SUITE DES ECOLES SPECIALES. — ÉCOLES DE PESSIN ET DE PEINTURE A ROUEN
L'histoire de cette école se confond avec celle de son fondateur Jean- Baptiste Descamps (2). Cet artiste, né à Dunkerque le l!i juin 1715 , était
(1) n sauva le jardin de botanique pendant la révolution. « Le bon ordre dans lequel le jardin de botanique a continué à être tenu pendant ce temps orageux est dû en plus grande partie à Tamour de la science, au généreux désintéressement ou plutôt à rentier dévouement du citoyen Varia. > Lettre de la Société d^Émulalion de Rouen.
(2) On trouvera sur cette école des renseignements au t. I*' du Hecueit de physique , m-à" , introduction, p. 608, 610; — dans V Histoire des Peintres provinciaux de M. de Chenevières, t. II; — dans le Précis de l'Académie de Rouen (notice de M. Girardin) ; — dans la Revue de Rouen, iSàà (art» de M. Gustave Morin), et surtout dans les archives de FAcadémle de Rouen. '-
fils unique de Pierre-Frédéric Descamps , habile fabricant d'Anvers * et de H^rie-Catberine de Cuyper. Un goût décidé pour la peinture , auquel son père avait inutilement essayé de s'opposer , l'attira d^assez bonne heure j^ Paris, où il suivit, tour à tour, les leçons de Dulin, de Lancret et de largilllère, et oh il ne tarda pas ù se concilier l'affiection de Caries Vanloo. Au mois de juillet i7&0, ce dernier lui proposa d^ aller rejoindre en Angleterre son frère Jean-Baptiste qu*o(i y avait appelé pour faire les portraits de plusieurs grands personnages de la cour. Le jeune Descamps accueillit avec empressement une proposition qui lui offrait, en perspec-tivc, la protection d'un maître célèbre, une part de ses profits, peut-être aussi de sa renommée. Il vint donc à Rouen au mois d'août , dans le dessein de s'y embarquer. Déjà ses effets étaient à bord du navire qui devait le conduire au Havre quand une visite de Gideville rompit tous ses plans. Celui-ci lui annonça que Yanloo, ne pouvant s*habituer au climat de l'Angleterre, avait pris le parti de revenir en France, et il l'engagea à prolonger son séjour à Rouen avec promesse de ne pas l'y laisser sans emploi. Descamps y consentit volontiers ; quelques jours après , sur la recommandation de Cideville , il entrait chez M. de Becdelièvre , marquis de Cany , qui lui commandait quatre grands tableaux et plu** sieurs portraits pour la décoration de son hôtel. Mis par là en lumière , il se lia presque aussitôt avec les membres de l'association qui devait , quelques années après , devenir l'Académie. Il s'attacha insensiblement à la ville où le hasard l'avait amené et résolut de s'y fiier définitivement.
A cette époque, les arts n'étaient guères représentés à Rouen que par une communauté de maîtres peintres-sculpteurs dont les statuts remontaient à 1507 (1). Ainsi que cela se pratiquait partout, les membres de cette communauté avaient leurs apprentis et leurs élèves. C'est aipsi que Jouvenet et Restent s'étaient formés dans l'atelier de leur père; mais depuis près de 50 ans , cette communauté avait de plus en plus perdu de son importance ; elle avait même fini par être confondue avec celte des marbriers et des doreurs, ce qui donne lieu de supposer que l'art avait été absorbé par le métier. La peinture sur verre, autrefois si florissante,
(1) Ces statuts furent modiCés au XVIH* siècle^ en partie par les scmds de Deseamps.
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avait subi la même décadence. 11 ne restait plus pour en rappeler l'éclat que Viel, qui en fit connaître les procédés dans le Dictionnaire des sciences de r Encyclopédie. Gomme peintte, on ne trouve guères d'autre nom à eiter que celui de Jean-Samuel Hébert, miniaturiste distingué, parent et élève de Belle, peintre du Roi (1).
t À l'arrivée de Descamps à Rouen , dit Haillet de Couronne , les arts y étaient pour ainsi dire ignorés. Presque pas un tableau de maître dans la ville; pas pour trois louis de bonnes estampes, tandis qu'aujourd'hui (il écrivait après la mort de Decamps) , on peut sans crainte assurer que , dans les cabinets de divers curieux de cette même ville , il y a pour dO,000 Tr. de bons tableaux et pour plus de 50,000 Tr. de bonnes estampes (2). »
Ce témoignage rend plus croyable ce que dit Descamps dans son mémoire pour l'établissement de Pécoïc d* Anvers. Il affirme que, n lorsqu'il vint à Rouen , il n'y avait dans cette ville , si riche et si populeuse , ni artistes ni modèles. »
Le grand mérite de Descamps fut de sentir, tout étranger qu'il était, ce qui manquait à Rouen et d'entreprendre de le lui donner. Assurément ses tableaux ne sont pas ceux d'un maître, bien que peut-être ils vaillent mieux que ce qu'en a dit Diderot; ses œuvres littéraires elles-mêmes ne sont, en général, que de froides traductions heureusement rehaussées par les charmantes vignettes de Piquet. Mais comme professeur , Descamps parait avoir été un homme hors ligne ; et la ville de Rouen ne pourrait y sans injustice, oublier les services éminents qu'il lui a rendus par la fondation d'une école dont le succès ne fut point sans influence pour la prospérité de son commerce et le renom de ses manufactures. Grâce à lui, cette ville, après être restée assez longtemps en arrière, mérita d'être prise comme modèle pour cette branche de l'enseignement
(1) Hébert, né à Paris le 16 mai 1698, décédé ft Rouen lé 15 juillet 1778. Les miniatures de Hébert ont été dédaignées ; et peut-être lui-même serait^l & présent complètement inconnu, sMl n*efiit figuré parmi les fondateurs de I* Académie de Ronen, et si, ponr cela même, Haillet de Couronne n*eùt écrit sa biographie. 11 est juste de reconnaître que Hébert, dès 1726, avait réuni autour de lui un certain nombiie d*élèTes qu'il enseignait gratuitement ou à peu près ; — qu'en l7âC, en même temps que Descamps ^ sinon même avant lui, il avait ouvert, dans sa maison, une école gratuite de dessin.
