D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS
PAR
.Julien MAUVEAUX Archiviste Municipal
Les Maîtres de Poste.
Malgré la neutralité observée par le comte Georges II entre la France et l'Autriche, Louis XIV qui, depuis deux ans sollicitait rétablissement d'une garnison française à Montbéliard et avait essuyé des refus successifs , fit occuper la ville, le 8 novembre 1676, par le maréchal de Luxembourg (!).
Maître déjà de la Franche-Comté, le roi de France avait intérêt à maintenir des communications régulières pour sa correspondance, entre cette province et l'Alsace qu'il venait de conquérir. Les maîtres de poste qu'il institue à Montbéliard « tant pour les lettres que pour les chevaux » sont des bourgeois de cette ville (*). Le premier dont on trouve la trace est un nommé Jean Beurnier, marchand, qui, à la date du 12 octobre 1697 « fait conster par lettres d'établissement de Maître de poste en Fan 1676 une exemption entière de logement de gens de guerre ou à solde » pour le quartier d'hiver de 1676 (•).
(1) Arch. connu, de Montbéliard. BB. 2, page 92, Prise de Montbéliard par Luxembourg.
(2) Arch. comm. de Montbéliard. Note du Conseil de régence (sans date mais postérieure à 1739).
(3) Arch. comm, de Montbéliard. CC. 24.
Comme commensaux de la maison du roi, les maîtres de poste depuis leur établissement étaient exempts de la taille. Une ordonnance de François I" du 3 sept. 1513 leur confirma ce privilège. Par déclaration royale du 30 déc. 1652, Louis XIV confirma tous les privilèges accordés précédemment aux maîtres de poste. Des lettres patentes du 24 mai 1668 ramenèrent à 30 livres l'exemption de la taille pour les maîtres de poste ; elles leur permettaient d'exploiter jusqu'à 30 arpents de terre labourablo tant de leur propre bien que de celui de leur ferme. Us étaient en outre exempts de tutelle, curatelle, loge-
En 1(>96, nous voyons d'autre part Louis XIV révoquer « pour bonnes considérations » Claude Girard « maistre de la poste de Montbéliard au Comté de Bourgogne » , charge dont il l'avait pourvu (!).
Un brevet du 2{.) décembre 1696, lui désigna comme successeur David Lorillard « sur les bons tesmoignages... rendus de sa capacité et expérience au faict des postes, diligence et bonne conduite... ainsy que de la profession qu'il faict de la religion catholique, apostolique et romaine » (*).
A la suite du traité de Ryswick (29 oct. 1697), la France restitua Montbéliard au comte Georges. Celui-ci rentré à Montbéliard le 7 février 1698 , institue Jacques Schor, comme maître de la poste aux lettres et aux chevaux , à charge d'entretenir quatre chevaux bons et propres pour l'usage des dites postes. A partir du premier mars 1698, Schor devait recevoir un gage de 200 livres, plus 180 livres pour la nourriture de ses chevaux et être exempt d'entrée et d'angal jusqu'à concurrence de cent tines de vin annuellement (8).
Jacques Schor acheta des chevaux et du fourrage, mais sa nomination demeura lettre morte (4). Louis XIV, le 3 février
ment et contribution aux dépenses des gens de guerre. « Sa dite Majesté [Louis XIV], en exécution des dites Lettres Patentes du mois de May 1597, les a déclaré et déclare exempts dans toutes les villes, bourgs et bourgades du royaume des guets et gardes des portes, des commissions, des levées de deniers qui se font pour les pauvres, boues, lanternes, des tutelles et curatelles et charges d'eschevins et consuls, ensemble du logement effectif des gens de guerre... » Règlement du 4" avril 4610 que Sa Majesté veut être observé pour le louage des chevaux... en conséquence de Varrest contradictoire de son Conseil du onzième février 4679.
(1) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1041. Cf. Brevet de Lorillard.
(2) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1911. Brevet de David Lorillard comme maître de la Poste aux lettres.
(3) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941. Institution de Jacques Schor comme maître de la poste (10 février 1698). Ordonnance du même jour fixant ses gages.
(4) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941. Le 28 déc. 1712, Schor supplie le comte Léopold-Ebcrhaid de lui accorder une indemnité de 30 écus « pour frais ot interret qu'il a soutenu et suporter en len mil six cent nononante huiste que S. A. S. Monseigneur le Duc George... luy fit l'honneur et la grâce de luy faire expeediere Brevet pour estre Maitre de poste en conseiquance duquel et par les ordres de sa dite Aletaisse cerenissime, ilfitemplaite de cheveau et de prouvision sans ce que cependant qu'il y aye iouis du Bénéfice de la dite poste... » Il reçut paiement des 30 écus demandés, le 2 janv.
1698, avait fait, il est vrai, retirer du château de Montbéliard la compagnie d'infanterie qui l'occupait ainsi que le curé qui y était installé. En même temps la poste et le bureau créés à Montbéliard pendant la guerre, avaient été levés, mais le bureau transféré à Clerval n'y demeura pas longtemps. Peu après, le roi de France le fixait de nouvean , devant le pont de Voujaucourt, sur les terres de Montbéliard et la poste aux lettres et aux chevaux était elle même rétablie dans cette ville. Malgré les réclamations du comte Georges et plus tard celles de son fils Léopold-Eberhard, la France l'y maintint jusqu'en 1718.
