SUR
la Guide des Fortiftations et ConU
Parmi les nombreux ouvrages imprimés à Montbéliard par Jacqueè Foillet de 1587 à 1619, les livres de Mathématiques et d'Art militaire tiennent une place importante. Nous n'en voulons pour preuve que rémunération des traités ci après :
Règlements militaires, etc.. — Instruction pour les Généraux par Guillaume du Belley, sire de Langey. Traduit en allemand par Ulric Budry.
Les Mathématiques et Géométrie, départies en six livres, par Claude Flamand.
La Guide des fortifications et conduitte militaire pour bien se fortifier et défendre, par le même.
La pratique et usage d'arpenter et mesurer toutes superficies de terre, du même auteur.
Le thrésor d'arithmétique de Daniel Vessaux de Saint Julien, contenant une familière pratique sur toute la science, avec des tables par lesquelles, sans arithmétique , l'on pourra dresser tout ordre de bataille en telle proportion qu'il serait besoin, inventée et nouvellement mise en lumière par l'auteur.
L'Art de la guerre du sieur Nicolas Machiavel Florentin, etc., comprenant l'art militaire de son temps et chez les Romains, les Grecs, etc.
L'analyse des ouvrages de Claude Flamand nous a paru intéressante à plus d'un titre ; mais, avant d'aborder cette étude, il ne semble pas inutile de donner sur l'auteur quelques détails biographiques,
Les renseignements qui suivent sur la vie de Flamand, sont puisés dans les Mémoires manuscrits du juge Tuefferd.
Originaire de Savoyeux, (village de la Haute Saône), Claude Flamand s'établit à Montbéliard, vers l'année 1594. Les sciences mathématiques furent l'étude de sa vie entière ; il excellait principalement dans l'architecture civile et militaire et dans la géométrie pratique. Les preuves qu'il donna de son savoir et de son expérience , le firent appeler par la Régence de Montbéliard, au mois d'avril 1610, à succéder à l'habile architecte Henri Schickardt, qui venait de retourner dans le duché de Wurtemberg, sa patrie.
Flamand donna des preuves non équivoques de son aptitude, en fortifiant le faubourg de Montbéliard, et en ajoutant de nouveaux ouvrages à ceux déjà existants au château de la Crotte. On lui doit aussi les hauts remparts qui forment au nord l'enceinte du château, l'une des ailes latérales du vaste bâtiment des Halles et la fonderie d'Audincourt, vers 1618.
L'emploi de ses talents ne demeura pas restreint au pays qui l'avait adopté ; plusieurs fois son souverain lui permit de répondre aux appels dont il était l'objet , tant de la part des propriétaires opulents du voisinage, que de celle du Gouverneur du comté de Bourgogne, des cantons de Bâle, de Berne et d'autres Etats.
C'est ainsi que dans les premiers mois de 1625, il fut employé aux travaux des fortifications de Verdun. Après un séjour prolongé dans cette ville, il témoigna le désir de retourner dans ses foyers où d'autres devoirs le rappelaient. Le maréchal de Marillac. qui commandait dans les Trois Evôchés.pour le roi de France, avait pu apprécier les bons services de cet ingénieur; voyant que ses instances pour le retenir allaient demeurer vaines, il n'hésita à solliciter pour lui une prolongation de congé : « Je supplie votre Excellence, dit-il dans sa lettre au duc Frédéric de Wurtemberg-Montbéliard, de vouloir témoigner au capitaine Flamand qu'elle y consent volontiers, car sans cela nos portes ne seraient pas assez fortes , tant il a d'impatience de se revoir auprès de son bon maître. »
Cette phrase honore à la fois celui qui en est l'objet et le prince auquel elle est adressée.
Flamand mourut à Montbéliard, estimé et regretté, à la fin du mois d'août 1626.
On ne sait rien de sa carrière militaire; mais, d'après ses écrits, on peut supposer, sans crainte d'être démenti, que la plus grande partie de sa vie s'est passée dans les différentes armées de l'Europe. On verra plus loin son opinion sur cqp armées et sur leur façon de se comporter à la guerre. Dans les loisirs que lui procuraient les périodes de paix, il a fait ses traités de mathématiques, et, rassemblant les souvenirs de ses campagnes, méditant sur le bon et le mauvais côté des choses qu'il avait vues, il a écrit un ouvrage absolument remarquable sur l'attaque et la défense des places fortes, qui est en même temps son livre capital : a La Guide des Fortifications et conduitte militaire ».