(2) Haillet de Couronne ne retrouverait plus la société de la fin du dernier siècle. Les chiffres qu'il cite lui paraîtraient maintenant bien mesquins»
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public comme elle Tavait été, au XYII* siècle, pour ses écoles populaires (l).
Ce qui contribua non moins que ses talents au succès de Descamps » ce fut son caractère aimable, auquel tous ceux qui eurent des relations avec lui se sont plu à rendre hommage.
Il apportait de la Flandre , son pays natal , avec le goût des arts celui des exercices propres à développer la force et l'adresse , exercices négligés à Rouen plus qu'en toute autre ville de France. Il Tut le fondateur de la compagnie du Jeu de Tare, qui compta bientôt parmi ses membres Le Cat et le docteur de La Roche (2).
Ces occupations , frivoles en apparence , ne lui furent pas inutiles. Elles lui donnèrent Foccasion de former de précieuses connaissances et lui valurent la sympathie de ses élèves, que des manières pédantesques ou trop sérieuses auraient peut-être rebutés.
Descamps tint d'abord son école dans l'hôtel de M. de Gany , près du bailliage. Il donnait, de 6 heures à 8 heures du soir, des leçons de dessin d'après la bosse à tous ceux qui se présentaient , et le nombre en fut bientôt assez grand. Au bout de deux ans, il leur proposa de se cotiser entre eux pour avoir un modèle. Chacun souscrivit. Il ne restait plus qu'à trouver un endroit propre à servir de classe. Le Cat offrit alors l'amphithéâtre où il faisait ses démonstrations de chirurgie. Ses leçons
(1) L^école de DescamiM servit de modèle à celles de Reims, de Lyon, de Lille, de Marseille, de Dijon, de La Rochelle, à celles d'Anvers et d'Edimbourg, dont la direction fut offerte à Descamps, et même si j'en crois certains mémoires, à celles qui se fondèrent en Danemark et en Suède. Descamps tai consulté quand il s'agit de fonder une école de dessin en Lorraine sous les auspices du roi Stanislas, ei de donner un remplaçant à M. Hera, directeur de l'école d'Augsbourg, 1757.
(2) < Qu'on ne taxe pas, dit à ce propos HalUet de Couronne, de minuties ces réminiscences d'un vieil ami de Descamps. Ce ne sont pas des jeux vains et puérils que ceux qui assurent et fortifient le coup d'œil et la main. Ces exercices valent bien ceux qui, de nos jours, occupent la jeunesse. Les compagnies du jeu de l'arc se sont conservées jusqu'à présent dans la plupart des pays-bas Autrichiens, à Anvers, Gand, Bruges, Louvain, Malines, Courtray, Alost. » —Lettre deLeCat à Descamps, datée de Blérancourt 80 juillet 174A : < Mon cher frère, je n'ay trouvé aucun adversaire ni à Beaumont ni à Compiègoe. Les jeux d'arc y sont ruinés. J'ai tiré ce matin dans notre jeu à Blérancourt J'ay trouvé bien à décompter. Ce jeu est de quinze de mes pas plus long que ceux de Rouen. Je n'ay pas tiré comme à Rouen et à Caudebec. Je vais m'y remettre soir et matin dans ces diables de longs jours, afin d'être en estât d'aller à Soissons et à Noyon, où les jeux sont beaux et brillants. ,. Je me promets une grande utilité de ce voyage. Soissons est le chef-lieu de tout ce pays-ci pour le jeu de l'arc. L'abbaye de St- Médard de Soissons possède les reliques de saint Sébastien. C'était autrefois le lieu de la confrérie la plus illustre de la France... •
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finissaient à 5 heures. Celles de Descamps commençaient à 6 heures , et déjà elles embrassaient le dessin d'après la bosse , le dessin d'après le modèle et la perspective (1).
En i7&3 eut lieu le premier tirage à la milice. Cette mesure, qui reçut dès lors une application assez rigoureuse , faillit porter un coup fatal à l'école naissante. Par bonheur , l'intendant de la généralité était M. de La Bourdonnaye, l'un des administrateurs qui aient le plus aimé la ville de Rouen et qui lui aient rendu le plus de services. Intimement convaincu de l'utilité des cours de Descamps , il ne se borna pas à exempter ses élèves du tirage ; sa bonté alla jusqu'à leur rendre leur modèle. Ce fut même un privilège dont il les fit jouir pendant tout le temps de son administration. Bientôt , l'amphithéâtre de Le Cat devint insuflSsant , et Descamps transporta son école au lieu dit Le Laxem-bourg (2).
