DE LA FRÉQUENTATION OBLIGATOIRE
La Société d'Emulation de Monlbéliard a mis au concours la question suivante :
Avantages qu'il y aurait à rendre l'instruction primaire obligatoire en France , et recherche des meilleurs moyens à employer pour atteindre ce btêt.
L'importance de cette question est plus grande qu'elle ne paraîtra au premier abord. L'instruction , en effet , est une lumière qui anime et vivifie toutes les sphères de l'activité humaine ; et rechercher , en particulier , les moyens de l'augmenter et de la faire pénétrer partout , c'est rechercher un moyen de faire déployer à la France une plus grande somme de forces , et d'augmenter sa prospérité dans tous les domaines de la vie sociale. C'est en cela proprement qu'est l'importance de la question posée par la Société d'E* mutation de Montbéliard ; et une solution pratique et sage de cette question, une solution qui tiendrait compte des circonstances présentes, sans cependant en faire une règle trop absolue pour l'avenir; une solution qui réussirait à concilier les tendances diverses qui se heurtent dans le champ de l'instruction ; une solution enfin qui, tout en réservant et sauvegardant les droits et les intérêts de la conscience et de la famille, ferait jouir tout le monde des avantages de la première éducation : une telle solution , dis-je , serait un grand bienfoit pour la France.
Je ne me flatte pas de présenter dans ce mémoire une semblable solution du problème: les difficultés m'en sont trop bien eongues ; mais il me sera peut-être donné d'y répandre quelque lumière, et c'est ce qui m'engage i prendre part au concours ouvert sur ce sujet important.
Je commence par prévenir qu'à la question proposée , je crois devoir substituer la suivante , qui m'est dictée par la manière dont j'envisage mon sujet : Des avantages de l'instruction primaire, desprogrès qui lui restent à faire en France, et des moyens propres à les réaliser. Cette nouvelle proposition , comme on le voit, renferme la première, et même la dépasse ; elle se compose de trois parties principales , dont le développement va faire l'objet entier de ce mémoire.
Voyons donc d'abord quels sont les avantages de l'in* stniction.
Avantages de l'instruction en général, et de l'instruction primaire en particulier.
Les chiens ne lisent pas , mais la cbatae est pour eox : L'ignorance toujours mène k ia servitude.
Madame Desbwria-yalmore,
Une petite armée anglo-française, portée sur quelques vaisseaux , s'en est all& à l'extrémité orientale de l'Asie attaquer le plus grand empire du monde , l'empire chinois , qui compte dix fois plus d'habitants que la France entière. Et cette armée, après avoir en fort peu de temps traversé deux océans et pénétré dans un troisième, a, en quelques semaines, forcé les portes du Céleste-Empire, dispersé son armée , mis l'empereur en fuite , et pénétré jusque dans la capitale.
Qu'est-ce qui a pu donner une telle force à une si petite armée européenne ?
La réponse, chacun peut la trouver: c'est la tactique , c'est l'art militaire , c'est la science.
C'est la science qui a perfectionné les moyens de transport ; c'est la science qui a perfectionné les armes ; c'est la science qui a appris au général à faire manoeuvrer avec ensemble et précision toutes les forces dont il peut disposer.
La science est une force, une puissance, qui anéantit les distances , comble les abîmes , transporte les montagnes , dompte les éléments, et les rend, sous la maiQ de l'homme, aussi dociles que l'animal le plus soumis.
Voyez sur une locomotive cet homme enfumé : qui lui a
mis dans la main la force de traîner ce long et lourd convoi de voyageurs et de marchandises ?
C'est la science.
La science est une force , une puissance , et c'est elle qui tient le sceptre du monde.
Mais la science n'est pas seulement une force dans ses résultats les plus avancés ; elle Test dans tous les degrés de son développement : il n'est pas d'arts pas de métier , pas de travail, quelque grossier qu'il soit , qui n'exige quelque connaissance ; et partout , dans toutes les sphères et à tous les degrés , nous retrouvons cette loi : que le savoir est une force qui met le sceptre dans la main de celui qui le possède. Cela est vrai dans le village , cela est vrai dans l'atelier, cela est vrai dans le commerce et l'industrie, cela est vrai dans l'armée et dans l'administration , cela est vrai dans tous les domaines de l'activité humaine. Partout la science, partout le savoir, toutes choses d'ailleurs étant égales , est une force , une puissance.
Madame Desbordes-Valmore a exprimé cette vérité d'une manière touchante, lorsqu'elle met dans la bouche d'un chien ces sages paroles à l'adresse d'un enfant qui ne voulait pas aller à l'école :
Allez donc à l'école , allez mon petit ange !
Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eaz:
L'ignorance toujours mène à la servitude.
L'homme est fin , l'homme est sage , il nous défend l'étude.
Enfant , vous serez homme et voua serez heureux ;
Les chiens vous senriront.
Ce qui précède suffirait déjà pour faire ressortir les avantages de l'instruction. Je crois néanmoins dievoir m'étendre encore sur ce sujet, et entrer dans quelques développements pour montrer quels sont ces avantages, dans les diverses sphères de la vie.
Et d'abord l'instruction est profitable à la religion, en ce qu'elle rend l'enfant , et en particulier le catéchumène, plus capable de suivre les instructions religieuses et d'en profiter. L'adulte , de son côté , peut s'édifier seul et s'instruire par une bonne lecture. Les services que l'instruction rend à la religion sont si évidents , que c'est l'Eglise qui a fondé les écoles et propagé d'abord l'instruction au sein du peuple. Les moines en ont fait , dans le moyen âge , une arme de civilisation chrétienne. A la Réformation, les deux
camps sentirent le besdn de puiser des forces dans Técole. Luther la préconisait partout , et c'est i elle que les Jésuites ont eu recours pour étendre leur influence. Les missionnaires qui sont parmi les païens montrent de même un grand zèle pour Tinstruction : leur premier soin est toujours de fonder des écoles , sans lesquelles leur œuvre ne pourrait subsister.
C'est ainsi que la religion chrétienne^ sans acception de partis , a toujours , dans tous les temps et dans tous les lieux , employé l'instruction comme un auxiliaire utile. Les divergences d'opinions^ sous ce rapport^ n'ont porté que sur la qualité et la quantité des connaissancîes à transmettre ; et l'on peut dire d'une manière générale , que plus une Eglise s'est montrée zélée pour l'instruction , plus elle a déployé de vie et de force ; car dans l'Eglise aussi l'instruction est une force.
Après la religion je menticmnerai la morale^ surtout cette porale pratique qui résulte de b(»mes habitudes. L'école est un champ de travail^ et^ comme tout travail sérieux et régulier, elle soumet l'enfant qui la fréquente à une discipline salutaire ; elle le délivre d'une oisiveté toujours dangereuse, lui apprend à lutter contre des difficultés diverses et à poursuivre un but avec persévérance ; Técole est encore un remède contre la négligence et la paresse , contre le désordre et la malpropreté, contre le vagabondage et les vices qui en découlent. Rien n'estplus propre que l'école à fortifier toutes les bonnes habitudes et à développer les vertus opposées aux vices que je viens d'énumérer. Qui pourrait calculer tous les avantages moraux que la France retirerait d'une instruction primaire qui placerait ious les enfants sous sa salutaire discipline?
