‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 120 sur 204 · COLLEGES · texte numérisé non relu

COLLEGES

Collège (TEu. — Après la suppression des Jésuites, Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu, obtint du roi Louis XV des lettres-patentes datées de Compiègne, 21 juillet 1764, portant confirmation du collège d'Eu, avec les cours d'humanités et de philosophie , et aussi avec la chaire de théologie que le duc du Maine y avait Tondée en 1 729. Aux termes de ces lettres, le collège était composé d'un principal (1,200 lîv. ), d'un professeur de théologie et de deux professeurs de philosophie ( 800 liv. à chacun) , d'un professeur de rhétorique (700 liv.) et de cinq régents pour cinq classes, de la sixième à la seconde (600 liv, à chacun). L'enseignement devait être gratuit et conforme aux méthodes suivies dans les collèges de l'Oniversité de Paris. Il pouvait être accordé aux maîtres une pension d'émèrite de 200 liv. après vingt années de services , et plus tôt, par exception, dans le cas d'infirmités graves. Le collège conservait, du reste, son ancienne dotation et était soumis à la direction d'un Bureau d'après les règles prescrites par Tédit du mois de février 1763.

Ce Bureau se composait de huit administrateurs parmi lesquels figuraient le bailli d'Eu et le maire de cette ville. La présidence en était dévolue à l'archevêque, qui avait droit de nommer seul et directement le professeur de théologie.

La charge de principal fut confiée à M. Barbier et ensuite à l'abbé Auber.

Après quelques essais infructueux, un pensionnat fut établi, en l'année 1779, pour 50 élèves environ. On en publia le règlement, en ayant soin d'annoncer que c'était f le développement du règlement émané de la Cour pour l'établissement des pensionnats dans le ressort du Parlement de Paris (1). »

fl) Règlement du pensionnat établi au collège de la ville tCEu le 1*' octobre 1779, sous les auspices de S, A, S. le duc de Penthièvre, comte d'Eu, — A Dieppe, Joseph Dubuc, MDCCLXXX

SÎ68 ÉTABLISSEMENTS d'iNSTRUCTION PUBLIQUE

La longueur de ce document ne nous permet pas de le reproduire en entier , nous nous bornerons à quelques extraits :

i MM. les professeurs témoins du zèle avec lequel MM. les administrateurs se portaient à remplir les vues de S. A. S. Mgr le duc de Penthièvre, qui désiroit un pensionnat dans ce collège, ont voulu en partager le fardeau avec M. le principal : trois d*entre eux sont entrés en société pour le pensionnat.

€ Nul élève ne sera reçu qu'il n'ait plus de 7 ans, qu'il ne sache lire et suffisamment écrire pour commencer à étudier le rudiment...

8 L'enseignement et la pratique de la religion font le premier objet de l'éducation... On priera spécialement pour le Roi, pour les princes fondateurs du collège et en particulier pour S. A. S. le duc de Pentbièvre, pour Mgr le cardinal de La Rochefoucauld, notre archevêque.

« On . demande qu'il y ait dans les collèges un cours suivi de géographie, d'histoire, de mythologie et de langue française. C'est ce que nous établissons dans notre pensionnat sous le nom d'académies, qui auront lieu le dimanche, le lundi, le vendredi et le samedi.

« Tous les élèves ne sei*ont point admis dans ces assemblées... Nous choisirons ceux que leur sagesse, leur intelligence, leur âge en rendront capables. Ces assemblées n'auront rien qui sente la gêne : les élèves n'y suivront d'autres lois que celles de la politesse; dans le cas cependant où il se trouverait quelqu'un qui troublât l'ordre , on consulterait le vœu de l'académie pour savoir s'il serait plus longtemps souffert ou renvoyé à l'école commune.

