‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 33 sur 66 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Théologie et Discipline ecclésiastique.

Nous avons étudié ailleurs l'introduction, dans notre pays, du luthéranisme le plus strict tel qu'il était enseigné à Tubingue au XVIIe siècle. Note-ton, au XVIIIe siècle, une évolution quelconque dans la doctrine des pasteurs montbéliardais? Il ne me le paraît pas. La lecture, souvent fatigante, des procèsverbaux des Conférences, laisse l'impression que les pasteurs n'ont aucune velléité d'indépendance doctrinale. Les pasteurs moraves eux mêmes, tels que Jacquin, Fries et Duvernoy, suivent exactement l'enseignement luthérien et se servent, dans leurs instructions religieuses, des manuels ou des catéchismes officiels. Ils se contentent de lire quelques ouvrages moraves et de réunir chez eux leurs paroissiens les plus pieux. Ils n'essayent donc pas de se séparer de l'Eglise établie.

La théologie luthérienne, dans le pays de Montbéliard, en est arrivée à ce degré d'ossification où les facultés intellectuelles ne sont plus employées qu'à prouver la vérité du dogme reçu. La vérité c'est la Formule de Concorde. Nos pasteurs traiteront donc, dans les Conférences, les sujets les plus divers, — la révélation, le péché originel, la trinité, la repentance, la justification, la liberté chrétienne, la sanctification, la loi morale, l'Evangile, les sacrements, la personne du Christ, la prédestination, — sans s'écarter des conclusions des livres symboliques de l'Eglise luthérienne.

Dans la pratique, l'idée obsédante de l'unité dogmatique et ecclésiastique reparaît sans cesse et finit par créer une mentalité néo catholique dans nos populations rurales. D'abord, les pasteurs croient que les cultes établis suffisent amplement à

l'édification des fidèles. Ils ne comprennent pas qu'un de leurs collègues tienne des réunions privées chez lui. 11 y avait là certainement un danger. Décréter qu'on célébrerait partout le culte de la même manière et qu'on lirait partout les mêmes ouvrages religieux, c'était gravement méconnaître les droits de la conscience et îes aspirations religieuses différentes qui pouvaient exister dans certaines localités.

Toutefois, il faut bien le reconnaître, il était impossible qu'il en fût autrement. Les principes mêmes du gouvernement s'opposaient à toute modification. Quand un pasteur croyait pouvoir insinuer qu'une réforme serait nécessaire, le Surintendant, au nom du Prince, l'arrêtait net. Nous ne rappellerons pas au lecteur quels étaient ces principes aristocratiques qui dominaient alors en politique et en religion. Mais, comme nos Conférences reviennent quelquefois sur les droits épiscopaux, nous laisserons la parole au procès-verbal de la séance du 28 juin 1769 (p. 131). [I est significatif à tous égards. Le Surintendant J.-Fr. Blanchot était mort l'année précédente. Léopold-Eberhard Bon sen, recteur du gymnase de Montbéliard, lui succéda et fit, à cette première Conférence de 1769, un discours où « il prit occasion d'entretenir l'assemblée de ce que l'on nomme communément les Droits épiscopaux. 11 fit voir : 1° que ces Droits, selon le jugement du savant Docteur J. Fr. Buddée, page 558 et sq. de la Théologie Morale, étoient abusivement ainsi nommés; 2° qu'anciennement , ils avoient fait partie de la Souveraineté ou de la supériorité territoriale ; 3° qu'ils avoient été usurpés par le Clergé Romain, dans les siècles les plus barbares et les plus ténébreux de l'Eglise ; 4° que les anciennes maisons souveraines de cette République de Princes, qui est connue sous le nom de St-Empire germanique et romain, avoient revendiqué ces mêmes Droits , lesquels leur furent solennement assurés et garantis dans la pacification conclue en 1552 à Passau, et ensuite confirmée dans une Diette tenue h Augsbourg en 1555. 11 observa 5° que la Sérénissime maison de Wurtemberg étoit du nombre de celles qui participoient à cette haute prééminence, et que pour cette raison, elle avoit établi dans ses Etats des Conseillers ecclésiastiques et des Surintendants chargés de veiller au maintien et à la conservation de l'orthodoxie aussi bien que de l'exercice de la Discipline ecclésiastique, dans les Eglises où ces Droits de Collation et de Patronage cpmpètent aux Princes de cette Sérénissime maison.

« 11 finit son discours en conjurant tous ses confrères en J. C. de vouloir concourir avec lui au but salutaire qu'il se proposoit d'avoir continuellement devant les yeux , et qui consiste à avancer la gloire de Dieu en écartant des Eglises de ce Païs Terreur, les abus, la superstition et le mensonge, pour y faire constamment régner l'amour et la profession sincère de la vérité divinement révélée, et pour renverser et détruire tout ce qui s'oppose à l'établissement et à l'affermissement du règne de J. C, notre commun maître, dans les âmes... »

Au nom de nos principes démocratiques, ne condamnons pas sans appel les vieilles institutions. Elles ont eu du bon. Nos anciens pasteurs n'étaient pas des inquisiteurs. Us dénonçaient les pécheurs endurcis, c'est vrai. Mais ils leur lendaient service et maintenaient, quoi qu'on puisse dire, la moralité générale à un niveau assez élevé. Dans les Conférences, ils pouvaient échanger des avis, adoucir l'intransigeance des uns, proposer de petites réformes, et faire entendre au Prince , par l'organe du Surintendant, un écho de la voix du peuple.

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