L'instruction primaire est, en troisième Ueu , la base naturelle des études moyennes et supérieures. Plus cette base s'étend et se perfectionne, plus elle produit de sujets capables pour les degrés qui suivit. Impossible d'avoir de bons collèges, et surtout de bonnes écoles normales, sans de bonnes écoles primaires > et en particulier sans de bonnes écoles rurales; car c'est un fait constant que les natures les I^us vigoureuses et les mieux trempées pour l'étude , viennent en général des campagnes. Dans les villes, le corps et l'àme perdent en force et en énergie ce qu'ils y gagnent en souplesse et en culture extérieure. En étendant à tous les
bienfaits de l'instruction primaire, beaucoup de natures excellentes, distinguées, des génies môme, qui sans cela demeureraient incultes , trouveraient l'occasion de se développer conformément à leur vocation naturelle. Il y aurait dans toute la France une plus grande émulation et un plus grand choix d'hommes capables de remplir les diverses fonctions que réclament toutes les sphères de l'activité sociale. L'administration surtout s'en ressentirait avantageusement.
L'instruction ouvre à la famille des horizons nouveaux ; car la lecture, l'écriture et le calcul la font entrer dans le courant de la civilisation. Le père de famille qui ne sait ni lire, ni écrire, ni calculer, est journellement et avec tous ses intérêts sous la dépendance d'autrui : c'est comme s'il lui manquait un sens important. On ne peut pas même être bon domestique ou bonne servante sans ces connaissances élémentaires. Que de bévues , par exemple , ne commet pas au marché la domestique qui ne sait pas calculer! Et le mal est encore plus grand quand c'est la mère de famille qui ne peut pas résoudre les problèmes qui se rapportent à la direction de son ménage. Quelle gène encore , quand on est obligé de recourir à un tiers pour lire ou écrire une lettre intime , ou pour résoudre un calcul ayant rapport à ses affaires ! Bien des enfants manquant d'instruction ne peuvent , pour cette raison, faire connaître à leurs parents les épines de leur position , et des parents descendent dans la tombe avec des secrets ou des besoins qu'ils n'ont pu mander à leurs enfants. Les connaissances élémentaires que donne l'instruction primaire sont une des nécessités actuelles. Qui ne les possède pas est privé, dans une foule de circonstances, de la lumière et des moyens de communication nécessaires , et ne peut rendre ni à sa famille , ni à la société, les services que , cultivé, il aurait pu lui rendre.
L'instruction procure à la commune des employés intelligents , capables de la bien administrer , de comprendre les progrès qui se font au dehors et de les réaliser au dedans. Les autorités locales sont les ouvi'iers du pouvoir , et il est impossible qu'un gouvernement puisse opérer quelque réforme importante au sein du peuple si ces ouvriers lui font défaut.
L'instruction primaire rend l'armée plus intelligente , et par là aussi plus forte. En se généralisant et en se pericctionnant, elle lui fournira un plus grand nombre de soldats
propres à devenir sous-officiers. Et dans quelle nation^ Tintelligence est-elle plus propre à exciter l'émulation du soldat qu'en France , puisque ici l'avancement dépend du mérite , et non de la faveur , de la fortune ou de la naissance^ comme dans d'autres pays ?
Enfin l'instruction primaire apprenant à l'homme à réfléchir , à penser , à découvrir l'inconnu par le connu , le rend plus propre à remplir avec succcs la vocation qu'il a embrassée. Un ignorant ne sera jamais un bon agriculteur , un bon artisan , et il ne pourra devenir ni un industriel , ni un commerçant.
Comment serait-il un bon agriculteur , s'il ne peut comprendre les progrès déjà réalisés et en faire son profit? si , ignorant la comptabilité et l'économie agricole , il ne peut mettre les capitaux , le travail et les dépenses en harmonie avec les produits, et s'il est incapable de faire les combinaisons que réclame une sage économie du temps , des forces, des territoires et des r^ltes ? Je pourrais nommer ici une contrée où les paysans empruntent au k 0/0 pour acheter des terres qui leur rapportent deux et demi pour cent ! Aussi, cette contrée est-elle bientôt toute hypoth^uée.
Et comment serait-il un bon artisan , s'il ne possède pas les notions les plus élémentaires du dessin et de la mécanique s s'il ne peut résoudre les problèmes qui se rapportent à son art , s'il ne peut soigner la comptabilité et la correspondance que nécessite l'exercice de sa vocation? Que de fois n'entend-on pas des chefs d'atelier se plaindre qu'ils manquent d'instruction? Que de fois n'en voit-on pas qui se font encore donner des leçons de calcul et de dessin technique ? Plus souvent encore on en voit qui font apprendre & leurs enfants ce qu'ils voudraient savoir eux-mêmes , afin de combler autant que possible, par ce moyen, les lacunes de leur propre éducation. Et pourquoi ces écoles d'ouvriers que l'on fonde dans tant de villes et de localités différentes ? N'estrce pas parce que l'ouvrier sent qu'il ne pourra jamais exercer sa vocation avec succès et d'une manière indépendante sans posséder un certain degré d'instruction?
L'industriel et le commerçant ont, bien plus encore que l'agriculteur et l'artisan , besoin d'instruction. Pour eux elle est indispensable. Cela est si évident, surtout en ce qui concerne la correspondance , la tenue des livres et le calcul , qu'il n'est pas nécessaire d'insister.
Je ne dis pas que ragriculturc^ Tinduslrie et le commerce ne puissent fleurir jusqu'à un certain point sans une bonne instruction primaire. Mais dans ce cas^ la population instruite « abusant de sa supériorité^ s'empare des terres^ de l'industrie et du commerce , et réduit la population ignorante à un état qui tient de l'esclavage. Mais une telle iniquité nationale ne peut et ne doit pas être favorisée dans un Etîit où règne l'égalité civile et politique.
Tels sont ^ dans les principales sphères de la vie^ les avantages que procure l'instruction , et en particulier l'instruction primaire. Elle est partout un élément de vie^ une force active et intelligente qui pousse au progrès. L'instruction embrasse tout et s'unit à tout , comme la lumière et la chaleur, et l'on peut dire que plus elle se répand au sein d'une nation , plus elle la rend forte, plus elle augmente ses productions et sa richesse. Si donc la France veut conserver le rang honorable qu'elle occupe parmi les nations ; si elle veut que son agriculture , son industrie et son commerce prospèrent de plus en plus, et puissent toujours riva- Hser avec l'étranger , il faut qu'elle répande partout les bienfaits de l'instruction. Il n'y a ^ue ceux qui veulent tromper le peuple 'qui puissent vouloir le retenir dans Vignorance.
Comme on vient de le voir, les avantages de l'instruction sont incontestables > ils sont immenses. Cependant l'instruction populaire a ses détracteurs ; et des esprits , d'ailleurs bien intentionnés, mais' mal renseignés sur ce point , nourrissent contre elle d'injustes préjugés. Je dois donc, avant que de poursuivre le développement de mon sujet , m'arrêter un instant pour répondre aux principales objections qu'on a coutume de faire valoir contre l'instruction , et pour examiner quelques difficultés relatives au gouvernement de l'éeole primaire.
