SIMPLE ET VERITABLE
recic des menieilleuxelFeâs,qu'vnc fàlu* bre Fontaine fituee au Comté de Montbeliard & Seigneurie fouueraine du Chaftelot , appcrtcnanc au Tref-Uluftre Prince F R i d e r i c h Duc de Vvirtcmbcrg & de Teck, Comte de Mon tbeliard, &c. a produit pour la guerifon de plufieurs malades, en Tan 1 60 1. Se à cefte oeçafion cft nommée la S a i n b
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RECVE1LL1E FIDELEMENT fdtgem expreffement à ce députez*
A MONTBELIARD, Par Ia qy 1 s *Fo 1 lu t.
Dans un opuscule imprimé à cette date , sortant des presses de Jacques Foillet à Montbéliard et dont nous donnons en tête de ce chapitre le frontispice, l'auteur parle avec le plus grand respect de la Saine Fontaine et pose en principe qu'il est tout d'abord honorable de révéler les œuvres de Dieu. En conséquence, il fait la description de cette merveille dans les termes suivants :
« Cette fontaine, selon que plusieurs l'ont cognu et considéré, qui depuis longtemps le témoignent , ne se trouble pas par les pluyes ; là source ne se tarit jamais , mesme Ton n'a pas apperceu qu'elle croisse ou descroisse pour quelque accident qui survienne. L'eau en est fort claire et n'y a en elle ne saveur ni odeur qui la rende malaisée à boire : elle n'est pas trop froide, et ne faict aucun mal ja coit qu'on la boive à jeun. La fontaine donne de l'eau en abondance, tellement qu'il y en a pour fournir à tous ceux qui en viennent querre. »
v Depuis qu'elle est venue en crédit , on l'a accomodée au mieux qu'on a peu : on y a dressé bostellerie , et y a commodité pour se baigner, en l'eau chauffée ou toute fresche, ainsi qu'on veut. »
Il y a des villages à l'environ, comme Longevelle, Colombier Savoureux, Bavan et Lougres, esquels il y a hostes tenans logis : on apporte tout près de la fontaine des vivres de divers lieux. »
« Or, il y a longtemps que ceux du village de Lougres, lequel est le plus prochain de la fontaine, avoient en estime l'eau d'icelle et en envoyent querre, lorsqu'ils se trevoyent mal : Toutefois, on n'avoit point prins garde aux eflects médicinaux d'icelle, si non depuis quelques mois. »
« C'est merveille comme en si peu de temps laditte fontaine a acquis un tel renom. Car on y arrive de loin et de près, et y a un tel jour qu'il s'est treuvé jusqu'à 13, 14 ou 15 cents personnes. »
« On en emporte en barils, bouteilles, flaccons et autres vaisseaux propres, mesme aucuns en emmènent des chars et charrettes chargées en tonneaux et la pluspart des malades s'en treuve bien.... »
Suit la nomenclature des maladies dont étaient atteints plus de deux cents malades au dire du narrateur, et dont beaucoup ont été radicalement guéris par l'usage de l'eau de la Saine Fontaine.
Ces patients présentent la plus belle collection de maux qu'on puisse imaginer : teignes, apostumes, raches, humeurs, ulcères, varices, dartres, plaies, fièvres, surdités, rhumatismes, douleurs violentes, de préférence Iraitées par l'eau froide et dont l'énumération jette un triste jour sur l'état sanitaire à cette époque.
La plupart de ces souffreteux habitent la contrée. D'autres sont venus de loin, tant est grande la réputation de la fontaine.