<r Plusieurs personnes auroient désiré que nous eussions enseigné les mathématiques, la nature de notre pensionnat ne le comporte pas pour le présent ; il n'est établi que pour faire fleurir le collège. Nous ne devons donc y enseigner que ce qui peut faciliter / l'intelligence des auteurs et initier dans la littérature et la philosophie... Nous n'aurons d'exercices sur les mathématiques dans le pensionnat , que quand la chaire qui aura pour objet cette science et la physique expérimentale sera remplie.

• En attendant, il nous suffira de donner aux élèves les premiers éléments d'arithmétique. Ce sera l'objet de Tacadémie, où l'on traite de la sphère et de la géographie.

DANS l'ancien DIOCÈSE DE AOUEN. 269

f MM. les maîtres veilleront à ce que les pensionnaires aient des jeux, soit pour jouer en plein air, soit pour s'amuser dans les salles : le votant, la balle, le palet , les quilles , les barres dans la cour ; le petit palet, les dames , le trictrac , etc. , dans la galerie et salles de récréation.

". Chaque pensionnaire aura un habit, veste et culotte bleu de roi, avec un collet et un Userai écarlate, boutons dorés, timbrés d*une fleur de lys...

t Les élèves qui se destineraient à Tétat ecclésiastique auront un habit brun, un collet violet

a Chaque pensionnaire a sa chambre particulière; deux perruquiers viennent tous les jours au collège, y restent depuis 6 heures jusqu'à 8 et arrangent les pensionnaires qui sont peignés par 3 domestiques (1).

« Le prix de la pension est de 300 1. pour Tannée scholastique , c'est-à-dire du 1*' octobre au 15 août.

f MM. les administrateurs ont établi au collège, depuis plusieurs années, une étude commune où les externes peuvent venir faire leur devoir : ils y sont veillés , chauffés et éclairés , il ne leur en coûte qu'un écu par an.

• MM. les administrateurs se proposent encore d'y nommer, aussitôt que les revenus le leur permettront, un professeur qui donnera des leçons de physique, de mathématiques et d'hydrographie.

c S. A. S. Mg* le duc de Penthièvre n'a pas dédaigné de jeter un coup d'œil sur un établissement que ses prédécesseurs avaient si bien doté: c'çst, comme nous l'avons dit, sous les auspices et d'après les vues de cet auguste fondateur que nous nous sommes chargés du pensionnat dont nous présentons au public le règlement.

• Puissions«no'is seconder un prince qui ne se borne pas à attirer dans son comté l'industrie et Pabondance, mais qui veut encore y faire fleurir la religion et les lettres I »

La classe de mathématiques et d'hydrographie tenue d'abord gratuitement par M. Le Bert, fut définitivement établie en vertu d'une déli-

(1) Vaeeommodage des cheveux était un article assez considérable de dépense pour les écoliers dans les floDéges et dans les séminaires. On sait que les enfants eux-mêmes étaient poudrés.

270 ÉTABLISSEMENTS D'INSTRUGTION PUBLIQUE

bératioD du 28 juillet 178/i qui attribua au professeur iOO li?. d'ap* poiotemeots annuels. Le prix de la pension fut porté de 300 à &00 liv. pour les élèves qui suivaient cette classe et qui se destinaient au génie, à Tartillerie, à la marine ou au commerce. Les leçons de Dalague faisaient le fond de renseignement.

Une délibération antérieure, du 9 juin 1779, avait fixé ainsi qu'il suit les honoraires des professeurs : principal , 1,&00 liv. ; professeurs de théologie , de philosophie et de rhétorique , 950 liv. ; régents dé seconde et de troisième, 850 liv. ; régents de quatrième, de cinquième, de sixième et de septième, 750 liv.; ecclésiastique maftre d'étude, 400 liv. La pension d'émérite fut aussi portée à AOO liv., comme au collège de Rouen.