On entend dire, d'un certain côté, que l'instruefion est une arme dangereuse> qui se met au service du mal et des passions. Cette objection repose, j'en conviens , sur des faits vrais ; mais cela n'empêche pas qu'elle ne soit sans fondement réel. L'instruction est, comme toutes les choses de ce monde , une arme à deux tranchants , qui peut s'employer pour le mal comme pour le bien. L'homme en abuse, comme il abuse de ses forces physiques, comme il abuse des riches-
ses que Dieu lui accorde, comme il abuse m£me du plus sacré des biens, de la religion. Il n'y a donc pas lieu de la redouter plus que toute autre chose. Un père a-t-il jamais imaginé de mutiler son enfant, parce qu'il pourra un jour mettre ses membres au service du péché? Est-il jamais venu à l'idée d'un moraliste français de demander la destruction des beaux vignobles de sa patrie , par la raison qu'ils engendrent et entretiennent l'ivrognerie? Et que dirait-on de celui qui, par un beau zèle religieux, demanderait qu'on fermât les temples et qu'on abolit tout culte public , par la raison que ce dernier produit le formalisme, et quelquefois l'hypocrisie ?
Non , l'instruction n'est point à redouter. Et d'ailleurs ce n'est pas en maintenant le peuple dans l'ignorance qu'on le moralisera; ce sera bien plutôt en l'instruisant, et en travaillant à le pénétrer de principes religieux et moraux propres à le soustraire au joug des passions, et à le soumettre aux règles de la justice et de l'équité. Au dire de penseurs compétents , les statistiques des prisons prouveraient jusqu'à l'évidence que l'instruction fait diminuer le nombre des crimes , et qu'elle est ainsi un précieux élément de moralisation. Pour ma part, je n'accepte pas sans réserve les arguments qu'on tire de ces statistiques en faveur de l'instruction ; mais il me paraîtrait bien difficile de les retourner contre elle : je ne sache pas que personne se soit jamais avisé de le faire.
On dit aussi : ((L'instruction rend mécontent de son sort.» Cette objection n'est fondée que dans le cas où l'homme étant cultivé pour une sphère, se trouve retenu ou rejeté par les circonstances dans une sphère inférieure à celle où il aspirait. Un jeune homme , par exemple , qui aurait tsii des études dans un collège , ne sera plus guère propre à la vie sim* pie et modeste des champs ou de l'atelier. Il aspirera à monter dans la sphère pour laquelle ses études l'ont préparé. Mais l'instruction primaire n'a pas cet inconvénient-là. Au reste, tout est relatif dans le domaine du savoir, et l'inconvénient qu'on nous signale existe dans le royaume des aveugles, aussi bien que dans celui où les yeux sont ouverts. Là ^ les borgnes veulent être rois , comme ici plusieurs de ceux qui croient avoir dans Isl tête quelques idées de plus que les autres.
« Eh bien soit , me dira maintenant quelqu'un ; je consens à fermer ies yeux sur les dangers de l'instruction ; je
vois bien qu'en cela elle ne fait que partager le sort de toutes les choses qui sont sous le soleil. Mais il importe beaucoup , pour éviter les abus qui peuvent en découler , qu'elle reçoive une bonne direction, et ^ avant de vous suivre sur la voie que vous préconisez^ je voudrais savoir à qui proprement l'on doit remettre la direction de l'Ecole , et comment cette direction se comportera à l'égard d'intérêts et de principes qui me tiennent pour le moins autant à cœur que l'instruction. »
La question qui vous arrête a en effet son importance, et je vais lui donner ici tout le développement compatible avec les bornes restreintes de ce mémoire.
Et d'abord écartons l'idée d'une école atitoncMne , rêv^ par quelques pédagogues exaltés. L'école n'est dans la société qu'un fait accidentel , rendu indispensable par la civilisation, et qui pourrait être supprimé, si les parents pouvaient ou voulaient se charger de l'instruction de leurs enfants.
Mais si l'école ne repose pas sur un fait primitif, qui lui donne une existence propre et nécessaire , elle ne relève pas non plus tout entière soit de l'Eglise, soit de l'Etat, soit de la Famille. Elle me parait être un domaine mixte , dans lequel chacune de ces institutions a des droits et des intérêts particuliers.
L'Eglise catholique et les églises protestantes ont souvent élevé la prétention d'être les souveraines de l'école, comme elles en ont été les fondatrices. Je crois que l'Eglise a le droit de diriger l'esprit de l'école et l'enseignement religieux; mais l'écriture, mais l'orthographe , mais le calcul , ne sont plus de son domaine. Si elle a besoin de certaines branches pour fonder son enseignement., cela ne lui donne pas le droit d'enseigner ces branches , pas plus qu'elle n'a le droit de former les artisans dont elle a besoin pour élever des temples ou confectionner les objets du culte. Il n'y a aucun principe qui l'empêche de recevoir de la main d'aulrui l'assistance intellectuelle ou matérielle dont elle a besoin. Que l'Eglise se contente donc de commander dans les choses qui sont à Dieu, et qu'elle abandonne à l'Etat , à la Commune et à la Famille les choses qui sont de ce monde.
Il est un parti , représenté en Angleterre par le célèbre Coomb, et en Allemagne par plusieurs pédagogues, qui voudrait ^ccafarwer l'école, c'est-à-dire la soustraire à toute
— so —
influence de l'Eglise > et lui ôter tout caractère confessionnel^ Mais ce système , qui avait prévalu quelque temps aux Etats" Unis> n'a pu s'y soutenir^ et il est à prévoir que la Hollande^ qui l'a introduit dans les écoles mixtes , très-nombreuses dans ce royaume^ ne le conservera pas longtemps. Ce système est , à mon avis , une fousse application de la tolérance religieuse. Il est d'ailleurs impraticable, car il ne peut se faire qu'un instituteur n'ait des principes bons ou mauvais , et que ces principes ne s'unissent à son enseignement. Et quelle école que celle où l'on n'ose parler de Celui qui a dit : « Laissez venir à moi les petits enfonts , et ne les empêchez point ! » Je n'ose prononcer le nom de Jésus-Christ dans mon école , me disait un instituteur hollandais , à cause de quelques enfants juifs qui la fréquentent. Espérons que ce système, malgré son faux air de tolérance, n'étendra jamais son sceptre glacé sur notre vieille Europe !
De l'Eglise passons à l'Etat. Celui-ci , pas plus que cellelà, ne me parait être le souverain légitime et absolu de l'Ecole. Toutefois, comme il est le représentant des intérêts généraux du peuple, et le souverain régulateur de la vie sociale, il a le devoir et le droit de veiller à ce que le peuple reçoive le degré d'instruction que réclament ses intérêts et sa prospérités et de prendre dans ce but toutes les mesudes nécessaires. Mais ce rôle important de l'Etat dans l'Ecole roit en toute circonstance s'exercer sans préjudice des droits f imprescriptibles et inaliénables de la conscience et de la famille.