Vers le même temps, au mois d'août 17/i7, il soumit à l'Académie de Rouen, dont il était membre, un projet < pour rendre l'école de dessin stable et assurée et en faire un établissement public. » Huit jours après, M. de La Bourdonnaye , qui se faisait honneur d'appartenir à la même société, donna lecture d*un mémoire qui n'était guère qu'un extrait de celui de Descamps ; il le fit imprimer sans y mettre son nom et le répandit dans le public sous ce titre : Projet pour rétablissement solide à Rouen et une école gratuite de dessin (3). »
(i) Extrait d^ane feuille de la main de Descamps, intitulée : Petit mémoire sur Cétabliisement de Céeote de dessin de Rouen»
(2) Annonces, affiches de Normgndie, 1779, p. 124» article nécrologique sur M. de La Bourdonnaye, décédé le 12 du mois de juillet 1779. c Tout ce qui se passoit à Rouen, au Havre, à Dieppe, à Honfleur etc,... rintéressait singulièrement et il se fàisoit un plaisir d*obliger jusqu*aux simples particuliers de ces lieux toutes les fois qu'ils avoient recours à lui. Depuis bien des années, il se feisoit rendre compte des ouvrages d^utilité et d'embellissement de Rouen et des environs. > — Lettres de Gideville à Descamps ; f Notre aimable et lélé M. de La Bourdonnaye, protecteur déclaré de tout ce qui est mérite et talent. • 5 janv. 17Â7. -— c Je ne contenteroy jamais mon cœur sur ce que je pense de luy. > 13 du même mois. — c G*est sans contredit le plus éclairé et le plus estimable de tous nos honoraires. • 7 janvier 1752.— Qu*il nous soit permis de le dire en passant , nous nous montrons aujourd'hui beaucoup trop sévères pour les intendants ; beaucoup ftirent des hommes instruits, des administrateurs habiles, soucieux du bien public, portés à toutes les réformes utiles. Ajoutons que le système adnnnistratif dont Us étaient les principaux agents coûtait fort peu à FEUt et qu'on lui doit l'abolition de beaucoup d'abus que protégeaient les pariements.
(8) En marge de l'exemplaire de H. de Couronne : c Ce mémoire est de la ûiçon de M. de La Bour* Monnaye. Imprimé à ses frais par M. Lallemand. •
510 lÎTABLTSSEMENTS d' INSTRUCTION PUBLIQUE
c Le sieur Descamps , est-il dit dans ce mémoire , dessinateur et académicien de Bouen , ayant vu par expérience tout Tavantage que peut tirer la ville de Rouen d'une école gratuite de dessin , propose aux per^ sonnes qui s'intéressent au bien public et à Tavancement des arts d'en établir une fixe et solide.
« Depuis plusieurs années quMl habite ici, il a exécuté de lui-même une partie de ce projet en rassemblant un nombre de jeunes gens qui paroissoient avoir quelque disposition , en les faisant dessiner sur la bosse et d'après les modèles , et les instruisant dans les principes non seulement du dessin , mais encore de la perspective et de Tarchitecture. On ne peut pas présumer que ce soit Tintérét qui lui ait inspiré de sacrifier ainsi son tems à rinstruction de la jeunesse » puisque ses leçons ont toujours été gratuites , qu'il n'a jamais rien exigé de ceux qui venoient les prendre et que s'il a reçu ce que lui ont offert les parens aisés de quel* ques écoliers , il a toujours employé ces sortes de rétributions à payer celui qui lui servoit de modèle et les autres petits frais nécessaires pour une pareille école. Il est arrivé môme le plus souvent qu'il a été obligé de fournir lui-môme à une grande partie de ces frais lorsque différentes circonstances le privoient d'écoliers en état d'y contribuer. Si sa fortune lui permettoit de continuer ces dépenses ^ il s'en chargeroit encore avec plaisir et ne prendroit pas le parti de demander des secours sufllsans pour assurer cet établissement par la suite des temps. Il se regarderoit comme plus que récompensé de ses avances et de ses peines par le succès qu'ont déjà eu ces écoles. Plusieurs de ses élèves sont actuellement ingénieurs dans le service ou dans les ponts-et-cbaussées , d'autres sont à Paris dessinateurs et peintres chez les meilleurs maîtres ; leur talent n'auroit pas pu percer comme il a fait sans les premières instructions qu'il leur a données.
t Le plan qu'on se propose de suivre dans l'exécution de ce projet et qui va être détaillé en fera encore mieux sentir tout l'avantage.
t 1*" Cet établissement se fera sous la protection et sous l'inspectioti de l'Académie de Rouen , qui a joint son suffrage à l'assurance qu'elle a bien voulu donner au sieur Descamps, qu'elle l'aideroit et favoriseroit en tout ce qui dépendroit d'elle. Elle s'est chargée de distribuer, chaque année , à la séance publique, les deux prix de dessin qui seront donnés
DANS L ANCIEN DIOCESE DE RO(JEN. âll
îiax élèves qui l'auront le mieux mérité. Ces deux prix seront deux mé^dailles d'argent, et ils i»ont déjà fondés par une personne de cette ville. « 2° Uécole sera composée de trente jeunes gens , qu'on instruira gratuitement.
f â^ M. Vignon, chanoine régulier et associé de l'Académie, veut bien joindre ses leçons à celles du sieur Descamps et en donner , à certains jours de la semaine qui seront fixés , sur la géométrie pratiqua et l'architecture tant civile que militaire.
« 4** 11 propose une association aux personnes sensibles à ravancementdes arts et au bien public, suivant laquelle elles s'engageront à lui fournir chaque année une somme de 500 liv. :
« 5° Les trente places gratuites et celles qui se trouveront vaquer successivement ne pourront être remplies que sur le certificat et la nomination des officiers de l'Académie, au nombre de huit,
t 6' et sur le certificat et nomination des fondateurs, c'est-à-dire de ceux qui composeront l'abonnement de 500 liv., de manière néanmoins que les personnes qui fourniront deux louis par an disposeront de deux places,
« T Les écoles s'ouvriront le 1" novembre prochain.
« S' Outre les places gratuites , il sera libre au sieur Descamps d'admettre à ladite école les jeunes gens dont les parens en état de payer consentiront à lui donner par mois des honoraires, qui ne pourront néanmoins excéder la somme de six livres. »
MM. de La Bourdon naye et de Gide ville souscrivirent chacun pour 48 liv. ; leur exemple fut suivi par les principaux personnages de la ville , et en quatre jours on eut réuni les fonds nécessaires.
Non content d'avoir assuré le succès de la souscription, M. de La Bourdonnaye sut intéresser les échevins à la fondation de l'école de dessin. Ce fut sur la demande de cet administrateur qu'ils accordèrent à Descamps un endroit convenable dans les halles de la Basse-Vieille-Tour. Ils y firent bâtir un appartement de 30 pieds de long sur 26 de large, avec un cabinet pour renfermer les instruments nécessaires à chaque étude particulière, et peu de temps après une grande salle pour le modèle dans laquelle 800 personnes pouvaient travailler commodément. Ils y ajoutèrent un atelier particulier pour des artistes élèves , une salle de
312 ÉTABLISSEMENTS d'iNSTRUCTION PUBLIODE
peinture, une autre pour Tarchitecturejet un cabinet pour le professeur (1).