David Lorillard, nommé par Louis XIV, maître de poste à Montbéliard en décembre 1696, exerça ses fonctions jusqu'en 1710. 11 fut révoqué pour des raisons qui nous échappent. Un brevet du roi, daté de Versailles du 4 février 1710, nomma à cette maîtrise vacante Jean Greys « vu la profession qu'il faict de la religion catholique, apostolique et romaine » (*). 'Ce dernier remplit sa charge un peu plus de trois ans. Nous voyons, en 1713, le directeur des postes de Besançon se plaindre du maître de poste Greys qui a abandonné son service quoiqu'il ait reçu non seulement comme les autres maîtres de poste , les gages du roi correspondant aux six derniers mois de 1712, mais encore les gages afférents au service des « ordinaires » pour les six premiers mois de l'année courante. C'est là, fait remarquer le directeur, « une conduite très préjudiciable au service du roi et digne d'une sévère prison » , et il invite le conseiller Duvernois à l'incarcérer et à le forcer de continuer son office jusqu'à son remplacement (2).
Le marchand Jean Beurnier lui succéda. David Lorillard, destitué en 1710 u s'ingérait » malgré la perte de son office « de recevoir et distribuer encore les paquets des lettres de Besançon et Belfort ». Jean Beurnier porta plainte au Conseil qui fit défense à Lorillard de distribuer les lettres (8).
A la suite de nouvelles remontrances adressées à la France par Léopold Eberhard, la poste royale de Montbéliard fut enfin
(1) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 11141. Copie vidiméc de brevet.
(2) Ludtcigsburg. Actendepol. Lettre du Directeur des Postes de Besançon au Conseiller Duvernois (13 juin 1713).
(3) Arch. Nation. Fond» Montbéliard. K. 1041. Décision du Conseil du 20 mai 1713.
supprimée en 1718. Le prince la remplaça immédiatement par l'ouverture d'un bureau pour les lettres et l'établissement d'un messager de Montbéliard à Belfort.
L'ordonnance du Conseil de régence du 9 novembre 1718 (*) qui enregistre cette double création, nous apprend que le bureau des lettres est établi chez Augustin Felgenhauer, originaire du margraviat de Bade-Durlach. Celui-ci était secrétaire privé de Léopold-Eberhard et remplissait en outre au château les fonctions d'auditeur de comptes et d'expéditeur des affaires en langue allemande, avec un gage annuel de 400 livres (*).
A l'origine, Felgenhauer n'avait pas à proprement parler le service des postes, il assurait seulement la distribution des lettres à Montbéliard (*). Il recevait pour cette distribution 30 sols par semaine (4) et on lui remboursait le prix de ses fournitures. C'est ainsi qu'il lui est « passé ») par an, pour chan délies, 11 livres 10 sols, et pour ficelles, cire, papier, encre, etc., 10 livres 13 sols 6 deniers. Il semble que le produit de la poste qui s'éleva du premier novembre 1719 au premier novembre 1721 à la somme de 741 livres 11 sols 3 deniers, lui ait été cependant abandonné. Dans tous les cas, il ne rendit point compte de sa gestion pour cette période, estimant que « S. A. S. de glorieuse mémoire lui ayant fait payer son gage en entier de secrétaire, au mois de décembre 1722... sa dite Altesse Serenissime lui faisait grâce du profit (6) ».
Le 4 juillet 1724, Felgenhauer fut définitivement agréé comme maître de poste à Montbéliard. A partir du 1er janvier 1724, il versa entre les mains du Receveur de la Seigneurie, une redevance annuelle de 100 livres, il supportait personnellement les ports de lettres de Belfort à Montbéliard , pour toute la correspondance adressée à la Seigneurie, au Conseil de régence et à la Chambre des comptes et domaines; il entretenait aussi le*
(1) Arch. Nat. Fonds Montbéliard. K. 1941. Etablissement d'un bureau pour les lettres avec le secrétaire Felgenhauer comme titulaire (9 nov. 1718).
(2) Arch, comm. de Montbéliard. Note du Conseil de régence, sans date mais postérieure à 1739.
(3) Ludwigsburg. Actendepol.
(4) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941. Etat des gages et émoluments du Sr Felgenhauer dès 1721.
(5) Arch. Nation. Fond* Montbéliard. K. 1941. Déclarations de Felgenhauer.
messager à ses frais. Par contre, il bénéficiait du produit de la poste I1).
Les insolences et les malversations de Felgenhauer amenèrent quelques années plus tard sa déchéance. Nous voyons le Conseil de régence se plaindre en 1731 de la mauvaise administration du maître de poste de Montbéliard qui est un ivrogne incorrigible et sourd à tous les ordres qui lui sont donnés, jette par la fenêtre les instructions du Conseil ou en public les met a à ses fesses » comme un « mouchoir » (*). D'autre part, d'informations ouvertes contre lui entre 1721 et 1731, il résulte qu'il mettait de la négligence à régler ses comptes avec le bureau de Belfort, surtaxait les lettres, refusait fréquemment d'en distribuer certaines à leur adresse , se permettait d'en ouvrir d'autres et non seulement manquait de respect envers le Conseil de régence, mais encore à l'égard du général de Montigny ('). Le 6 mars 1731, il fut démis de son emploi (*).
(1) Archiv. Nation. K. 1941. Amodiation de la poste à Felgenhauer.
(2) Ludwigsburg. Actendepot. Plaintes du Conseil, du 15 fév. 1731.
(3) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941. Informations contre Felgenhauer (1726-1731), 43 pièces.
