PRÉFACE
Il se produit aujourd'hui un mouvement remarquable vers ce qu'on pourrait appeler la petite histoire ; les monographies ont un succès qu'elles n'ont jamais eu. Les provinces, les villes ont leurs historiens ; elles sortent de l'ombre où on les avait laissées jusqu'ici et apparaissent avec leurs caractères propres et leurs traits saillants ; elles se différencient l'une de l'autre.
Grâce à ces études particulières, on assiste de plus près à la création de l'unité nationale ; certains événements importants, les mouvements populaires, les séditions, les révoltes s'expliquent; on s'aperçoit qu'ils sont nés non d'une façon brusque, mais à la suite d'une longue évolution. Les causes en sont complexes ; c'est aux sources, dans les registres municipaux, dans les rapports des officiers royaux , dans les livres même des familles qu'il faut les chercher,
Ainsi l'on découvre que dans l'histoire tous les faits s'enchaînent.
Le grand mouvement que l'on remarque au moyen-âge vers l'affranchissement des communes, n'est que le prélude de la révolte qui plus tard renversera la royauté; c'est l'éternelle lutte pour la liberté qui remplit tous les siècles qui se sont écoulés depuis les premiers temps de la France féodale jusqu'à l'époque glorieuse de la Révolution.
La liberté, telle est l'idée que l'on trouve à la base de tous les soulèvements populaires ; c'est pour elle que les hommes lutteront jusqu'au moment où ils l'auront conquise: l'histoire de
l'ancien régime tout entier n'est qu'un acheminement constant vers elle. Nous assistons k une conquête lente mais sûre, position par position; quelquefois, l'évolution semble s'arrêter, mais cela ne dure pas, et bientôt elle reprend son éternel mouvement en avant.
A mesure que les hommes deviennent de plus en plus instruits, ils comprennent mieux leurs droits, et sentent de plus en plus la nécessité de les faire respecter et souvent les farouches seigneurs féodaux doivent s'incliner devant le peuple pour ne pas être brisés par lui. Cette marche ascensionnelle vers la liberté, ce n'est pas dans l'histoire générale qu'il faut la chercher, mais dans l'histoire locale infiniment plus fertile et plus féconde.
J'ai pensé qu'il était intéressant de faire cette étude pour l'ancienne principauté de Montbéliard, et de montrer quelles sont les institutions qui ont permis à ce petit état, placé entre des voisins puissants, de se développer, de prospérer et d'acquérir une liberté civile telle que la Révolution n'a rien pu y ajouter.
Pour faire comprendre l'enchaînement des faits, j'ai été obligé,-dans un premier chapitre , de tracer rapidement l'histoire extérieure de la principauté et de faire l'énumération, un peu sèche, des souverains qui gouvernèrent Montbéliard, depuis les origines jusqu'en 1793; mon premier devoir est de m'excuser de cette introduction, un peu aride, mais nécessaire.
Je me suis surtout étendu sur l'organisation municipale, car, j'estime qu'elle est la plus attachante et la plus vivante ; c'est elle, en effet, qui touche de plus près à la vie du peuple.
BELIARD