U école fut ornée de cartouches représentant les armes de la ville , de MM. de Pontcarré et de La Bourdonnaye , au-dessous desquelles furent placées ces inscriptions composées par Cideville :
Picturœ f avens — Fmet commercium — Rothomagus — jEmula Lutetiœ.
Nobilissimo viro — DD. marchioni de La Bourdonnaye — Summo Jur. Bel. jEt. prœfecto — Musœ memores gratidantuu
Nobilissimo viro —DD. Le Camus de Pontcarré — In supr. senatuprin-cipi — Et artium patrono.
C'est à cette époque que Ton doit , je crois ^ rapporter la rédaction de la pièce suivante i
Réglemens qui seront observés par les élèves de dessin de Vécole
de Rouen.
< Art« I. — * Nul n'y sera admis sans être avoué par FAcademie de Rouen ou par les souscrivants.
€ IL — On n'admettra à dessiner aucun élève avec canne et épée.
€ VL — Il ne sera permis de se faire corriger que pendant le repos du modèle , avant ou après Theure de Tacadémie.
« YIL — La classe de dessin et celle delà bosse concourront tous les mois dans la dernière semaine; chacun signera son dessin et lé laissera pour être jugé au bout de trois mois. Le premier élève du dessin montera à la classe de la bosse et le premier élève de la bosse à la classe du modèle.
« VIII. — Les élèves de la classe du modèle concourront tous les ans pour les prix dans la semaine qui précédera la rentrée publique de r Académie de Rouen , qui accordera pour prix deux médailles d'argent aux deux élèves qui auront présenté les meilleurs dessins ; et, en outre,
(1) Lettre de Gidevîlle à Descamps : c Enfin grftce à votre lèle et à quelques soins que je me suSs donnés et à la protection que M. de La Bourdonnaye accorde aux beaux-arts, vo3à une école de dessin Uen établie dans une des plus grandes yiUes du royaume. On va s^apercevoir dMcy à deux ou trois ans par la perfection des ouvrages en tout genre, combien le dessin est utile au commerce.*. Sifen suis cm, nous tascherons de faire vos affaires, comme vous vous prestes de si bonne grâce à faire celles da public. Surtout consultés M. de La Bourdonnaye. •
DANS l'ancien DIOCÈSE DE ROCEN. 31â
le premier médailliste aura la permission de poser le modèle une fois par mois dans Tattitude dont il sera convenu avec le professeur.
« IX. —Les médaillistes, selon leur rang, dont sera dressé tableau, seront appelés et pourront entrer dans Técole avant les autres élèves.
c X. — On commencera à dessiner à la lampe depuis le premier d'octobre jusqu'au dernier de mars , et on dessinera de jour les autres six mois ; le modèle posera deux heures par jour...
€ XI. — On se retirera lorsque le professeur posera le modèle si Ton n'y est admis par la permission du professeur , et les élèves ne rentreront pour se placer dans l'école qu'à mesure qu'ils seront appelés selon leur rang.
I XII. — Outre les leçons de dessin , il y aura toutes les semaines une ou deux leçons de géométrie pratique, d'architecture et de perspective ; et l'une de ces leçons se donnera, dans l'une et l'autre saison , les samedis, une heure avant que l'on entre pour le dessin. >
Malheureusement il arriva bientôt ce qu'il était aisé de prévoir. Les cotisations furent mal payées et ne procurèrent plus au professeur qu'une indemnité tout à fait insuflSsante. Un moment il eut le projet de quitter Rouen avec une partie de ses élèves qui ne demandaient pas mieux que de le suivre (1). La ville de Reims avait fait construire des salles et un logement pour un professeur de dessin , et elle avait désigné , d'après les recomtyandations de l'Académie de peinture de Paris , Descamps pour remplir cette place. L'abbé Pluche fut expressément chargé île lui en faire la proposition. Descamps se rendit alors à Paris ; il vit MM. de Luxembourg et de La Rourdonnaye qui l'empêchèrent d'accepter et rengagèrent à adresser au contrôleur général un mémoire sur la nécessité d'une école gratuite de peinture et de sculpture à Rouen. Après avoir rappelé ces faits dans une lettre écrite à son ami M. Duvivier , de La Rochelle , il ajoute : « Je promis à M. de Luxembourg de
(1) • A Rouen , écriTait-il à Ciderille , à la date du 21 aTiil 1748, les arts sont en languear. Vous ne le Yoyei que trop bien par nos souscrifants. Le petit nombre est celui qui souscrit par amour pour les arts ; les autres [ souscriTent ] par bienséance , et les derniers pour être à la mode. Si à cela près on vouloit me payer ! > U parait qn^il n*en fut point ainsi : plusieurs refusèrent d^acquitter leur souscription, et au lieu de gagner, Descamps fut obligé de débourser 35 ou 40 louis. — t Ceux qui avoient souscrit, écrit-U à M. DuviTier, refusèrent de payer, et quelques-uns de si mauvaise grâce que je pris le parti de toat quitter. >
314 ÉTABLISSEMENTS D'mSTftUCTlON PUBLIQUE
renoncer à ma nomination à Reims , à condition que dans les vingt^juatre heures j'aurois la même pension. On me chargea de faire moi-même l'arrêt et j'obtins (!)• »
Le mémoire de Descamps , quand il écrivait ces lignes , ne le servait pas avec une fidélité irréprochable. Les choses n'allèrent pas aussi vite qu'il se l'imaginait, en recueillant ses souvenirs après un certain laps de temps, La vérité est que dans cette circonstance ce ne fut pas trop , pour réussir, du concours de l'Académie de Rouen , de Cideville , de MM. de Luxembourg et de La Bourdonnaye (2), et encore fallut-il que Descamps s'armât de patience (3).