(4) Augustin Felgenhauer, a secrétaire privé de S. A. S. , Directeur de la Poste et bourgeois de Montbéliard », décéda dans le courant de 1731. Il avait épousé Anne-Elisabeth Strobel et laissait une fille , Marie-Madeleine-Christine, mariée à Gottlob Dunnebier, chirurgien.
L'inventaire de ses biens fut dressé le 17 décembre. Sa bibliothèque comprenait 246 volumes, dont le catalogue est rédigé en allemand. On y remarque à coté de livres religieux : les Nuits attiques d'Aulu-Gelle, les lettres de Cicéron , les œuvres de Virgile , Cornélius Nepos et Martial , les Colloques d'Erasme, les Dialogues sacrés de Sébastien Castellion (1597) des Grammaires latines et grecques, etc.
On voit figurer à l'inventaire « une feuille de fer blanc où il y a l'écriture de la poste dessus. »
Felgenhauer aimait les oiseaux. Nous trouvons inventoriées : « une cage avec du fil d'archal... trois autres cages de bois avec un petit moulin pour moudre les graines... trois petites affaires de fer blanc pour donner à boire aux oiseaux. »
Dans l'actif (chap. XIV de l'inventaire, Arch. comm. de Montbéliard), sont inscrits comme débiteurs de la succession, pour ports de lettres : le général baron de Montigny (8 1.), le baron de l'Espérance (10 1. 14 s.), M. Berdot, avocat (3 1.), Jean Titot, apothicaire (3 1. 8 s.).
L'hoirie devait « pour la poste à Basle suivant billet du défunt, 20 florins ou 50 livres ».
. Felgenhauer était propriétaire d'une maison située rue Surleau. C'est dans cet immeuble que se trouvait le bureau de poste.
Le Conseil de régence proposa à sa place Jean Georges Scharffenstein, orfèvre et ancien receveur des églises. Ce choix fut agréé par le gouvernement ducal et le 23 mars de la même année, le nouveau titulaire prêta serment en la forme suivante :
(( S. A. S. m* ayant gracieusement confié l'administration de sa poste à Montbéliard, je promet par le serment que feu preste icy au Dieu Tout puissant d'une fidèle soummis[sion\ et obéissance à sa die A. S. d'avancer ses droits, itrofits et avantages de tout mon pouvoir et de détourner de même ses dommages et préjudices et en particulier de verser dans ma fonction avec toute exactitude et fidélité, ainsi qu'il convient, que Dieu m'en soit en ayde par J.-C. »
La poste fut mise en régie pendant un an à partir du 21 mars 1731. À l'expiration de la convention, Scharlîenstein présenta le compte de la « direction » qui lui avait été confiée. Le produit de la poste s'était élevé à 2448 livres 15 s. 3 d. En défalquant les frais, il restait une somme de 500 livres 7 s. 3 d. sur laquelle il y avait encore à prélever le gage du « Directeur » que le Conseil de régence fixa à 300 livres.
Scharlîenstein demanda au duc Eberhard Louis de lui laisser dorénavant la jouissance du bénéfice de la poste aux conditions de son prédécesseur, c'est-à-dire moyennant le versement d'une redevance annuelle de 100 livres à la Recette du domaine, sinon de lui en continuer la régie au gage de 500 livres par an.
Le Conseil de régence consulté estima exagérées les prétentions du maître de poste. <c On peut trouver d'honnêtes gens, fit-il observer au duc, qui entreprendront la régie de cette poste pour 300 livres d'appointement annuel; il y en aura d'autres qui donneront au moins 200 livres pour l'avoir à titre de ferme m (*).
Erberhard-Louis qui s'intéressait à Scharlîenstein, <c pauvre, mais très respectable » et de plus , n'ayant comme orfèvre qu'une peu nombreuse clientèle, ordonna au Conseil de régence de lui accorder la priorité parmi ses concurrents, à égalité d'offres (*).
L'amodiation des revenus de la poste pour une durée de trois
(1) Arch. Xalion. Fonds Monthéliard. K. ll>41. Relation du Conseil de Régence de S. À. S. touchant la poste (28 avril 1732).
(2) Ludicigsburg. Actendepot. Réponse du duc au Conseil de Régence (25 juin 1732).
ans , à compter du premier août 1732 , fut fixée aux conditions suivantes :
« 1. Le fermier entretiendra à ses frais tant le messager que la personne qu'il proposera pour la distribution des lettres, lequel messager sera obligé de porter la livrée de S. A . S. dans ses fonctions à ses propres frais sans qu'il en coûte rien à la Recette.
(( 2. Il payera son canon au Receveur de la Seigneurie de quartier à quartier.
« 3. Il tirera à son profit tout le bénéfice des ports de lettres depuis la ville de Montbéliard à celle de Bel fort et réciproquement, excepté des lettres et paquets de la Seigneurie et du Conseil en corps, pourquoy il ne pourra rien exiger.
(( 4. Enfin dans l'exploitation de sa ferme, il se réglera et conformera ponctuellemerit au Tarif et règlement touchant la dite poste. (*)
Le premier août 1732, à dix heures du matin, les revenus de la poste furent mis aux enchères « au grand Poisle de l'audiance sur les Halles. »
Philippe Henri Veglin, bourgeois de Montbéliard, offrit 150 livres ; le chirurgien Dùnnebier , gendre de Felgenhauer, 200 livres.
