‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 41 sur 66 · POUR FRANGE, LIRE, VESOUL ET BESANÇON · texte numérisé non relu

POUR FRANGE, LIRE, VESOUL ET BESANÇON

Dimanche j

Msmlv à quatre heurs [x>c]

iMdiiM / [précises du soir1.

Jeudy ]

ALZACE ET ALLMEMAGNE [s?c]

Lundy j

Jeudy \ A midi.

Samedy ]

HUNINGUE, BRISACH ET SUISSE Lundv

ïâ,..Hr \ à dix heurs t*'cJ du

Jeudlr [matin.

Samedy )

Dans le cours de la même année, le bureau de Montbéliard restait ouvert, comme on la vu, les dimanche, mercredi et vendredi jusqu'à 9 heures du soir. Le directeur enregistrait surson journal les lettres qu'il recevait, de manière à faire partir le messager avec le paquet les lundi, jeudi et samedi à H heures précises du matin. Le mardi, le bureau restait ouvert jusqu'à 10 heures du matin, heure à laquelle partait le messager avec le courrier pour la France. Le directeur de Montbéliard remettait à ce dernier un état des ports de lettres.

En ce qui concerne les lettres venant de Belfort dont le port était ordinairement indiqué sur l'adresse, le directeur devait ajouter au revers, du côté des cachets, le port dû à la Seigneurie. Le règlement du 13 décembre 1756 (2) modifia les heures d'où

(1) Arch.comm. de Montbéliard, Imprimé.

(2) Arch. corn ni. de Montbéliard.

verture du bureau. Dorénavant le bureau resta ouvert les lundi, mercredi et vendredi, en hiver, jusqu'à il heures du matin et en été jusqu'à midi, le dimanche jusqu'à 8 heures du matin.

La Société des Marchands qui avait sur le cœur le sol payé au bureau de Montbéliard et qui, depuis quarante ans, n'avait cessé de s'en plaindre dans ses remontrances, revint une nouvelle fois à charge le 29 janvier 1762 (').

Elle fait remarquer au prince que ce sol « tourne à pure perte pour la Seigneurie » et constitue une charge pour les bourgeois qui le payent aussi bien à l'occasion des lettres qu'ils reçoivent qu'à l'occasion des lettres qu'ils envoient, alors qu'ils ne devraient le payer que pour celles qu'ils reçoivent. Qu'arrive-t-il? Pour éviter cette dépense, beaucoup de personnes retardent leurs réponses, attendant une occasion, ce qui ne se produirait pas s'il y avait au bureau de Montbéliard comme dans ceux de France et d'Allemagne, un « glissoir » pour jeter les lettres sans rien payer. Le directeur delà poste deBelfort, le sieur Detaporte, était disposé à faire accepter cet arrangement parla Compagnie des postes de France. Moyennant une légère gratification, il ferait état au bureau de Montbéliard des sols dont il chargerait les lettres qui lui parviendraient de cette ville.

Nous voyons dans d'autres requêtes la Société des Marchands revenir sur la question de ce sol dont la suppression permettrait l'établissement d'une « boette ou glissoir » qui serait à toute heure ouverte au public (*). L'absence du maître de poste de Montbéliard qui a seul le serment de la discrétion , oblige les particuliers à livrer leurs lettres à des tiers irresponsables qui peuvent les égarer. La correspondance des marchands serait de la sorte « à couvert » et leurs affaires tenues secrètes. De plus, il y aurait accroissement dans le nombre des lettres envoyées. Ceux qui, pour ne pas payer le sol, attendaient une occasion d'envoyer leurs lettres à Belfort, écriraient plus souvent, sans chercher cette occasion. Ceux qui ne répondaient pas aux lettres indifférentes n'hésiteraient pas à le faire, s'ils en étaient quittes « pour la peine d'écrire ».

La Société des Marchands offrait un moyen facile de remédier à cette situation. Le directeur de Montbéliard taxerait

(1) Arcli. connu, de Monlbeliard. Rcmonlranccs.au prince.

(2) Arck. connu, de Montbéliard. Kcqueto du i;i fév. 17G2.

lettres et |iaquet> à la craie ou à lencre rouvre, savoir les simples lettres d'I sol et les i< fortes « de ï sols l'once et à la tin du mois le montant des taxes lui serait versé par le directeur de Bel fort |Hiur le compte de la Seigneurie. Pour que la ferme gé nérale des |K)stes de France rentrât en possession des sommes payées à sa décharge par son directeur de Bel fort . ce dernier forcerait d'I sol par lettre simple et de i sols par once de lettres fortes la taxe ordonnée par la Déclaration royale du juillet IT.'îî».