L'arrêt du Conseil, du mois de nov. 17/i.9, ordonnait qu'à commencer du 1" janvier 1750 , il serait payé annuellement une somme de i,500 liv. au sieur Descamps, à prendre par moitié sur l'octroi de la ville et sur celui des marchands ; il ordonnait , en outre , que l'école serait tenue régulièrement soit par Descamps , soit par ses successeurs , sous la direction et inspection de l'Académie de Rouen, laquelle veillerait au maintien du bon ordre dans l'école et à l'exactitude des professeurs. Au moyen de la somme allouée , Descamps et ceux qui lui succéderaient se* raient obligés d'enseigner tous les jours ouvriers aux heures convenables ,
(d) L*école de dessio de Reims n*en fat pas moins fondée. Le Conseil de cette Tille annom» ùvm un prospectus imprimé la foodatlon de celte école (Reims, 15 sept* 1752]» M. de Montelon en était le directeur. L'annonce est signée par MM. Rogier , Lespagnol, de Villctte, Benoist, Coquebert , MaiUefer.
(2) Lettre de Pasquier à Cideville, 18 août ilUdi il lui promet de voir M. de Madiault, pour lui r^ commander Técole de dessin, t Personne, lui dit-il , ne prend plus d^inlérêt que moi à une chose aussi utile pour les arts et aussi avantageuse à notre province où les talens ont été assez négligés jusqu'à présent. •— Lettre de Cideville à Descamps, 38 nov. 1769 : t J*ay reçu une lettre de M, de La Bourdonnaye et de M. Pasquier le mesme jour qui m'apprennent Tagréfeible nouvelle que b pension pour nostre école gratuite de dessein est accordée par M. le contrôleur général , et en vérité nous devons en entier cette grâce à la considération que ce ministre a pour M. notre intendant dont il connoit tout le mérite. Vous ne sçauriés trop le remeraler sur ce . ton là. >
(3) Sur ces entrefaites, en 17&9, Louis XV vint au Havre et M. de La Bourdonnaye profita de Toccasion pour faire chaîner Descamps de représenter les circonstances de l'arrivée et du séjour du Roi dans ce porL Descamps se mit à l'œuvre avec opiniâtreté. Le 9 nov. ilh9 , û écrivait à ce sujet à Cideville : « Le deuxième dessin du Havre est presque fait. Je ne fais pas autre chose ni festes ni dimanches. Je u'ay point quitté la robe de chambre depuis dix-sept jours. Je la cache à la messe, à TAcadémie sous la redinguotte. • En quelques mois six dessins furent composés et remis par lui, pour être gravés, à son ami le graveur Ph. Le Bas. Ils forment une suite de morceaux assez rare et recherchée des amateurs.
excepté le temps des vacances , sans qu'il leur fût permis de recevoir de leurs élèves aucune rétribution de quelque nature ou sous quelque prétexte que ce fût Dans le cas où Descamps, par mort ou autrement, laisserait la place vacante , son successeur devait être nommé par TAcadémie et choisi parmi ses membres, dont un certain nombre, en vertu des lettres d'institution , devaient être peintres et dessinateurs (l). . Un seul point pouvait encore faire difiSculté. L'Académie royale de peinture , exclusivement à toute autre , avait le droit de poser le modèle dans les diverses écoles du royaume. La permission en fut cepen^ dant accordée par tolérance à Descamps. Ce qui n'était que tolérance devint un droit lorsqu'il eut été reçu membre de cette Académie (2).
Le refus qu'il fit en 1755 de la direction de l'école de peiuture d'Anvers, qui lui était offerte par les écbevins, fut pour lui un nouveau titre à la reconnaissance de sa ville d'adoption. M. de Brou , successeur de M. de La Bourdounaye, saisit cette occasion pour obtenir à Descamps, comme dédommagement, une augmentation de 1,500 liv. sur les octrois, ce qui portait à d,000 liv. le traitement du professeur. Il eût voulu faire davantage : 5,000 liv. lui paraissaient une allocation à peine suffisanté c pour maintenir et encourager un établissement dont l'utilité se répandait sur toutes sortes de manufactures , pour récompenser les soins de celui qui l'avait fondé • et qui s'appliquait de plus en plus à lui donner toute la perfection désirable. Malheureusement , ses généreuses intentions ne purent être réalisées. Les démarches que le comte de Lillebonne fit de son côté furent également infructueuses.
Un instant , Descamps fonda quelque espoir sur la protection de M. Bertîn, secrétaire d'état, fondateur des sociétés d'agriculture. Il est certain que celui-ci insista vivement auprès de M. de Crosne, intendant de Rouen , pour faire augmenter le traitement de Descamps (3). La
(i) L^amiée soiTantie, TAcadâmie de Rouen couronnait une ode de M. Germon , chanoine régulier à fienlift , sur Vécole de dessin de Rouen.
(2) Lettre de Gideville à Descamps : c H sera niienx et plus conforme à tos intérêts de ne pas tous «xposer à la mauTaise hnmear de t*JLcadéiiiie de peinture de Paria, oui a très-réellement le droit exclusif de poser le modèle et de donner la permission. — 29 aviil 1768. »
(8) Dans une lettre adressée à M. de Crosne, M. Berlin reconnaissait que lYcole de Rouen avait fourni im grand nombre de «ijets distingués dans le génie et les ponls-et-diuu9<ées , que Doscamps avait le mérite d'être le promoteur de ces établissements si utiles à TÉtat qui n*avaicnt pas lardé à se répandre
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demande d'une augmentation de 2,000 liv. , appuyée par le ministre , fut transmise à rHôtel-de-Yllle. Elle Tut rejetée, bien que les faits allégués par le pétitionnaire ne pussent être contestés. La ville objectait, avec raison sans doute , t que le produit de ses octrois depuis longtemps ne fournissait pas Tacquittement de ses charges, et que ce produit avait même éprouvé une diminution très-sensible par la disette générale des vins et autres boissons. » De 4757 jusqu'à Tépoque de la Révolution, la position de Descamps resta la même, à moins qu'on ne veuille considérer comme augmentation de traitement une gratification annuelle de 100 jetons d'ai^ent d'une valeur de 210 liv. , accordée par la ville en vertu d'une délibération du 20 novembre 178/i » et une subvention de l&O à 150 liv., destinée aux frais de chauffage de l'école (1).