(( Et comme personne n'a voulu enchérir davantage , constate le procès- verbal, on a appelé au ConseilJean-George Scharffenstein, précédent maître de la poste, ensuite du gracieux rescrit de S. A. S. du 21 Juin dernier qui ordonne que led. Scharffenstein aura la jrréférence de lad. poste sur le dernier enchérisseur, lequel Scharffenstein aiant déclaré qu'il acceptoit lad. pour la dernière monte cidessus, l'échutte luy a été donné des d. revenus pour le temps de 3 ans à commencer dez aujourd'hui moyennant 200 livres tournois par an à payer à la Recette de la Seigneurie et de se conformer aux conditions. »
A la mort de Scharffenstein, la poste fut de nouveau mise en adjudication et laissée, comme au plus offrant, au maître-bourgeois en chef Georges-Frédéric Mégnin, pour une durée de trois années, à partir du 1er Juillet 1739, moyennant un canon an-
(1) Arch. Nation. Fonds Monibèliard. K. 1941. Conditions pour l'amodiation du revenu de la poste à Montbéliard.
nuel de 347 livres avec les vins ordinaires et les autres charges énoncées ci-dessus (*).
Georges Frédéric Mégnin demeura amodiataire des revenus de la poste, aux mêmes conditions, jusqu'au 23 avril 1752.
Nous voyons par un mémoire du baron de (ïemmingen , daté de Montbéliard du 24 mars précédent que, dans les derniers temps, le maître de poste Mégnin ne s'acquittait pas souvent de ses fonctions personnellement. 11 en chargeait, à cause de ses absences fréquentes, sa femme, ses enfants et ses domestiques. 11 n'établissait de bordereau pour les lettres ni au départ ni à l'arrivée. C'était rarement qu'il expédiait lui même le messager et de la manière dont ils lui étaient remis, les paquets étaient en danger pendant une nuit entière « d'être escamotés et pris par des mains infidèles ». Autres griefs. Il n'observait point la taxe prescrite, et il altérait les chilïres du bureau de France.
La ferme de la poste expirant à la St-Georges prochaine , le baron de Gemmingen propose de ne plus en adjuger les revenus, mais de les mettre en régie et de confier cette régie au chaudronnier Morel qui est « honnête homme, entendu, appliqué » (*).
« A ma demande, écrit M. de (ïemmingen, il a répondu qu'il accepterait en se contentant de petits gages proportionnés aux peines que cette régie lui causeroit et au revenant bon qu'elle produiroit, à régler au bout de l'année... » (*)
Le 24 avril 1752, Jean Frédéric Morel prêta serment sur les évangiles, en qualité de maître de poste, et il reçut des instructions détaillées concernant les devoirs de sa charge.
Il devait être fidèle et attaché aux intérêts de S. A. S. et exécuter promptement les ordres qui lui seraient donnés. Il devait se procurer auprès du Directeur des Postes à Belfort, un tarif pour la taxe des lettres qui passent par l'Alsace à destination d'Allemagne et ne point surpasser cette taxe.
Les instructions lui rappellent ensuite le tarif qu'il doit appliquer aux lettres échangées entre Belfort et Montbéliard.
(1) Arch. comm. de Montbéliard, Note du Conseil de Régence, sans date, déjà citée.
(2) Le chirurgien Dûnnebier , concurrent de ScharfTenstein en 1732, s'était de nouveau mis sur les rangs pour obtenir la charge.
(3) Arch. Nation. Fond* Montbéliard. K. 1941.
Son bureau devait rester ouvert les dimanche, mercredi et vendredi jusqu'à neuf heures du soir et le mardi jusqu'à dix heures du matin.
11 était enjoint à Morel d'envoyer au Directeur des Postes de Belfort un état du montant des ports de lettres pour toute la correspondance remise au messager, et d'inscrire, au revers des lettres, en chiffres lisibles, le port dû à la Seigneurie.
Entre autres obligations qui lui incombent, nous voyons aussi qu'il a celle de remplir toutes ses fonctions lui-même, d'expédier et distribuer les courriers très régulièrement, de ne ■point montrer les lettres qu'il reçoit ni de déceler les correspondances des marchands de Montbéliard à d'autres marchands.
En ce'qui concerne le messager, le maître de poste devait faire choix d'un homme honnête et entendu, le soumettre à l'agrément du Conseil de régence et lui faire prêter serment. 11 ne devait pas permettre au messager de se charger, à son insu, de paquets pour Belfort ou pour d'autres endroits ;* il devait lui défendre d'accepter des commissions du public sans ordre écrit du Conseil ou de se charger de paquets renfermant des marchandises prohibées en Alsace par les ordonnances royales. Le cas échéant, il devait tenir la main à ce que déclaration en fût faite au bureau des fermes, à Châtenois. Si le messager ne remplissait pas son devoir, il lui appartenait d'en avertir le Conseil et de lui proposer un successeur.
Le maître de poste s'engageait en outre à procurer aux Gouverneur et Conseil de régence la Gazette de Berne et de Schaffouse au meilleur prix et à administrer la poste au mieux des intérêts de la Seigneurie, en se faisant payer comptant le port des lettres et paquets, à l'exception seulement des lettres adressées au Gouvernement et au Conseil qui jouissaient de la franchise postale (*).
Chaque année, il devait rendre compte des recettes et dépenses de sa régie et payer au messager son gage fixe de quartier en quartier ou d'un mois à l'autre, suivant les conventions qui interviendraient entre eux.
(1) Cette franchise, par décision du prince du 12 mai 1764 fut étendue au Receveur Général Jeanmaire.
Enfin, pour le récompenser de ses peines, le Gouverneur et le Conseil se réservaient de lui régler le gage qui serait trouvé convenable à vue du premier compte qu'il rendrait (').