La Société des Marchands projiosait encore une autre combinaison, celle de doubler le sol à l'arrivée, ce qui balancerait celui qui ne serait pas |>ayé au départ (M.

Le Conseil de Régence, avant de se prononcer, consulta le directeur des jKistes Titot.

En ce qui concerne le sol payé, soit pour l'envoi, soit pour la réception des lettres, sol dont les marchands demandent la suppression pour l'envoi. Titot laisse au Conseil le soin de décider, s'il y a lieu, de modifier l'état des choses existant.

« La poste que vous avez bien voulu me confier aiant toujours été dirigé dans ce goût, je ne puis que me remettre à votre prudence dans la discussion de cet article. »

Le brave homme répond ensuite avec dignité aux insinuations des Marchands relatives au secret des lettres.

« Ma discrétion, écrit Titot. dictée par le serment que j'ai prêté pour mon emploi de directeur des Postes , suftit abonda mant pour les trauquilliser sur cette crainte qui ne pourra jamais être valable qu'en attaquant la bonne foy dont je fais profession. »

Il estime que rétablissement d'un glissoir dont l'utilité pour lui ne se fait pas sentir, diminuerait le produit de la poste, car il entraînerait une dépense nouvelle : l'allocation qu'on serait obligé d'accorder au directeur du bureau de Belfort. Il fait observer enfin que celui-ci ne pourrait accepter la combinaison

li) A celle époque, la distribution des letlres qui du temps de Felgenhauer avait lieu au bureau de poste, était assurée par un facteur. Les marchands demandent dans une requête Arch. coin m, de Montbèliard. Note au sujet d'un glissoir) que le directeur soit tenu de leur livrer leurs lettres a une heure iixe de la matinée « plutôt que de su porter les lenteurs par le facteur qui les transporte d'un des bouts de la ville a l'autre, pour en faire la distribution ».

qu'avec l'agrément des Fermiers Généraux des postes de France, lesquels s'y prêteraient peut-être difficilement (1).

Le Conseil de Régence, suivant l'avis du directeur Titot, repoussa la demande des Marchands (*).

On avait eu « de tout temps » la faculté à Montbéliard de confier directement au messager de la Seigneurie les lettres pour Belfort, moyennant t sol par lettre simple. Celui-ci les remettait à leur adresse et rapportait la réponse en recevant de même 1 sol. De cette façon, les deux villes pouvaient correspondre entre elles dans la même journée.

Or, il arriva que la nouvelle directrice des postes de Belfort, \fme Feltin, fit défense en 1788 au messager de Montbéliard de se charger d'aucune lettre, prétendant que les lettres devaient passer par son bureau pour être taxées de 2 sols, ce qui, avec le sol à payer au directeur de Montbéliard , élevait le port d'une lettre à 3 sols. De plus, il fallait attendre trois jours pour avoir une réponse. Les Belfortains eux mêmes se plaignaient de cette mesure qui était préjudiciable au commerce.

La Société des Marchands adressa au prince des remontrances à ce sujet. Les Marchands demandèrent qu'on obligeât le messager à demeurer h Belfort les mercredi et dimanche jusqu'à l'arrivée du courrier de France. Ils sollicitaient, d'une part, pour le dédommager, l'abandon à son profit par la Seigneurie du port des lettres Montbéliard Belfort et vice versa, et d'autre part , une augmentation de la « douceur » que M™' Feltin recevait annuellement de la Recette Générale, la directrice de Belfort devant avoir plus de peine dans ses fonctions, si surtout elle faisait état à la poste de Montbéliard du port des lettres qui passeraient par son bureau (*).

Le marchand G. -S. Sabler fut chargé par le Conseil de Régence de « s'aboucher » avec Mmo Feltin. Dans le compte rendu de sa mission , nous voyons que cette dernière ne demandait pas mieux que de s'arranger. Elle était toute prête à réunir dans un seul paquet toutes les lettres arrivant par les courriers

il) Arch. connu, de Montbéliard. Avis do Tilol du 7 mai 1762.

(2) Arch. corn m. de Montbéliard. Résolution du Conseil du 21 déc. 176*3.

(3) Arch. coin m. de Montbéliard. Remontrances au prince, du 10 juin 1788.

du mercredi et du dimanche. Mais il faudrait en ce cas que le messager attendît le courrier de France qui arrive l'été entre 9 et il heures du soir et en hiver « suivant que les temps sont ».