En réalité, ce livre est un résumé, non seulement de l'art militaire, en ce qui a trait à l'attaque et à la défense des places fortes, mais aussi de connaissances mathématiques et mécaniques très étendues pour l'époque où il a été publié. A n'en pas douter, il a voulu faire passer dans le public, sous le couvert d'études militaires, remarquables d'ailleurs, ses sept livres des (( Mathématicque et Géométrie ôontenant ce qu'est le plus nécessaire pour l'utilité de la vie humaine ». Et cela se comprend, si l'on considère que vers la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, les livres lus avec le plus de passion, étaient des traités de fortifications et de choses militaires, qui ont paru alors en grand nombre. C'est que les guerres de religion, les luttes soutenues par l'Europe occidentale contre l'invasion des Turcs, venaient de donner aux ingénieurs le sentiment de l'appropriation de la fortification au terrain. Jusqu'à cette époque , les Italiens étaient les seuls maîtres reconnus dans cet art. Mais bientôt des traités nombreux furent publiés, et celui de Claude Flamand est un des premiers en date; qu'il nous suffise de rappeler que c'est en 1594 que parut l'ouvrage d'Evrard de Barle-Duc, qui est considéré comme le premier traité de fortification écrit en français ; on serait presque tenté de dire que le second ne serait autre que celui qui a été publié en 1597 par
Jacques Foillet, à Montbéliard. Quoi qu'il en soit, Flamand, qui devait savoir l'allemand et sûrement d'autres langues, a dû s'inspirer des ingénieurs italiens , hollandais et surtout allemands, en particulier de Daniel Spekle qui a publié son traité de fortification en 1589, à Strasbourg.
Les principes émis par lui l'ont été dans les mêmes temps par Pagan et de Ville en France, Pacciotto en Italie; enfin, même dans le premier système de Vauban, il n'y a que de légères variantes dans le détail avec les données de notre auteur.
Il paraît extraordinaire que Claude Flamand ait dédié son livre au très chrestien roy de France et de Navarre, surtout, comme nous le verrons par la suite , si l'on s'en rapporte aux très sévères critiques qu'il fait des Français. Mais il faut se rappeler qu'il y a quatre ans à peine que Henri IV s'est décidé à troquer « Paris pour une messe ».
Le premier livre traite de la mesure des lignes droites. Il est absolument remarquable par sa' clarté et sa simplicité ; sa méthode repose sur la construction de triangles semblables ; nous soupçonnons fort maître Flamand d'avoir eu pour but, sous le couvert de la fortification, de divulguer un appareil de son invention , destiné surtout à la mesure des angles « deux règles graduée en lotion (laiton) formant entre elles tel angle qu'on voudra » ; ces règles sont supportées par une douille permettant de donner à l'instrument fixé sur un pied, toutes les inclinaisons.
L'angle était pris sur l'appareil au moyen d'une espèce de compas plat, appelé sauterelle. Il faut avouer que cette sauterelle est assez ingénieuse et l'auteur le sait bien, car il affirme que « cette façon (d'opérer avec la sauterelle) est la plus prompte, iuste et aysée pour prendre et trasser tout plan que mille autre que fay peu comprendre »,
Dans la préface au traité de Fortification proprement dit, Claude Flamand s'indigne avec juste raison contre les théoriciens. Dans cette science plus qu'en tout autre, il faut prévoir et « s'appuyer sur quelque règle d'expérience, sans sarrester à d'au très inventions impraticables pour advenir plusieurs présomptueux
ignorans qui, en temps de longue paix n'estiment point les sciences des armes, ni les industries de fortifications être nécessaires, mais suivant leur fausse opinion, ordinairement quand l'affaire se présente, il leur advient des infortunes et désastres grands. »
II donne ensuite son appréciation sur les qualités militaires des diverses nations.
La première place est réservée à la nation « Espagnolle » qui est la plus brave, la plus expérimentée et la mieux disciplinée. L'auteur vante la façon de combattre , de se retrancher des Espagnols dès qu'ils sont a logez ». Enfin il ne leur manque rien pour l'attaque et la défense des places.