Pour dire toute ma pensée su^^ce sujet, je crois que Tenant relève de son père et de sa mère avant de relever de l'Eâlise et de l'Ëtat, et que sa première éducation appartient à ceux que Dieu a placés à ses côtés pour diriger ses premiers pas dans la vie. Pestalozzi était si convaincu de cette vérité, qu'il rêva quelque temps l'abolition de l'école primaire , espérant faire de chaque mère l'institutrice naturelle de ses en&nts. C'est dans ce but qu'il écrivit son Livre des Mères. Mais Pestalozzi rêvait un idéal qui ne peut pas être atteint. Notre civilisation nous a trop rendus , en toutes choses , dépendants les uns des autres, pour que la grande majorité des familles puisse jamais se suffire à elle-même. L'infinie division du travail , et des raisons d'économie , font de l'Ecole un auxiliaire indisp^isable delà Famille; et je trouve tout naturel que la Commune et l'Etat, qui sont les repré-
sentants légitimes de la vie sociale, prennent en main^ l'organisation et l'administration de l'Ecole, partout où les parents ne demandent pas à s'en charger eux-mêmes. L'Etat et la Commune, dans ce cas, agissent et comme délégués des familles, et comme les représentants des intérêts sociaux.
En Angleterre, où les droits de l'individu et ceux de la conscience occupent une large place dans la vie publique, on ne veut point que l'Etat prenne en main les rênes de l'instruction primaire, et il ne pourrait sans danger introduire le système qui prévaut sur le continent, tant le peuple est jaloux de ses droits à l'éducation des enfants. Mais le système anglais, qui fait relever l'instruction primaire de l'activité libre et des diverses communautés religieuses, renferme des lacunes si grandes et si graves, que le gouvernement s'en est inquiété et est intervenu, non pour changer le système, mais pour le régulariser et l'étendre, par des subsides qu'il offre aux écoles libres, et par la création de brevets de capacité , l'envoi d'inspecteurs, etc. C'est ainsi que la nécessité pousse le gouvernement anglais à se rapprocher du système qui domine sur le continent, tandis que, d'un autre côté, nous voyons sur le continent se développer l'enseignement libre à côté de l'école publique. En théorie, le système anglais peut paraître le plus rationnel ; mais dans la pratique, il est toutà-fait insuffisant. Il me semble que le mieux est le mélange des deux systèmes, se contrôlant, se stimulant et se complétant réciproquement. L'Etat ne doit mettre aucun obstacle à l'extension de l'enseignement libre , mais il doit pourvoir à l'instruction du peuple partout où le système libre n'atteint pas. C'est au reste l'opinion qui semble prévaloir de plus en plus chez les hommes d'Etat, même en Angleterre. « Je n'ai jamais pu croire, a dit lord John Russel dans la Chambre des Communes, que l'Etat eût ledevoir de dire: « Il existe un principe qui me défend de travailler à l'éduca- « tion morale et religieuse du peuple ; je n'ai que le devoir de « maintenir l'ordre dans la société, et de forcer le peuple, au <( moyen des tribunaux et de la prison, à smvre les règles de « la moralité. » Quand un jeune homme est conduit en prison pour vol , et qu'il apprend par le geôlier et le chapelain qu'il a violé les lois divines et humaines , je ne puis comprendre, s'il s'avise de demander pourquoi on ne l'a pas éclairé plus tôt sur ses devoirs , je ne puis comprendre , dis-je, que cette réponse lui suffise : L'Etat a le devoir de te punir, et quand
tu C8 condait en prison > il peut te donner l'enseignement religieux qui te manque ; mais il y a un principe qui Tempëche de te faire donner dans un âge moins avancé une éducation qui aurait prévenu le crime dont tu t'es rendu coupable.»
Ce qui précède suffit^ ce me semble^ pour démontrer qu'il ne vaut pas la peine de se foire la guerre pour des systèmes , puisque aucun jusqu'ici n'a pu répondre à tous les besoins , et que l'Ecole d'ailleurs ne relève absolument d'aucune des institutions dont j'ai parlé , à l'exclusion des autres. Toute discussion^ au reste^ sur ce sujet me parait oiseuse ; la France est trop avancée dans le système qui prévaut en Suisse, en Allemagne, en Hollande, etc., pour revenir en arrière. Et qui aurait le courage de proposer au gouvernement français d'abandonner l'enseignement public primaire? Il faut donc , puisque le système actuel ne rq)ose pas sur un principe faux ou dangereux , puisqu'il présente même les avantages du système anglais sans en avoir les inconvénients et les effrayantes lacunes, il fout, dis-je, s'entendre pour réclamer toutes les améliorations dont il est susceptible. Et quelles sont ces améliorations? G'e^t ce que nous allons maintenant examiner.
Progrès à réaliser i ce qui est fait déjà, et ee qui reste à faire eneore.
Aux améliorations déjà réalisées, il faut que dos
améliorations nouvelles viennent s'ajouter encore.
M- fiouland [Circulaire du 14 décembre 1860.]
La France a fait beaucoup déjà pour populariser l'instruc^ tion primaire.
Elle a fondé de nombreuses écoles normales , d'où sont sortis déjà des milliers d'instituteurs capables. Mais ce nombre d'écoles normales est, je le crains, insuffisant ; et je suis loin de partager l'opinion de ceux qui, dans l'intérêt des études, voudraient le restreindre encore. Je pense, au contraire, qu'il est préférable qu'il y ait un grand nombre de petites écoles normales sur tous les points de la France, et cela parce qu'il est très-nécessaire, en vue de l'éducation des instituteurs, que ces établissements soient maintenus sur un pied simple et modeste. Or c'est ce qui ne pourrait plus guère
avoir lieu si l'on en faisait de brillantes institutions pourvues d'un nombreux corps de professeurs.
Mais si l'on peut hésiter sur la question de savoir si la France doit créer encore des écoles normales d'instituteurs , ou seulement donner de l'extension à celles qu'elle possède déjà, il n'en est pas de même à l'égard de ce qu'elle fait pour former des institutrices. Ici, il est évident qu'elle a une grande lacune à combler, si elle veut élever le niveau de l'éducation de la femme, et la rendre par là plus propre à remplir ses devoirs d'épouse et de mère. La France a , sous ce rapport, de grands progrès à faire, et Ton ne saurait trop insister pour qu'elle mette la main à l'œuvre. En Allemagne et en Suisse, l'instruction des filles est aussi soignée que celle des garçons , et c'est là sans doute une des raisons pour lesquelles la vie de famille y est plus développée qu'en France. Le canton de Beiiie, dont la population n^atteint pas un demi-' million d'habitants , n'a pas moins de 4 écoles normales de filles (dont une libre). Dans cette proportion , il faudrait à la France au delà de 300 écoles normales de filles. Il ne faut pas oublier que la mère est et sera toujours la première institutrice de ses enfants; et la famille, qui a tant besoin d'être relevée, retirera toujours plus de vie de l'éducation de la femme que de celle de l'homme. Perfectionner l'éducation de la femme, c'est relever la famille.