Les cours de Descamps comprenaient le dessin , la peinture , la sculp-^ tnre, la gravure, la perspective, l'architecture et même, pendant un certain temps, l'histoire, les mathématiques, l'anatomie et la géométrie pratique (2). Ils duraient toute Tannée, tandis qu'en Flandre ils n'avaient lieu que pendant Thiver. 11 y avait trois classes de dessin : la première pour les commençants copistes, la seconde pour ceux qui dessinaient d'après la ronde-bosse , la troisième pour ceux qui dessinaient d'après le modèle vivant.
Les élèves étaient divisés en deux catégories : les élèves ordinaires
depuis que Rouen avait donné I^exemple. c II est malheureux, ajoutait-il, que suivant les détails secrets de son domestique , dont une personne de confiance vient de me foire part , cet artiste lanipiisse dans une pénible médiocrité. Je tous prie de Tolr quelques moyens d^augmenter son traitement et de m*en fhire part, afin que je puisse, si cela est possible. Tenir à son secours. > M. de Crosne ne continua pas à Descamps la protection dont MM. de La Bourdonnaye et de Brou Tavaieut honoré. Cela pourrait tenir au ressentiment qu*il gardait contre TAcadémie, dont plusieurs membres avaient pris parti contre lui pour le Parlement.
(i) c La compagnie prenant en considération les services importants que M. Descamps , peintre du Roy, a rendus et continue de rendre à la cité depuis plus de quarante ans en qualité de professeur de Fécole académique et gratuite de dessin, établie par ses soins en cette ville, a arrêté que, pendant tout le temps quMl continuera de consacrer son zèle et ses talents au progrès de ladite école, il lui sera donné annuellement, à compter du 1*' janner prochain, cent jetons d'argent marqués aux armes de ladite Tille comme un témoignage particulier et justement mérité de la reconnaissance et de la satis&ction publique^ qui ne pourra tirer à conséquence pour les professeurs qui lui succéderont* Signé : Lallbmaiit* » Arch* mnnicip. de Rouen.
(8) L'anatomie et les mathématiques étaient professées par Le Gat et par le chanoine Bouin, d(mt il mta question plus loin.
DANS l'ancien DIOCÈSE DE ROUEN. SI?
^t les élèves adoptés. On ne compreDall parmi ces derniers que ceu^ qui avaient remporté des prix ou ceux dont les concours annuels avaient . constaté Tapplication et la capacité.
 répoque où M. de La Bourdonnaye avait rédigé le prospectus dont nous avons parlé , Descamps n'avait encore que 25 élèves. En 1751 , il en avait 280 , et de 1758 à 1771, 300 environ. Quelques années après, le chiffre s'en éleva à 350 et même à 370. 7& noms figuraient sur la liste des adoptés en 1758. Le chiffre maximum était fixé à 120 et il fut atteint (1). Descamps avait soin d'acheter, à ses Trais, en Flandre et dans le Brabant , des tableaux de maîtres qu'il plaçait sous les yeux de ses élèves et qu'il cédait ensuite à ses amis.
Les premiers prix de l'école de dessin fureut fondés par M^^^ de Cbâlons d'Âuberville , depuis comtesse de Marie , et par M"*^ Le Gat , née de Champossin (1747-1748). Cideville fonda, en 1756, un prix de composition dont le sujet devait être indiqué par le professeur. L'année suivante , un autre académicien , probablement M. Le Garpentier , Tar- <^bitecte du nouvel hôtel-de-ville de Rouen , fonda un prix d'architecture. Enfin, par délibération du 27 juin 1758, MM. de Ville, c pour exciter de plus en plus l'émulation , se portèrent , de leur propre mouvement à fonder à perpétuité, en faveur de l'Académie, les prix mérités par les élèves des écoles de peinture, architecture, dessin, botanique et mathématiques, en fournissant pour cette dépense une somme annuelle "de 200 1. (2) . » Ges prix consistaient en une médaille d'or pour le prix de composition en peinture ou en sculpture, en quatre médailles d'argent pour le premier et pour le second prix de la classe de modèle vivant, pour le prix de la classe d'après la ronde-bosse et pour celui de la classe des élèves d'après le dessin.
La ville voulut que la distribution de ces prix se fit en présence de MM. du Bureau, régulièrement invités par l'Académie le jour de la séance publique de chaque année.
Nous avons vu, dès 1749, M. de La Bourdonnaye invoquer, en faveur
(i) Il venait des élèves à Descamps de Paris et de rétranger. Nous citerons : Jacques-Louis Chevillard, 4e Vienne (Autriche), 1778; ^ Conrad Clauson, de Christiania (Nrrwége), 1769 ; — Cbrélien-Fiédéiic Spindler, de Bareîth, 1766 ; — Legillou, de Bruges, 1761 ;— Ke\a>, d'Edimbourg^ 1753. (S) Lettre de Cideville à ûeieainps^ 21 avril 1757,
de l'école de Rouen , le mérite , déjà reconnu , des artistes et des ingénieurs qui s'y étaient formés (1). A la fin de la carrière de Descamps, le 31 août 1788, Cochin écrivait à son collègue : t Vous avez raison, vous et votre Académie , d*être fiers d'avoir de pareils élèves et en aussi grand nombre. » Rien, en effet, ne prouve mieux les services rendus par Descamps à notre pays que la liste des liommes habiles qui se formèrent sous sa direction. Nous Tavons dressée à Taide de ses notes et des délibérations de l'Académie.