Parmi ces derniers, Hardinin More, d'Angers, est délivré, comme d'autres l'avaient été avant lui, de la gravelle. Marie Alot, de Chalon en Champagne, est guérie « d'un mal d'œil dont elle était toute borgne. » Brmel Duc, de Davesnecourt, près d'Amiens en Picardie, d'enflures et de douleurs de jambes « tellement qu'il ne pouvait cheminer ». Bastien Stell, un de ces braves Suisses d'autrefois, dont le métier consistait, moyennant rétribution, à mettre sa valeur au service de toute cause, Bastien Stell, d'Osterdingen, près Schafhausen, « est arrivé à la fontaine il y eust Dimenche huict iours : il souffroit de grandes douleurs au bras gauche et à la jambe droitte. Le mal de bras lui venoit d'une arquebusade qu'il receut il y a environ deux ans en Hongrie , devant Offen, et celui de la jambe estoit d'une meurtrisseure qu'il receut devant Rouan en Normandie, il y a environ six ans : ayant lavé les membres dolens avec l'eau froide, en ayant beu abondament, il se porte bien, toutes douleurs estant passés, et remercie Dieu. »
Georges Meyer , de Pfullingen au duché de Wirtemberg, a estant venu à la Saine Fontaine et ayant beu l'eau d'icelle l'espace de quinze jours , se trouve mieux qu'il ne faisait de son estomach , auquel il enduroif par ci-devant de très grandes douleurs. Davantage, il a jette par mesme moyen, beaucoup de gravelle de laquelle il ne se doutait pas qu'il fut détenu ».
Marie Jussé, de Francières près Compiègne en Picardie, est radicalement guérie de surdité et dimbécilité de bras et de jambes.
Michel Fontaine, de Hesdin, en Artois, est grandement soulagé par l'emploi externe et interne de l'eau de la Saine Fontaine et espère qu'il guérira bientôt.
On est venu de Porrentruy, de Massevaux, de Girard Meigni (Giromagny), de Remiremont, de Benfeld, de Baume et de Pontarlier. On est accouru de Compiègne et de Caen. La ville de Stuttgart, la Bavière et le Braban envoyèrent des malades.
La source guérit tout : gravelle, mai de bras, mal de tête, douleur au pied, surdité avec difficulté de respirer, mal au ventre, exténuation de tout le corps ; elle fait venir des dents à ceux qui n'en ont point et calme les douleurs de ceux qui en
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ont : résultats d'autant plus remarquables qu'il n'y avait pas de journaux à ce moment et que la publicité souveraine n'était pas inventée !
Du pays même, de nombreux malades sont soulagés.
« Huguette, femme de VuiUemin Fallot, de Montbéliard, eagéedeplus de 60 ans, — nous dit Bauhin, — s'estime avoir esté la première qui soit venue, de la dite ville, à la Saine Fontaine, et ce, un peu devant Pasques. Icclle estoit tormentée d'une douleur de reims laquelle l'empêchait de cheminer : Elle avoit aussi l'estomac, le ventre et les jambes enflées. Mais ayant beu de l'eau de ceste fontaine, s'en estant pareillement lavée l'estomac et les jambes, quelquefois avec l'eau toute fresche et quelquefois avec celle qui estoit chaulée, elle fut guérie. »
Mais un cas qui mérite une attention toute spéciale et par lequel nous terminerons cette énumération forcément écourtée, est celui d'Anne, fille de Simon Guillaume, de Senargent, en Bourgogne.
Voici d'abord l'historique de sa maladie :
« Eagée d'environ 23 ans, ayant esté malade il y a passé cinq ans, elle devint débile et impotente de bras et de jambes. »
« On l'amena il y a deux ans, à Héricourt, ou le Sieur de Rnest, baillif à Héricourt, la retira par charité en son logis. Elle y fut portée eu une civière de laquelle elle ne pouvoit sortir si on ne l'en ostoit. »
« Elle s'estoit accoutumée de cheminer sur ses genous et par ce moyen alloit quelques fois par la maison. »
» Il y a quinze jours que le Sieur Baillif la fit mener sur un chariot à la Saine Fontaine, là où estant, on la nienoit et la remenoit dez Lougres , deux fois le jour , huit iours durant, à ladite fontaine, pour ce qu'elle ne pouvoit soutenir sur h s jenoux. — Elle a beu l'eau à jeun et a bagne ses jambes avec la dite eau toute fresche et quelquesfois chaufée, trois, quatre et cinq fois le jour.