« Or, venons maintenant à la nation francolse », dit il. Il y a là deux pages de texte qu'il faudrait citer en entier, Il critique amèrement l'ignorance et la mauvaise volonté des Français, qu'il avoue au reste n'avoir pas beaucoup « pratticqué ».
(( Cest qu'ils sont tant variables que pour quelque fantaisie ou pour le vent d'une mouche , ils changeront aussitôt de party et prennent les armes contre leur roi et leur patrie — les frères contre les frères, le père contre le fils, le fils contre le père, soit par ambition, légèreté ou folle créance, avarie, hainne, envie, vengeance, trahison et cruauté et toute autre sorte de vice , ils se tuent et massacrent les uns les autres, comme des bestes brutes, ce que ne fait pas toute autre nation quelque barbare qu'elle soit ».
Il reconnaît cependant qu'il y a de braves soldats, mais que l'infanterie combat en désordre, il lui reproche de vouloir (f dormir à la Française et boire à l'Allemande » , enfin de ne pas assez veiller à sa sûreté ; les Français seraient, d'après lui, incapables d'assiéger ou de défendre une place suivant les règles. En revanche , il donne la palme à la cavalerie française qui « renverse en la campagne toute autre nation , comme l'on a assez veupar l'expérience. » Les Allemands sont surtout remarquables par leur infanterie, les régiments sont forts de 2000 à 2500 hommes, leur cavalerie n'est pas mauvaise parce qu'ils se délectent surtout à être bien montés ; c'est aux Allemands qu'il faut attribuer Vusage de a renger la cavallerie par esquadrons ».
Et voyez maintenant son faible, au moins apparent, pour les Allemands, par opposition avec ce qu'il vient de dire des Fran çais: « c'est qu'ils se maintiennent en paix, union et concorde les uns avec les autres et par ce moyen, entretiennent leurs monarchies
et République, et tous Etats en prospérité, vertus et félicitez de tous bien. Car ils ne désirent point la guerre, ni les querelles si on ne les y contraint par force, etc.. jj
Ce jugement, si favorable aux troupes allemandes, est il l'expression fidèle des convictions de l'auteur? Il est permis d'en douter. M. A. Roux possède en effet un exemplaire de cette même édition de 1597, d'un tirage à coup sûr antérieur à celui que nous avons entre les mains pour notre analyse, et, dans ce livre, l'opinion de Flamand, comme on va le voir, est toute différente. C'est à M. Roux que nous devons de pouvoir rapprocher aujourd'hui les deux textes.
Voici comment les Allemands sont traités : Au lieu de : a ils tiennent bonne forme de guerre, etc.. jj Flamand avait écrit d'abord : « ils ont bien de l'apparence en marchant en parade et ne monstrent que trop bonne trongne, mais, à un besoin, ils n'ont pas beaucoup d'asseurance n\j d'expérience, on ne peut pas estimer d'eux qu'ils soy industrieux en l'art millitaire, ny qui voulusse comprendre ou entreprendre quelque ruse de guerre, mais aussi leur suffisance ne le porte pas, et en quelque lieu que se soit, ou ils sont employez, ils ne font pas de grands effects, et ne s'hasardent point, si ce n'est bien par force ou par grande nécessité, ne pouvant faire autrement, ils sont négligens, lasches et paresseux surtout », et plus loin, à propos de la cavalerie allemande dont il fait un bel éloge dans l'exemplaire corrigé, « dix mille chenaux François seroyent plutôt prests que cent chevaux Reistres jj.
L'indiscipline, reprochée tout à l'heure à l'infanterie française, fait l'objet de critiques, plus amères encore, à l'adresse des gens de pied allemands, dans l'exemplaire le plus ancien ; on peut en juger par ce qui suit : « et à toute heure que l'on voudra, en disant goût frind on entrera dans leur corps de garde, et sont aysés à surprendre, de la discipline militaire, ils ne s'en soucient pas beaucoup et encore moins de l'honneur et ne sont pas plus valeureux qu'il les faut. A la table sont les plus braves de la terre, et les plus beaux discoureurs quand ils sont yures, ils ne vallent pas beaucoup pour la guerre et peu de chose les étonne jj.
Claude Flamand termine enfin par ce coup de massue : « l'expérience a monstre du tout temps, en l'art et pratticque millitaire, qu'ils sont les plus paoureux lâches et négligents de toutes autres nations, et n'ont iamais fait chose mémorable jj.