« Conformément à F usage suivi dans le ressort du Parlement de Paris ^ il n'y avait pas de représentations théâtrales aux solennités scolaires du collège d'Eu. Elles étaient remplacées par des déclamations oratoires. Les sujets traités dans les dernières années donneront une idée du genre. — 1783. Idoménée, après avoir reçu les leçons de Mentor, annonce l'intention de rendre Salente de plus en plus florissante et propose, eu conséquence, des prix aux professions les plus utiles. Quatre ora? leurs font valoir les raisons qui leur donnent droit de prétendre aux récompenses. — 178/i. Dispute entre quatre orateurs sur la question de savoir laquelle l'emportait des quatre villes qui fournissaient au collège la plupart de ses écoliers : Dieppe, Eu , St-Valery-sur-Somme, Abbeville. —1787. Exercice oratoire consacré à la louange des collèges et plus spécialement à celle de quatre grands hommes qui ont illustré, en France, ces utiles établissements (Jouvency, Rollin, Porée, Pluche). — 1788. Parallèle des grands siècles littéraires.

Le collège avait été fondé par les comtes d'Eu ; il fut constamment protégé par eux , et leur assistance aux distributions de prix prêta souvent à ces fêtes un éclat que des collèges plus nombreux auraient pu lui envier. Nous voyons le duc de Pentbièvre, si connu , si aimé pour son aménité et son inépuisable bienfaisance, assister, le 5 aoftt 1783, à la distribution des prix, dans la salle de l'abbaye, accompagné du nonce du pape Pamphile Doria , des princesses de Gonti et de Lamballe, du duc et de la duchesse de Chartres. Les lauréats furent

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couronnés par la princesse de Gonti. On signale encore la présence da duc aux distributions des prix de 1785 et de 1788. Cette dernière année, il avait avec lui la duchesse d'Orléans, la marquise de Sillery, le chevalier de Ghatellux, de TAcadémie française, et M. Peyre, auteur de V Ecole des Pères. Les prix Turent distribués par les enfants du duc d'Orléans (1).

Le collège eut pendant longtemps pour principal Tabbé Auber (2) , auteur d'un mémoire sur les avantages que les collèges retireraient dune correspondance avec les académies, mai 1784 , et d'un autre « sur la nécessité de conserver , de multiplier, de réunir et de rendre publics , dans les départements , les ehefs^'œuvre de Fart et en particulier ceux de la commune de Rouen » , mémoire bien écrit et qui fut une sorte de protestation contre le vandalisme révolutionnaire de l'époque (S).

A partir de la seconde moitié du dernier siècle , malgré le talent des professeurs , le chiffre des élèves déclina au collège d'Eu , dans la même proportion qu'à ceux de Dieppe et de Rouen. Mais ce serait se méprendre, croyons-nons , que de tirer de ces faits particuliers la conséquence que Tinstruction était moins estimée qu'elle ne l'était précédemment. Les maisons d'éducation , d'abord peu nombreuses , s'étaient multipliées par toute la France , et jamais peut-être on n'avait vu un pareil zèle, bien ou mal entendu, pour la propagation de l'enseîgnement. Aussi , voyons-nous de nouveaux collèges se fonder autour de Rouen , à Gaudebec , à Gournay , à Pavîlly, à Grémonville , à La Saussaye près d'Ëlbeuf, aux Yal-aux-Grès près de Bolbec, sans compter de nombreux pensionnats ouverts par des ecclésiastiques ou des laïques , tant à la ville qu'à la campagne (A). Dans le même temps, des collèges

(i) Journal de Normandie,

(2) L'abbé Auber (GaillaumeJacques-Vincent), oé à Rouen, le i3 janner i7A5, j mourat le 4 A mti 1803 ; il fut successivement professeur de philosophie au collège d*Eu dès le mois d'octobre 1707 , principal à partir de 1779, professeur de belles-lettres à l'école centrale de Rouen, da mois d'octobre 1797 «u mois d'octobre 1802, époque de sa démission. Neveu de l'abbé Yart, il avait été reçu aMoeié adjoint de l'académie de Rouen, le ik août 1782. La Société d'Émulation le nomma seerétaire de corvespoodanee. Pendant quatre ans et demi, il fut administrateur du département de la Seioe-Infi&rieure.