Montbéliard demandait pour les lettres destinées aux au-delà de Belfort, la suppression du sol qu'on pouvait faire payer par le destinataire, en en « chargeant » la lettre. C'était là une innovation que la directrice ne pouvait décider et qu'il appartenait au Conseil de Régence de négocier avec M. d'Oigny, Intendant des Postes à Paris. Le Conseil pourrait lui représenter que la Ferme n'en souffrirait pas « vu que cette charge d'un sol par simple lettre ne tomberait que sur nos correspondants tant suisses, allemands, anglois, hollandois que françois et alsaciens, lesquels naturellement devraient payer le port de nos lettres comme nous payons celui des leurs ». L'Intendant des postes aurait à prendre en outre en considération que le produit de la poste de Montbéliard s'élève pour la Ferme actuellement à près de 12,000 livres.

M™ Feltin réclamait pour surcroît de travail une indemnité annuelle de 200 livres.

G. -S. Sabler insiste dans son rapport pour que les lettres, au lieu de passer par le bureau, puissent être remises au messager comme précédemment, et ainsi que cela se fait à Héricourt (1).

Le directeur des postes de Montbéliard, dont on prit l'avis, lit observer que si le messager devait attendre à Belfort l'arrivée du courrier de France, il serait obligé de coucher dans cette ville la plus grande partie de l'année. De là de nouveaux frais. Il serait plus avantageux d'envoyer un homme le lundi et le jeudi matin chercher les lettres.

En ce qui concerne les lettres envoyées de Montbéliard à Belfort, Mmo Feltin lui avait écrit plusieurs fois de défendre au messager de s'en charger directement. Elle avait même fait vider les poches du messager Maitrot, à ce sujet. Et depuis une « couple » d'années, on taxait à Belfort les lettres pour Montbéliard de 2 sols sans qu'il fût permis, par réciprocité, d'appliquer la même taxe à Montbéliard pour les lettres de Belfort.

Quant à Mmo Feltin, elle était tenue de faire les paquets de

(1) Arch. comm. de Montbéliard. Compte rendu au Conseil de Régence du 7 Juillet 1788.

lettres pour Montbéliard comme ceux des autres villes, sans autre rétribution que les appointements que lui servait la Ferme générale des postes de France (*).

L'année suivante , Mme Feltin lit de nouvelles instances à Montbéliard pour obtenir une indemnité de 100 écus à raison des peines extraordinaires que lui donnait le courrier pour Montbéliard.

Elle faisait alors 4 paquets de dépêches par semaine, les lundi, mercredi, vendredi et dimanche. Elle ne recevait pour toute gratification que 50 livres annuelles, somme insuffisante, dit-elle, pour la dédommager même des frais de sa régie qui l'obligeait en outre de tenir un registre et d'établir des feuilles d'avis quatre fois par semaine, ce qui augmentait ses frais, et lui prenait un temps considérable et d'autant plus précieux que c'était à l'arrivée du courrier d'Huningue et au départ de celui de Paris qu'elle faisait le paquet pour Montbéliard. Elle devait payer un commis de plus.

Elle sollicitait 300 livres d'indemnité annuelle, si mieux n'aimait la ville de Montbéliard faire prendre ses lettres au bureau dé Belfort aux heures fixées par l'administration, ainsi que procédaient les bourgs et villages de la distribution de ce bureau.

Le Conseil de Réqence, avant de traiter avec Mme Feltin, songea à recourir à d'autres moyens moins onéreux.

Le messager ayant offert de payer et retirer 4es lettres aux heures fixées, on pouvait essayer cet expédient. Les 50 livres accordées à Mmo Feltin lui serviraient de gratification.

On recevait h Montbéliard les lettres de France, deux jours après leur arrivée à Belfort. Celles du vendredi n'étaient même distribuées que le mardi suivant. Le messager pourrait attendre l'arrivée du courrier de France (à '2 h. du matin en hiver et vers 11 h. ou minuit en été) les mercredi et vendredi. 11 arriverait assez tôt le jeudi et le samedi pour que le Conseil et le public pussent recevoir leurs lettres de bonne heure dans la matinée; il est probable qu'il se contenterait d'une légère rétribution pour quelques heures de retard « puisque son cheval ne mangera pas plus dans une écurie que dans une autre ». Mais il fau drait s'assurer si Mme Feltin s'astreindrait à lui remettre les lettres dès l'arrivée du courrier.

(t) Arch.comm. de Montbéliard. Avis du 4 février 1789.

Un autre moyen d'avoir plus tôt les lettres de France serait d'envoyer à Belfort un exprès les mercredi et vendredi dans la nuit. Il retirerait ces lettres le matin et elles pourraient être distribuées à Montbéliard aussi dans la matinée. Il recevrait 30 sols par voyage et on pourrait charger chaque lettre de France d'un ou deux liards de plus pour récupérer ces frais.