Si l'auteur a altéré le texte primitif et a déguisé sa véritable
pensée au cours du tirage de la première édition et dans les suivantes, c'est qu'il y a été forcé. Voici ce que dit à ce sujet M. A. Roux dans ses « Recherches sur l'Imprimerie à Montbéliard » (p. 19).
« Le Guide des fortifications n'avait pas été soumis au visa du « Conseil de Régence. Dès son apparition Foillet fut poursuivi « judiciairement pour avoir imprimé cette œuvre remplie d'in- « jures et d'invectives contre... toute la nation allemande et tendant « directement au blasme et déshonneur de Sa Majesté Impériale et « de tous les princes, citez et membres de l'Empire. Le procureur « général Hector Lorys requit contre Foillet un châtiment « exemplaire, mais l'affaire traîna en longueur pendant plu- « sieurs années et ne semble pas avoir reçu de solution ».
L'opinion de l'auteur sur les mérites militaires des autres nations n'eût par contre pas à se modifier. Il est en admiration devant l'armée turque qu'il appelle la « Gendarmerie Turcquesque ». Diligents, vigilants, courageux, sont les épithètes qu'il leur réserve. La discipline ne devait pas être le fort de toutes les armées qu'il a passées en revue, car ce qui l'étonné surtout chez les Turcs, c'est qu'ils soient « paisibles et obéissants à leurs Capitaines ou Bâchais, » et qu'ils n'emmènent en campagne ni (( vivandier, femme, gouiarts, ni bagage et la plupart n'ayant qu'une chemise et une chausse. » La cavalerie turque, légère surtout, est excellente à ses yeux ; au reste, il a un faible pour les Turcs ; on peut le soupçonner d'avoir fait la guerre avec eux plutôt que contre eux, car il les préfère à « beaucoup d' A théistes et Epicuriens qui se disent Chrestiens et ne le sont pas, et c'est une grande honte à nous que les Turcqs et Barbares nous surpassent en Justice et équité ».
Suit une discussion philosophique, en deux chapitres, qui a pour but de prouver <r que les guerres proviennent de l'ire de Dieu quand il est courroucé contre ses créatures pour leur péché; que la guerre est l'un des avant coureurs de rire de Dieu ». Nous ferons grâce des passages qu'il cite à propos de la colère divine, passages tirés de l'Exode, du Lévitique et du Deuteronome, qu'il paraphrase.
Dans les différents chapitres qui suivent, Claude Flamand est
enfin au cœur de son sujet ; il donne d'abord le tracé d'un rr fort à quatre bastions et la proportion qu'on leur donne. » C'est clair, facile à comprendre et à exécuter, et raisonné avec une grande logique. Il préconise la façon d'opérer des Turcs qui font l'enceinte avec des palis, mêlés à de la terre battue, et c'est la meilleure façon de fortifier, car, dit-il: « Premièrement, il est bien difficile que l'on y puisse faire mie brèche à coups de canon ; ou bien il en faudrait un nombre infini « qui fut assez éprouvé devant Strigonne en Hongrie où en un endroit contre une palissade fut tiré plus de quatre mille coups de canon qui ne firent pas brèche plus de trois ou quatre pas jj.
L'auteur passe ensuite au tracé d'une forteresse à S bastions et cavalier, avec tous les dehors et ravelin, qui n'ont pas beau coup varié, même de nos jours. Tous ces chapitres sont accompagnés de figures dans le texte, très claires malgré que le graveur se soit trompé en différents endroits. Claude Flamand met le lecteur en garde contre ces erreurs, « le tailleur qui a taillé les figures, les a taillées à rebours », écrit il en caractères italiques.
Le chapitre VI renferme les proportions d'une place forte quel conque, d'après sa situation, que ce soit en plaine « ou sur l'assiette de quelque motte ou montagnette ». Peut être avait-il la colline de Lachaux en vue.
Il passe ensuite aux principes de l'attaque des places, car, écrit-il, « pour bien comprendre, entendre et savoir l'art et pratique de fortifier les places, il faut nécessairement par bonne expérience scavoir le moyen de les ruiner »,
Aussi demande-t-il pour faire le siège d'une fortification, ayant de bons bastions, au moins douze canons et deux couleuvrines avec 6000 boulets. On sait que les temps sont bien changés.
