DE U SOCIÉTÉ D'ÉMULATION
pendant l'exercice 1903-1906
PAR
M. le Docteur A. PFISTER
Sécréta i re-Gén êra l.
Mesdames, Messieurs,
Le rapport que je vous présente a pour but de vous renseigner sur les travaux et sur l'état de notre Société depuis Juin
Je veux tout d'abord rendre un dernier hommage à la mémoire des membres trop nombreux qui nous ont quittés cette année. M. Emile Oustalet, professeur au Muséum d'histoire na turelle de Paris; M. Benjamin Peugeot; M. Ernest Meyer; M. Jacquot; Madame Bouthenot -Peugeot dont le mari fut un des fondateurs de la Compagnie.
Plusieurs nouveaux collègues viennent heureusement combler les vides. Ce sont : MM. Leblotier, de Bourogne; Canel, d'Héricourt; Georges Tuefferd; le capitaine Wœlfel, enfin le
capitaine Huber que vous aurez le plaisir d'entendre tout à Theure et dont on travail vous avait été présenté l'année dernière par M. Roux sur « Une prétendue prise de Montbéliard au commencement de la Révolution, jj
Dans cette môme séance générale, outre cette étude, l'allocution du Président et le rapport du Secrétaire, M. Roux communique une notice sur une statuette de Vierge de l'Annonciation provenant du château de Neufchâtel-Urtières.
Puis M. Nardin nous lait part des recherches qu'il a faites sur l'emplacement de la boutique de l'imprimeur Foillet. Elle se trouvait à côté de celle du chirurgien Morlot au rez de-chaussée de l'aile orientale du bâtiment des Halles à la place occupée actuellement par l'épicier Barret.
M. Léon Bernard lit une intéressante étude sur la dispersion de quelques plantes indigènes et de quelques plantes exotiques naturalisées à Montbéliard et dans les environs.
M. Dupuis communique la première partie d'un travail sur Georges-Louis Bernard né en 1775, mort en 1850, d'abord professeur de grammaire à Colmar puis directeur du collège de notre ville. M. Dupuis nous promet la deuxième partie de son étude pour l'année prochaine.
La réunion est terminée par une notice de M. Mériot sur les Juifs à Montbéliard en 1701. 11 montre que malgré les idées de tolérance qui auraient dû régner dans notre pays, cette classe de citoyens n'y était pas mieux traitée qu'ailleurs.
La situation financière de la Société continue à être assez bonne ; les recettes excèdent un peu les dépenses. Il serait à souhaiter cependant que de nouvelles adhésions viennent encore grossir nos rangs pour nous permettre de faire face aux dépenses toujours croissantes.
Le volume de cette année est en ce moment à l'imprimerie. Il vous sera distribué d'ici peu et comprendra :
Le Bulletin habituel avec la liste des dons et acquisitions.
Les lettres de Berdot publiées par M. Viénot.
Les autographes de M. Bovet analysés par M. Ahnne.
Quelqu'unes des communications de l'an dernier, celles de M. Roux, de M. Léon Bernard et du capitaine Huber.
Enfin un travail de M. Mauveaux sur Hugues Bois de Chesne, poète et chroniqueur Montbéliardais, né en 1586, mort en 1671. Vous en entendrez quelques extraits tout à l'heure.
J'arrive maintenant aux dons et acquisitions.
Nous n'avons rien acheté à Mandeure pour la bonne raison que les découvertes se font rares. Je ne veux pas tenir compte de l'offre qui nous a été faite récemment d'une breloque avec cachet en verre vert à empreinte moulée représentant vaguement un guerrier, et qui à coup sûr avait une origine bien plus rapprochée de nous.
Par contre, notre collection si précieuse du Vieux Montbélîard s'est enrichie de trois tableaux, portraits des membres de la famille Mégnin et qui n'ont guère de valeur que comme reproduction fidèle des costumes du temps. Ces trois peintures étaient au moment de leur achat dans un état fâcheux de dégradation. Grâce à l'habile restauration que leur a fait subir le peintre Paul Bruet, ils ont pu prendre place dans notre galerie de portraits de Montbéliard. M. Gruet nous a envoyé de nombreux objets et vêtements du XVIIIe siècle, plus une poupée costumée comme les dames de la bourgeoisie de Montbéliard, y compris la coiffure singulière dont elles s'affublaient et que Ton appelait le Calot:
Mais c'est surtout grâce à la libéralité de Madame Bouthenot que s'est enrichie notre collection du vieux Montbéliard. Continuant les traditions de générosité de son regretté mari, Madame Bouthenot a légué à notre Musée toute une série d'objets dont je dois vous signaler les plus remarquables.