Jean-Frédéric Morelqui continuait d'exercer sa profession de chaudronnier (•), décéda subitement dans sa maison « sur la Place », le 3 décembre 17o(>. Les scellés furent apposés sur ses papiers (8).
Le Conseil de régence, le 13 du même mois, nomma à la maîtrise vacante Frédéric-Nicolas ïitot , orfèvre et bourgeois de Montbéliard (4) qui prêta serment devant le Conseil le lendemain, et reçut pour l'administration de sa charge des instructions semblables à celles données à son prédécesseur (*).
L'article 7 de ces instructions, qui est relatif au secret des lettres, nous montre en outre que « dans des cas particuliers », le Vice-Président et le Conseil de Régence avaient le droit de se faire remettre par le maître de poste de Montbéliard la correspondance privée. La poste de Montbéliard. comme la poste de France, avait son cabinet noir.
Frédéric-Nicolas Titot prit pour caution jusqu'à concurrence de 1000 livres, Jean Jacques Surleau, marchand bourgeois de Montbéliard. Ses gages annuels furent fixés à 300 livres tournois (6).
(1) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941. Instruction pour Jean Fré déric Morel, chaudronnier, en qualité de Maître du bureau de Postes de Montbéliard (24 avril 1752).
(2) Une défense lui est signifiée le 26 juillet 1754, à requête de la Société des Marchands représentée par son maître en chef Georges-Urbain Rayot, de vendre à l'avenir, comme il a fait ci-devant, du fer, de la fonte et ferraille. (Arch. corn m. de Montbéliard. Chonlles).
(3) Jean-Frédéric Morel, fils de Jean-Georges et de Hélène-Suzanne-Catherine Goguel , était né à Montbéliard le 22 juin 1702. Sa tille avait épousé Jean Morel, corecteur des classes latines et ministre à Montbéliard.
Dans le compte rendu, le 9 novembre 1757, de la régie des biens de l'hoirie, il est a passé » à sa veuve Suzanne Dubois « 256 1. 9 s. qu'elle a payées au sieur Delà porte, directeur du bureau des postes de Belfort, à qui l'hoirie les devoit pour ports de lettres et Gazettes de 1756 », (Arch. comm. de Montbéliard. Inventaires).
(4) Arch. Nation. Fonds Montbéliard, K. 1941.
(5) Arch. comm. de Montbéliard. Règlement des postes de cette ville du 13 déc. 1756.
(6) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941.
En 1771, il reçut une augmentation de gage de 50 livres (*). Ses fonctions étant devenues de plus en plus fatigantes, il présenta requête au duc Charles en 1774 pour obtenir une amélioration de sa situation, mais il fut débouté. Cependant le Conseil de Régence, sur nouvelle requête, lui accorda, en janvier 1779, une gratification de 48 livres.
Nous le voyons, le 20 septembre 1782. exposer au prince que « pour faire sa direction avec ordre », il a dû établir son bureau au rez de-chaussée de maison dans une chambre séparée de celle « de l'œconopiic » où il recevait jusque là le public pendant l'hiver.
« Suivant cet arrangement qui lui a paru nécessaire, il se voit dans la nécessité de chauffer son bureau tant pour lui que pour les personnes qui s'y rendront en hyver pour y porter et chercher leurs lettres, si bien que cela lui occasionnera une dépense assez sensible. »
Tenant compte de ces besoins nouveaux, la seigneurie lui délivra désormais 4 toises de bois annuellement (*).
Dans une autre requête à Frédéric-Eugène, du 12 août 1789, le vieux directeur Titot fait observer au prince qu'il exerce ses fonctions depuis trente ans a avec le zèle et l'attachement le plus sincère », mais qu'aujourd'hui, déjà avancé en âge, il vient d'être frappé d'une hémiplégie qui le prive de l'usage de sa main droite. « Dès longtemps, il a mis sa fille ainée au fait de la régie de son bureau » et « les larmes aux yeux et les mains jointes », il demande que cette dernière lui succède dans sa charge.
Un décret du 17 août 1789 lui accorda cette faveur. Suzanne
(1) La m«vme année, la Société des Marchands (Jalouse comme toutes les autres chonfTes de ses privilèges ) remontre au Conseil de Régence et dit : « qu'elle a la douleur et mortification de voir journellement différentes personnes de cette ville s'émanciper de faire venir et recevoir de l'étranger des marchandises de toutes espèces, à prétexte de commission, comme cela est arrivé au Sieur Titot, directeur des Postes, à qui il est parvenu de Lion un paquet à son adresse... »
La Société demande au Conseil de faire défense a Titot de continuer à contrevenir à ses statutR, soit par commission, soit autrement « sinon permettre d'en faire la saisie comme sur tous autres qui se trouveront dans ce cas et d'en faire la déclaration au fisc pour être ensuite ordonné sur la confiscation. » Arch. connu, de Montbéliard. Requête des Marchands, du 25 nov. 1771.)
(2) Arch. Nation. Fonda Montbéliard. K. 19U.
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Catherine Titot fut autorisée à prêter serment, moyennant un cautionnement de 1000 livres (l).
Elle était encore directrice du bureau de postes, fin décembre
Un document du 20 fructidor an IV, conservé aux archives de l'hôtel de ville de Montbéliard, nous apprend que le premier directeur français du bureau de poste de Montbéliard fut Pierre-Frédéric Morel.
(1) Àrch. nation. Fonds Montbéliard. K. 1941. Décret de S. A. S. qui permet à Titot de résigner sa charge de directeur du bureau des lettres.
