du gibier.
Le 2 Mars 1785, le duc Charles-Eugène rendit une ordonnance, pour interdire ces festins aux personnes peu aisées et spécialement à ses sujets de la campagne ; c'est la dernière de ce genre que nous connaissions.