Les conseils qu'il donne pour le tracé des tranchées sont toujours bons à suivre ; il préconise l'art de croiser les feux et donne enfin l'assiette du camp pour une armée de siège.
Ici finit le guide des fortications ; mais le volume contient, en outre le traité de mathématiques et géométrie. Il est dédié au duc de Vurtemberg et Teck, comte de Montbéliard, qui a toujours tenu « grand contentement à l'exercice des industries,
arts et sciences » et est très entendu « en la cognaissance de toute noble intention. »
Son traité de Mathématique et Géométrie commence par l'arithmétique, qui est comme le fondement et la base de tout l'édifice scieutilique. En elïet, dit il dans son introduction « c'est elle qui enseigne la propriété des nombres, les proportions géométriques, les proportions des forces des mouvements, des machines, des superficies plaines ...et même l'Astronomie. »
Il traite magistralement et par l'arithmétique pure, cela va sans dire, l'extraction des racines carrées et cubiques « qui sont bien les plus malaysées à entendre même à ceux qui n'en ont la cognoissance. »
Nous passons sur les preuves très ingénieuses des quatre règles, la mesure de certaines lignes à l'aide de l'instrument dont il a été question précédemment, la résolution des triangles, les proportions, les fractions, etc.
Le troisième livre traite de la mesure des surfaces pendant dix-sept chapitres ; le dix-huitième nous fait connaître « comme par 2 cottez cognus on a le 3* coté inconnu d'un triangle rectangle. »
Le fameux Pont aux ânes, qui a certainement torturé la cervelle de quelques uns, dans leur jeune âge, est réduit à une démonstration, pour ainsi dire, matérielle.
La circonférence est mesurée encore à l'époque de Claude Flamand d'après Archimède, le calcul de * n'ayant pas encore été fait. 11 est curieux de voir que l'approximation avec laquelle on obtient cette mesure est très suffisante. On sait en quoi elle consiste : la circonférence du cercle contient 3 fois le diamètre et un septième de ce diamètre.
Le quatrième livre est un traité d'arpentage ; Flamand n'a ni équerre, ni graphomètre, mais son instrument y supplée à merveille. De ses deux règles graduées, il fait deux alidades mobiles autour d'un axe. Ceux que cela intéresse trouveront dans le livre la valeur de l'arpent (journal ou journau) en France, en Bourgogne, en Lorraine et en Allemagne. « Au comté de Montbéliard et en autres lieux circontoisins le journau contient 300
toises, la toise contient 10 pieds, le pied contient 12 pouces qui font 30000 pieds carrés. »
Claude Flamand donne la mesure des corps solides dans le 5e livie de sa géométrie ; il a encore un instrument tout prêt pour la mesure des tonneaux, et cet instrument est également d'une précision suffisante ; il se compose toujours de deux règles graduées qui donnent l'une la hauteur du tonneau, l'autre le diamètre de chacun des fonds ; mais ces règles ne sont graduées que par l'expérience; il prend un cylindre de dimensions déterminées y verse une pinte d'eau, 2 pintes, 3 pintes, etc., y plonge la règle et marque la place des différents niveaux de l'eau ; c'est la règle échantillon.
Enfin, le volume contient un sixième et dernier livre qui est un petit traité de mécanique usuelle. L'auteur y expose, d'une façon lumineuse, la théorie du levier, de la balance, du treuil, etc.; il montre comment à l'aide d'engrenages on parvient avec une force moindre à mouvoir des poids considérables.
Claude Flamand dans cette branche a dû inventer plus d'une machine; il annonce à l'avant dernière page de son traité qu'il a découvert le « secret et moyen d'un instrument et machine propre et expédiant pour le fait de la Monnoye. »
Nous sommes persuadé que Claude Flamand a eu une vie très agitée, que la fortune ne lui avait pas toujours souri, et qu'à l'époque où il a terminé son livre, ce 20° jour du mois d'Août 1J)97, il aspirait à une vie moins nomade ; il se promet de faire mieux encore quand il sera fixé définitivement « attendant que je sois en quelque lieu arresté ou ie puisse avoir la commodité et moyen, ie prétends, aydant Dieu, en escrire plus amplement de ce qu'il a pieu à Dieu me donner la cognoissance. »
L'Ancienne Administration