(8) Mémoire lu dans la séance de la Société d'Émulation, du 9 thermidor an V, approuvé et adopté par celte Société, pour être adressé en son nom aux autorités constituées et à rinititut national.

[à] Pensionnats tenus à la campa^e : à la chapelle de Bonnemare, paroisse deRadepont, par le vicaire».

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jusqu'alors peu connus, tels que ceux du Havre , de Neufchâtel et de Gisors, attiraient un plus grand nombre d'écoliers et acquéraient une certaine importance. Nous renvoyons pour ce qui concerne ces divers établissements à ce que nous avons dit dans la seconde partie de notre travail. Nous n'avons à nous ocôuper ici que des nouveaux collèges (1).

Caudebec-en-Caux. — En 1776, trois ecclésiastiques du séminaire St- Nicaise enseignaient le latin et la philosophie et prenaient des pensionnaires auxquels ils fournissaient des maîtres d'écriture, d'arithmétique et de plain-cbant. On donnait à quelques-uns des connaissances en histoire sainte et en géographie. Le nombre des professeurs était de & en 1778. Les classes allaient tout au moins de la cinquième à la seconde. Des démarches furent faites auprès de M. de Miroménil dans le but de faire ériger ce collège en établissement public; on ne voit pas qu'elles aient abouti (2).

4764 ;— à Deville, près de Rouen, par M. Dupuis, vicaire (enseignement des langues anciennes, de b musique, de la géographie, de Thistoire, du dessin, des arts mécaniques et des sciences naturelles; — pensionnaires à partir de & & 5 ans ; pension de 350 1.) , 1769 ; — au Mesnil-Gremichon, paroisse de St- Martin-de-Vivier, par M. Tirant, 1776 ;-'au Boisdennebourg, par M. Le Clerc, 1784 ;— à Vergetot, par Tabbé de ValleTille, 1777-1790.— Les pensions étaient pombreuses dans les villes. Â Rouen, en 1779, on ne comptait pas moins de 22 maîtres de pensions , dont 12 étaient ecclésiastiques. ^- Pensionnats tenus au Petit-Andely, par M. Masurier, 1770 ;— à Pont-Audemer, par M. Lécuyer, 1772 ; -^ Lou- ▼iers, par M. Fourré, 1773 ;— à Magny, par l'abbé Prével de La Roche , qui s'intitula principal du collège de cette ville ; bien que le curé prétendit qu'il lui appartenait à lai seul de conférer ce titre,

suivant le désir des fondateurs , etc., etc. V. les Affiche» de la Haute et Basse-Normandie, et le

Journal de Normandie qui fait suite à ce recueîL

(1) Le collège de Gisors eut pour protecteurs le maréchal de Belle-Isie et le duc de Penlhièvre, successivement comtes de Gisors. Son pensionnat était cité comme < l'un des mieux tenus et des plus nombreux de la province. • On y enseignait les humanités jusqu'à la rhétorique inclusivement. Les professeur» étaient en général tirés du séminaire St-Nicaise de Rouen. M. Charpillon cite parmi les élèves qui en sont sortis : Dupuis, l'auteur de V Origine de tous les cultes ; Brunel, constructeur du tunnel sous la Tamise, et Bernardin de Saint-Pierre. L'abbé Fromant avait été nommé, en 17d3, principal du collège de Gisors, par le maréchal de Belle-Isle. Il devint ensuite principal du collège de Vemon. On lui doit plusieurs ouvrages, dont le plus connu a pour titre: < Réflexions sur les fondements de Part de parler. > Le prix de la pension était de 200 liv. en 1763, de 275 liv. en 1715 et 178Â. — Un peu en dehors des limites du diocèse il se fonda des collèges à Beaumont-en-Auge (sous la protection du duc d'Orléans), tenu par les religieux de St-Maur ; à Ivry (sous la protection du duc de Penthièvre), tenu par des religieux du même ordre; à l'abbaye de St-Germer, près de Gournay. — Le collège de Vernon , établi par lettres-patentes de Henri IV, données en 1606, spécialement protégé d'abord par le maréchal de Belle-Isle, après lui par le duc de Penthièvre, comptait un grand nombre de pensionnaires et jouissait alors d'une grande réputation* , (2) Journal de Normandie, — Archives communales de Caudebec*