Ce sont des vases de faïence peints, un coffret en noyer à panneaux en relief, un baromètre à cadran très décoratif, des liasses de pièces diverses dont les plus intéressantes sont des diplômes militaires ayant appartenu à des membres de cette ancienne famille; un curieux manuscrit illustré d'aquarelles amusantes par leur naïveté , il a été rédigé par un prisonnier sur les pontons anglais en 1811 ; une relation manuscrite anonyme du siège de Pondichéry en 1778. Ces deux pièces sont assez intéressantes pour avoir été jugées dignes dune reproduction avec fac-similé par la direction du journal d'histoire militaire « La Sabretache » ; enfin une collection de 18(58 à 1870 de la feuille locale le « Journal de Montbéliard et du Doubs », qui peut rendre des services pour les recherches et faits relatifs à cette époque déjà lointaine. En tout cas , il est piquant de parcourir les articles et polémiques suggérés par les élections qui confirment la vérité du dicton populaire : « Tant plus ça change, tant plus c'est la même chose ».
La partie la plus importante du legs de Madame Bouthenot consiste dans les œuvres d'art, au premier rang desquelles je dois signaler :
Un buste en terre cuite de Frédéric Charles Bouthenot, doyen du Conseil de Régence. Ce buste a été exécuté par Breton en 1791.
Un portrait à l'huile du même conseiller et de sa femme, Rose Elisabeth née Sahler.
Deux autres de Georges-David Richardot, capitaine au régiment de Waldner, chevalier du mérite militaire, et de Georges- Louis Bouthenot, colonel au service des Indes. C'est ce dernier qui avait un jour envoyé « à sa chère mère, Madame la conseillère Bouthenot, » deux splendides cachemires, dépouille de quelque Nabab, et qui sans doute, suivant l'expression du poète, avaient « voilé le sein des Sultanes ».
« Qu'a ce que c'a que çouci? qu'est-ce que c'est que ceci? » dit la conseillère en déployant le riche et moelleux tissu ; « et qu'a ce que nô poyans faire de ces ponnes-mains? et qu'est-ce que nous pouvons faire de ces essuie-mains ? Ei fa les baillie ai lai princesse... » Ce qui fut dit fut fait; et la, princesse, sans doute par politesse, ne crut pas devoir refuser. »
Madame Bouthenot a même eu l'attention dont lui sera, je pense, très reconnaissant notre dévoué conservateur toujours gêné pour les classements, de faire don d'un meuble ancien ; c'est une sorte de bahut à deux étages qui, s'il n'a pas la valeur artistique de notre belle armoire du vieux Montbéliard ou du meuble qui s'obstine à rester à l'Hôtel de Ville, n'en a pas moins un certain mérite par ses ornementations quelque peu primitives.
M. Contejean, dont vous connaissez la sollicitude pour notre Société, nous a envoyé une brochure sur la Saine-Fontaine de Lougres par Bauhin, imprimée chez Foillet. C'est un document précieux, on ne connaît pas d'autre exemplaire de cet ouvrage.
Dans la partie ethnographique de notre Musée prendront place deux objets qu'a rapportés de son voyage au Cambodge M. le capitaine Wœlfel, donnant un exemple qui mériterait d'être suivi, pour le plus grand bien de nos collections, par ceux de nos compatriotes qui vivent à l'étranger. L'un, qu'au premier aspect tout le monde prendrait pour une lunette d'approche est, en réalité une pompe à incendie dont le jet est suflisam-
ment puissant pour atteindre le toit des petites maisons qu'habitent les Chinois.
L'autre est un instrument destiné à produire du feu par la compression de l'air. C'est le briquet à air de nos cabinets de physique qui paraît n'avoir été connu en Europe que vers le commencement du siècle passé. La première expérience a été faite à Lyon, et le physicien qui l'exécutait dut même se rendre à Paris pour la répéter devant d'autres savants qui l'avaient essayée sans succès.
Ce procédé, qui est un exemple remarquable de transformation d'énergie est employé , paraît il , de temps immémorial chez les peuples de Bornéo, de Sumatra et d'une partie des Indes.
On comprend que les premiers hommes aient pu, guidés par l'observation de faits communs, se procurer du feu. par le frottement de deux morceaux de bois; mais comment les sauvages ont-ils été conduits à utiliser pour le même but la chaleur que produit le travail employé à réduire le volume d'une masse d'air, c'est ce qui paraît plus difficile à expliquer.
A ce titre, le briquet en question creusé dans une corne de buffle, avec son piston en bois garni de fil et son petit sachet où se met la provision d'une matière cotoneuse roussie au feu, destinée à servir d'amadou, nous paraît une intéressante acquisition.
Voilà, terminée, la liste des richesses qui sont venues, cette année, orner notre Musée.
Il me reste encore à vous dire que nous continuons à entretenir d'excellentes relations avec les Sociétés voisines; nous ne pouvons que les remercier sincèrement de l'accueil que nos délégués reçoivent auprès d'elles, et de l'empressement qu'elles mettent à répondre à nos invitations.
MONTBÉLIARD à TABLE