Enfin on pourrait prier aussi S. A. S. qui paie un petit écu par voyage à un exprès de Belfort, de permettre que l'exprès envoyé de Montbéliard rapportât les lettres pour la Cour avec celles du public moyennant une rétribution qui procurerait encore au prince une économie (l).

La Société des Marchands , consultée par le Conseil de Régence, répondit que la demande de Mme Feltin ne la regardait pas, mais bien la Seigneurie qui profitait de l'augmentation de la correspondance depuis plusieurs années (*). Déduction faite de toutes charges et du port de ses lettres, il lui restait un bénéfice de plus de 1500 livres annuellement.

En second lieu, c'était à la Ferme Générale des Postes de France qui bénéficiait également de l'augmentation de la correspondance de Montbéliard. à améliorer la situation de la directrice de Belfort.

Ils proposaient au Conseil de Régence de demander aux Administrateurs Généraux à Paris que les lettres venant de Montbéliard au lieu de payer 1 sol au bureau de cette ville, fussent taxées au bureau de Belfort de ce sol qui de la sorte serait supporté par le destinataire étranger. La directrice de Belfort s'engagerait à joindre aux paquets des lettres d'Allemagne et de Suisse arrivant les lundi, mercredi et vendredi, les lettres de France arrivant les dimanche, mercredi et vendredi. Il faudrait aussi qu'elle ne s'opposât plus, comme elle le faisait depuis quelque temps, à ce que le messager se chargeât des lettres pour Belfort, lettres dont il pouvait rapporter la réponse au retour, alors qu'en passant par le bureau, celle-ci mettait trois jours pour parvenir à destination.

Cela dît, les Marchands accepteraient volontiers qu'une taxe

(1) Arc h. connu, de Montbéliard. Sans date ni signature.

(2) Arch. corn in. de Montbéliard. Remontrances des députés du corps des marchands, du 23 Janv. 1789.

d'un sol supplémentaire fût établie sur les lettres de France. Cette majoration serait plus que suffisante pour permettre à la Seigneurie d'accorder à Mme Feltin les 300 livres sollicitées.

A défaut de ces combinaisons, ils demandaient pour le port et la réception des lettres le maintien du statu quo, nonobstant le préjudice que leur causait le retard du courrier de France qui les plaçait dans un état d'infériorité vis-à-vis des commerçants du dehors, à un moment où le commerce local diminuait sensiblement.

Mu« Titot, directrice du bureau de Montbéliard, sans se prononcer sur la rétribution réclamée par Mm<; Feltin , reconnaissait que la besogne causée par le courrier de Montbéliard au bureau de Belfort, s'était accrue du double depuis une dizaine d'années. Elle estimait que l'Administration Générale des Postes pouvait contraindre la directrice de Belfort h faire un paquet le dimanche pour les lettres de France, comme elle en faisait un pour Porrentruy et même pour Blamont (*).

A la suite de toutes ces informations, une ordonnance du prince Frédéric Eugène, en date du 21 janvier 1790 {*), accorda à la directrice du bureau de Belfort, une indemnité de 150 livres pour 1789, et la même somme dorénavant lui fût versée annuellement pour la récompenser de ses peines.

(1) Arch. corn m. de Montbéliard. Rapport du 4 déc. 1789.

(2) Arch. corn m. de Montbéliard.

Le Produit de la Poste.

La poste montbéliardaise était ou bien mise en régie ou bien affermée.

Felgenhauer, d'abord simple distributeur des lettres puis maître du bureau de poste , nous apprend que du premier novembre 1719 à pareil jour de l'année 1721 , le bénéfice de la poste s'est élevé à 741 livres 11 sols 3 deniers, soit à 370 livres environ par an. l7n rapport du Conseil de Régence confirme ces chi lires : il est dit dans ce document que la poste rapportait alors 350 livres « par communes années ».

Quelle était l'importance du mouvement postal à Montbéliard au commencement du XVIIIe siècle? Voici, pour nous renseigner, l'état des lettres reçues ou expédiées par Felgenhauer pendant les quatre premiers mois de 1724, avec les recettes correspondantes, à raison de i sol par lettre (*) :

Lettres reçues, janv. 1724 — 404

» fév. » — 382

» mars » — 460

» avril » — 429

Lettres expédiées, janv. 1724 — 393

» fév. » — 361

» mars » — 342

» avril » — 345

Du 23 mars 1731 ( date de l'entrée en fonctions de Jean- Georges Scharffenstein, son successeur) au 21 mars 1732, la

«tte

;ette

Page 1