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Goumay. — Un collège fut établi, dans cette ville, vers 1783, sous les auspices du duc de Montmorency, seigneur de Gournay. Les chefs de la municipalité en étaient de droit les administrateurs. Il était régi par un principal, par trois professeurs et par Tun des administrateurs du Bureau. Ce dernier se chai^eait gratuitement de Téconomie du collège et fournissait un maître d'écriture. Le prix de la pension était de 300 liv. L'enseignement commençait à la septième et finissait à la rhétorique inclusivement. Le règlement de cet établissement porte la date du 28 avril 1786. Il fut enregistré au Parlement (1).

Collèges de Pavilly et de Grémonville. — Le collège de Pavilly, fondé dans la seconde moitié du dernier siècle, par M. Le Roux d'Esneval , baron d'Acquigny , comprenait six classes. Il paraît avoir été assez suivi, si nous en jugeons par le nombre des lauréats qui fut de 26 en 177/i. Ce fut dans cette maison que fit ses études, et plus tard ses débuts comme professeur, Pierre-Auguste Holley , qui prit une part importante à la direction du diocèse de Rouen , après le rétablissement du culte. Son nom figure dans la liste des élèves couronnés en 1775 et 1776.

L'existence du collège de Grémonville ne nous est révélée que par cet extrait des Affiches de la Haute et Basse-Normandie^ de l'année 1775.

c L'utilité du collège de Pavilly, que M. le président d'Acquigny a formé, il y a quelques années, se manifestant de plus en plus par les grands sujets qui en sortent , l'a déterminé à en établir un second dans sa terre de Grémonville. Il veut bien consacrer à cet usage son château de Boistillan... Le régime et la pension seront les mêmes qu'à Pavilly, en sorte que ces deux établissements n'eu formeront pour ainsi dire qu'un seul , et le pays de Caux est assez fécond en esprits propres à l'étude des sciences, pour fournir à l'un et à l'autre des sujets en nombre suflGisant. »

Revenant au collège de Pavilly, le rédacteur montre le président d'Acquigny et son fils, occupés à consolider et à améliorer cetètablis-

(1) Journal de Normandie, — Lettre du sabdélégué de Gournay (Archives de la Seine-Inf. F. de l'Intendance).

^7ft ÉTABLTSSBMBNTS D'iNSTRUGTION PUBLIQUE

sèment , pourvoyant aux besoins de leurs vassaux , veillant à leur éducation, et bannissant d'au milieu d'eux rîgnorance, source de tant de maux. 11 ajoute: t M. le président d'Acquigny'a établi un collège à Paviily. — M. le président d'Esneval vient d'acquérir un terrain consi* dérable attenant au bâtiment actuel du collège et y fait bâtir des logements pour les professeurs et les écoliers... Il a jugé à propos de payer tous les ans à la décharge des parents la pension d'un élève depuis la Zi" jusqu'à la rhétorique inclusivement Cette place se donnera au concours. Le lundi SI juillet 1775,.. s'est fait Texercice du collège. M. le président et M"' la présidente d'Esneval... ont bien voulu s'y transporter et se faire une fête de couronner eux-mêmes les élèves qui ont remporté la victoire. >

La Samsaye. — Cette maison d'éducation se forma sous les auspices du prince de Lambesc, duc d'Elbeuf, grand écuyer de France, mais en réalité par les soins des chanoines qui l'occupaient. On y enseignait la langue latine , les langues vivantes ( l'allemand , l'anglais et l'italien), la géographie, l'astronomie, la fable, l'histoire naturelle, la botanique, la philosophie, les mathématiques et la physique. Les élèves payaient S50 1. de pension, et devaient se fournir d'un uniforme, habit bleu de roi, etc.. Il y avait en outre des demi-pensionnaires et des externes. Le but annoncé était de faire de cet établissement une sorte d'école militaire, et d'y préparer de bons officiers. L'ouverture s'en fit le 1" avril 1788 (1).