Si des écoles normales, nous passons aux écoles primaires, nous trouvons qu'on en a fondé un nombre considérable depuis un demi-siècle sur toute l'étendue de la France. Après l'Allemagne et la Suisse, il n'y a guère de pays en Europe qui puissent se glorifier d'avoir autant d'écoles à la disposition du peuple. Il existe néanmoins encore des lacunes qu'il s'agira de combler, si l'on veut mettre l'instruction primaire à la portée de tous les enfants. Il est des écoles trop chargées d'élèves, et qui, pour cette raison , ne sauraient donner une instruction suffisante; il y a aussi des localités assez populeuses pour avoir une école, et qui n'en ont point ; d'autres sont trop éloignées de l'école communale pour pouvoir en profiter. Il faudrait ainsi fonder encore un grand nombre d'écoles pour répondre à tous les besoins. Dans la plupart des états de l'Allemagne et de la Suisse, on compte une école pai: 4 ou 5 cents âmes de population. Dans le canton de Neuchâtel, il y en a une pour 303. La France n'en compte qu'une
pour 800 habitants. Au lieu de 80,000 écoles {l) (36,000 instituteurs, et seulement 14,000 institutrices), il lui en faudrait 80,000, ou, plus exactement, 60 à 65,000 si la fréquentation ne dépasse pas 42 ans, et 10,000 de plus pour chaque année ajoutés à 12. (2) Si la France proclamait Tinstruction obligatoire jusqu'à 16 ans, il lui faudrait au moins 100,000 écoles, c'est-à-dire le double de ce qu'elle possède aujourd'hui. Passons à la fréquentation. Celle-ci, comme le reste de l'instruction primaire , est en progrès. En 1837, la population scolaire ne dépassait guère 21/2 millions d'enfants ; aujourd'hui elle atteint presque le chiffre de 3 1/2 millions, c'est-à-dire 1/11 de la population totale. Mais c'est peu encore en proportion d'autres pays. En Allemagne et en Suisse, la population scolaire varie entre 1/7 et 1/5 (1/4,5) , suivant le nombre d'années pendant lesquelles les enfonts sont obligés de fréquenter l'école. Dans cette proportion, la France devrait avoir une population scolaire de 5 1/2 à 7 1/2 millions d'enfants. Ainsi' 2 à & millions ne fréquentent pas l'école primaire. A la vérité, les statistiques scolaires n'en placent dans cette catégorie qu'un million , mais elles n'infirment en rien le chiffre que j'indique. Elles prouvent seulement par là que le temps de la fréquentation est beaucoup plus court en France que dans d'autres pays. En effet, la moyenne des enfants nés dans la même année, et en âge de fréquenter l'école étant d'environ 1/50 de la population , il en résulte que la France renferme environ 760,000 enfants qui doivent entrer chaque année comme nouvelles recrues dans l'école primaire. Or ce chiffre de 750,000 dépasse la 5" partie de la population scolaire actuelle. La durée moyenne de la fréquentation n'atteint donc pas en France le chiffre de 5 années. C'est beaucoup trop peu. Et si nous considérons maintenant que c'est durant les dernières années que les enfants profitent le plus de l'école, on comprendra combien la France est au dessous des pays où la moyenne de la fréquentation est de 7, 8, 9 et même 10 années ! La France peut-elle impunc-
[1] Dans ce nombre ne sont pas comprises les écoles privées ou libres, au nombre de 15,000; mais la proportion indiquée pour d'autres états est aussi basée sur les écoles publiques seules.
[2] Chaque année fournit en France environ 750,000 écoliers et écolières. Or les écoles actuelles comptent en moyenne 70 écoliers. Il faut donc pour ces 750,000 enfants au moins lo,000 écoles.
ment se contenter d'une instruction primaire si peu développée ? Peut-elle impunément laisser se perdre dans les sables arides de l'ignorance^ non-seulement les nombreuses forces qui sommeillent dans ce million d'enfants qui demeure en dehors de toute instruction^ mais encore celles plus nombreuses qui , chez d'autres , ne reçoivent pas une culture suffisante? Je ne le pense pas. Les chiffres que je viens d'énoncer démontrent de la manière la plus claire que la France ne saurait se contenter du degré d'instruction primaire qu'elle possède aujourd'hui^ et que^ suivant la parole de M. le Ministre de l'Instruction publique^ il est nécessaire qu'aux améliorations déjà réalisées des améliorations nouvelles viennent s'ajouter encore.
Si de Tenfance privilégiée , nous passons maintenant à l'enfance malheureuse^ aux idiols> aux sourds-muets, aux aveugles, aux orphelins, aux enfants vicieux, n'aurons-nous rien à demander pour eux ? Le banquet de l'instruction, auquel sont invités les enfants favorisés de la nature el de la fortune , n'a-t^il rien à dffrir à la minorité souffrante ? Il me semble que l'égalité pourrait être ici réclamée en sa faveur , et qu'il n'y aurait que justice à faire pour elle ce qui se fait pour l'enfance heureuse. Au moins leur accorderai-je une petite place dans ce mémoire.
Je ne m'arrêterai pas sur les idiots, ni sur ce qu'il y aurait à faire en France pour cette classe d'infortunés. Je dirai seulement que l'établissement de la Force, comme celui de Rheydt, dans laPrusse rhénane, nous montre qu'il est possible d* éveiller les facultés endormies de cette catégorie d* enfants.
La France possède quelques établissements de sourdsmuets , et elle peut se glorifier d'avoir donné à cette partie de la pédagogie deux instituteurs des plus distingués , l'abbé de l'Epée et l'abbé Sicard. Il reste néanmoins beaucoup à faire encore. La Suisse compte 9 établissements de souixlsmuets , le Wurtemberg 6. Dans cette proportion , qui ne répond pas encore à tous les besoins, la France, qui compte 22,000 sourds-muets, devrait en avoir i20. Mais j'ajoute , afin qu'on ne se méprenne pas sur le sens du vœu que j'exprime ici, que par établissements de sourds-muets, ou sourdes-muettes, je n'entends pas des maisons où les élèves sont seulement logés, nourris, vêtus et instruits, mais des
maisons où le travail manuel constitue l'une des principales bases de l'éducation. L'établissement bernois (Suisse) de Frienisberg peut être cité comme un modèle en ce genre. Il cultive un domaine et renferme quatre ateliers , où les élèves apprennent les états de -menuisier^ de tisserand^ de cordonnier et de tailleur. En sortant de l'établissement^ les élèves sont des hommes capables de gagner honorablement leur vie.
Les enfants aveugles peuvent, à la rigueur, se passer d'établissements spéciaux. En Prusse , ils sont encouragés à suivre l'école publique. Celle-ci ne saurait cependant remplacer l'établissement spécial , où l'aveugle apprend un métier à côté de l'instruction qui lui est donnée. On est étonné, quand on entre dans un de ces établissements , de voir combien de choses on peut apprendre aux aveugles. Un aveugle écossais a construit le modèle d'un vaisseau de 74 canons. J'en connais un qui est accordeur de pianos. A Mulhouse et à New- York la Bible a été imprimée par des jeunes gens aveugles , surveillés par des directeurs aveugles. Dans l'établissement de Lausanne on a appris à lire à un aveuglesourd-muet. Le tricotage, la vannerie, la fabrication de nattes, de tapis, etc., sont des choses que tous les aveugles peuvent apprendre. Ainsi cette classe d'infortunés, au lieu d'être un fardeau pour la société, peut au moyen d'une éducation bien entendue, fournir, comme celle des sourds-muets, des hommes capables de pourvoir à leurs besoins et de se rendre utiles à leurs semblables. La France , qui compta; 30,000 aveugles , devrait posséder au moins 40 établissements pour en avoir dans la même proportion que des pays déjà cités.