Frédéric-Nicolas Titot, fils de Nicolas aussi orfèvre, et d'Anne-Françoise Bouthenot, était né à Montbéliard le 26 oct. 1718. Il épousa en la même ville, le 31 juillet 1753, Marie-Suzanne Surleau, fille de Jean-Georges, ministre du saint évangile A Mandeuro ot bourgeois de Montbéliard. Il décéda le 18 messidor an 111.
Un document du 3 janv. 1760 nous apprend que Frédéric-Nicolas Titot, Directeur des postes, était aussi proposé à la perception du droit d'angal et débit de vin pour la Seigneurie. (Arch. comm. de Montbéliard. CC. 6, Pièce 38).
Sa fille qui lui succéda à la direction de la poste était née à Montbéliard, le 20 septembre 1757.
Les Messagers de la Poste.
Avant l'établissement de courriers réguliers , les comtes de Montbéliard employaient pour le transport de leur correspondance des messagers rétribués sur leurs revenus personnels ou sur ceux du Comté.
Le nom de quelques uns d'entre eux est parvenu jusqu'à nous. Nous voyons en 1563 Henri Peseux, messager juré, demander une augmentation de son gage (1). En 157i, Henri Mégnin , receveur du chapitre de Saint Maimbœuf, règle diverses dépenses à Jean Carré, messager, pour des lettres portées à Clerval, Dôle et Saint-Hippolyte ; il règle aussi à Maimbœuf Franc, messager, des frais de voyage en Wurtemberg (*). C'est en 1626, Jehan Barthol qui, investi de la charge de messager par lettres d'Etat, reçoit 10 livres 3 batzes pour son entretien journalier (*). Le messager Nicolas Beurat, dit la Plaine, touche également du receveur du Comté, 195 francs pour voyages exécutés toutes les semaines à Bâle pendant Tannée 1662 (4)
A défaut de courriers réguliers , c'était aussi à des messagers que le Magistrat avait recours pour envoyer sa correspondance. A la date du 9 décembre 1646, il donne un franc fort au messager Anne Chevalier qui porte une lettre à Belfort « pour s'enquérir si les Suédois avoyent repassé le Rhin et estoyent desja
(1) Arch. Nation. Fonds Monlbéliard. K. 1942.
(2) Arch. Doubs. Série G. Reg. 1493.
(3) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1942.
(4) Arch. Doubs. E. 1113. Compte de 1662. Voir aussi compte de 1684 qui nous donne le nom du messager indiqua dans le précédent compte par le surnom.
dedans l'Elsace selon que lebruicten courroit (1). » Les comptes de ville abondent en notes de frais payés à des messagers porteurs de missives du Magistrat.
Lorsqu'un service de messagerie fut établi entre Montbéliard et Belfort, Jacob Bezuchet, messager de la poste de Montbéliard reçut comme gage annuel outre 12 quartes de froment, une somme de 106 livres en argent (*). 11 était alors rétribué par la seigneurie, de même que le distributeur de lettres Felgenhauer. Plus tard, en 1724, ce dernier, déclaré amodiataire de la poste moyennant une redevance annuelle de 100 livres, dût entretenir le messager de ses propres deniers.
Les messagers portaient comme marque distinctive de leur fonction, en tout cas depuis 1730, une plaque d'argent, « pièce d'orfèvrerie aux armes de Wirtemberg pesant 2 onces 3 quarts » (•). Les maîtres de poste amodiataires se la transmettaient en fin de bail. C'est ainsi que dans un certificat, le nouveau maître de poste G. -F. Mégnin déclare l'avoir reçue des mains du receveur du Comté Lalance (4).
Le maître de poste Mégnin donnait un gage de 100 livres annuellement au messager qu'il employait. Le baron de Gemmingen, à la date du 24 mars 17">2, en proposant de ne plus affermer la poste mais de la mettre en régie, estime que ce gage « n'est pas suffisant pour faire subsister un homme ». 11 demande pour le messager, outre un habillement complet de deux ans en deux ans, un fixe de 200 livres. Il demande aussi qu'il soit assermenté (6).
Les comptes des revenus du domaine nous apprennent que le Conseil de Régence donna satisfaction à M. de Gemmingen. 11 est en effet payé au marchand Georges Urbain Rayot « pour l'habit et la monture du messager des lettres Jean Wiest qui lui
(1) Àrck. comm.de Montbéliard. CC. 177, pièce 271.
(2) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1941.
(3) Àrch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1942.
(4) Pendant l'hiver de 1742, Pierre-Joseph Goll , tisserand et bourgeois de Montbéliard, envoyé en communion a Chamcsol par le Conseil de régence, trouva ia mort dans les neiges. Nous voyons qu'il avait aussi la plaque aux armes du Wurtemberg, insigne des messagers du prince. (Arch. Nation. Fonda Montbéliard. K. 1942.)
(o) Arch. Nation. Fonda Montbéliard. K. 1941.
fut échu le Ier janvier 1752, pour la première fois, suivant ordre du Conseil... 82 livres.12 sols » (»). Plus tard nous voyons que Wiest reçut outre l'habit, des souliers et des bas (•). Il avait prêté serment le 25 avril 1752 devant le Conseil de Régence.
Les instructions données à Jean-Frédéric Morel, agréé comme maître de poste, le 23 avril de la même année, nous ont montré qu'il était interdit au messager, sans un ordre écrit du Conseil de se charger d'autre correspondance que celle qui lui était remise par le bureau. Le règlement de 1756 l'autorisa à prendre des paquets avec l'assentiment du maître de poste qui alors en faisait la taxe « sur un point médiocre », quand ils dépassaient le poids de deux livres. Ce dernier « en donnait quelque chose au messager pour ses peines extraordinaires » et portait le restant au compte de la Seigneurie.