Le Val-aux^Grès. — Peu de temps après la suppression du prieuré du Yal-aux-Grès dont les revenus furent unis au séminaire St-Yivieo, Boniface Gavelier, professeur d'humanités et maître de pension à Bolbec, loua du supérieur du séminaire l'ancien hôtel conventuel dans le but d'y former un pensionnat II s'associa plusieurs ecclésiastiques, et dès l'année 1778 il fit répandre dans le public le prospectus de son collège.

(i) Le Journal de Normandie, auquel nous empruntons ces renseignements, publia cette même année 1788, un dialogue rimé entre Tircîs et Damon, élèves de la maison de La Saussaye, p. 287. La Saussaye était et est encore du diocèse d^Éyreux ; mais cette localité est trop rapprocliée de Rouen pour que nous pussions nous dispenser de mentionner le collège qui y fut fondé.

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11 annonçait qu'il était en mesure de conduire les élèves depuis les premiers éléments de la langue latine jusqu'en logique, suivant les règles établies dans les collèges de Rouen et de Paris.

L'archevêque prit sous ses auspices ( le terme était consacré ) ce petit établissement et pendant plusieurs années il donna les livres pour la distribution des prix. i8 élèves furent couronnés en 1780. Le nombre des pensionnaires pouvait s'élever à une centaine.

La seigneurie de Bolbec appartenait alors à M. de Béthune de Charost, pair de France, homme zélé pour le bien public comme l'étaient les ducs de Penthièvre et de Montmorency, le prince de Lambesc et le président d'Acquiguy.

Il se fit céder, par contrat du 22 août 1780, le prieuré du Valaux-Grès, moyennant une rente foncière de 1,000 liv. et le bailla immédiatement pour vingt années à M. Gavelier, aux conditions suivantes: celui-ci promit d'y tenir pension et d'y enseigner, pour un prix convenable, tant aux pensionnaires qu'aux externes, la lecture, l'écriture et le latin depuis les basses classes jusqu'à la rhétorique; il renonça à la faculté de céder son droit, en tout ou en partie, sans la permission expresse et par écrit du bailleur, si ce n'est cependant à ses enfants; il s'engagea, dans le cas où le duc voudrait bien lui assurer 200 liv. de revenu annuel, à recevoir gratuitement, dans ses classes, les enfants de Bolbec et des environs jusqu'à la distance de deux lieues (10 mars 1780). Deux ans après M. de Gharost fonda deux bourses de 200 liv. chacune. Elles ne pouvaient être obtenues qu'en quatrième et seulement par les pensionnaires. On les conservait jusqu'à la fin de la rhétorique.

Le prospectus de ce collège , pour l'année 1787 , fait connaître en détail les conditions de la pension et la nature de l'instruction qu'on y recevait. On y remarque la mention de trois conférences, l'une pour l'étude de la langue française, une autre pour la géographie et une troisième pour l'histoire. On y annonce l'ouverture d'un cours de mathématiques et de navigation pour les élèves qui ne se destinaient pas à rétude du latin. Une part était faite à l'étude de l'anglais et du dessin.

En étudiant les règlements des divers établissements que nous venons de passer en revue, il est aisé de constater une tendance générale à

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populariser renseignement et à lui donner un but plus pratique ; à substituer l'éducation en commun à Féducation domestique, la vie de pension à la vie de famille (1) ; à bannir absolument comme moyens de correction les châtiments corporels (2).