Les orphelins pourraient, tout aussi bien que les autres enfants, profiter de l'école publique. Mais les conditions d'existence dans lesquelles se trouvent un grand nombre d'entre eux ne leur permet pas d'en profiter de la même manière ; et , d'après toutes les expériences faites , un établissement bien organisé est ce qui réunit les conditions les plus favorables pour leur éducation. Aucune famille ne peut leur tenir lieu de la famille naturelle : k il y a loin , comme le dit Charlotte Bronté, du toit le plus hospitalier à la maison paternelle. » Dans la famille qui le reçoit, l'orphelin est un domestique ou un pensionnaire ; il y est traité autrement que les autres enfants. Dans un orphelinat, au moins il vit avec
des cgeiux, et sous la direction de personnes qui se consacrent à son éducation. Mais ici , il faut que j'explique encore ce que j'entends par un orphelinat. Ces maisons où Ton réunit le plus grand nombre d'orphelins possible pour les nourrir, les instruire, et les envoyer durant les heures de récréation dans un préau, comme des prisonniers dans une cour, m'inspirent une profonde pitié. Je veux rorphelinat-famille, renfermant 20 filles ou 30 garçons , placés sous la direction d'un couple honnête, religieux, instruit, laborieux, dévoué, qui leur tienne lieu de père et de mère. Je veux des établissements où le travail soit un des principaux éléments de l'éducation ; où les filles soient occupées à la couture , à la cuisine, au jardinage ; où les garçons aient une ferme à cultiver, une établc à soigner, ou des métiers à apprendre, une industrie à exercer. (1) On trouve en Suisse un grand nombre d'établissements de ce genre , et la plupart sont très-prospères. La liauhe-Haus, près de Hambourg, forme un genre à part. Ici l'on voit dans le même étiiblissement plusieurs familles distinctes , dirigées chacune par un maître particulier. Mais on a fait la remarque qu'il manquait à ces femilles un élément essentiel, c'est-à-dire la mère.
Il n'est pas facile de dire tout ce que la France aurait à faire pour l'éducation de ses orphelins. Dans certaines parties de r Allemagne et de la Suisse, on trouve un orphelinat par 80,000 âmes de population. D'après cette proportion, il en faudrait 800 à la France, et ces 800 établissements ne répondraient probablement pas à la moitié de ses besoins.
Les asiles pour les enfants vicieux sont des maisons de sûreté dans un Etat. Us sont un puissant moyen de tarir la source des malfaiteurs. Leur organisation doit ressembler à celle des orphelinats , mais avec un travail agricole plus fatigant et plus continu, afin de mater le corps et de dompter les passions. La France n'aurait pas trop d'un asile par département. Les dépenses qu'ils occasionneraient seraient , en partie du moins, couvertes par les économies qu'on ferait dans les prisons, les bagnes, etc.
[1] Voir sur l'organisation des orphelinats un travail de l'auteur intitulé: Quelques idées pur la fondation et Vorganisntion d'établissements pour de jeu-nes filles pauvres. Mémoire envoyé au concours sur la fondation SchnoU , par J. Paroz. Travail couronné par le Conseil d'Etat du canton de Berne. Berne 1859 , librairie G. WOleriGh-Gaudard.
Maintenant que j'ai indiqué à grands traits ce qu'il reste à faire en France pour mettre rinstruction primaire à la portée de tous les enfants^ et lui faire porter les fruits qu'on peut en attendre^ il ne me reste plus qu'à rechercher les meilleurs moyens à employer pour atteindre ce résultat.
Des moyens à employer pour faire partieipcr tout le monde au blenfaU delà première édueation. En partieiilier de la fréquentation obligatoire.
L'instruction primaire doit finir par faire participer tous les individus des classes les moins fortunées au Irienfait de la pre^ mière éducation.
Camot [Rapport à Napoléon I.]
Pour étendre à tous les enfants le bienfait de la première
éducation j il faut^ comme cela ressort des développements
qui précèdent:
1. Un nombre suffisant d'écoles normales pour former des instituteurs et des institutrices ;
2. Un nombre notablement plus grand d'écoles primaires ; 3« Des établissements spéciaux pour les enfants qui ne
peuvent pas profiter de l'école primaire.
4. Enfin une loi obligeant tous les enfants à profiter des moyens d'instruction mis à leur portée ; en d'autres termes, une loi rendant l'instruction primaire obligatoire.
De ces quatre questions la dernière seule me paraît posée dans le sujet mis au concours par la Société d'Emulation de Montbéliard , et pour cette raison je passerai très-rapidement sur les trois premiers.
On a vu , en ce qui concerne les écoles normales, que la principale lacune consiste dans le manque d'établissements propres à former un nombre suffisant d'institutrices. Mais je ne puis entrer ici dans aucun détail ; ce serait un sujet trop étendu que de parler des perfectionnements à apporter dans les écoles normales existantes, de la fondation de celles dont la France aurait encore besoin , de la manière de les organiser, etc.
Je ne puis pas non plus m'arrêter sur l'augmentation des
écoles primaires. C'est du reste ici une affaire d'administration. Voici cependant quelques règles suivies dans d'autres pays. Dans les Etats où l'instruction est obligatoire , la fondation d'écoles est aussi obligatoire partout où l'on peut réunir un nombre d'enfants suffisant pour une école. Dans les hameaux écartés et trop petits pour avoir une école , on se contente d'y établir > le plus souvent dans une maison particulière « des écoles d*hiver, dites de çuarrter , tenues par de jeunes instituteurs ou des jeunes gens intelligents formés dans de bonnes écoles primaires., Ce procédé est, en particulier , employé dans le canton de Neuchàtel, et les résultats en sont satisfaisants. En Prusse, on a recours, pour les petits hameaux et les maisons isolées , à un autre moyen encore : on a créé des places d'instituteurs ambulants , qui vont d'une localité dans une autre et reviennent au point de départ dès que leur ronde est terminée. Ils s'arrêtent ordinairement deux ou trois jours dans chaque endroit. On a compté que, dans le gouvernement de Dantzig, environ 400 enfants reçoivent leur instruction de cette manière , et l'expérience a démontré que cet expédient pouvait suffire au besoin.
Je ne dirai qu'un mot des établissements pour les sourdsmuets , les aveugles , les orphelins, etc. Généralement la fondation et l'entretien de ce genre d'établissements est l'œuvre de la charité privée ou de sociétés de bienfaisance. Mais il est aussi des gouvernements qui s'en occupent. Je crois que le gouvernement français devrait en fonder un certain nombre pour servir de modèles, et encourager les départements , les cantons, les communes , les corporations , les sociétés d'utilité publique et les particuliers, à en fonder d'autres partout où le besoin s'en ferait sentir. Je voudrais voir dans chaque département, sur une petite ferme, un établissement de sourds-muets , un asile pour des enfants vicieux , et quelques-uns pour des orphelins et des orphelines. Les dépenses ne sont pas très-considérables. Un petit établissement de 20 à 25 enfants coûte rarement plus de 5500 fr. (1) Mais une bonne partie de cette somme est couverte par les
[1 Voici lebudyct des dépenses d'un petit établissement: Loyer, 750 fr. Intérêt du mobilier, 150 fV. Traitement du Directeur et de sa femme , 800 fr. Nourriture, outre les produits du jardin, plantage, elc, 2000 fr. Habillements, linse^ etc.^ 1000 fr. Chauffage et frais divers, 700 fr. Total» 5500ir.
pensions des élèves (on fait payer en moyenne 100 fr. par an). Dans les asiles et les établissements de sourds-muets , on exige une pension qui ^ dans quelques cas , suffit presque à couvrir les dépenses. En Suisse il se fait de nombreux legs en faveur de ces genres d'établissements.