Architectes. — Allais (Guillaume-Edouard), lauréat, en i785, an grand concours ouvert par l'Académie de Parm^; ~Baraguay (Thomaspiètre), les deu^L Couture, de Fierville, Gilbert (Louis), Gueroult (François) ; Le Brament (Jean-Baptiste) , auquel ou doit les deux granda escaliers de ^'abbatiale de St-Ouen et l'église de la Madeleine, à Rouen $ ^^te Fèvre (Louis), pensionnaire du Roi h T Académie de France, % Rome ; ^ Le Febvre de Mettreville, inspecteur de la bâtisse de l'église de Ste-Geneviève, à Paris ; ^ Le Prince de Beaujour (Nicolas) , Lequeii« Loyer, Malhorty (Nicolas), professeur d'architecture à l'Ecole royale, k Paris ; ^ Prétrel (Laurent), Yaiiquelin ( Bernard )*
Ingénieurs, —r Brémontier (Thomas) , ingénieur en chef des ponts^Schaussées , à Bordeaux , depuis connu par d'importants travaux ; -^ Broude , ingénieur militaire , tué au siège d'Ipre ; — De France , Defryaux (Jacques-François), Godefroy, Ribard (Charles^François), Saintr- Pierre (Bernardin de), F un de nos grands écrivains, lauréat à f Ecole de dessin, en 1755 (1).
Graveurs. — Barabé, Godefroy (François) , de l'Académie de Londres ,
(1) Lettre dé Gideville à M. Le Bas, graveur, où il lui rend compte des démarches qu'il a ikites auprfts de M. de Marigoy pour faire obtenir à Descamps la place de Lepleié on la surTîrance de M. Portail, 9Brde des tableaux dw Boi : c #e luy ay f aiM d*ttQ« <9fintfté dç btn^ pujeti f u} mH neiopli l^s alslifrs des plus grands grayeurs, des meilleurs peintres, sculpteurs, architectes de Paris. > 46 janvier 1755.
(2) Bernardin de Saint-Pierre disait dans deux lettres dont il ne reste plus aui archives de J'Acadéttie ipti celte courte «aalyse de la naiii du docteur OoBseaime : « f>0Be»mp6 • aUumé le
• flambeau des arts à ftouen. Il en a fait tomber une étincelle sur -moii Ama. » -Il était question daM ces mêmes lettres du projet que Bereardin de fiaint-Pierre avait formé de composer «ne Histelre de IVonnandie. -^ Voir une lettre du [même auteur à Desoampa, dau les Arckivu ée CArt 'froMçaU.
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gfBveur de Leurs M. M. L et Km connu par une collection d'estampes - - les évéoements de la guerre d'Amérique ; — Le Febvre { Joseph ) , Houé, Lemire (Noël), gra¥eur d'histoire et de portraits, c regardé
>niii. ^p ftliis nr^cîeui: nour tes viârUettes ]^ : -^-^ Lemire rT.nuiG\ , fi*ht^^
sur Le
JUe. nUUU, J^çiUMis ^iivci^i ^raroui u uj0iuii\; «^n u«; pui iiaiw | c regarae
comme le plus précieux pour les vignettes > ; — Lemire (Louis) ^ frère cadet du précédent; -— Le Veau ( J6an*Jacques) , Neray, d'Edimbourg; Piquenotf Strange (Robert), gentilhomme écossais, de l'Académie royale d^ peinture et de sculpture de Paris.
Peintres. — Belleoger ( MicbeUBrano ) , Descamps fils, Houel, Lô Yallée^-Poussin ( Etienne de ) , petit-neveu de Poussin ; -^ Le Bar bieî ( Jean-Jacqnes-François ) , Legillou, de Bruges; Le Carpentier, Lé Thierre (Guillaume) , de Ste-Anne de la Guadeloupe ; Lemonnier (Anicet- Cbarles^Gabriel), Tbierce (Jean-Baptiste)^
' Gomme sculpteur^ je ne rois à citer que Jadodlle (Nldolas-Marm) , qili n'est gflènres comiii en dehors de Rouen et àoni presqne toutes les autres ont péri.
Il est à rensaorquer qu'un certain nombre de demoiselles appartenant aut p\ni hautes classes de la société snivaîent lés cours de Descampd. Plusieurs d^entre elles y obtinrent màme des couronnes, notamment M^* Bibard, de Yatimèsnil^ de Goney^ Godinot.
On a quelquefois dorme à l'école dé dessin de Rouen le titre d'Aca^ demie pour plaire à Descàmps, que nous voyi)ns se qualifier c pro^ ftsseur de l'école acâdémiqiK de dessin » , ou bien encore c professeur et directeur dé l' Académie des arts du dessin de Rouen v, bien que Gochin tei eût feit obâertret combien il était singulier d*appeler Académie Uft do^ pti n'aoùit qtjfun seul membre (1)^
Un titre pins simple et plus glorieun Tut donné à cette école par fa* Wix publique , cetol A^école normande. Ce nom est rappelé par F Académie de Rouen, dans une délibération du 18 novembre 1789, ûX dans l'adresse que» peu de temps après, elle envoya à l'Assemblée nationale.
(1) Dès 1758, Deacamps avait demandé à FAcadéinie de Rouen la permission de se servir^ poiur sceller les certificats (|ue lui demandaient ses élèves, d*un cachet où les armes de la peiotare auraient été associées à celles de 1* Académie (écusson d^azur, cbargé de S écus d*aigenl 3 et I, une fleur de Us d*or en abîme et au chef la sphère de rAeadémie). Le Cat avait fiiit repousser la proposition.