Le nombre de jour en jour croissant des petits collèges et le caractère nouveau de l'enseignement ne furent pas sans alarmer les partisans des anciennes méthodes. Dans son ouvrage De la décadence des lettres et des m(Burs, dédié au roi et approuvé au nom de Tuniversité par le recteur Dumoucbet, Bigollot de Juvigny n'hésite pas à condamner comme une œuvre perverse des nouveaux philosophes le changement survenu dans renseignement. « Au bruit de leurs clameurs, dit cet auteur, une multitude de maisons d'éducation se sont élevées et les collèges sont devenus déserts. Le croira-t-on? La noblesse, la bourgeoisie, la stupide opulence ont été séduites par le charlatanisme de ces nouvelles institutions où tout est enseigné, hors ce qu'il faut savoir, où toutes les sciences sont aflSchées, étalées sur la porte, mais où

(1) Coyerf Plan d'éducation publique) proposait de faire entrer les en&nts aa collège dès Tège de à ans. Suivant lui la patrie les réclamait dés cet âge pour en faire des hommes. On trouvera sans doute que la patrie se montrait bien exigeante et quelque peu présomptueuse. Mais que dire à des hommes qui ne juraient que par Lycurgue et Lacédémone et qui, ayant le bonheur de vivre au sein d'une société polie, vantaient, au nom de la liberté, des républiques où Ton comptait quelques hommes libres pour des milliers d'esclaves ?

(2) Voyez les règlements et prospectus des collèges publiés dans le Journal de Normandie» — Collège de Vemon, 1778, 1783. t Discipline douce, mais exacte, fondée sur Phonneur. On bannit les châtiments regardés comme plus capables d'abrutir que de corriger. > — Â propos de ce changement survenu dans les mœurs, on nous permettra de rapporter ici deux anecdotes. M. Bonhomme, prêtre régent au collège de Bernay , eut un procès à Toccasion d'un soufflet qu'il s'était permis de donner à un de ses écoliers qui se moquait de lui. L'affaire fut portée au Parlement. Mgr de Brancas, évèque de Lisieux, crut devoir intervenir en faveur du professeur auprès de M. Le Chevallier, avocat-général, t La chose, lui écrivait-il, ne parait pas de grande conséquence, et il est peut-être, plus important que jamais, vu les mauvaises dispositions des jeunes gens, qu'un régent soit un peu soutenu et puisse se faire craindre. » — En I7S8, le procureur-général du parlement de Paris fut saisi de plaintes formées par les parents de quelques écoliers pensionnaires au collège d'Eu. Les ordres qu'il allait donner furent suspendus sur Tassurance que lui donna le duc de Penthièvre qu'il se chargerait de faire expulser les professeurs aux* quels on imputait les mauvais traitements. Vériflcation faite par les administrateurs du collège, il fut prouvé que si les professeurs étaient coupables d'excès, les écoliers Tétaient d'indiscipline et d'une conjuration qui aurait pu avoir des suites très-fâcheuses. Les élèves avaient conçu le projet d'éteindre les chandelles à un moment déterminé, et de proûter de l'obscurité pour battre leur maître. Sous Louis XIV quelques coups donnés à des écoliers, comme punition, n'auraient ému les membres du parlement ni à Roueut ni à Paris.

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rigDorance professe dans Tintérieur... Cette Tastueiise éducation se réduit pourtant à dooner aux enrants une espèce d'unirorme militaire, à les mettre sous les armes, à faire faire à tous ces mirmidons indistinctement l'exercice. — A quels maîtres, poursuit-il, ces pauvres enfants sont-ils abandonnés?... A peine leur apprend-on les éléments des langues savantes... A cet égard la sottise est portée si loin que les parents disent naturellement: à quoi sert le latin et le grec? Nous ne voulons point faire des savants de nos enfants. »