Passons maintenant à la question qui doit plus spécialement nous occuper, à la
Fréquentation obligatoire.
La fréquentation obligatoire doit d'abord être considérée comme la conséquence naturelle et le complément nécessaire de l'instruction primaire publique. Quoi ! l'Etat et les communes feraient de grands sacrifices pour mettre l'instruction à la portée de tout le monde , et il serait permis au citoyen de mépriser cette instruction et de rendre inutiles et vains les sacrifices qu'on fait pour lui ! L'économie de l'instruction publique réclame impérieusement la fréquentation obligatoire. Aux soins que la société prend de faire instruire les individus, correspond chez ceux-ci le devoir de profiter de l'instruction qu'on leur offre.
La fréquentation obligatoire doit être, en second lieu, considérée comme une garantie nécessaire en faveur des intérêts sociaux. L'ignorance est un mal intellectuel, comme la variole est un mal physique, et le vice un mal moral. Or , nous avons la vaccine obligatoire dans un grand nombre d'Etats; on a partout une morale obligatoire: une police, des lois, des juges et des prisons pour punir ceux qui transgressent les lois ; et la France n'aurait pas aussi une instruction obligatoire ! Il serait permis à quelques millions de Français de rester ignorants, incultes, et de priver ainsi la société à laquelle ils se doivent, des services immenses qu'ils pourraient lui rendre s'ils eussent reçu une bonne instruction primaire ! Non, cela ne se peut pas, cela ne doit pas être.
Je vois, en troisième lieu, sortir l'instruction obligatoire de l'institution du suffrage universel. Voici des citoyens appelés à nommer le Corps législatif, les Conseils généraux , les Conseils d'arrondissement, les Conseils municipaux, et «es citoyens, pour s'éclairer, ne peuvent lire ni les décrets , ni les ordonnances de l'Empereur , ni les proclamations du préfet , ni les avis de la presse ; ils sont incapables de lire ou d'écrire leur bulletin ! Allons donc ! il faut à la France des
citoyens plus œlairés que cela! Il lui faut des hommes qui soient à même de s'instruire des questions qui se décident dans l'urne électorale, et non des machines votantes, prêtes à fonctionner en faveur du premier intrigant qui saura ou les tromper ou escamoter leur confiance. La moralité du suffrage universel réclame impérieusement Tins traction obligatoire. Un suffrage universel exercé sans lumière , par des ignorants , est presque une singerie politique ; en tout cas il n'est pas Tacte réfléchi et solennel de citoyens qui comprennent leurs devoirs et en sentent la portée. Tous les esprits logiques et conséquents sont obligés de dire avec M. de Falloux : « L'exercice du suffrage universel est indissolublement lié à l'application d'un vaste système d'éducation populaire ; » et avec M. Jules Simon ; « L'éducation primaire obligatoire est la conséquence du suffrage universel. »
Enfin, l'instruction obligatoire est recommandée par l'expérience des états allemands et suisses qui , depuis 30 ans et plus , l'ont inscrite dans leurs constitutions, et l'ont réglée par des lois spéciales. Leur expérience prouve non-seulement que son application ne rencontre pas de difficultés insurmontables , mais encore que le peuple , quand on ne l'exagère pas , s'en accommode très-bien. Oto n'y entend aucune voix s'élever contre l'obligation. Et les fruits en sont excellents. Personne qui ne sache lire et calculer pour son usage ; pas un électeur qui ne puisse écrire son bulletin , pas un fiance qui ne soit capable de signer son conti-at de mariage. Signer avec une croix y est un fait presque inouï , tandis qu'en France , la statistique des mariages contractés en 4853 établit que sur le nombre total des conjoints, un tiers des hommes et plus de la moitié des femmes ne savent pas signer ! En Allemagne et en Suisse on ne rencontre presque plus de jeunes gens qui ne soient capables d'entretenir une correspondance. Et les parents , grâce à l'instraction obligatoire , y ont plus à cœur qu'autrefois l'éducation de leurs enfants. Us ne disent plus , comme la génération précédente: «On n'a pas besoin d'être si instruits ; nous n'avons rien appris , et cependant nous avons fait notre chemin dans le monde. » Les parents qui ont joui des bienfaits de l'instruction primaire veulent quêteurs enfants en jouissent à leur tour , et ils auraient honte qu'ils demeurassent plus ignorants qu'eux.
Gomme on le voit , tout s'accorde pour recommander l'enseignement obligatoire. Néanmoins il a ses adversaires.
L'un nous dit : « Proclamer l'enseignement obligatoire » c'est attenter aux droits de la Famille. »
J'aime à entendre les voix qui s'élèvent pour défendre les droits sacrés de la famille^ et je serais le premier à réclamer, si je voyais ces droits menacés ou méconnus. Je repousse de toutes mes forces les théories de certains socialistes qui , à l'instar de Lycurgue , voudraient absorber la famille dans l'Etat, et substituer une éducation nationale à l'éducation domestique. Mais il n'y a rien de pareil à craindre de l'enseignement obligatoire tel qu'il est entendu dans les états où il a été introduit. Il laisse au père la faculté d'instruire lui-même ses enfants^ s'il en a le temps et les capacités, et il l'autorise à prendre un précepteur chez lui , ou à envoyer ses enfants dans une école libre, si l'école publique , ouverte à tous , ne lui convient pas. Ce qu'il ne lui permet pas, c'est qu'il laisse croupir ses enfants dans l'ignorance ; ce qu'il n'autorise pas , c'est que par sa négligence il prive la société du tribut de forces et de lumières que ses enfants peuvent lui payer. Ceux qui combattent l'enseignement obligatoire au nom des droits de la famille , ont-ils fait un moment attention à leurs clients? Car de quelles familles défendent-ils ici les droits? Ont-ils pris sous leur protection les familles honnêtes et préoccupées du besoin d'assurer l'avenir de leurs enfants par une bonne éducation? Non, ces familles-là apprécient l'instruction et savent profiter des avantages que leur offre l'école : l'obligation de l'enseignement est gravée dans leur cœur. Les familles pour lesquelles on montre un zèle si touchant, et dont on défend les droits avec tant d'ardeur, ce sont celles qui remplissent les bas-fonds de la société, et auxquelles souvent on ne peut songer sans gémir sur leurs désordres domestiques et sur la coupable négligence qu'ils font paraître à l'égard de l'éducation de leurs enfants. Défenseurs des droits de la famille , allez, et faites le tour de vos clients , et quand vous reviendrez , nous serons d'accord !
Un autre nous dit encore : k L'enseignement obligatoire affaiblit chez les parents le devoir qu'ils ont d'élever eux-mêmes leurs enfants , et affaiblir l'exercice d'un devoir, c'est abaisser le niveau moral, m
Si cette objection est fondée , et beaucoup s'y laissent prendre ! il faut abolir dans l'Etat lois et pénalités > et dans l'Eglise et la famille toute discipline ; car la contrainte affaiblit le devoir, et abaisse le niveau moral !