Quel fut l'effet de ce traitement? — C'est ce que Bauhin va nous dire en deux mots :
Depuis, elle s'est soustenue sur ses pieds et a eu moyen de marcher avec deux crosses, tellement quelle alloit d'ellc-mesmc , deux fois le jour à la fontaine depuis Lougres. »
« Mais depuis, elle a quitté lesdi tes crosses, va et vient par Héricourt, porte et reporte des linges à la fontaine et chemine commodément. Ce qui est une œuvre de Dieu trte admirable, son Saint Soin en soit béni. »
Cette cure, opérée par l'eau de Lougres, ou plutôt par la foi
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et la volonté puissante de la malade, ne fait elle pas penser aux miracles dont on est témoin aujourd'hui dans certains sanctuaires?
L'année suivante, en Juillet 1602, la Saine Fontaine est visitée par des gens de qualité : C'est Madame la Landgrave de Hesse qui y vient pour prendre les eaux, accompagnée de Mesdemoiselles ses filles : Ces dames étaient logées à Montbéliard. .
Mérian, dans sa Topographia Alsatiae (1663), s'occupe de Lougres au chapitre de Montbéliard et dit : « Il y a à plus de deux lieues d'ici, une délicieuse fontaine de santé, à laquelle, avant la guerre actuelle, beaucoup de gens sont venus de loin.
Perdrix, à la date du 4 Juin 1665, écrit sur le même sujet :
« Ma femme et moi partîmes pour la bonne fontaine et allasmes demeurer à Longevelle chez le nepveu Morlot et y avons dépensé bien douze quarts d'escus ; le 17 nous retournâmes à Montbéliard.
La bourse de M. le conseiller semble avoir reçu un terrible coup par ce séjour aux eaux I Toutefois ne nous étonnons pas de le voir s'établir à Longevelle; la Saine Fontaine, qu'on a aujourd'hui la plus grande peine à découvrir, sort de terre en face du Doubs, entre Lougres et Longevelle.
Personnellement nous avons constaté , comme le dit Bauliw, qu'il n'y a en elle ni saveur, ni odeur, qu'elle n'est pas trop froide. Elle a été analysée par M. le professeur Meunier qui n'y a rien découvert de spécial.
Comme autrefois, de nos jours, elle donne libéralement son eau ; mais depuis un temps infini rien ne trouble sa solitude. On ne parle plus ni de ses miracles, ni de ses guérisons.
Le traité de Bauhin dont l'exemplaire, peut-être unique actuellement, se trouve à la Bibliothèque de Montbéliard, eut tant de succès, que Foillet en fit, en 1602, une édition en allemand, dans laquelle la fontaine porte le nom de Plongenière.
Le volume français se termine par une pièce de vers dont l'auteur est F. de Lancluse. Vu sa longueur, nous n'en donne rons que quelques extraits :
« Je chante les vertus d'une source nouvelle Dont l'efTet merveilleux remplit tout de merveille,
Dont l'eau chassant du corps cent et cent maux divers, Oste aux plus saines eaux, les lauriers toujours verts. Eau qui, sous Montbéliard, au Doubs qui l'avoisine, De son cristal glissant perd Tonde médecine.
Ça donc, avancez-vous, avancez-vous : bétiques,
Ulcéreux, impotens, sourds et paralitiques,
Car, de ce fontenil, les medicines pleurs,
Sont les remèdes prompts de vos promptes douleurs.
Veux-tu banir de toi la sciatique goûte ?
La vertu de cette eau la banira sans doute.
As- tu douleur d'espaule, ou de banche de rains,
De bras, de pieds, ou de dos ou de mains ?
Lave fort de ceste eau la partie ulcérée,
Car, à guérir tels maux, elle est fort asseurée.
As-tu chargé le corps ou les jambes de feux
Ou bien si descouvrir tu n'ose tes cheveux
Pour la trop forte racbe ou trop forte migraine ?
Ton remède est escrit en la Saine Fontaine. »
Et cela continue ainsi pendant une centaine de vers !
Ce qui trouble notre poète c'est la crainte d'être, dans ses éloges, au-dessous de sa tâche, aussi s'excuse-t-il de sa brièveté en ces termes :
« Mais la peur d'en peu dire, ici me fera taire, Car qui sçait qu'elle peut, ci après encore faire?