Jean Wiest, à cause de sa mauvaise conduite fut obligé de démissionner. Il s'était trouvé « égaré » pendant plusieurs jours avec le paquet de lettres qu'il rapportait de Belfort à Montbé liard. On le destitua. Le directeur Titot qui lui avait avancé de l'argent dut, pour être remboursé , faire saisir et vendre ses biens (5).
La succession du messager Wiest fut disputée par plusieurs concurrents. Parmi eux nous voyons lïgurer Jean Meyer, Jérôme Cardmit, Pierre Mougin, le boutonnier Jean-Jacques Jourand. le fils de Joseph (Joli , ce messager qui mourut dans les neiges à Chamesol, enfin un nommé Daniel Grosrenaud « n'ayant aucune possession pour pouvoir subsister et se trouvant obligé de rester le plus souvent oisif faute de trouver à travailler en râpant du tabac chez les marchands qui l'employaient à cet effet. » (4)
Ce fut le tisserand Jean Meyer, natif de Stein am Rhein, en Suisse, qui l'emporta (*).
(1) Ârch. Doubs. E. 1126. Comptes des revenus du domaine 17521753.
(2) Arch. Ooubs. E. 1128. Comptes de 1756 1757.
(3) Arch. Nation. Fond* Monlbêliard. K. 1942. Requête de Titot au Conseil de Régence du 8 août 1757.
(4) Arch. Nation. Fonds Monlbêliard. K. 1942.
(5) Jean Meyer, messager de S. A. S. épousa, en 1761, Léopoldine-Eberhardine-Charlotte Mcttetal , fille de Jean-Georges, en son vivant grenetier du prince. Dans son contrat de mariage du 22 mai, il donna 100 livres tournois à sa future. (Arch. Doubs. E. 1571. Protocoles des actes el contrats reçus par le procureur Richardot, en sa qualité de notaire juré k Monlbêliard pour l'année 1762.)
Une ordonnance du Conseil de Régence, en date du 2 avril 1757, règle ses fonctions.
Aux termes de cette pièce, il s'engageait à être fidèle, à se présenter chaque jour d'ordinaire chez le directeur pour y recevoir les paquets et à lui rendre compte des deniers qu'il touchait des particuliers. 11 devait entretenir à ses frais un cheval avec charrette et défense lui était faite de se charger d'aucune commission susceptible de le retarder dans ses fonctions. Il ne devait employer aucune personne étrangère sans l'agrément du directeur du bureau. 11 ne devait exécuter aucun voyage à Belfort pour le service sans être revêtu de son habit de livrée avec la marque distinctive des messagers du prince.
Jean Meyer prêta serment entre les mains du Procureur Général et reçut un gage annuel de 150 livres payable de quartier en quartier, ainsi qu'un habit de livrée tous les deux ans, comme son prédécesseur. Par rescrit du 5 juin 1771, ce messager qui touchait alors 200 livres annuellement, reçut en augmentation de son gage ordinaire, 24 quartes d'avoine (*)
Jean Meyer décéda en 1774.
Nous voyons par une lettre autographe de Frédéric-Eugène, en date à Etupes du 10 novembre de la même année, et adressée à M. de Goll , vice-président du Conseil de Régence, que le prince s'intéressait à sa succession (•).
11 écrit à M. de C.oll ; *
(( Le messager Meyer venant de mourir, Monsieur, la Princesse ma très chère Epouse et moi, désireroient beaucoup que le coureur Berger (•) obtînt cette place, laquelle il est très capable de remplir avec toute la fidélité et exactitude possible. »
11 priait le vice président du Conseil de tenir et faire tenir compte de cette recommandation.
Le 14 janvier 1775, la princesse cautionna elle-même son ancien coureur « pour ôter tout prétexte de méfiance que l'on a bien voulu insinuer au supplié pour le priver du casuel de son emploi qui, ayant été rogné, le metteroit hors d'état de vivre comme tout autre qui l'occuperoit de cette façon » (4).
(1) Arch. Nation. Fottds Montbéliard. K. 1942.
(2) Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1942.
(3) ou Bergver. Jean- Frédéric Bcrgucr était né à Nagold dans le duché de Wurtemberg.
(4) Arch. Nation. Fonda Montbéliard. K. t952.
La veuve du messager Meyer continuant à se charger de lettres et de paquets pour Belfort au détriment de Berguer, la princesse intervint une nouvelle fois en invitant M. de Goll à remédier à cet abus. « J'y joins [à sa lettre] écrit-elle, ma protection pour un homme qui m'a fidèlement servie. »
Le messager Berguer (') ne justifia guère la confiance qu'elle avait mise en lui. Nous voyons par différentes requêtes présentées en 1781 qu'il était à ce moment sur le point d'être cassé de son emploi pour malversations dans l'exercice de sa charge. Un des postulants, Jean-(ïeorges Kleinhànig , s'adressant au prince, dit que Berguer est détenu en prison.
La bonté indulgente de Frédéric-Eugène le sauva. Mais de nouvelles plaintes formulées contre lui en 1783, lui firent perdre son emploi. Dans une lettre au Conseil de Régence, du 20 juillet 1784, le prince appelé à donner son avis sur la désignation de son successeur, laisse toute liberté aux Conseillers pour se prononcer , remettant h leurs lumières et à leur prudence « le choix et la nomination d'un bon sujet duquel on ait lieu d'être content et h qui on puisse se fier en toute sûreté » (*).
