CHAPITRE Ier
Origine, Histoire et Marche des Conférences. (')
L'origine de ces réunions entre pasteurs remonte jusqu'à la Réforme. C'est ce que nous apprend le procès-verbal de la séance du 25 juillet 1770. Ce document est de première valeur; on nous permettra donc de le transcrire ici in cctenso :
« A l'ouverture de cette conférence, Mr. le Surintendant observa à la compagnie des pasteurs, que depuis l'époque de 1537, les Réformés de la Suisse Françoise avoient tenu deux ou trois Synodes par an, dans chacune des classes, dans lesquelles on avoit partagé les Eglises Réformées Françoises, et que dans ces
(1) Les procès-verbaux des Conférences formant un gros volume intitulé : Registre des Confère-nces ecclésiastiques tenues par les Ministres de la Principauté de Montbéliard (1744). (Archives de l'Inspection de Montbéliard),
assemblées, les Ministres de la parole de Dieu conféroient entre eux, et s'entretenoient sur des matières qui concernoient tant les Dogmes de la Religion que la Discipline de l'Eglise.
« Pour prouver que ce salutaire établissement avoit été reçu, pratiqué et suivi dans la Principauté de Montbéliard, il provoqua à un Rescrit général du SérénissimeDuc Ulric de Wurtemberg adressé au Prince Christophe son Fils, résidant alors à Montbéliard, en date du 29 octobre 1545, et il dit, qu'il paroissoit par le 8e article de ce Rescrit, que Mr. Pierre Toussaint, chef du Ministère de ce Païs, avoit tenu précédemment, avec les autres ministres de la parole de Dieu, quelques synodes ou Conférences pastorales , pour contribuer au maintien de l'uniformité dans la Doctrine, et pour mettre en règle tout ce qui regardoit la conduite et la vie des Ministres de la Religion.
« Le Sérénissime Duc accorde, dit il, aud. Pierre Toussaint « la permission de continuer à tenir ces sortes de Conférences ; « mais sous la réserve expresse , que deux des membres du « Conseil du Souverain assisteront à ces Assemblées Synodales, « pour entendre ce que l'on y traite et ce que l'on y propose, et « pour ne pas permettre que l'on entreprenne et statue la moin- « dre chose contraire à l'Ordonnance ecclésiastique du Païs.
« 11 seroit à souhaiter, ajouta Mr. le Surintendant, que l'on eut tenu des Registres de ces Conférences ecclésiastiques, depuis leur établissement comme on a fait depuis l'année 1744. Nous pourrions avoir recours aux éclaircissements que les Extraits de ces Conférences donneroient, de certaines particularités intéressantes, pour fixer l'époque de certains rits et usages, qui se sont établis chez nous, et qui serviroient à compléter l'histoire de la Réformation des Eglises de l'ancien Comté de Montbéliard, dont nous ne trouvons que des parcelles peu circonstanciées, tant chez nous que chez nos voisins. »
L'absence de documents antérieurs à 1744 est, en effet, fort regrettable. Quelques notes des chroniqueurs Bois de Chesne et Perdrix nous permettent de supposer que les malheurs des temps, le passage des Guises, la guerre de Trente Ans et l'occupation française en 1676, ont été la cause unique de la tenue irrégulière des Conférences ('). Quelques Princes avaient ce-
(1) V. Roy, Vie Nouvelle, 30 sept. 1888; Aug. Chenot, Vie Nouvelle, 1888; B. Mériot, L'Eglise luthérienne au XVII* siècle dan» le Pays de Montbéliard, p. 115-116.
pendant insisté pour que ces assemblées fussent reprises à époques fixes. Mais comme l'Ordonnance de 1560 n'avait pas un mot pour elles, elles ne s'imposaient pas aux pasteurs. Le Supplément de l'Ordonnance de 1560, paru eni723, vint combler cette lacune: « Les pasteurs, dit il, feront une proposition édifiante sur quelqu'un des principaux articles de la foi, des controverses de la Religion, ou sur l'état présent de l'Eglise, sur les devoirs du ministère évangélique et sur d'autres matières de pareilles natures. »
Reprises en 1744, et continuées sans interruption jusqu'en 1790, les Conférences, appelées tantôt « ecclésiastiques », tantôt synodales », tantôt « pastorales », suivirent, de point en point, le programe tracé en 1723.
Le lieu ordinaire des réunions était « la grande salle des Audiences », ou encore « le grand Poêle des Audiences », « sur les Halles », comme nous l'apprennent les procès-verbaux à partir de 1772.
Les Conférences avaient lieu généralement trois fois par an, en juin, juillet et août. Tous les pasteurs du Comté proprement dit et des Seigneuries y assistaient. Les débats étaient présidés de droit par le Surintendant ecclésiastique. Un Conseiller de Régence représentait le Prince.
La première assemblée de l'année était souvent entièrement consacrée à l'audition et à la discussion des affaires consista riales ou des difficultés qui surgissaient dans les paroisses rurales. Chaque pasteur était appelé à donner fraternellement son avis sur les cas présentés. Quand une solution était prévue ou tranchée par V Ordonnance en vigueur, le Surintendant se contentait d'en faire mention : l'incident était clos et pasteurs et délinquants devaient obéir. Quand, au contraire, un cas nouveau se présentait, le Surintendant le soumettait au Conseil ecclésiastique , qui jugeait souverainement. Dans ces discussions, il s'agissait ordinairement de l'observation du jour du repos, des censures à appliquer, des coutumes à observer ou à rejeter, des procès, des querelles entre particuliers, des écarts de langage ou de pensée, des délits commis par les cabaretiers.
On passait ensuite à l'examen de questions théologiques touchant directement au dogme. Le Surintendant chargeait un candidat en théologie ou le plus jeune des pasteurs de présenter à la Conférence un travail dogmatique. Ce travail, jusqu'en
1774, est toujours écrit en latin. A partir de cette date, il est souvent composé en français. C'est seulement vers 1788 que nous voyons le Surintendant distribuer « à chacun des membres de l'assemblée un exemplaire imprimé de questions théologiques, sur lesquelles » ils étaient « priés de réfléchir pour qu'elles puissent être agitées » à la Conférence suivante (p. 207).
Nous ferons grâce au lecteur de tous les détails que comportaient ces genres de travaux. Ils n'intéressent plus guère que les théologiens ou les historiens du dogme. Ils soulèvent néanmoins un petit problème que nous avons le devoir d'effleurer ici : je veux parler de la mentalité théologique des pasteurs du XVIII* siècle.