Le marquis de Marigoy, directeur et ordonnateur général des bâtiments du Roi, jardins, arts, académies et manufactures royales , dans le séjour qu'il jQt à Rouen en 1769, avait pu juger par ses propres yeux des excellents résultats de cette école. Il en Tut si charmé que , le 20 août 1770, il envoya de son château de Menart , un brevet de pensionnaire du Roi à r Académie de Rome pour un élève de Descamps (Jean Tubeur , d'Etiolés près Paris) , auquel avait été décerné le premier prix d'architecture , à la séance solennelle du k août 1770. C'était dans l'intention de M» de Marigny , moins la récompense du mérite de l'élève, qu'un hommage rendu aux lumières et au talent du professeur, et au zèle de l'Académie de Rouen pour le développement des arts.
Descamps était lié avec SoufBot et Péronnet , «avec les sculpteurs les frères Slodtz (principalement Michel-Ange) et Pigalle, avec les peintres Chardin, Lemoyne et Yernet, avec les graveurs Le Bas et Wille, et trèsintimement avec Cochin, secrétaire de T Académie de peinture et de sculpture de Paris* 11 fit accepter à plusieurs de ces artistes le titre de membre correspondant de l'Académie de Rouen, et obtint de quelques-uns d'entre eux qu'ils visitassent son école. Lemoyne y posa le modèle en 17&8 ; Le Bas et Slodtz y vinrent en 1749, Cochin, en 1777, Vernet, en 1778. Des relations aussi précieuses lui fournirent le moyen de placer avan* tageusement ses élèves. Ce fut lui qui fit entrer JadouUe chez Michel- Ange Slodtz, et Le Veau, chez le graveur Le Bas. On voit par l'exemple de ce dernier que Descamps s'appliquait non-seulement à encourager les jeunes artistes, mais quMl devinait leur talent et n^épargnait rien pour les tirer de l'obscurité. Le Veau était fils d'un compagnon cordonnier de la paroisse St-Denis de Rouen. Etant encore enfant, il tomba dangereusement malade et fut transporté à l' Hôtel-Dieu. Ce fut là que se révéla sa vocation. Bien quMl n'eût encore fait aucune étude , il copia à la plume, assez heureusement, un tableau de la Madeleine qui était placé au pied de son lit. Son dessin attira l'attention des religieuses et passa de leurs mains dans celles des religieux et de celles-ci dans celles de Descamps, qui, dès lors, s'intéressa vivement à Le Veau et se chargea de son instruction.
Descamps était encore à la tête de Técole qu'il avait fondée , lorsque la Révolution éclata. Il avait fait donner, par l'Académie, à son fils
ntné, la survivance de sa place, le 19 octobre 1789. Tout malade qnMl était il continua à en remplir les fonctions. Quelques jours avant sa mort, il s'était fait porter au milieu de ses élèves afin de leur donner un dernier témoignage de son affection et de son dévouement. Il mourut à Rouen, dans sa maison de la place St-Ouen, le 31 juillet 1791.
Le 10 août de cette' même année , Tabbé Lallemant , qui présidait la séance solennelle de TAcadénûe de Rouen , i^appelait avec attendrisse^ ment le souvenir de Téminént professeur que la ville venait de perdre.
L'engagement pris par l'Académie ne fut pas tenu par les autorités qui lui succédèrent. Descamps &\s , nommé provisoirement professeur à Fécole de dessin par le Conseil général du département, ne conserva sa place que jusqu'au mois d'août 1793, et en passant dans d'autres mains, cette école si longtemps florissante, tout en s'appëlaot encore école de dessin , de peinture , de sculpture et d'architecture , se réduisit bientôt au premier de ces arts.
Voué absolument et complètement à l'enseignement, Descamps a composé peu d'œuvres d'art, que nous indiquerons pour la plupart d'après les documents manuscrits que nous avons pu consulter: c'étaient les portraits de MM. de Gany, Y homme ctépée , le magistrat , le négociant, composés vers 1758 , d'après les conseils de Gideville , destinés à être offerts, comme hommage, à MM. de Luxembourg et de Pontcarré et à un riche commerçant de la ville , cinq tableaux allégoriques pour la Chambre de commerce de Rouen ,2 plusieurs autres tableaux commandés "par les bourgmestres de Dunkerque plour la décoration de leur hôtelde-ville, le portrait de Cidevilie, le plafond du vestibule du château de Launay, appartenant à Cidevilie. L'Académie de peinture, en corps, voulant lui donner une preuve de son estime et de sa bienveillance, lui fit exprimer le désir de le compter parmi ses membres, et, par une faveur particulière, elle accepta comme morceau de réception son tableau représentant une Cauchoise occupée de ses deux petits enfants^ Ce tableau a été gravé par Feigl. Rappelons encore que ce fut d'après les projets de Descamps que furent exécutées par Paul Slodtz l'obélisque et le& figures qui décoraient le méridien de la Rourse , la statue de la Pucelle , les deux anges adorateurs du mattre-autel de l'abbaye de St-Ouen.
323 ÉTABLISSEMENTS D'INSTBUGTION PUBLIQUE
Cioinine écrivain , Descamps est connu par ses Vies des peintres fldrmands , allemands et hollandais , 1 753-1 76& ; par son Voyage pittoresque de la Flandre et du Bradant , dédié au marquis de Marignj, 1769 (1)^ L* Académie française ayant mis an concours un mém<Hre t Sur l'utiliti des établissements des écoles gratuites de dessin en faveur des arts et tné^ tiers » , le discours de Descamps remporta le prix ; il fut lu par d'Âlembert à la séance publique de TAcadémie française , en 1768» On peut encore citer de lui un grand nombre de descriptions des estampes de Le Bo» dans les Affiches de Paris, un mémoire sur le Costume, lu à T Académie de Rouen en i 763 et probablement perdu. Descamps n'était venu qu'asseï tard en France ; il écrivit toute sa vie d'une manière assez incorrecte * et certainement ses ouvrages n'auraient pas été en état d'être publié» s'ils n'avaient été revus et corrigés par Gideville.