Le 20 juillet 1784, Pierre-Louis Mai trot fut nommé messager à la place de Berguer. Son fils aîné, Georges-Louis, lui fut adjoint.
En 1788, Maitrot démissionna.
11 eut pour successeur Jacques-Christophe Monami, bourgeois de Montbéliard.
Un avis de la Municipalité de Montbéliard , daté du 3 floréal de l'an III , nous apprend que le courrier de Montbéliard à Belfort partait k cette époque à neuf heures du matin et que les lettres et paquets devaient être remis à la poste entre sept et huit heures {■). A partir du premier ventôse de l'an IV, le départ s'elïectua tous les jours impairs (*).
(1) Le 4 déc. 1778, Berguer qui touchait une livrée tous les deux ans, expose dans une requête au Conseil de Régence qu'il possède trois habits dont un encore tout neuf et demande qu'on lui verse le prix de celui auquel il a droit. On lui accorda une somme de 70 livres. (Arch. Nation. Fonds Montbéliard. K. 1942.)
(2) Arch. Nation. FontU Montbéliard K. 1942.
(3) Arch. comm. de Montbéliard. Avertissement de la Municipalité.
(4) Arch. comm. de Montbéliard. Avis de l'administration municipale du canton de Montbéliard du lfr ventôse an IV.
Le 20 fructidor de la même année, le transport des lettres de Montbéliard à Belfort fit l'objet d'une adjudication publique. L'entrepreneur, aux termes du cahier des charges, devait four nir et entretenir du premier vendémiaire de l'an V à pareil jour de l'an VII « le courrier, le cheval et la cariole nécessaires pour porter et rapporter les paquets dé dépêches... et ce, de deux jours l'un, aller et retour et, aux heures fixées par le directeur des Postes. »
Le dernier messager des princes de Montbéliard , Jacques- Christophe Monami, seul amateur qui se présenta pour soumis sionner, accepta l'entreprise moyennantla somme de 600 francs par an, payable « en numéraire métallique et non autrement » qui lui fut réglée par l'administration des Postes et Messageries de France (*).
(1) Arch. corn m. de Montbéliard. Soumission souscrite parle sieur Jacques Monami d'entreprendre le service des dépèches. 20 fructidor an IV.
La Taxe des Lettres.
C'est en 1718, nous l'avons vu précédemment, que la France ayant enfin consenti à supprimer sa poste à Montbéliard , le comte Léopold Eberhard établit lui môme un bureau dans cette ville.
En effet, à la date du 9 novembre 1718, le Conseil de Régence « ayant trouvé à propos pour le bien public , la dilligence des lettres et l'avancement du commerce... d'établir un Bureau des lettres et un messager ordinaire pour les porter à Belfort (') et rapporter dud. Belfort celles qui regarderont les sujets et les
(1) Il résulte d'une supplique du 1er déc. 1724 adressée par Le Rouyer, Directeur de la poste à Belfort, à S. A. S. Eberhard Louis (Àrch. comm. de Montbéliard) que, lorsque le service nouveau fui sur le point de fonctionner, Léopold -Eberhard envoya un conseiller de régence et son receveur général Jacquet auprès du Directeur de la poste à Belfort pour aviser aux mesures à prendre afin que les lettres destinées à Montbéliard fussent remises sans retard au messager préposé les lundi , mercredi et vendredi de chaque semaine.
Le Rouyer reçut du prince, pour ses soins, 36 livres par an.
Eberhard-Louis, par ordonnance du 5 février 1725 (Ludwigsburg. Actendepotj lui maintint cette allocation dont bénéficia a son tour son successeur Mouilleseau. [Arch. connu, de Montbéliard. Décret du 16 avril 1729.)
Le 23 nov. 1737 , un décret fixa la gratification annuelle du directeur de Belfort à 40 livres.
La même année, ce dernier réclama les 72 livres qui lui restaient dues pour les deux années pendant lesquelles les Français avaient occupé Montbéliard. Le prince refusa de les lui accorder : la France ayant pris possession des recettes du Comté durant l'occupation. Néanmoins il porta sa gratification annuelle de 36 à 44 liv. pour l'avenir ( Ludwigsburg. Aclendepot. Rapport du Conseil, 14 juillet 1737).
Etats de S. A. S. » annonce au public l'ouverture du bureau, rue Sur l'eau, chez le secrétaire allemand Felgenhauer.
Les lettres au départ étaient reçues de neuf heures à onze heures du matin les lundi, mardi, jeudi et samedi. Les lettres à l'arrivée étaient distribuées au bureau , aussi dans la matinée les dimanche, mardi, mercredi et vendredi.
L'ordonnance fixe les droits de port à acquitter par les expéditeurs et les destinataires. <c Les particuliers portant lettres aud. bureau payeront aud. Felgenhauer les droits cy après déclarés et mettront ensuitte leurs lettres dans la boete qui sera à cet effect aud. Bureau, faute de quoy elles ne partiront point. Et payeront également en retirant les lettres qui leur arriveront le port qui sera marqué sur chasque lettre » (*).
Suivent les droits à verser entre les mains du buraliste :
« Pour une simple lettre neuf deniers, autant pour aller autant pour le retour.
Pour une double lettre un sol trois deniers pour aller autant pour le retour.
Et quant aux lettres en paquets payeront, scavoir :
1. Par paquet d'une demie once un sol six deniers pour aller autant pour le retour.
2. Par paquet d'une once trois sols pour aller autant pour le retour.