Qui ne voit que cette objection n'a point de fondement !
L'école primaire , loin de décharger les parents des soucis de réducation , les augmente. L'obligation d'envoyer chaque jour l'enfant à l'école^ de le tenir propre, de le fournir de livres et de cahiers, de se priver de maint petit service qu'il pourrait rendre s'il était là. toutes ces choses, et bien d'autres encore, créent des devoirs nouveaux pour les parents , et les exercent à s'occuper journellement et d'une manière désintéressée de l'éducation de leurs enfants. Loin donc d'aflEotiblir le devoir dont on parle , l'enseignement obligatoire le relève et le développe par l'exercice. C'est au reste ce que l'expérience confirme dans les pays où l'instruction est obligatoire. Dans tous les centres où il y a quelque aisance ou des ressources suffisantes , on fonde à grands frais des établissements libres dans lesquels les enfants reçoivent une instruction plus complète que dans les écoles primaires. Berne , par exemple , qui est une ville de 30,000 âmes seulement , possède plusieurs établissements de filles et de garçons , percevant par enfant un écolage de 3 à 9 fr. par mois. Il n'est pas rare de voir de simples artisans , gagnant péniblement leur vie , s'imposer cette lourde contribution, pour faire donner à leurs enfants une meilleure instruction que celle qu'ils recevraient presque gratuitement dans l'école publique primaire. Un autre exemple bien frappant est celui que présente la ville de Berlin. La statistique des écoles de cette ville indique 133 établissements ou écoles populaires. Or , dans ce nombre , 8 écoles supérieures de garçons , 27 écoles supérieures de filles, et 67 écoles moyennes et élémentaires de filles et degarçons , en tout 102 ( 5/6 du nombre total), sont des écoles libres ! Ces chiffres ne disent-ils pas assez haut que l'enseignement obligatoire , loin d'affaiblir chez les parents le devoir d'élever leurs enfants , développe au contraire le sentiment de ce devoir ? Us prouvent en outre que l'enseignement obligatoire ne met aucun obstacle à l'enseignement libre.
Pour le grand nombre, on n'aurait peut-être pas besoin de rendre la fréquentation des écoles obligatoire. Nous avons vu que 3 1/2 millions d'enfants fréquentent sans contrainte l'ccole primaire , et il n'y a pas de doute que, sans contrainte , ce nombre continuerait à grandir encore, car le devoir d'instruire les enfants entre insensiblement dans la conscience du peuple, et y devient une des lois morales particulières à notre époque. On aurait tort cependant de conclure de ce fait que
Ton n'a pas besoin de proclamer renscifçncincnl obligatoire. Car, outre qu'il contribue puissamment à prévenir les nc{;^ligences, cl à développer chez les retardataires le besoinde l'instruction^ il y aura toujours dans la société une minorité indifférente et démoralisée, qui ne se soumettra jamais volontairement à Tordre réclamé par le bien public , et pour laquelle il faut des autorités, des lois, une police, des juges et des punitions.
Mais si je me prononce d'une manière si décidée en faveur de l'instruction obligatoire , je veux des mesures raisonnables et pratiques. Point de théorie forcée , exagérant l'instruction outre mesure , et lui assignant une part trop large dans la vie du peuple. L'instruction est un moyen et non un but, et la devise de l'école primaire doit être : L'école pour le peuple , et non le peuple pour V école.
Dans l'enseignement obligatoire , le législateur doit avoir essentiellement égard à trois choses: à la position sociale des parents , à leur genre d& travail , et à leurs convictions religieuses.
(hia cru que la gratuité de l'enseignement devait être une conséquence de l'obligation de fréquenter l'école. Rien de moins fondé que cette conséquence. Elle serait d'ailleurs injuste, car elle créerait un privilège en faveur des écoles publiques, et serait ainsi une atteinte indirecte à l'enseignement libre. La finance scolaire a cet avantage sur la gratuité, qu'elle relève aux yeux des parents le prix de l'instruction : on apprécie plus ce qui demande quelque sacrifice que ce qui n'en exige point. Mais il n'y a pas de règle sans exception ; et, dans tous les pays où l'enseignement est obligatoire, les pauvres, dont la liste est dressée par les autorités communales , peuvent envoyer gratuitement leurs eftfants aux écoles publiques.
Le législateur doit , en second lieu , considérer le genre de travail des parents. On a voulu, dans certains cantons suisses , forcer les campagnards d'envoyer leurs enfants à l'école durant l'été, et cela jusqu'à l'âge de 16 ans. Mais les parents , qui avaient besoin de leurs enfants pour leurs travaux agricoles, ne se sont pas soumis à la loi. On a vu une année, dans le canton d'Argovie, un tiers des parents passibles des peines prononcées contre la non-fréquentation. Cette résistance que les campagnes opposent aux écoles d'été, sauf pour les enfants au dessous de 10 ans, me parait naturelle.
Il ne faut pas oublier que les enfants ont besoin de s'endurcir dans les cbamps contre la fatigue > et d'apprendre à cultiver et à manier les outils du laboureur. Les parents ont d'ailleurs dans leurs enfants des aides utiles, pour ne pas dire indispensables. Il est donc nécessaire, dans l'intérêt des uns et des autres, de faire des concessions aux campagnes pour les écoles d'été.
Il faut aussi en faire aux centres industriels , où les parents placent de bonne heure leurs enfants en apprentissage. Mais c'est contre ma conviction que je demande ici des concessions; car la vie de fabrique est extrêmement funeste aux enfants : elle empêche leur développement physique, et leur inocule les germes de mille maladies; tandis que, d'un autre côté, elle développe en eux une précocité funeste , source des plus grands désordres physiques et moraux. Ayons donc pitiéde ces pauvres enfants. On afait dans maint état des lois pour défendre les mauvais traitements envers les animaux: n'en oserait-on pas faire pour défendre les enfants contre la tyrannie de l'industrie? La loi du 22 mars 18&1 sur le travail des enfants dans les manufactures , outre qu'elle est fort mal observée , n'est pas suffisante pour empêcher en quelque mesure le mal que je signale ici.
La population la mieux placée pour envoyer réguliètement les enfants à l'école, est celle des villes non industrielles. Ici on peut introduire l'enseignement obUgatoire sans restrictions notables.
Enfin , le législateur doit avoir égard aux convictions religieuses des parents. Nul enfant ne doit être contraint d'assister aux leçons de religion ou aux exercices religieux d'une confession à laquelle il n'appartient pas, etl'Etat doit aux juifs et aux protestants la même protection qu'aux catholiques. La liberté de conscience est inscrite dans les lois constitutives de la France ; mais elle n'est pas encore partout largement et franchement reconnue. Il faut qu'elle règne dans l'école pour toutes les confessions. Il faut que le législateur permette à chaque église de pourvoir librement aux besoins religieux des enfants qui en dépendent. Les écoles mixtes doivent être évitées autant que possible , ainsi que toute tendance à la sécularisation de l'école; car la religion est la lumière morale de l'école. La supprimer , ce serait lui ôter sa base chrétienne.
Voici maintenant > à la suite des considérations qui précèdent^ les règles générales sur lesquelles on pourrait baser une fréquentation obligatoire pratique. Ces règles sont tirées des législations scolaires de la Suisse et de l'Allemagne.