Dans son Essai et éducation nationale^ après avoir combattu les systèmes suivis jusque-là et revendiqué pour la nation une éducation qui ne dépendit que de TÉtat, Garadeuc de La Gbalotais se plaint très-vivement du trop grand nombre des collèges qui existaient en France et du penchant trop marqué des parents à engager leurs enfants dans les carrières libérales. 11 regrette de voir tant d'étudiants dans un royaume où tout le monde s'inquiétait de la dépopulation. Il rappelle, à ce propos, cette sentence d'un ancien: Multorum manibm egeni res humanœ, paucorum capita svfficiunt. Gbalotais ajoute : t Les frères de la Doctrine chrétienne, qu'on appelle ignorantins , sont survenus pour achever de tout perdre ; ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à dessiner et à manier le rabot et la lime, mais qui ne le veulent plus faire ; ce sont les rivaux ou les successeurs des Jésuites. Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations. Tout homme qui voit au-delà de son triste métier ne s'en acquittera jamais avec courage et avec patience. Parmi les gens du peuple, il n'est presque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à ceux qui vivent par ces arts ou que ces arts font vivre (1). »

Tel était aussi le sentiment de l'auteur du Plan (F éducation publique. \\ se plaint également du nombre exagéré des écoles de villages : < 11 est peu de curés, peu de seigneurs de paroisses, dit-il en raillant, qui ne s'applaudissent s'ils sont parvenus à soudoyer un magister; et si ce magister peut s'élever jusqu'à donner les principes du latin, c'est un triomphe. »

(i) C'est à ce sujet que Voltaire (lettre du 28 fé?. 1763) félicitait La Chalotais d*aToir proscrit (Vftu/c ^hti tes laboureurs,

278 ETABLISSEMENTS d'iNSTRL'CTION PUBLIQUE

Je ne rapporte ces considérations d'un mérite, à mon avis, assez contestable, que parce qu'elles témoignent du développement que Finstruc^ tion avait pris dans les villes et dans les campagnes. Pour en revenir au territoire qui fait l'objet de ces recherches, mille documents authentiques prouvent que le nombre des écoles de l'un et de l'autre sexe s'était singulièrement accru sous les règnes de Louis XY et de Louis XVI (i), et que dans les années qui précédèrent la chute de l'ancien régime peu de paroisses en étaient dépourvues , résultat d'autant plus remarquable que le nombre des paroisses dépassait de plusieurs centaines le nombre de nos communes actuelles. Ce n'était plus seulement les curés et les seigneurs qui soutenaient les écoles; dans plusieurs paroisses, les habitants les avaient prises à leur charge. On peut observer aussi qu'en beaucoup de localités des laïques avaient remplacé les vicaires comme instituteurs.

Dès 17i!ii6, dans un mémoire où il s'efforçait d'établir qu'il est d'une bonne politique de procurer aux paysans les moyens de s'instruire (2), l'abbé Terrisse , vicaire-général du diocèse , opposait , comme preuve à l'appui de sa thèse, l'état florissant de nos campagnes ^ où tout le monde était instruit, à l'état malheureux de quelques pays où le curé, dans un village, était souvent le seul qui sût lire et écrire. Quarante ans d'efforts incessants ne purent qu'ajouter à cette prospérité. Les cahiers de doléances rédigés eu 1789, dans les diverses municipalités, prouveront à tout observateur de bonne foi combien il serait injuste de prétendre que la Révolution trouva le peuple plongé dans l'ignorance et gémissant dans l'oppression.

(1) V. notamment les procès-verbaux de visite archidiaconale de l*abbé Rose, 1747-1759. Le questionnaire quMl avait à remplir, de même que les autres archidiacres , contenait cette question : < S^U y a un maître et une maîtresse d'école et une sage-femme approuvée. » Arch. de rarchevêcbé.--*V. aussi j aux arch. de la Seine-Inf., un état des écoles municipales du district de Rouen.

(2) Mémoire lu à l'Académie de Rouen sur cette question : Bsuil avantageux ou préjudiciable au bien de CÉlat que les gens de la campagne sachent lire et écrire ?

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